Petit sottisier anti-maçonnique

Publié le 2 Juin 2015

 

Petit sottisier anti-maçonnique.

 

 

Entre les deux guerres, François Collaveri (1900-1989) tenait, avec humour, une sorte de rubrique, le "Petit Sottisier anti-maçonnique" dans le Bulletin de la Grande Loge de France.

 

C'est un fils et petit-fils de franc-maçon. Comme louveteau, il semble avoir été initié très jeune, à 17 ans, dans la loge "Jean Jaures" que son père venait de fonder en 1917 à la Grande Loge de France. Son jeune frère César le suivra de peu.

 

Son père Ezio était un franc-maçon du Grand Orient de France à la loge l'Équité à Pantin (banlieue de Paris). Il en aurait été Vénérable Maître durant 33 ans !?

 

Nous sommes dans un milieu socialiste militant. Il n'était pas simple d'être franc-maçon et socialiste au début des années 1900. Le GOdF était à cette époque peuplé de radicaux. Il faudra des années, juqu'à la fin de l'entre-deux guerre, pour que le GOdF se réconcilie de façon forte avec le mouvement socialiste. Il le doit notamment à Arthur Groussier.

 

Le mouvement socialiste d'avant la première guerre, encore assez jeune, combatif, était tiré entre deux ailes principales : celle de Jules Guesde, très à la gauche, violemment anti-maçonnique, il avait essayé de faire passer la motion d'une incompatibilité entre être socialiste et être franc-maçon. Il y avait l'aile plus modérée de Jean Jaures, pacifiste, assez indifférente vis à vis de la maçonnerie, mais certainement pas opposée.

 

De même la GLdF est une obédience jeune, qui se détache avec difficulté de son Suprême Conseil, et qui expérimente. L'expérience de la maçonnerie féminine en est l'exemple le plus connu. Le GADLU et la Bible ne sont évidemment pas à l'ordre des Loges dans l'Obédience de cette époque. L'Obédience est marquée par la personnalité de Gustave Mesureur. Les socialistes, désireux de rejoindre la maçonnerie, se dirigeaient effectivement plutôt vers la Grande Loge de France.

 

Nous sommes en pleine guerre, et en plein massacres des tranchées : la grippe espagnole et la mitraille vont tuer des millions de personnes dans un espace somme toute assez restreint. Il faut serrer les rangs et tenir … Et voilà-t-il pas qu'un socialiste de "type Jean Jaures", de surcroît au GOdF, Ezio Collaveri, propose au Grand Orient de créer une loge pacifiste du nom de Jean Jaures ! Était-ce de la naïveté, était-ce de la provocation, est-ce de la sincérité … ? Probablement un « stoemp » de tout cela. Le Grand Orient, alors sorte de maçonnerie officielle, proche du pouvoir radical, déclina.

 

Et la Grande Loge accepta ! Elle était dirigée à cette époque par le général Peigné qui succédait à Mesureur.

C'est ainsi que la Loge « Jean Jaures », Loge ouvertement pacifiste, naquit en pleine guerre et massacres. Les deux fils d'Ezio Collaveri (ce dernier reste membre par ailleurs de l' « Équité » du GOdF, en double appartenance), François et César, y furent rapidement initiés, François en sera d'ailleurs Vénérable.

 

[Est-ce ce même Cesar Collaveri, dirigeant socialiste estimé, franc-maçon, qui mourut assassiné en 1961 : tout porterait à le croire (nom, époque, lieu, âge), mais je n'ai pas pu m'en faire la démonstration ? C'est donc à vérifier.]

 

L'histoire, déjà étonnante en soi, ne s'arrête pas là. Au sortir de la première guerre, les deux frères sont engagés comme commis-secrétaire à la Grande Loge de France. On est jeune à cette époque dans cette Obédience, puisque, âgé à peine de 32 ans, Charles Riandey devient Grand Secrétaire Général de l'Obédience en 1924 et les retrouve ainsi sous sa responsabilité. Cette même année, François Collaveri devenait chef du secrétariat de la GLdF. Il va prendre petit à petit des responsabilités au sein de l'Obédience. Il me semble, mais c'est à vérifier, que c'est en 1939, juste avant la deuxième guerre, qu'il en devient le Grand Secrétaire ? Pendant la guerre, il sera à Alger, ensuite, à la fin de la guerre, à Marseille où commencera sa très belle carrière dans l'administration de la République. Il sera Préfet de nombreux Départements.

 

Sur le plan maçonnique, il sera Grand Secrétaire, ainsi que Grand-Maître adjoint de la GLdF, et surtout, il rejoindra le Suprême Conseil de France, comme 33ème. Il participera très activement à l'éloignement de Riandey du Suprême Conseil de la rue Puteaux, événement qui se place en début 1964, non sans avoir au préalable essayé de trouver une solution en mettant en avant les perspectives et conséquences d'une rupture, qui finalement se produira.

Le courrier amical et conciliateur qu'il envoie à Charles Riandey le 30 juillet 1963, est très éclairant et fort intéressant. Charles Riandey ne répondra pas à son ancien commis-secrétaire. Celui-ci se trouve repris dans le livre de Raoul Mattei « Chronique d'un schisme maçonnique contemporain » (1994, pp 138-39). Il est l'expression d'une personnalité très réaliste et pragmatique qui gardera la maison « Suprême Conseil » dans son articulation avec la GLdF. Charles Riandey en sera fort amer, se sentant trahi par une personnalité qu'il pensait avoir créé. Mais l'histoire même de cette « dynastie » socialiste (les Collaveri) montre qu'il ne pouvait en être autrement.

 

Enfin, François Collaveri nous préparait une sortie hors norme. L'époque napoléonienne le passionnait. Àgé de 82 ans, il soutint un doctorat es Lettres portant sur les liens de ce personnage avec la maçonnerie. Deux livres en sortiront, qui possèdent encore toute leur utilité pour la recherche sur la maçonnerie napoléonienne.

 

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L'anti-maçonnisme de l'entre deux guerre, dans certains de ses aspects outranciers, n'est pas très différents, mutatis mutandis, de ce que l'on perçoit aujourd'hui.

 

Le texte que je vous propose en annexe, de François Collaveri, date de 1935. Il est publié dans le Bulletin de la Grande Loge de France de cette année, n°4. Ce n'est pas le seul « sottisier » de François Collaveri publié dans les Bulletins. Il montre des aspects finalement assez comiques de cette anti-maçonnerie, s'il ne cachait une férocité implacable qui trouvera son expression dramatique quelques années plus tard.

(Un autre document rédigé par F.C. se trouve ici.)

 

On y verra par exemple le nom de Léon Daudet, fils de l'immortel Alphonse Daudet et des « Lettres de mon moulin ». Venant d'une famille catholique, légitimiste, anti-Dreyfusarde, Léon Daudet restera un écrivain obscur quoique prolixe, mais il se fera connaître comme un des meilleurs polémistes au service de l' « Action française ».

 

 

 

Cet article est susceptible de modifications au fur et à mesure de vérifications et lectures. Veuillez, occasionnellement, rafraîchir la page, merci !

 

 

 

Élements de bibliographie :

  • Daniel Ligou. Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie. Nouvelle édition. PUF, 1987.

  • Charles Riandey. Confession d'un Grand Commandeur de la Maçonnerie. Éditions du Rocher, 1989.

  • Michel Gaudart de Soulages, Hubert Lamant. Dictionnaire des Francs-Maçons européens. Édtions Dualpha, 2005.

 

 

 

 

 

Cachet de la Ligue anti-maçonnique belge d'avant la 1ère guerre.

Cachet de la Ligue anti-maçonnique belge d'avant la 1ère guerre.

Rédigé par Christophe

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