Une Histoire de la Franc-Maçonnerie belge

Publié le 6 Septembre 2017

Une Histoire de la Franc-Maçonnerie belge.

 

 

A la veille des fêtes de Wallonie, je vous livre ici un avis assez personnel, et j’espère sans prétention, concernant un livre que j’ai reçu avant les mois d’été, pour en réaliser la critique. Il s’agit de « Histoire de la franc-maçonnerie belge, 1717-2017, une existence ‘influente’ depuis trois siècles ? ». Auteur, Philippe Liénard. Sa biographie reprise en début de livre indique qu'il est juriste, membre d’une loge namuroise de la Grande Loge de Belgique.

 

On l’aura compris, l’anniversaire de la fondation de la Grande Loge de Londres et de Westminster fut l’occasion de la parution de ce livre de 440 pages aux Éditions Jourdan.

 

Que dire de ce livre, car, en effet, ce n’est pas le premier à tenter la gageure d’exposer une histoire de la franc-maçonnerie d’un pays bien compliqué.

 

 

 

 

 

 

Mais faisons d'abord un petit tour parmi quelques auteurs qui se sont penchés sur l'histoire de la franc-maçonnerie belge!

 

 

Différents auteurs se sont penchés sur cette histoire, depuis déjà longtemps. Parmi les 'anciens', on peut certainement retenir celle d'Adolphe Cordier « Histoire de l'Ordre maçonnique en Belgique » de 1854, somme toute le premier du genre, livre très précieux car assez précoce et rempli de données disparues aujourd’hui, malgré des partis pris assez savoureux bien qu’énormes, propres à cette époque ! Cela reste une source pour les historiens qui s’intéressent au XVIIIe siècle, tout comme les ouvrages de Duchaine et VanderSchelde.

 

 

 

 

 

 

A/ Pour notre usage d’aujourd’hui, des incontournables :

 

 

Ce qui mériterait une réimpression ou impression :

 

1/ La « Contribution à l'Étude des Hauts-Grades de la Franc-Maçonnerie et plus particulièrement à l'histoire du Rite Écossais Ancien et Accepté en Belgique » de Fernand Clément de 1937, basé sur des archives qui, depuis, ont largement disparu, reste un document important et utile, quoique introuvable !

 

2/ De même, son « Histoire de la Franc-maçonnerie belge au XIXe siècle », de 1949, mériterait également une réimpression.

 

 

Après guerre, il y eut d’autres essais, mais on doit certainement retenir deux travaux « introuvables », sauf avec de la ténacité !

 

3/ Les trois tomes de « L’Histoire de la Franc-maçonnerie depuis 1830 » de Michel De Schampheleire, sont des incontournables. Malheureusement, non seulement son décès prématuré nous a privé d’un 4e tome comprenant tout l’appareil critique et notamment les références, mais ils sont difficiles à trouver, surtout le tome II (la partie contemporaine).

 

4/ De plus la magistrale et volumineuse thèse de doctorat (2003) de son fils, Hugo De Schampheleire, également décédé, portant sur le XVIIIe siècle des provinces belgiques : « De Vrijmetselarij in de Oostenrijkse Nederlanden 1726-1786 », n’a jamais été publiée …

 

 

 

Ce qui est trouvable !

 

Un ouvrage majeur : « Vrijmetselaars te Gent in de XVIIIde eeuw » de Guy Schrans, republié en 2009, reste également un incontournable pour tous celles et ceux qui s’intéressent au XVIIIe siècle maçonnique de nos provinces.

 

 

 

Contribution à l'Étude des Hauts-Grades, de Fernand Clement, 1937.

 

 

 

 

B/ Pour le reste,

 

- Les travaux concernant les Loges sont essentiels, nombreux, souvent bien faits : ils vont dans le détail et nous permettent, dans bien des cas, de comprendre des causes et effets.

 

- Dans les livres généralistes, qui sont, par essence, incomplets et contraint selon un point de vue :

 

  • Au risque de vous étonner je retiendrai un livre qui ne traite pas spécifiquement de la maçonnerie belge, mais je l’aime bien car il aborde des thématiques d’une façon qui lui est particulière en y implémentant bien souvent l’histoire de la maçonnerie belge, ce qui procure une perspective fort large. Il s’agit du livre de José Orval « Une histoire humaine de la franc-maçonnerie spéculative », éditions Cefal, 2006.

     

  • Le livre d’Andries Van den Abeele « Les enfants d’Hiram » (Roularta books, 1992) traite de la franc-maçonnerie belge, est plein de défauts et, selon moi, d’inexactitudes (!), … mais le point de vue est original et on apprend des tas de choses ! Donc, armé d’un solide esprit critique, j’apprécie …

 

Il y en a d’autres et leurs auteurs voudront bien m’excuser de me consacrer à présent au livre de Philippe Liénard.

 

Tableau de Théodore Verhaegen en décors maçonniques datant de 1833 et exposé au musée belge de la Franc-maçonnerie.

 

 

 

 

Le livre de Philippe Liénard : « Histoire de la Franc-Maçonnerie belge ».

 

Ce livre est honnêtement écrit et de ce point de vue, peut être recommandé.

 

Cela reste un livre généraliste, écrit selon un point de vue et c’est toujours ainsi, dans ce cas-ci celui d’une maçonnerie plus tournée vers elle-même que vers le sociétal, du moins c'est mon impression.

 

Par contre, il y a, selon moi, des problèmes de rigueur et des manques.

 

 

Reproches :

 

  • Il n’y a pas d’index, et a fortiori d’index prosopographique (des noms), ce qui est très gênant.

 

  • Rédhibitoire, il ne propose, dans sa « bibliographie des ouvrages consultés », que des ouvrages en langue française. Il me semble difficile de réaliser une histoire de la maçonnerie belge, à partir de sources secondaires, sans se préoccuper des auteurs flamands !

 

  • On l’aura compris, il n’y a pas (ou quasi pas) de recherche à partir de sources primaires et de critique de celles-ci.

 

 

Autres sujets d’énervement.

 

Exemple  : l’auteur affirme l’appartenance de « Neny » et de « Charles-Alexandre de Lorraine », personnages importants du XVIIIe siècle des Pays-Bas autrichiens, à la franc-maçonnerie. Cela reste un point de vue personnel puisqu’il n’y a pas de preuves formelles, il aurait été bien de le préciser. Qu’ils aient été franc-maçons, c’est fort possible, mais … Bien sûr, cette remarque est comme roupille de sansonnet … cependant on pourrait s’étendre sur bien d’autres exemples.

 

Ou parmi les manques, celui-ci : l’AMI n’est pas évoquée, pourtant ce fut un moment important pour la franc-maçonnerie belge.

 

Ou, si Goblet d’Alviella est bien mis en avant et à juste titre, nous trouvons très peu sur le prix nobel Henri Lafontaine dont l’action maçonnique est également assez déterminante dans l’histoire de notre franc-maçonnerie. 

 

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Et je pourrais continuer ainsi mais ce serait injuste. Il y a d'excellentes choses dans ce livre et notamment, bien souvent, une contextualisation bien intéressante. On voit que l'auteur s'est posé des tas de questions et a essayé d'y répondre. Et cela nous questionne ! 

  

  

Ne crachons donc pas dans la soupe !

 

 

Prenons l’ouvrage pour ce qu’il est.

 

Ce n’est pas un travail d’historien au sens de la rigueur historique et scientifique, et au sens d’une recherche et une critique des sources primaires.

 

C’est le livre d’un honnête homme qui est passionné par la franc-maçonnerie qu’il vit. Il partage avec nous une solide érudition et il le fait, selon ses idées, ses questionnements et ses orientations. À cette aune, pour celle et celui qui désirent s’initier à l’histoire maçonnique de son pays, ici la Belgique, c’est une bonne introduction.

 

C’est donc un livre utile dans un univers où la méconnaissance de son passé, et plus particulièrement le passé maçonnique, devient assez dramatique.

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par Christophe

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