Le jour de la Rose + Croix

Publié le 11 Avril 2019

À l’occasion du jour de la Rose + Croix ...

Et puis, c’est un centième anniversaire un peu dépassé du décès de Josephin Peladan. Mais je ne pouvais décemment faire mieux que la BnF !

 

Une remarquable iconographie est apparue avec le mouvement du Rose-Croix esthétique de la fin du XIXe siècle. C’est l’époque du « symbolisme » en littérature mais aussi en peinture. Si la Belgique fut un centre important de la peinture symboliste, le mouvement était international.

 

Il y eut en effet 6 salons Rose+Croix à Paris qui s’étalèrent de 1892 à 1897.

 

 

Source Gallica, BnF.

 

Josephin Peladan (1858-1918), « Sar Merodak », en fut l’initiateur. À la fois issu du mouvement symboliste et occultiste, il va vigoureusement s’opposer à ce qu’il nommait la décadence matérialiste. Il fonda en 1890 l’Association de l’Ordre du Temple de la Rose-Croix, prémisse des salons qu’il voulait être une « geste esthétique ». Et le jeune Éric Satie (1866-1925), maître de chapelle, mettra l'Ordre en musique; Félicien Rops et Gustave Moreau, le plus ancien, en firent partie.

 

Il fut en effet un ami de Félicien Rops (1833-1898), qui avait été initié à la franc-maçonnerie en 1861 à la loge La Bonne Amitié de Namur. Un musée lui est entièrement dédié. Ce dernier ne participa pas aux salons, pour désaccord avec Josephin Peladan, l’organisateur. Il en était cependant très proche sur le plan esthétique. D’ailleurs Peladan, avant leur rupture, lui avait demandé de réaliser les frontispices de ses trois premiers livres. Rops était pleinement dans le mouvement, et, par exemple, il illustra les différentes nouvelles contenues dans les Diaboliques de Barbey d'Aurevilly, outre le célèbre sphinx du frontispice (1882-1886) dont les ailes préfigurent celles de l'ange dans La Mort et le Fossoyeur (1890) de Carloz Schwabe, non moins célèbre. Ce fut Khnopff qui prit la relève auprès de Peladan après leur rupture.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source Wikicommon

 

Peladan fut également un proche de Papus et de Gaïta, avec qui il fonda une loge martiniste à Paris en 1887, avant de s’en séparer. Ceci provoqua l'apparition de deux branches au mouvement Rose+Croix symboliste-occultiste de cette époque, celle de Peladan étant désigné comme la « R+C esthétique ».

 

(Celle de Papus était l'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix qui fut rapidement conçu comme un cercle intérieur du martinisme.)

 

Notons que la rose + croix est une très vieille tradition. En voici une représentation mérovingienne, que Guénon avait repris :

 

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Sans prétention aucune, voici quelques illustrations, qui n'ont pas nécessairement de liens directs avec les salons :

 

Cette image est celle de la page de couverture de la partition musicale d’Erik Satie (1866-1925, il ne fut pas franc-maçon), « Sonneries de la Rose + Croix », comportant 3 pièces, et qui furent jouées à l’inauguration du premier Salon Rose+croix, dit esthétique, de Paris, en 1892.

 

 

 

 

Et voici la très belle affiche de ce salon réalisé par le dessinateur suisse Carloz Schwabe (1866-1926). Originellement, elle est dans les tons bleu et blanc pour donner une idée de pureté. Ensuite, elle fut produite dans d’autres tons plus chauds.

 

 

 

Source Wikicommon; Museu Nacional de Belas Artes do Rio de Janeiro

 

Toujours de Carloz Schwabe. Il fut un peintre symboliste de premier plan. Il était né allemand, naturalisé Suisse et vécut en France. Une de ses œuvres les plus citées est « La mort et le Fossoyeur » (1890, voir plus haut). Ici le « Jour de morts » (1892). Il illustra également des œuvres de Charles Baudelaire et d’Émile Zola. Apparemment, il aurait rejoint le mouvement-loge Kvmris (?), qui fut une implantation belge du mouvement martiniste de Papus.

 

 

 

Frontispice du livre de Darzens : L’amante du Christ.

 

Celle-ci représente une gravure de Félicien Rops, dont les tendances symbolistes sont généralement présentes : « L’amante de Christ ». Remarquez les roses qui coulent le long de la chevelure. Il s’agit bien sûr de Madeleine que l’on retrouve plus loin (tiré du Frontispice du livret de la pièce de théâtre éponyme de Rodolphe Darzens). C'est notamment ce dessin qui aurait valu à Rops d'être exclu par Peladan des Salons Rose+Croix, car blasphématoire du Christ.

 

 

 

Source wikicommon; Neue Pinakothek Munich

 

Fernand Khnopff (1858-1921) était un peintre symboliste belge, féru d’occultisme, ami de Papus et moins de Peladan. Il fut membre du mouvement-loge martiniste Kvmris à Bruxelles. Joel Goffin en propose une discussion. Le tableau « I lock my door upon myself » fut construit à partir d’un poème de Christina G. Rossetti, « Who shall deliver me? ». Ce tableau fit sensation au deuxième Salon Rose+Croix de Paris en 1893.

 

 

 

Source Wikicommon ; Collection N. Manoukian, Paris

 

Ici l’illustration du poème de Christina Rosetti par Khnopff (1891), que l’on pourrait rapprocher du tableau de Delville « Mysteriosa ».

 

 

Musées royaux des Beaux-arts de Belgique

 

Et voici un tableau ésotérique de Jean Delville, peintre symboliste belge, il s’agit de la « Mysteriosa, un portrait de madame Stuart Merrill » (1892). C’était également un symboliste, théosophe et occultiste, ami de Papus, Gaïta et Peladan; il deviendra franc-maçon plus tard, en 1903, aux Amis Philanthropes de Bruxelles. Ses œuvres dominèrent le 3e Salon Rose+Croix à Paris de 1894.

 

 

 

Source Musée De Reede, Anvers

Source Musée De Reede, Anvers

 

Les deux versions de Madeleine par Félicien Rops sont bien connues. Elles se retrouvent apparemment affalées sur une sorte de rose, dans une posture, soit active, soit désespérée. Elles font face à une croix supportant, pour celle intitulée « Sainte-Madeleine », la plénitude de la chair, et pour celle intitulée « Madeleine », le poids de la chair.

 

 

Source wikicommon; Musée d'Orsay

 

Galatée de Gustave Moreau (1826-1898), peint en 1880, est une œuvre qui influença plus tard les surréalistes. Moreau fut un des premiers peintres symbolistes. Vers la fin de sa vie, il eut comme élèves, par exemple, Rouault ou Matisse. Fort présent aux salons rose-croix, il ne semble pas qu'il ait été franc-maçon. Un musée à Paris lui est consacré.

 

 

 

Source wikicommon ; Musée Carnavalet de la Ville de Paris

 

Et voici l’affiche de l’avant-dernier salon Rose-Croix esthétique de Paris. L’affiche est de Leonard Sarluis (1874-1949) avec Armand Point. Persée tranche la tête de Méduse, une des trois Gorgones qui pétrifient d'un simple regard. Celle-ci a les traits d’Émile Zola. Pour les symbolistes, il fallait mettre à bas l'oppression du naturalisme (réalisme) symbolisée par Zola (la décadence matérialiste, cf plus haut). Ceci a valeur de manifeste. L’affiche fit scandale, ce qui était un des effets recherchés !

 

 

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Voici la première sonnerie : air de l'Ordre.

Rédigé par Christophe de Brouwer

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