Arnott Walker-Arnott, le Royal Arch et Namur

Publié le 9 Octobre 2022

 

1845

L'histoire du Royal Arch écossais à Namur, du moins dans une approche individualisée, ne s'arrête pas, à peine esquissé, dès les premier pas de la loge dans les années 1760.

Une bonne dizaine d'années après les débuts de la période belge (1830 et ensuite), on a pu croire que le Rite primitif dit de Namur allait s'étendre. En effet Joseph Walter avait repris le travail maçonnique et grâce aux contacts suivis entre lui, le frère François-Joseph Beckers [1]), et George Arnott Walker Arnott, des liens entre la loge La Bonne Amitié d'antan et l’Écosse purent être noués.

Joseph Walter était à ce moment le Grand Maître (et le dernier) du Rite Écossais Primitif. Il avait succédé à son ami, le prince Charles-Alexandre de Gavre, ancien préfet de Seine et Oise (Versaille) sous Napoléon et ancien Grand Maréchal de la cour sous Guillaume 1er.

Pendant la période hollandaise, après quelques difficultés, Joseph Walter participera très activement à l’administration des Universités, notamment à la création de l'Université de Liège, mais aussi à l’organisation de la Grande Loge d’administration méridionale du Grand Orient des Pays-Bas comme ‘grand secrétaire’. La révolution belge fut fatale à sa carrière, il se consacra dès lors à l'écriture et à la maçonnerie.

 

 

George Arnott Walker Arnott (1799-1866) débuta par des études d'art, puis de droit à Édimbourg, études qu'il termina en 1821. Il suivit en même temps des études de botanique, et c'était comme botaniste écossais qu'il va acquérir une renommée mondiale. Il devint professeur titulaire à l'Université de Glasgow en 1845. On le vit travailler en France à Paris en 1821 durant deux mois ; il y revint en 1825, puis se rendit à Montpellier, à Avignon et dans les Pyrénées. Apparemment, il parlait avec aisance le français, il publia d'ailleurs dans les « Mémoires de la Société d'Histoire Naturelle de Paris » en 1823 (en français et en latin). Il devait connaître la Belgique puisque le « Jardin Botanique National » belge conserve toujours un grand nombre d'échantillons de phyto-plancton récoltés par lui. Il voyagea beaucoup, par exemple en Espagne ou en Russie (il apprit le russe).

Sa vie maçonnique allait être mouvementée. Les meilleures sources se trouvent probablement dans le second livre de George Draffen sur « The Royal Order of Scotland, the second hundred years » et dans l' « History of Royal Arch Masonry ». Il était un passionné des grades, et en fera une large collection ! Il fut reçu dans le « Royal Order of Scotland » en 1841. Alexander Deuchar lui demanda de l'aider dans la création d'un « Grand Council of Rites », dans lequel différents rites seraient placés. Il voulait y inclure notamment le REAA et créa des "33è" à cette fin dès 1845. Il se heurta de front à Charles Morisson de Greenfield qui mit en doute la régularité du REAA qu'il pratiquait. Ce dernier créa de son côté le Suprême Conseil d'Écosse en 1846. À son décès en 1849, les deux branches purent se rejoindre et Arnott intégra le Suprême Conseil en 1851.[2] Ce ne furent pas ses seules mésaventures. En effet, en 1862, il était « Grand Surentendent of the West of Scotland » (Royal Arch). Le « Supreme Grand Royal Arch Chapter » écossais lui demanda d'examiner une plainte, ce qu'il fit et le voici accusé d'avoir excédé ses pouvoirs ; il fut suspendu en 1863 pour cette raison. Il résigna dès lors l'ensemble de ses fonctions dans le système, et provoqua une scission de six Chapitres qui formèrent un « General Grand Chapter », lequel retourna dans le corps principal à la fin des années 1860, suite au décès du Dr Walker Arnott en 1866.[3]

 

 

Dans un petit fascicule de huit pages, datant de 1932, pour fêter le Xe anniversaire du relèvement de ses colonnes, le Chapitre namurois de l’Intérieur du Temple réalisa une « Exposition de Reliques, Archives et Souvenirs ». On y trouve, page 6, les pièces suivantes :

 

Grande Maîtrise du F Walter.

Piece 26 : Liv  d'Or du Gr Chap

Voir spécialement l'init au 33è gr du Rit Écoss Prim du F Walker Arnott, de la loge d'Édimbourg.

Piece 27 : Pièces relatives aux négociations ouvertes entre Édimbourg et Namur.

Piece 28 : Notice nécrologique sur le F Walter. 1843-1846.

Correspondance échangée entre les Frères Walker Arnott et Beckers.

Projet de Loge provinciale écossaise en Belgique. Réforme des Hauts Grades.

Assemblée générale des Rose Croix.

 

Chapter Caledonian n°61 Royal Arch.

Piece 29 : Lettres patentes de Constitution délivrées par Édimbourg, 21 mars 1845.

Piece 30 : Liv d'Or du Chap de Royal Arch 1845-1848.

Pièce 31 : Diplômes écossais de Maç Royal Arch.

Pièce 32 : Rituels de Royal Arch.

 

 

Et effectivement, dans les « Laws of the Supreme Grand Royal Arch Chapter of Scotland », on trouve, mentionné sous le n°61, le chapitre « Caledonian, Namur, 1845 ».[4]

C'était un échange de bons procédés, les namurois de l'époque devaient en être fiers, car ils pensaient que leur rite allait s'étendre. En effet George Arnott Walker Arnott va l’inclure dans son « Grand Council of Rites » :

« On june 4, 1845, there was a meeting of the 'Supreme Grand Council of Rites' under the guidance of its Grand President, George Walker Arnott, LL.D., of Arlary, who had lately been the means of introducing into the Council the 'celebrated Rite Primitive de Namours'. […] Dr Arnott must have been a perfect glutton for degrees, as this year, according to the Freemason's Quartely Review, vol xii, p 349, he not only introduced the Ancient and Accepted Rite (33 degrees) and the Rite Primitive of Namours (33 degrees), but also the Order of Mizraim (91 degrees) and the Rite d'Heredom of Perfection ».[5]

 

 

Cependant l'aventure « Caledonian » namuroise sera relativement brève.

 

En effet, le Chapitre de Royal Arch ne survivra pas longtemps à la période qui suivit la révolution de 1848 (en France), ni la mise en place, cette même année, de l’Association libérale en Belgique qui permit la constitution de gouvernements libéraux pour une bonne vingtaine d’années.[6] Dès ce moment, les mentalités étaient en train de changer, la loge se tourna plus résolument vers l'extérieur, et notamment les activités politiques et sociales prirent de l'ampleur.[7] L’anti-catholiscisme envahira progressivement les esprits parallèlement à la montée et la coordination des différents mouvements catholiques sur le plan politique.

 

 

Quelques données concernant le Chapitre namurois :

 

« Constitué par le Grand et Suprême Chapitre de Royale-Arche d’Édimbourg, le 21° j∴ de Mars 1845 AD, AL 5845. Ce Chap∴ a été installé à Namur le 27° j∴ d’Avril 1845, il se compose des quatre Grades suivants :

1° Mark-Master ; 2° Past-Master ; 3° Most Excellent Master et 4° Royal-Arch ».[8]

 

Les frères repris sur la patente de création du Chapitre, qui existe toujours en Écosse (dans les archives de la Juridiction) sont : « Godefroid Lonhienne, François Piéton, François Kegeljan, Joseph Beckers, Louis Didot, Louis Briard, Adolphe Fétis, Jules Darrigade et Édouard Fischer.

 

Les signataires étaient :

George Arnott W. Arnott, Dep. Z acting as M.E.Z.

The Right Hon. The Earl of Strathmore , M.E.H.

Colonel John Kinloch of Kilry, M.E.J.

 

On retrouve sur les documents écossais encore quatre noms : Henri Lambotte, Joseph Dandoy, Alphonse Gerard et Constant De Francquen.[9]

 

 

Penchons-nous sur quelques noms.

Adolphe Fétis, receveur à l’enregistrement à Bruxelles. Il avait été président de la loge entre 1841 et 1843 ; Louis Lonhienne, avocat à Dinant, avait été président tant de la loge namuroise en 1828 que de l’éphémère loge dinantaise Les Enfants de la Bonne Amitié ; Joseph Beckers, juge de paix à Namur, s’était affilié en 1821 et fut président de la loge en 1847 ; Louis Didot, notaire à Bouvignes, avait été initié en 1830 ; Henri Lambotte, professeur à l’athénée de Namur, il fut président de la loge de 1844 à 1846 et de 1848 à 1850 ; Joseph Dandoy, directeur du gaz à Namur, initié en 1840, fut trésorier de la loge ; Alphonse Gerard était greffier de la justice de paix à Namur et imprimeur, il fut le président de la loge de 1860-2 et 1864-6 ; Constant De Francquen était juge de paix à Fosses-la-Ville et avait été président de la loge en 1851-3 et 1857-9.

 

 

Une partie des rituels manuscrits nous sont parvenus, par contre leur transcription dactylographiée, réalisée par les soins du Suprême Conseil de Belgique (peut-être à l’instigation de Goblet d’Alviella), vers 1915, est complète. Ils se trouvent actuellement dans les archives du Suprême Conseil pour la Belgique (rue Royale). Les rituels manuscrits, en français, comportent encore beaucoup d’anglicisme, ce qui trahit leur origine. Ils datent très probablement de 1845 ; ils sont parmi les plus anciens qui soient parvenus du Supreme Grand Royal Arch Chapter of Scotland.

 

Ils se composent donc de 4 grades.

  • Maître de la Marque.

  • Passé-Maître.

  • Très Excellent.

  • Royale Arche.

 

Notons que la Juridiction écossaise de Royal Arch abandonna le degré de Past-Master ou Passing the chair (Passé Maître) en 1864.[10]

 

 

Références:

1Il s’agit de François-Joseph Beckers, un Dinantais, avocat et juge de paix à Namur, qui fut un des moteurs de la relance de la loge suite à l’indépendance belge en 1830. Il était au 23e grade du rite primitif en 1825, sa progression étant régulière, il était au 32e degré au moment de la relance de la loge en 1836.

2 Alain Bernheim, Notes sur la création des suprêmes conseils d'Irlande, d'Écosse et d'Angleterre. http://www.freemasons-freemasonry.com/bernheim_convent_annexes05.html (lu le 22 juillet 2013).

3 General Grand Chapter Royal Arch Masons, USA (Turnbull-Denslow) : Draffen, History of Royal Arch. Masonry, 1956. , pp 84-86.

4 Laws of the Supreme Grand Royal Arch Chapter of Scotland, 1869, Edinburgh, p 85.

5 Whitaker. Origin and Progress of the Supreme Council 33d Degree of the Ancient and Accepted Scottish Rite for England, Wales, the Dominions and Dependenties of the British Crown, Oxford University Press, 1933, p16.

6 Fernand Clement. Contribution à l'histoire de la R ∴ L ∴ La Bonne Amitié , op cit, p 255.

7Jeannine Lothe. Paupérisme et bienfaisance à Namur au XIXe siècle 1815-1914. Crédit Communal de Belgique, Pro civitate, série in-8e, n°51, 1978.

8En-tête des rituels namurois du Chapitre Royal Arch Caledonian n°61. Ces rituels se trouvent dans les archives du Suprême Conseil pour la Belgique, rue Royale. Je remercie ici Jacques H. de me les avoir fait découvrir.

9Jacques Huyghebaert. Le Chapitre « Caledonian » n°61, constitué à Namur en 1845 sous l’obédience du Suprême Grand Chapitre de Royal Arch d’Écosse. Édition personnelle, 1995.

10 Turnbull-Denslow. History of Royal Arch. Masonry. Tome 1. General Grand Chapter Royal Arch Masons, USA, 1956, p 104.

 

 

J'ai déplacé les préambules ici: "Ma pauvre Loge".

Rédigé par Christophe de Brouwer

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