Documents 8 : Le CLIPSAS ... un machin pour demain ?

Publié le 23 Juillet 2013

 

Le CLIPSAS (Centre de Liaison des Puissances maçonniques Signataires de l'Appel de Strasbourg) a le mérite … d'exister depuis le 22 janvier 1961 ! (voir également ici!)

 

Citons les 11 obédiences fondatrices: GOdF, GOB, GLTSO, GLI, GOS, GOL, GO_Liban, Deutche Grosse Loge AFAM, Loge indépendante de Vienne (GO d'Autriche), GL-Pays-Bas, GO fédéral d'Espagne (certaines auront disparu entre-temps).

 

 

Une anecdote !

 

Encore jeune maçon, je fus désigné comme « député » de ma loge aux « Assemblées générales » du GOB, l'organe de décision. Celles-ci se réunissaient le dimanche matin. (La « Grande Commission » étant l'organe qui gère et le « Collège des VM » étant l'organe de consultation et courroie de transmission par excellence.)

 

Simultanément, feu Nicolas Bontyes (1928-2004) fut désigné GM du GOB (1981-84). C'était un grand maçon. Et durant un nombre certain de dimanche matin, -nous partagions la même loge-, j'allais chez lui. J'y laissais ma petite voiture. Je me mettais au volant de sa grosse BMW (?! aaah cliché, quant tu nous tiens!), de façon à le conduire aux « Assemblées générales » qu'il présidait et auxquelles je participais. Puis je le ramenais chez lui en bord de Sambre. C'était un vrai privilège qu'il m'accordait, et des moments intenses pour moi de discussions, en cours de route, concernant les sujets les plus divers, dont évidemment la franc-maçonnerie belge et en général.

 

Quels souvenirs :-)

 

Au cours de ces discussions, il me parlait parfois de sa passion pour le CLIPSAS qu'il présidait (1982-85).

 

Ce petit article est donc aussi un hommage à ce maçon qui avait une vue stratégique de la Franc-maçonnerie mondiale et qui désirait tant une ligne claire (nous sommes au pays de la « ligne claire », avec Tintin, grand reporter!!!) pour cet organisme inter-obédienciel. Il pensait que les positions des uns et des autres devaient être correctement énoncées, sans ambiguïté. Lui-même était d'une fermeté absolue sur ses engagements maçonniques et leur hiérarchie (car il y en a une). Que cela seul pouvait permettre d'entamer des négociations et des accords. Il sera un des artisans du rapprochement avec la GLB qui vivait une scission douloureuse (1979). Ce n'était pas facile à l'époque, car la mémoire des événements de 1959-60 était encore vive, et beaucoup de frères pensaient que le moment de la revanche avait sonné pour ceux restés fidèles au GOB. Avec sa force de caractère peu banale (ce n'était pas un tendre dans les discussions !) et ses convictions sans faille, il passera à travers tout. Le chemin de l'exclusion n'est pas un chemin maçonnique ! Et l'avenir lui donnera totalement raison.

 

Encore merci Nicolas.

 

 

 

Les étapes d'une rupture

 

Fin 1959, le Grand Orient de France publiait un opuscule de 19 page: "les étapes d'une rupture".

 

  • Il y eut en septembre 1958, une réunion à Paris des Grands Maîtres de la Convention de Luxembourg (dont faisait partie la GLdF depuis 1956). A la séance de clôture fut invité le GM du GOdF, à qui Davidson fit une déclaration au nom de tous les GM, où le GADLU n'était que "pur symbole". Sur cette base, le Convent du GOdF donna mandat au Conseil de poursuivre les négociations pour un rapprochement entre les 3 obéidences (GOdF, GLdF, GLNF).
  • Puis vint la réunion de Bruxelles d'octobre 1958. Si le GADLU restait d'interprétation relativement libre, néanmoins le livre sacré devait être "saint", il ne pouvait être dès lors ni les constitutions d'Anderson, ni un livre blanc.
  • En décembre 1958, sans concertation, la GLdF envoya à la GLNF et au GOdF un projet de "Grand Conseil des Grandes Loges Unies de France". L'expérience bruxelloise avait cependant montré que le GADLU et le livre sacré n'était pas que des "purs symboles".
  • En mai 1959, la GLUA menaça de rompre avec les Grandes Loges Unie d'Allemagne et la GL suisse Alpina, si elles établissaient des relations avec la GLdF.
  • La GLdF presse alors le GOdF d'adopter, avant tout accord, l'invocation au GADLU et la présence du Livre Sacré. Par décision du 14 juin 1959, le Conseil du GOdF décide de mettre fin aux pourparlers engagés, car, écrit-il, "le GO de France ne peut accepter une soumission à aucun symbole pouvant avoir ou être supposé avoir un caractère dogmatique".
  • La GLS_Alpina établira alors la déclaration suivante (revue Alpina 8/9 août/septembre 1959): "Contrairement à nos symboles, avec lesquels nous travaillons et que nous pouvons revêtir à notre gré de multiples significations, le GADLU est une entité éminnement réelle. Sous ce titre, le FM adore Dieu en tant que créateur de toutes choses et en tant que principe organisateur de l'Univers."
  • Le GADLU "pur symbole" disparaissait donc totalement du langage de la Convention de Luxembourg (finissante)!
  • Le GM Richard Dupuy, durant le banquet de clôture du Convent du GOdF du 11 septembre, n'hésita pas à dire "Mon devoir et l'intérêt de la GL voudraient que je demande la rupture avec le GO. Mais je ne le ferai pas par affection pour mes FF du GO."
  • Une semaine plus tard, le 19 septembre 1959, lors du Convent de la GLdF, le GM Richard Dupuy proposait et obtennait par 171 voix contre 62, la rupture des relations avec le GOdF.

 

 

 

Comptage des Grandes Loges ayant gardé des liens avec le GOB

Je pensais qu'il serait facile de réaliser ce comptage et d'examiner le déclin progressif ou brutal des ruptures des relations interobédiencielles avec le GOB avant 1959. Je fus surpris par le "foutoir" des comptages!

 

Jugez-en!

Dans un opuscule de 1928 (Un Effort, de la PIER de Liège, 5928), les chiffres avancés sont les suivants: 89 puissances en 5871; 34 en 5926. Dans la diminution, il faut compter les 9 GL allemandes qui avaient fait l'objet d'une rupture des relations à cause de leurs comportements lors de la guerre 14-18. Et parmi les 34, il y avait 12 GL des E.U.

Dans les Cahiers du GOB de 1961 (3-4), le comptage donnait 62 obédiences en relation (reconnaissance) avec le GOB pour l'année 1935-36, dont toujours les 12 GL américaines et pas de GL allemandes.

C'était l'époque de l'Association Maçonnique Internationale (1921-1940-1950) dans laquelle le GOB était actif.

Le rapport de la commission des relations extérieures fait mention, pour l'année 1957, de relations avec 23 obédiences. Les relations furent interrompues avec 6 obédiences disparues dans la tourmente. Puis il y a les relations qui n'avaient (toujours) pas été reprises depuis la guerre 40-45, cela concerne 21 obédiences.

Les relations avec les GL allemandes n'avaient pas évolué, elles étaient donc restées inexistantes depuis la 1ère guerre mondiale À ce sujet et pour mieux comprendre, la lecture de l'opuscule (1920) concernant Charles Magnette, GM durant la 1ère guerre mondiale, et ses relations avec les GL allemandes sont très éclairantes sur le ressenti des maçons belges concernant la franc-maçonnerie allemande à cette époque. Nous devons également souligner les meurtres systématiques des responsables francs-maçons belges durant la 2ème guerre: George Petre (SGC SCdB), Émile Lartigue, Raoul Engel, François Bovesse, Jules Hiernaux (GM GOB), Jean Dopchie, etc.

 

A titre de comparaison, mais notre époque a connu une multiplication d'obédiences (parfois/souvent des micro-obédiences), le Clipsas comptait en 2012, 72 Grandes Loges. Le GOB est en relation avec ces GL puisque membre du CLIPSAS, mais aussi avec de nombreuses autres qui ne sont pas ou plus membres du Clipsas, telles que la GLTSO, la GLFF, DH-International, GLdF, etc. Pour le GOdF, le calcul sera assez identique. Un article de Koch donne 98 GL avec lesquels il y a correspondance: mais, attention, correspondance administrative ne veut pas dire reconnaissance (l'article en question induit en erreur). Ceci dit, tant pour le GOdF, que pour le GOB, le chiffre de reconnaissance mutuelle entre GL ou GO devrait tourner autour de 100.

Tout cela est cependant très relatif. Dans les pays où j'ai travaillé -notamment au sud-, j'ai toujours trouvé, lorsque je le souhaitais, un atelier qui acceptait de me recevoir es qualité, sans que je sache la réalité des rapports de son obédience avec la mienne.

 

 

 

Les débuts du CLIPSAS.

 

Dans l'article de présentation du « colloque de Bruxelles » de 1958, outre le discours du GM George Beernaerts (GOB), j'y ai placé un extrait du discours du GM Marcel Ravel (GOdF) qui annonce une initiative. Nous sommes en 1960. Car effectivement, avec clairvoyance, les GM du GOdF et du GOB, et leurs Commissions respectives, constatent leur isolement profond (par rapport à la situation d'avant-guerre) pour des raisons (des délits) de conviction. A titre personnel, je suis admiratif des maçons de mon obédience et du GOdF de cette époque pour la qualité de leur courage et la clarté de leurs engagements.

 

 

Mais les originaux valent plus que de long discours, et je place donc ici trois documents :

 

  • Le discours de 1960 du GM Marcel Ravel du GOdF (septembre 1960) (Il est entier, car plusieurs parties devraient intéresser particulièrement nos amis français et pas seulement).

  • La déclaration commune du GOdF et du GOB qui s'en est suivi (novembre 1960) (en avant propos, un texte fort intéressant sur la laïcité, également de Marcel Ravel).

  • La déclaration de principe du CLIPSAS (janvier 1961) (dans les annexes, les différents landmarcks à comparer aux principes du CLIPSAS).

 

 

Ensuite … fin des années 90, les espoirs seront déçus, les dissensions d'une trop jeune organisation, qui aura grandi trop vite, auront quasi détruit celle-ci, avec la création, par une partie des membres fondateurs, de l'AMIL (Association maçonnique internationale libérale) qui n'existe plus actuellement.

 

 

Aujourd'hui, les anciens sont revenus, sauf la GLTSO qui parcourt une route parsemée des vilaines graines de l'exclusion maçonnique. Peut-être que cette belle obédience retrouvera le chemin de la véritable universalité, car nous avons besoin d'elle et du rappel constant qu'elle nous propose, portant sur un symbolisme au contenu plus spiritualiste et la diversité des pratiques maçonniques ?

 

 

Mais il est également évident, pour moi, qu'une redéfinition de la maçonnerie libérale/adogmatique devient une urgence. La maçonnerie d'aujourd'hui a plus que jamais besoin de cette « ligne claire », enthousiasmante, et qui prépare l'avenir. Et pourquoi pas à travers le CLIPSAS, cela donnerait raison à notre frère & GM Nicolas Bontyes ... et sa passion !

 

 

 

 

« Les lendemains qui nous attendent, ne relèvent d'aucun déterminisme et d'aucune fatalité. Ils ne seront pas les jours voulus par la Providence ou ceux préparés par les soins d'une quelconque magie. Nos lendemains seront ceux que nous aurons faits, si nous savons à l'avance, c'est à dire à temps, les prévoir et les préparer.

[…]

Car savoir n'est pas tout. Il faut comprendre et d'abord vouloir comprendre. Il faut aimer aussi, vouloir aimer. »

 

(extrait des conclusions du GM Marcel Ravel dans son discours de montée en charge, 1960.)

 

 

 

 

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Rédigé par Christophe

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