La diversité du REAA

Publié le 2 Juillet 2015

 

Je vous propose à nouveau un petit voyage aux États-Unis !

Précisément dans le Massachusetts, décidément très présent pour la maçonnerie américaine !

 

A Pittsfield qui se situe à l'extrême ouest de cet État. Cette localisation rendait la communication avec Boston un peu difficile pour ce début de XXème siècle, et dès lors la nécessité d'offrir plus localement des possibilités de side-degrees du REAA se faisait plus pressente.

 

Et en effet, en 1916, un Chapitre Rose-Croix s'y créa. Ils vont donc fêter leur 100ème anniversaire !

 

Cette création fut la raison de la plaquette que je vous mets en annexe, qui doit dater à peu près de la même époque. Pour les grades supérieurs, il fallait aller à Springfield (plus proche de Pittsfield que de Boston) qui venait, apparemment, de créer un Consistoire (32è).

 

Les États-Unis ne rentrèrent en guerre qu'en 1917, et ce fait est majeur, puisque non seulement ils apportèrent une aide assez décisive pour l'issue de cette guerre, mais également, le centre de gravité du monde passa de Londres à Washington.

 

Cette plaquette nous montre certaines manières de faire le REAA, du moins jusqu'au 18ème. Il y a une loge de perfection jusqu'au 14ème (ancienne maçonnerie), ensuite un Conseil des Princes de Jérusalem (15è-16è) et enfin un Chapitre Rose-Croix (17è-18è).

Se trouve, dans cette plaquette, à chaque fois, un bref résumé de contenu.

 

On était encore assez loin de l'image actuelle de la maçonnerie américaine, où aujourd'hui, de façon un peu caricaturale, mais pas si fausse, on devient Maître le premier jour et 32ème, le second. Ensuite on devient Shriner. Ceci n'empêche d'ailleurs pas de travailler par après aux divers degrés du Rite, ce qui constitue en soi une manière très égalitaire de faire.

 

Si le REAA est le rite le plus répandu dans le monde, il recouvre en fait des traditions et façons de faire qui peuvent être extrêmement différentes. Il n'y a pas un REAA, mais des REAA qui utilisent une trame sans doute assez ressemblante, mais dont les contenus peuvent être très différents. Et c'est fort bien ainsi.

 

Le problème vient, lorsqu'une Juridiction se prétend la seule détentrice de la « vérité » et de la « tradition ». Dès ce moment elle devient dogmatique et le dogme a toujours été un instrument puissant de division, notamment maçonnique.

 

 

A cette époque, le SGC du Suprême Conseil (REAA) de la Juridiction nord américaine est Barton Smith (1852-1935), il est repris en tête de liste sur la plaquette. Ce fut un juriste très respecté. Il fut reçu en franc-maçonnerie en 1876, il venait d'avoir 24 ans. Il devint SGC de 1910 à 1921. Il fut très actif sur le plan international, et participa à la réunion des Suprêmes Conseils à Bruxelles en 1907, puis à Washington en 1912 et enfin à Lausanne en 1922.

 

 

Ceci me permet de faire le lien avec Eugène Goblet d'Alviella (1846-1925), maître d’œuvre de la réunion de 1907, il était alors SGC du Suprême Conseil de Belgique. Il réussira à réunir un grand nombre de Suprême Conseil (SC), dont les deux américaines, à l'exception notable des trois SC des Îles britanniques, qui lui envoyèrent cependant officiellement un message de sympathie et de réussite, et celui du Grand Collège des Rites du GOdF (cf l'affaire de Louisiane de 1868).

Peut-être en compensation, les Anglais proposèrent-ils à Goblet d'Alviella de faire partie de leur loge de recherche « Quatuor Coronati » ?

 

Eugène Goblet d'Alviella fut une personnalité controversée, parce qu'il a fait le grand écart, sans jamais renier les deux pôles. A la fois respectueux du GOB dont il sera Grand-Maître et ses caractéristiques maçonniques très proches du GOdF, il poussa également le balancier dans l'autre sens, beaucoup plus traditionaliste. Sa Loge "les Amis Philanthropes", alors qu'il en était le Président, en 1894, se cassera en deux parts égales. Il fondera la Loge des "Amis Philanthrope n°2", loge qui se voulait plus traditionaliste.

C'est l'époque où l'Université libre de Bruxelles vivait un affrontement très dur entre progressistes et conservateurs, qui va la casser également en deux parties, ici très inégales, avec la création de l' « Université Nouvelle » dans laquelle on trouvera en première ligne des membres des « Amis Philanthropes », nouvelle version, avec par exemple Henri Lafontaine, futur prix nobel de la paix (1913). La re-fusion des deux Universités interviendra au sortir de la 1ère Guerre. Ces deux événements sont évidemment intriqués, compte tenu de l'importance des Amis Philanthropes dans la création et la gestion de l'Université libre de Bruxelles de cette époque.

Notons que la plupart des Loges issues des Amis Philanthropes historique font toujours partie du GOB.

 

Aujourd'hui encore, ce double pôle des « Amis Philanthropes historique » est parfaitement visible dans la maçonnerie belge, notamment au niveau des « hauts-grades » (REAA), avec d'un côté le « Souverain Collège du Rite Écossais » (SCRE), Juridiction la plus importante en Belgique, de tendance sociétale plus marquée que les autres, où un Chapitre largement issus de la loge des "Amis Philanthropes" avaient joué un rôle important dans sa création (1960-62), et de l'autre un "Suprême Conseil de Belgique" (Persil, 2002), assez neuf malgré les apparences du nom, où la Loge «Les Amis Philanthropes n°2" avait également joué un rôle important dans la création d'un des deux pôles constitutifs (SCPB-Persil-1969). Selon vos goûts, voyez le schéma REAA, ou le schéma Suprême Conseil.

 

 

Il semblait amusant de partir d'une petite ville de l'ouest du Massachusetts, de cheminer ainsi librement, pour montrer que les divisions que nous connaissons actuellement, sont en fait très anciennes, les couches successives n'arrivant plus à ce superposer précisément les unes aux autres, accentuant sans cesse les différences, ce qui en soit est un bien, mais qui se traduit le plus souvent en divergeances montrant une image éclatée de la maçonnerie mondiale.

 

 

Petite bibliographie

 

  • Eugène Goblet d'Alviella (Dirigé par Alain Dierkens). Édition Université de Bruxelles. 1995.
  • Histoire d'une loge : Les Amis Philanthropes. De 1876 à 1998. 1999.
  • Carlo Lucq. Regard sur la maçonnerie nord-américaine. Trigonum Coronatum. Annales n°10. 2002.
  • Aloïs HL. Histoire du Souverain Collège du Rite Écossais pour la Belgique. Éditions Maçonniques de France. 2002.
  • Contribution à l'histoire des hauts grades maçonniques en Belgique. Les cahiers du Chapitre Libre et Souverain des Amis Philanthropes. Cahier n°19. 2006.
  • Christophe de Brouwer et Raphael Lagasse. Pierre-Joseph Proudhon et l'Université libre de Bruxelles. Éditions de l'UAE. 2013.

 

 

 

 

Invitation, elle date de 1917

Invitation, elle date de 1917

Pittsfield_Chapitre

Rédigé par Christophe

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Pierre Noël 03/07/2015 14:59

Christophe parle d'"opacité".
Elle n'existe pas. Il faut poser les questions aux bonnes portes.

pn

Christophe 10/07/2015 10:12

J'ai donc corrigé les chiffres, merci. Je pense qu'on arrive à une estimation des uns et des autres qui devient proche de la réalité :-) J'ai placé le renvoi vers deux schémas explicatifs de l'organisation des Hauts-Grades masculin en Belgique en fin d'article, ils sont sur le fond identique, l'un est basé sur la pratique du REAA et l'autre sur le filiation des Conseils 33è dirigeants (les Suprêmes Conseils 33è). Les schémas ne sont évidemment pas neutres!

Pierre Noël 02/07/2015 21:48

J'espère que les chiffres avancés pour le SCRE et le SCPB-Persil sont moins erronés que ceux attribués au SCPB-rue Royale.

P.Noël

Christophe 03/07/2015 08:47

Je ne demande pas mieux de corriger, mon estimation pour le SCPB-rRoyale est basse, mais l'opacité fait ... qu'on fait comme on peut.

Pour le SCRE-Laeken, la donnée est correcte et ne comporte pas de doublon (appartenance à plusieurs loges: chapitre, areo, cis, etc.). Dans un premier temps, la donnée qui me fut fournie était de 2800, puis ce fut correctement corrigée en un peu plus de 2600, après avoir supprimé les doublons-sortis, et en ne prenant en compte que le niveau d'entrée dans la Juridiction. C'est un travail de fourmis et cela donne un ordre de grandeur du cumul-doublon d'une même personne dans les comptages et d'une mauvaise prise en compte des personnes sorties. Ce n'est pas simple à réaliser, bravo pour ce travail.

Pour le SCdB-Persil, les données que j'ai pu recueillir, varient entre 1800 et 2100. J'ai mis le premier chiffre qui me fut communiqué.

Pour le SCPB-Liège, cela semble se situer entre 400 et 500, ici aussi j'ai mis le premier chiffre qui me fut communiqué.

Le problème dans ces comptages est précisément ce cumul-doublon-sortie d'une même personne qui se trouvent dans plusieurs loges, d'où probablement ces données divergentes et les fourchettes. (Et je ne m'avance pas sur les doubles appartenances entre Juridictions, j'en connais beaucoup.)