Rite Écossais Primitif : Les grades bleus (3)

Publié le 13 Juin 2023

Le rituel de Maître a été rajouté en fin d'article. Il provient du manuscript des "Enfants de la Bonne Amitié" de Dinant (archives de la Loge)

 

(Toutes les très belles gravures, reproduites ici, proviennent du livre de Clavel : Histoire pittoresque de la Franc-maçonnerie et des sociétés secrètes anciennes et modernes. 3e édition, 1844.)

 

Vous trouverez dans les articles précédents 1/ une présentation général du Rite écossais Primitif ici (1), de même que 2/ des considérations plus particulières ici (2).

 

__________________

 

Chapitres

 

Introduction

Apprenti

Compagnon

Maître

Le degré de Maître (3e) par la lorgnette du degré de Passé-Maître (4e) et du Royal Arch

Petit résumé du rituel namurois

Les bois coupés et le maillet

En conclusion du grade de Maître

Rituel de Maître

Références

 

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Introduction

 

Les grades d'apprentis, compagnon et maître du Rite écossais Primitif (dit de Namur) trouvent leurs sources chez les « Ancients ». Les premiers rituels divulgués de cette filiation sont contenus dans le « Three distinct Knocks », publié en 1760. Les rituels namurois sont très proches de cette première divulgation, bien que ceux-ci aient subi quelques altérations ou plutôt des modifications provenant des « Moderns », à la suite d'étapes d'une histoire namuroise connue. Notamment la place des Surveillants se trouvent respectivement pour le premier et le second, au sud-ouest et au nord-ouest, c’est-à-dire dans la position des « moderns ». Ces rituels sont cependant largement conformes aux dispositions habituelles des « ancients », avec la présence de deux diacres, outre les petites et les grandes lumières (l’équerre, le compas et le Livre), un classique de ce système, etc. [1]

 

En effet, lorsque la loge passa sous l'autorité de la Grande Loge provinciale (anglaise, les « moderns ») des Pays-Bas autrichiens en 1777, avec changement de nom ("Parfaite Union" devenant « Bonne Amitié »), quelques concessions furent sans doute à l'ordre du jour. Le mémoire attribué à Maloteau datant de 1776-77 montre qu'il fallut modifier les mots (probablement l'inversion de Boaz et Jackin), ainsi que la place des surveillants, avec le glissement du second surveillant, du midi vers le nord-ouest.

Mais cela semble être les concessions principales apportées aux rituels des grades symboliques lors du passage chez les « moderns », car ceux-ci sont restés, dans leurs structures principales, des rituels des "ancients".

 

Pour les quatre premiers grades, le candidat est reçu « au nom et sous les auspices de la Gr∴ L∴ Métropolitaine d’Édimbourg ». Nous avons vu, dans l’article précédent, ce qu’il fallait en penser. Il n’y a pas d’autres puissances maçonniques évoquées, ni dans les rituels datés de 1812 (qui se trouve au Suprême Conseil pour la Belgique – rue Royale-), ni dans ceux qui apparaissent plus tardifs (archives de la loge, cf article précédent). (L'étude du 4e grade, de passé-maître, fera l'objet de l'article prochain.)

 

Apprenti, compagnon et maître (1er au 3e)

Les rituels des trois premiers grades font partie de la famille des rituels dits écossais.

Les exemples les plus connus sont ceux repris par l’ouvrage de Pierre Noël.[2]

Un autre exemple sont les rituels de la Grande Loge Générale Écossaise qui datent autour de 1805 et sont repris dans un ouvrage sur les débuts du Rite Écossais Ancien et Accepté (R.E.A.A.).[3]

 

François Clavel. Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie

 

Apprenti

 

Le règlement portant sur l’admission d’un candidat est vraiment intéressant et est, à ma connaissance, assez unique dans ‘son genre’. Je retranscris ces préalables dans leur intégralité ici : (Manuscrit des rituels du REP pour les 3 premiers grades, archives de la Loge.)

 

« L’Ordre des Francs-Maçons est une association d’hommes sages et vertueux, dont l’objet est de vivre dans une parfaite égalité, d’être intimement unis par les liens de l’estime, de la confiance et de l’amitié, sous la dénomination de Frères et de s’aider les uns des autres à la pratique des vertus.

D’après cette définition, il est de la sagesse et de l’intérêt de toutes les LL∴ de n’admettre à la participation de nos myst∴, que des sujets dignes de partager tous ces avantages, capables d’atteindre le but proposé, et dont elles n’aient point à rougir aux yeux des Maç∴ de tout l’univers.

Ainsi, lorsqu’il s’agit de l’admission d’un prof∴, la L∴ à laquelle il est présenté doit considérer qu’elle va donner un membre à l’association générale et par là aussi à chaque membre ; qu’une fois admis, les Maç∴ de tout l’univers, de quelque état, qualité et condition qu’ils vivent seront tenus de le reconnaître pour tel ; que par conséquent, il est autant de l’honneur de la L∴ que de l’intérêt dont elle doit être animée pour la gloire et la prospérité de l’Ordre, que cet aspirant soit digne à être présenté à tous les membres de l’association ; il faut enfin que par le témoignage de sa L∴, il mérite d’être accueilli comme leur F∴, comme un homme vertueux qui, en cette double qualité, a droit à leur amitié la plus intime, la L∴ se rendant par l’admission du sujet, garant envers tous les Maç∴ des qualités que cette admission doit faire présumer en ce lieu.

Les LL∴ ne peuvent donc apporter trop de sauvegarde, d’exactitude et de sévérité dans les informations sur les sujets qui leur sont présentés.

 

Section première.

Des Préalable :

  • Aucun profane ne sera admis s’il n’a pas atteint sa 21e année.

  • Un Louveton pourra être reçu à l’âge de 18 ans, et si son père est membre de la L∴ et qu’il en suive les trav∴ il pourra être reçu à 17 ans, même au-dessous, par faveur particulière.

  • Personne en peut être reçu, à moins qu’il ne soit de condition libre, non servile, et maître de sa personne. Un domestique, quel qu’il soit, ne sera admis qu’au titre de F∴ Servant.

  • On ne doit recevoir aucun homme professant un état vil ou abject. Rarement on admettra un artisan fut-il maître, surtout dans les endroits où les corporations ne sont pas établies.

  • Jamais on n’admettra les ouvriers nommés ‘Compagnon’ dans les Arts et métiers.

  • L’admission d’un prof∴ ne pourra être arrêtée que dans la troisième assemblée en comptant celle où sa demande aura été présentée à la L∴.

L’intervalle entre la présentation et l’initiation sera de trois mois ; mais il pourra être réduit à quarante-cinq jours, pourvu que, dans ce temps, il y ait eu lieu trois assemblées générales.

Tout prof∴ qui désirera être reçu, en adressera la demande par écrit à la L∴.

Il en sera de même pour un F∴ qui désirerait être affilié.

Le Vén∴ proposera en la forme qui suit, le prof∴ à l’assemblée et pendant les Trav∴

« Mes FF∴, le prof∴ N… de tel état, avé de …, né à …, demeurant à …, demande à être initié à nos myst∴, à titre de Membre de cette R∴ L∴ il nous a présenté une Requête conçue en ces termes :

(Le Vble donne lecture de la Requête du Candidat.) »

 

Le texte repris ci-dessus provient des archives de la loge, c’est le plus complet. En effet, la loge possède un manuscrit dont la couverture indique la loge des « Enfants de la Bonne Amitié » de Dinant, qui a pratiqué durant sa courte vie (1838-1852) le rite écossais primitif. Ce volume comporte le rituel des trois premiers grades. Il n’indique à aucun moment un nom de loge, l’impétrant est reçu au nom de la « Grande Loge métropolitaine d’Edimbourg », ce qui le situe dans la lignée des rituels se trouvant au Suprême Conseil pour la Belgique (rue Royale, Bruxelles). Il est d’ailleurs quasi identique à ceux-là, circa 1812, bien que ceux-là soient incomplets. Cependant la première santé, lors du rituel de banquet, est à l’adresse de sa Majesté et de sa Majesté la Reine, ce qui le date, soit de la période hollandaise ou de la période belge. Il comporte, par rapport au manuscrit de la ‘Rue Royale’, notamment le règlement des admissions de profanes, ainsi qu’une masse d’autres informations ‘pratiques’. Par exemple, le secrétaire doit réaliser des esquisses (qui seront détruites) et tenir un registre où sont transcrits les esquisses corrigées.

Ce qui nous est transmis est manifestement un héritage de la loge du XVIIIe siècle. Nous y apprenons la triple assemblée pour l’admission de profanes : la première pour annoncer, la seconde pour nommer des commissaires, la troisième pour écouter le résultat de l’enquête et voter. L’admission se réalise par un vote unanime par ballottes. Si le vote ne l’est pas, le candidat est rejeté. Cependant s’il n’y a qu’une ou deux boules noires, un 4e vote est prévu. D’autres votes peuvent suivre s’il ne reste qu’une boule noire et des discussions sont alors souhaitées entre celui qui a placé la boule noire et le président de la loge qui joue un rôle de conseiller, en toute discrétion, pour lever l’hypothèque. Si la boule noire est uniquement liée à une interprétation du règlement, la loge vote la bonne interprétation. Néanmoins, la règle de l’unanimité n’a pas d’exception. Ceci est assez proche des indications de Maloteau (~1776).

 

Si l’âge d’admission est de 21 ans, cependant un louveton ou lowton, on trouve les deux orthographes dans le texte, (ces deux orthographes sont également utilisées dans des loges françaises), peut être admis à l’âge de 18 ans, voire 17 ans, ou même plus tôt (ce qui fut le cas pour Charles-Alexandre, 3e prince de Gavre en 1774-5).

 

L’admission des visiteurs se faisait non seulement par un tuilage, mais aussi par l’examen des certificats présentés par le ou les visiteurs, et par la comparaison des signatures sur le certificat et celui du registre des présences. Il était certainement préférable d’être un visiteur connu.

 

Un détail parmi d’autres, le pied gauche du candidat se trouve dans une pantoufle, ce qui est conforme à ce que nous savons de pratiques du XVIIIe siècle, où les deux pieds peuvent être dans cette position ![4]

 

(Une étude plus complète du rituel du 1er grade a été réalisé par votre serviteur et publiée en 2014 : "Sur la trace des écossais du XVIIIème siècle dans le rituel du 1er grade à l'antique loge de Namur". [5])

 

François Clavel. Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie

 

Compagnon

 

Le rituel est complet, tant celui conservé dans les archives du Suprême Conseil, rue Royale à Bruxelles, le plus ancien (« Marchot »), que celui, manuscrit, conservé dans les archives de la loge.

 

Instruction du 2e degré

D. Êtes-vous compag∴ ?

R. Je le suis, examinez-moi, éprouvez-moi.

D. Où avez-vous été reçu compa∴ ?

R. Dans une L∴ de compag∴ régulière.

D. Comment avez-vous été préparé ?

R. Je n’étais ni nu ni habillé, ni pieds nus ni chaussé. Je fus ainsi conduit à la L∴ par la main d’un F∴.

D. Comment fûtes-vous admis ?

R. Par trois coups distincts.

D. Que vous a-t-on dit ?

R. Qui est là ?

D. Que répondîtes-vous ?

R. Un appr∴ qui a fini son temps et qui demande à être reçu comp∴.

D. Comment espérâtes-vous d’y parvenir ?

R. Par le mot de passe.

D.Avez-vous le mot de passe ?

R. Oui je l’ai.

D. Donnez-le-moi.

R. Schibboleth.

D. Que devîntes-vous ?

R. On me fit voyager du midi à l’est et du nord à l’ouest.

D. Où avez-vous travaillé ?

R.À la construction du temple.

D. Où avez-vous reçu vos salaires ?

R. À la Col∴ B∴.

D. Comment y êtes-vous parvenu ?

R. Par le portique du parvis.

D. Qu’avez-vous remarqué alors ?

R. Deux grandes Col∴ de bronze.

D. Comment les nommez-vous ?

R. J∴ et B∴.

D. Quelle hauteur avaient ces Col∴ ?

R. Dix-huit coudées.

D. Quelle était leur circonférence ?

R. Douze coudées.

D. Quelle hauteur avaient les chapiteaux ?

R. Cinq coudées.

D. De quoi étaient-ils ornés ?

R. De filets de lis et de pommes de grenades.

D. Ces Col∴ étaient-elles creuses ?

R. Oui, Vén∴.

D. De quelle épaisseur était leur enveloppe extérieure ?

R. De quatre pouces.

D. Où furent-elles fondues ?

R. Dans la plaine du Jourdain, dans la terre d’argile, entre Sochot et Sartam, où les vases de Salomon furent aussi coulé.

D. Qui les fondit ?

R. Hiram-Abif, fils de la veuve.

D. Qu’avez-vous vu, lorsque vous fûtes entré dans la loge∴ ?

R. La lettre G∴.

D. Que signifie cette lettre ?

R. Quelqu’un qui est plus grand que vous.

D. Qui est celui qui est plus grand que moi, qui suis Franc-Maç∴ et Maît∴ de la L∴ ?

R. Le Gr∴ Arch∴ de l’Un∴.

 

François Clavel. Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie

 

Maître

 

Le rituel est complet, tant celui conservé dans les archives du Suprême Conseil, rue Royale à Bruxelles, que celui, manuscrit, conservé dans les archives de la loge.

Ce rituel de Maître est bien dans la veine des rituels des « ancients ». Le chemin à parcourir est complexe, un peu différents de celui des Three Distinct Knocks, mais cela reste dans le même esprit. Les éléments qui précèdent et qui suivent le meurtre lui-même sont très charpentés, beaucoup plus que dans le rite moderne ; et dans l’instruction, par exemple, le travail du bois (cèdres) du Liban est bien développé et trouve une suite au 4e degré namurois. Bien que le meurtre ne soit pas réduit à un simple prétexte, néanmoins il n’occupe qu’une partie du rituel et c’est caractéristique des « ancients » du XVIII e siècle.

Le mot du maître est toujours celui des « ancients » : « Mo-a-bon, mot qui veut dire il est presque pourri jusqu’aux os. ».

Notons également cette caractéristique des rituels de maître de ce courant, le mot ne peut être divulgué que lorsque les « trois » sont présents simultanément (roi de Thyr, Salomon et Hiram), ainsi que d’autres caractéristiques qui seront étudiées ailleurs.

 

François Clavel. Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie

 

Le degré de Maître (3e) par la lorgnette du degré de Passé-Maître (4e) et du Royal Arch

 

Le lien entre maçonnerie symbolique et maçonnerie du Royal Arch est relevé par René Desaguliers qui reprend Carlile : « Les compagnons assemblés constituent les côtés de l'arc, représentant Jachin et Boaz, les colonnes du temple de Salomon » dont la triple clé de voûte est représentée par Zorobabel, Aggée et Josuée. L'identification des colonnes de l'arc à J et B tend à disparaître dans des rituels plus récents de Royal Arch à partir du milieu du XIXe [6] .

 

Comme l'explique Harry Carr :

«As to the development of the RA ceremony, there is every reason to believe that it was designed, originally, for Masters of the Lodges or for men who had passed the Chair, and although there is some difference of opinion as to the interpretation of the evidence on this point, there is, in fact, a great deal of valuable evidence to support this view.»[7(En ce qui concerne l'évolution de la cérémonie du Royal Arch, tout porte à croire qu'elle a été conçue, à l'origine, pour les maîtres des loges ou pour les hommes qui avaient passé la chaire, et bien qu'il y ait quelques divergences d'opinion quant à l'interprétation des preuves sur ce point, il y a, en fait, un grand nombre de preuves précieuses pour étayer ce point de vue.)

 

Le lien, quel qu’il soit, entre le Royal Arch dans ses débuts et le 3ème grade est manifestement fort.

 

NB Cryer propose quelques clés explicatives. Il énonce l'idée d'une maçonnerie opérative divisée en deux classes de maçons : ceux qui travaillaient la ligne droite, le « square » et ceux qui travaillaient la courbe (l' « Arch » ou le « compass »), les seconds étant plus habiles que les premiers et représenteraient une classe supérieure. Les classes auraient été divisées en 7 « grades » (une division en 7 classes est proposée dans la divulgation du « Post-Boy » de 1723 [8]), le « passed Master of the Craft » serait le 6ème « grade » et représenterait celui

« who had litteraly ''passed a technical examination'' to attain the position of a Master, as Master who was also known, especially in the North east of England, as a Harod (plural:Harodim).[9] » (qui avait littéralement ''passé un examen technique'' pour atteindre la position de Maître, en tant que Maître qui était également connu, surtout dans le nord-est de l'Angleterre, comme un Harod (pluriel:Harodim))

 

Il ajoute un peu plus loin concernant le mot « Giblim » :

« When completed his work has to be submitted for inspection and tried so that, if satisfactory, he might receive the word « Giblim » which meant ''stone squarer'' or ''expert mason''. Interestingly the words of this Operative degree suggest how the adaptation and rearrangement took place after 1717. It is known that Dr. Anderson was aware of theses words because he mentions them in the 1738 edition of the Book of Constitutions but because, as we have noted, he had an imperfect knowledge of their place and use he and/or others used them differently. [10] » (Une fois terminé, son travail doit être soumis à l'inspection et à l'essai afin que, s'il satisfaisait, il puisse recevoir le mot " Giblim " qui signifie " équarrisseur de pierres " ou " expert en maçonnerie ". Il est intéressant de noter que les termes de ce diplôme d'opérateur suggèrent comment l'adaptation et le réarrangement ont eu lieu après 1717. On sait que le Dr Anderson connaissait ces mots puisqu'il les mentionne dans l'édition de 1738 du Livre des Constitutions, mais, comme nous l'avons noté, il n'avait qu'une connaissance imparfaite de leur place et de leur usage, il et/ou d'autres les ont utilisés différemment.)

 

Il termine ainsi, selon une logique de cause-effet un peu suspecte [11] : 

« The ''Passed the Chair'' or sixth degree requires that a candidate shall be able to ''lay schemes, draw plans, and take charge of a department'' of the work. With this step defined it can be understood why the antients insisted that here one had a separate and essentiel degree before moving on to Arch Masonry. [12(Le "Passed the chair", ou 6è grade, exige que le candidat soit capable "d'établir des schémas, de dessiner des plans et de prendre la direction d'un département" de l'ouvrage. Une fois cette étape définie, on peut comprendre pourquoi les anciens ont insisté sur le fait qu'il s'agissait d'un degré distinct et essentiel avant de passer à la maçonnerie de l’Arch.)

 

Pour être complet, évoquons Philip Crossle qui propose dans son « Irish Rite » de 1927, deux époques : la première serait classique avec l'Entered apprentice, le Fellow Craft et le Master. Ensuite une seconde époque dont le début est peu précis (vers le milieu du XVIIIe) qui modifierait cette séquence en Entered and Crafted, puis le Master et enfin le Royal Arch (devenant le 3ème degré) [13]. Les données sont seulement suggestives et assez peu précises.

 

René Desaguliers posait d'ailleurs la question d'un grade vestigial, démantelé, servant à l'installation du Maître en chaire, à une époque où le grade de maître hiramique n'existait pas encore, comprenant les éléments de base, de ce qui deviendra plus tard des grades séparés de « passed the chair », d'  « excellent » et de « Royal Arch ». En d'autres termes, le Royal Arch ne serait qu'une partie détachée, tardive, de cet usage ancien [14].

 

Certains symboles de la Maîtrise que l'on trouve dans le Pritchard, disparaîtront ultérieurement de ce 3ème grade, mais on les retrouvera dans le Royal Arch et/ou dans d'autres degrés français, tel que le « nom ineffable », le « Saint des Saints », le châtiment des meurtriers, montrant une sorte de perméabilité entre les grades.

 

On pourrait dès lors avancer l'hypothèse que des éléments de l'ancien usage ésotérique d'installation de « Maître fonctionnel » pourrait trouver dans le rituel du grade de Maître des correspondances, surtout au niveau de la filiation des « ancients » en ce compris la filiation écossaise et irlandaise.

 

L'examen du 3ème grade namurois pourrait nous apporter quelques éclaircissements.

 

Ce 3ème degré présente de nombreuses similitudes avec les Three distinct Knocks (TDK), ce qui en ferait un rituel d'inspiration britannique [15]. Il s'y trouve, au début, une partie assez longue portant sur la légende de la construction avec l'évocation du roi David, de son fils Salomon, du roi Hiram de Tyr et d'Hiram Abiff l'architecte [16].

C'est à ce niveau que se situe la continuité. Notons que cette légende est également bien présente dans le Dumfries (1710). Cette partie est souvent citée comme typant un rituel pré-Pritchard de Maître, voir la belle synthèse de Paoloni [17].

 

François Clavel. Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie

 

Petit résumé du rituel namurois

 

Le mot ne peut être divulgué que par les trois réunis (Salomon, le roi Hiram et Hiram l'architecte) : on retrouve cette notion dans le Ms Graham (1726), dans le Three distinct Knocks et elle sera reprise par le Royal Arch [18] [19]. (Dans le "Rite ancien de Bouillon", voir plus loin, les trois sont également cités au grade de maître, mais comme partageant un même alphabet à caractère géométrique.) Elle ne se trouve pas dans le Pritchard. Les causes et le déroulement du crime sont identiques, à ceci près que dans le Three distinct Knocks, il s'agit de 15 compagnons qui sont mécontents de n'avoir pas reçu le mot du maître et voulaient l'arracher à Hiram. Seuls trois d'entre eux persisteront dans leur funeste projet. (Notons que le chiffre « 15 » se retrouve dans les 15 devoirs des rituels de « passé-maître » du Duncan et apparenté.)

Les trois mauvais compagnons restants ne sont pas nommés ignorance/mensonge/ambition, ni dans le rituel namurois, ni dans les Three Distinct Knocks. Pour cette divulgation première, les trois mauvais compagnons se nomment Jubela/Jubelo/Jubelum, soit un mot en « J ».

Or, systématiquement, le remplaçant d’Hiram, afin de reconstituer la trilogie, est un nom en « J », soit l’acronyme IHS (par ex. Joaben/roi Hiram/roi Salomon). Cet acronyme est d’utilisation ancienne en maçonnerie, on le trouve par exemple en dessin d’en-tête du Ms ‘Trinity College’ (1711), ainsi que dans les noms des fils de Noé du Ms Graham : Jafet/Ham/Sem (Ham est le nom hébreu ou celui utilisé dans le Graham pour Cham en français). On retrouvera cette nouvelle trilogie-acronyme dans de nombreux rituels de Hauts-Grades. Il est inutile de rappeler ici son importance dans la symbolique chrétienne et jésuite [20].

 

Par contre les déplacements du corps d'Hiram sont plus complexes à Namur : d'abord le jour, son corps est caché sous des décombres (ne se trouve pas dans le Three Distinct Knocks), puis la nuit, il est enterré sur une montagne (idem Three distinct Knocks). Salomon ordonne aux 12 compagnons de chercher Hiram, ce sera en vain (dans le Three Distinct Knocks, ce sont 12 compagnons envoyés par Salomon à la recherche du Maître, qui trouvent les trois meurtriers et les amènent devant Salomon lequel fait justice). Comme le Maître Hiram n'était toujours pas trouvé, Salomon envoie 9 maîtres qui le trouvent et plantent une branche d'acacia, en outre il ordonne que le premier mot prononcé ainsi que le geste seraient le nouveau mot et le signe de maître (idem dans le Three Distinct Knocks, ). Ils rapportent à Salomon leur découverte [21]. Ensuite Salomon envoie à nouveau 9 maîtres pour l'exhumer et le déposer dans le mausolée élevé à Jérusalem à cet effet en se munissant d'un tablier et de gants blancs (dans les Three Distinct Knocks, c'est relativement identique sauf qu'Hiram est enterré dans le Saint des Saints, idem dans le Pritchard). Que le châtiment des 3 meurtriers ne soit pas évoqué dans le rituel namurois semble logique, puisque c'est précisément l'objet des grades d'Élus et que déjà le certificat Roquet namurois de 1768 faisait état de membres portant ces grades [22].

 

François Clavel. Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie

 

Les bois coupés et le maillet

 

Alors que la légende du meurtre d'Hiram ne présente pas de sources bibliques très évidentes, nous devons noter la continuité rituélique entre les 3ème et 4ème grades namurois sur des aspects dont la source est nettement plus « biblique », et que l'on retrouve dans le Three Dictinct Knocks. Elle porte sur la légende des bois du Liban coupés et transportés servant à la construction sans bruit du temple. Cette légende se trouve dans le livre des Rois et les Chroniques. Par contre, l'utilisation des maillets de bois est assez spécifique aux rituels de la filiation « Three Distinct Knocks » et son correspondant namurois. Il ne provient pas explicitement de la Bible.

 

Extrait du rituel de Maître namurois[23] :

D : pourquoi étiez-vous privé de tous métaux ?

R : parce que, dans la construction du temple de Salomon, on entendit aucun bruit causé par les coups d'aucun instrument composé de métail.

D : pourquoi Mon Vén:. F:. ?

R : pour qu'il ne fût pas souillé.

D : comment à-t-il été possible qu'un aussi vaste édifice ait été construit sans le secours d'aucun instrument de métail [24][25]?

R : parce que les materiaux furent préparés dans les forets du mont Liban, apportés sur des voitures, et placés avec des Maill:. de bois faits exprès.

D : pourquoi étiez-vous sans souliers ?

R : parce que le lieu où je fus reçu était une terre Sainte sur laquelle dieu dit à Moise : ôtes tes souliers ; car le lieu où tu marches, est une terre Sainte.

D : qu'est-ce qui soutient votre :.

R : trois grands pilliers

D : quel sont-ils

R : Sagesse, force, Beauté

D : que représentent-ils ?

R : trois grands Maît:. , Salomon, Roi d'israel, Hiram, Roi de Tyr, et Hyram Abif[26], fils de la veuve

D : ces trois grands Mait:. furent-ils emploiès à la construction du temple ?

R : oui. Salomon en dressa le plan d'après l'ordre qu'il en avait recu du gr:. Arch:. de l'univ:. il fournit l'argent et les provisions pour les ouvriers.

Hyram fournit les materiaux, et les fit preparer dans les fôrets du mont Liban.

Hyram Abif conduisit l'exécution de ce gr:. et Subl:. oeuvre.

 

Nous retrouvons cette notion de « maillets de bois » dans le « Three Distinct Knocks » (TDK) (au niveau du « Master's Reasons ») :

« It was prepar'd in the Forest of Lebanon, and brought down upon proper carriages, and set up with wooden mauls made for that purpose. » (Cela avait été préparée dans la forêt du Liban, puis descendu sur des chariots appropriés et mise en place à l'aide de masses en bois fabriquées à cet effet.)

 

Dans le Duncan, qui est dans la filiation du TDK, on retrouve cette même notion :

« Because the stones were hewed, squared, and numbered at the quarries where they were raised; the trees felled and prepared in the forests of Lebanon, carried by sea floats to Joppa, and from thence by land to Jerusalem, where they were set up with wooden mauls, prepared for that purpose; and, when the building was completed, its several parts fitted with such exact nicety, that it had more the resemblance of the handy workmanship of the Supreme Architect of the universe than of that of human hands. »[27] (Car les pierres ont été taillées, équarries et numérotées dans les carrières où elles ont été levées ; les arbres abattus et préparés dans les forêts du Liban, transportés par flotteurs jusqu'à Joppé, et de là par terre jusqu'à Jérusalem, où ils ont été mis en place avec des masses de bois préparées à cet effet ; et, lorsque l'édifice a été achevé, ses différentes parties se sont ajustées avec une telle précision, qu'il ressemblait plus à l'œuvre habile de l'Architecte suprême de l'univers qu'à celle de la main de l'homme.)

 

Par contre, si l'absence de bruit dans l'édification du temple de Salomon est repris dans de nombreux documents et divulgations, la notion de « maillets de bois » ne l'est pas toujours. Par exemple, ne le reprend pas, les documents de Fifield d'Assigny (1744, irlandais):

« This georgeous and splendid edifice, [...], without the noise of tools, produced the most perfect pattern of Architecture [...] »[28] (Ce magnifique et splendide édifice, [...], sans le bruit des outils, a produit le modèle le plus parfait de l'architecture [...]), ainsi que le Ms Graham (ca 1726, anglais) : « ... the House when it was in Building was build of ston made ready beffore it was brought theither so that there was nether hammer nor ax nor any tooll off Iron heard in the house when it was in Building. »[29]. (... la maison, lorsqu'elle était en construction, était construite en pierre préparée avant d'être apportée, de sorte qu'on n'entendait ni marteau, ni hache, ni aucun outil de fer dans la maison lorsqu'elle était en construction.)

 

Dans le rituel de « transition » dénommé « Rite ancien de Bouillon » (vers 1740)*, de type plutôt 'ancient' (par exemple la présence de diacres), cette construction sans bruit est évoqué au grade de compagnon :

« Without Geometry how could the stones and timbers have been so squarred and prepared in the quarry and in the forest, as to have fitted in their proper places, when taken and put together in Jerusalem ? » [30]. (Sans la géométrie, comment les pierres et les bois auraient-ils pu être si bien équarris et préparés dans la carrière et dans la forêt, qu'ils auraient pu s'ajuster à leurs places respectives, lorsqu'ils ont été pris et assemblés à Jérusalem ?)

* Le rite ancien de Bouillon est un manuscript manifestement archaïque, difficile à dater. Vers 1740? Nous le connaissons par G Oliver à travers son livre " The origine of the Royal Arch" (disponible sur Google livre). (Le manuscript original aurait été cédé lors d'une vente aux enchères en 1875.) Le plus simple est néanmoins de se reporter sur sa reproduction dans "Masonic Reprints n°IX"

 

Ce qui est intéressant ici, est la prise en compte simultanée du métier de maçon et de charpentier. C'est très proche des rituels des Anciens et notamment ceux de Namur. On retrouve cette même notion en Écosse au niveau de l'héraldique des corporations [31], ainsi qu'en Irlande « Carpenters, Millers, Masons, Heliers : all in one Gild, or Fraternity » [32], probablement parce ces artisans partageaient les mêmes franchises. Alors que, semble-t-il, on ne rencontre pas une telle héraldique ou situation commune en Angleterre.

Cette manière de faire semble réellement ancienne, puisqu'on retrouve également cette non-différentiation entre maçon et charpentier dans certaines iconographies de la fin du moyen-âge portant sur « la légende de la vraie croix » qui mêle Salomon, Hiram de Thyr et Hiram, le maître d'oeuvre, vu plutôt comme un charpentier lorsqu'il fait couper et débiter l'arbre de vie pour la charpente du Temple de Jerusalem [33]. Et l'auteur de l'article d'écrire ailleurs :

« En bref, à l'aube des temps modernes, nous avons d'une part Hiram sans le mythe d'Hiram (dans la légende de la vraie croix), et d'autre part le mythe d'Hiram sans Hiram (la mort de Renaut de Montauban). »[34]

 

François Clavel. Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie

 

En conclusion du grade de Maître

 

  • La continuité rituélique entre le 3ème et le 4ème grade namurois sur des éléments possédant une solide base biblique, sans doute pré-hiramiques (la construction du temple avec des matériaux venant du Liban taillé à l'avance, sans bruit, le tout transporté dans un charrois ).

     

  • L’évocation des « maillets de bois » pour la construction, thématique non retrouvé dans la bible, nous permet une filiation spécifique sur les « ancients », en ce compris la filiation écossaise.

     

  • Le fait de retrouver la légende des bois du Liban évoquée dans la Bible, livre des Rois, I, 5 (13-14), tant dans les rituels "Royaume Uni" du système Royal Arch, que dans celui de Namur (3e et 4e grade), que dans des rituels archaïques français de Maître Parfait, mais pas ensuite, plaident pour un tronc commun "Royaume Uni".

 

  • L'aspect flottant et/ou absent de contenu légendaire du 3è degré doit être constaté dans les débuts du XVIIIe, proposant éventuellement diverses et courtes légendes. Ce n'est que plus tardivement et lentement, et la divulgation de Pritchard (Masonry Dissected, 1730) semble déterminante à cet égard, que se fixera la légende hiramique telle que nous la connaissons aujourd'hui. Le Ms Graham (1726, anglais) est l'exemple le meilleur d'un stade pré-Pritchard, mais aussi partiellement le Ms Dumfries (ca 1710, écossais). Manuscrit de transition par rapport au groupe de Haughfoot, il propose notamment et pour la première fois une exégèse du temple de Salomon qui sera reprise dans le Royal Arch. Patrick Négrier souligne cet aspect étonnant du manuscrit [35]. Le Dumfries ne propose formellement que deux grades : apprenti entré et compagnon de métier, mais le terme de Master, fréquent, est présenté d'une façon qui peut paraître ambiguë. En effet, on y trouve par exemple les termes de « master or fellow », « master and fellow », « master masson », « masters and fellows advies » mais aussi « masters and fellows of our Lodge », ou « masters and fellows of this Lodge », etc.


 

Il y a là une difficulté car les deux termes recouvrent-ils une réelle discrimination, c'est à dire une méthode rituélique différente et/ou un statut différent pour un même position « rituélique » ? Harry Carr avait résolu cette difficulté ainsi :

« A hundred year later, in 1696, we have the earliest Scottish ritual for those two degrees, and the second is described as « Master or Fellowcraft . Inside the lodge those two grade where equal, both fully-trained men. Outside the lodge the FCs remained employees, but those who could pay the requisite fees and take up the duties of citizenship were able to set up Masters, ie as employers. Sooner or later it was inevitable that there would be a demand for a separate degree to distinguish the Masters, »[36]. (Cent ans plus tard, en 1696, nous disposons du plus ancien rituel écossais pour ces deux degrés, et le second est décrit comme "Master or Fellowcraft" (maître ou compagnon). À l'intérieur de la loge, ces deux grades étaient égaux, composés d’hommes entièrement formés. En dehors de la loge, les Fellowcraft restaient des employés, mais ceux qui pouvaient payer les frais requis et assumer les devoirs de la citoyenneté pouvaient s'établir en tant que Master, c'est-à-dire en tant qu'employeurs. Tôt ou tard, il était inévitable qu'il y ait une demande pour un diplôme différent afin de distinguer les Maîtres,)

 

Notons que cette différentiation était déjà en germe avec les statuts Schaw écossais de 1598 [37].

 

On trouve également dans le Dumfries des précisions sur l'habillement du Maître (jaune et bleu) que l'on retrouve dans le Ms Wilkinson (ca 1727) et le Pritchard (jaune et bleu). De plus, le rôle des « Hirams » est un peu différent de ce que nous connaissons actuellement :

« Q who was master masson at ye buillding of ye temple

A Hiram of tyre

Q who laid the first stone in ye foundation of ye temple

A ye above said Hiram » [38].

(" Q Qui était maître Maçon lors de la construction du temple ?

R Hiram de Tyr

Q Qui a posé la première pierre de la fondation du temple ?

R le susdit Hiram ")

 

Soulignons enfin que les données rituéliques proprement écossaises utilisées au XVIIIe siècle nous manquent. Ce que l'on peut dire, semble-t-il, est que, d'une part, la pratique écossaise devait vraisemblablement diverger partiellement de la pratique anglaise et que d'autre part, plusieurs exemplaires d'époque et usagés du « Three Distinct Knocks », ainsi que du « Joachin and Boaz », tant dans leur version écossaise et qu'anglaise, se trouvent dans la bibliothèque de la Grande Loge à Édimbourg [39].

 

François Clavel. Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie

 

Rit Écoss∴ Prim∴ 

(Manuscript "Marchot" -1812- qui se trouve au Suprême Conseil de la Belgique (rue Royale). Notons qu'un manuscrit de ce rituel, émanant des "Enfants de la Bonne Amitié" de Dinant, se trouve aux archives de la Loge.)

3e degré

Maître (3e)


 

Première section.

 

Un Comp∴ ne peut être reçu Maît∴, que trois mois après son admission au 2e grade. Le Comp∴ qui, après avoir rempli les conditions nécessaires, sera jugé digne d’être admis au grade de Maît∴, sera proposé par le 1er Surv∴. Les deux tiers des voix sont nécessaires pour l’admission du candidat.


 

Deuxième section.

 

Préliminaires

 

Tous les Maît∴ seront convoqués en la manière accoutumée pour le jour qui aura été fixé par le Maît∴ en chaire.

Les planches de convocation doivent porter « Réception au 3e Grade ».

La L∴ doit être tendue de noir, parsemée de têtes de mort en blanc et de larmes placées par 3, 5 et 7.

On placera trois chandelles jaunes devant chacune des trois premières Lum∴ de la L∴.

Le Maît∴ en chaire portera un long manteau noir et des pleureuses. Tous seront en noir, chapeau rabattu, un long crêpe, des gants blancs.

Le Maît en chaire se nomme « Très Respectable », les FF∴ Surv∴ « Très Vénérables » et les Maît∴ « Vénérables ».

Au milieu de la L∴, il y aura une bière couverte d’un drap mortuaire parsemé de têtes de mort, d’ossements en sautoir et de larmes.

On formera autour de cette bière, une séparation avec des panneaux de tenture pour représenter la chambre du milieu.

À un coin de cette chambre, du côté du midi, dans son Occ∴, on placera une branche d’acacia sur un tertre. À la tête de la bière sera une équerre posée à terre, et au pied, un compas ouvert.

 

Ouverture

 

Le T∴ Resp∴ frappe un coup qui est répété par les Surv∴ et dit :

D. T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴, quel est le premier devoir d’un F∴ Surv∴ en L∴ de Maît∴ ?

R. T∴ Resp∴, c’est de voir si la L∴ est à couvert.

D. Assurez-vous-en, mon T∴ Vén∴ F∴.

Le 1er Surv∴ envoie son diacre qui s’assure que les portes du temple sont fermées et qui rend compte au 1er Surv∴.

Celui-ci dit : « T∴ Resp∴, la L∴ est à couvert ».

D. Quel est votre second devoir, T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴ ?

R. C’est de m’assurer si tous les membres ici présents sont Maît∴.

Le T∴ R∴ dit : « TT∴ Vén∴ FF∴ 1er et 2d Surv∴, passez au Sud et au Nord et assurez-vous si tous les ouvriers ici présents sont Maît∴ ».

Alors, le T∴ Resp∴ frappe un coup et se tourne, faisant face à l’Est.

Tous les Vén∴ Maît∴ en font autant.

Les Surv∴ s’approchent du dernier F∴ de leurs Col∴ respectives, la reconnaissent et passant successivement jusqu’au premier, de manière que tous les FF∴ présents soient reconnus par le mot, signe et attouchement.

De retour à leurs places, le 2d Surv∴ frappe un coup et dit : « T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴, tous les membres de ma Col∴ sont Maît∴ ».

Le 1er Surv∴ frappe un coup et fait la même annonce au T∴ Resp∴.

D. F∴ 2d Diacre, où est votre place en L∴ ?

R. Derrière le T∴ Vén∴ 1er Surv∴ ou à sa droite, s’il veut le permettre.

D. Pourquoi mon F∴ ?

R. Pour porter les ordres du T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴ au T∴ Vén∴ F∴ 2d Surv∴, et autour de la L∴, s’il le désire et pour veiller avec lui à ce que les FF∴ se tiennent décemment sur les Col∴.

D. Où est votre place F∴ 1er Diacre ?

R. Derrière le T∴ Resp∴ ou à sa droite, s’il veut le permettre.

D. Pourquoi, mon F∴ ?

R. Pour porter les ordres du T∴ Resp∴ au Vén∴ F∴ 1er Surv∴ et à tous les Off∴ de la L∴, afin que les trav∴ soient plus promptement exécutés.

D. T∴ Vén∴ F∴ 2d Surv∴, où est votre place en L∴ ?

R. À l’Occ∴.

D. Pourquoi, Vén∴ F∴ ?

R. Pour envoyer les ouvriers à la récréation, les rappeler de la récréation au travail et observer s’ils arrivent au temps fixés.

D. T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴, où est votre place en L∴ ?

R. À l’Occ∴.

D. Pourquoi, Vén∴ F∴ ?

R. Comme le soleil se couche à l’Occ∴, pour fermer le jour, de même le T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴ s’y tient pour fermer la L∴, payer le salaire des ouvriers et les renvoyer contents.

D. Où se tient le T∴ Resp∴ ?

R. À l’est.

D. Pourquoi T∴ Vén∴ F∴ ?

R. Comme le soleil se lève à l’est pour ouvrir le jour, de même le T∴ Resp∴ s’y tient pour ouvrir la L∴, la diriger dans ses trav∴ et l’éclairer de ses Lum∴.

Le T∴ Resp∴ se tourne vers le 1er Diacre ; ils font mutuellement le signe.

Le 1er Diacre, après avoir reçu le mot sacré du T∴ Resp∴ bas et à l’oreille, va rendre ce mot au 1er Surv∴ qui l’envoie, par son Diacre, au 2d Surv∴.

Celui-ci, après l’avoir reçu, frappe un coup de maill∴ et dit : « T∴ Resp∴, tout est juste et parfait ».

Le T∴ Resp∴ ôte son chapeau et dit : « TT∴ Vén∴ FF∴ 1er et 2d Surv∴, annoncez sur vos Col∴ que je vais ouvrir les trav∴ de cette R∴ L∴, au grade de Maît∴, par trois fois trois coups qui seront répété à l’Occ∴ ».

Les Surv∴ font l’annonce.

Le T∴ Resp∴ frappe neuf coups par trois fois trois de cette manière : 00-0/ 00-0/ 00-0/

Les Surv∴ répètent.

Le T∴ Resp∴ se lève et dit : « Au nom de Dieu et de St Jean, la Resp∴ L∴ des Maît∴ est ouverte ».

Tous se lèvent, font le signe, applaudissement à la sourdine par trois fois trois et disent trois fois Huzza (on prononce Houzzai).

Le T∴ Resp∴ dit : « Prenez vos places, Vén∴ FF∴ ».

Le T∴ Resp∴ ordonne ensuite la lecture de la planche des derniers trav∴, en la manière indiquée dans la réception d’appr∴.

On introduit les visiteurs.

 

Trav∴ de Réception

 

Le T∴ Resp∴ dit : « Vén∴ FF∴, vous avez votre consentement à l’admission du F∴ N… à la maîtrise. Si quelqu’un a de juste cause de s’opposer à sa réception, il peut parler. Votre silence prouvera que vous persistez dans votre consentement. Vén∴ FF∴ 1er et 2d Surv∴, annoncez-le sur vos Col∴ ».

Les Surv∴ font l’annonce.

S’il y a quelque opposition, on la discute et on la juge sur les conclusions du F∴ Orat∴.

En ce moment, on éteint les chandelles de cire.

Une lampe de métal ou de quelque autre matière non transparente, faite dans une forme antique, suspendue au milieu de la L∴ suffira pour éclairer les trav∴.

On placera sur l’autel, une bougie jaune ne donnant qu’une faible lumière.

On fait coucher dans le cercueil le dernier Maît∴ reçu, les pieds à l’Est, la talons en équerre, la main droite sur le cœur, la main gauche étendue le long du corps. On le couvre avec un linceul bla,c, depuis les pieds jusqu’à la ceinture. On relève son tablier qu’au-dessus de la lèvre inférieure, et on lui couvre le surplus de la fac avec un linge teint de sang.

 

Le candidat doit avoir été conduit auparavant et renfermé dans la chambre de réflexion, sur la muraille de laquelle doivent être placées quelques maximes analogues à la réception. Là, le F∴ préparateur aura disposé l’esprit et l’imagination du récipiendaire, quelques discours moral et sérieux, relatif à l’importance du grade.

Le T∴ Resp∴ frappe un coup et dit : « Vén∴ F∴ Maît∴ des cérém∴, allez préparer le candidat ». Le candidat doit être en souliers, les bras et le sein nu, la tête nue et sans métaux. Il doit avoir une petite équerre attachée au bras droit, une corde à la ceinture, y faisant trois tours, et un tablier de Comp∴, attaché de manière qu’on puisse le lui arracher.

Arrivés à la porte de la L∴, le Maît∴ des cérém∴ y frappe neuf coups, par 00-0/00-0/00-0.

Le F∴ Exp∴ dit : « T∴ Vén∴ 2d Surv∴, on frappe à la porte de la L∴ ».

L’annonce parvenue au T∴ Resp∴, celui-ci dit : « T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴, qui frappe ainsi ? »

L’annonce arrive au F∴ Exp∴, par l’intermédiaire du Surv∴.

L’exp∴ entr’ouvre la porte et dit : « Qui frappe ? »

Le Maît∴ des cérém∴ répond : « C’est moi, Vén∴ F∴, qui présente un Comp∴, lequel demande l’initiation à la Maîtrise ».

L’Exp∴ ferme la porte et dit : « T∴ Vén∴ F∴ 2d Surv∴, le Maît∴ de cérém∴ est à la porte du temple, présentant un Comp∴ qui demande l’initiation à la maîtrise ».

Les Surv∴ font successivement l’annonce.

L’Exp∴ ayant entr’ouvert la porte, le T∴ Resp∴ dit d’une voix forte : « Pourquoi le Maît∴ des cérém∴ vient-il troubler notre douleur ? Nos gémissements et nos sanglots auraient dû l’engager à écarter toute personne suspecte et plus particulièrement un Comp∴. C’est peut-être un de ceux qui causent notre douleur. Armons-nous, mes FF∴, peut-être la justice Divine le livre à notre vengeance. F∴ Exp∴, prenez avec vous le F∴ Terr∴, faites vous accompagner de quatre FF∴ armés. Allez, emparez-vous de ce Comp∴, visitez-le de la tête aux pieds, examinez surtout ses mains, visitez et regardez ses vêtements, ôtez-lui son tablier que vous m’apporterez, enfin assurez-vous qu’il n’existe sur lui aucune trace qui pourrait déceler le crime affreux qui a été commis. »

On s’empare brusquement du candidat, on le visite et on lui arrache son tablier.

Le F∴ Exp∴ rentre dans le temple avec le tablier, laissant en dehors le candidat avec les quatre FF∴ et le F∴ Terr∴.

La porte demeure entr’ouverte.

Il dit : « T∴ Resp∴, j’ai exécuté vos ordres, mais je n’ai rien trouvé sur le Comp∴ qui indique qu’il ait commis un meurtre. Ses vêtements sont blancs, ses mains sont pures et son tablier que je vous apporte, est sans tache ».

Le T∴ Resp∴ dit : « Puisse le Gr∴ Arch∴ faire que je sois dans l’erreur et que ce Comp∴ ne soit pas un de ceux que doit poursuivre notre vengeance ! Mais pour le recevoir parmi nous, nous devons prendre les mesures les plus sévères et faire les recherches les plus exactes, car Vén∴ FF∴, si ce Comp∴ est innocent, il n’ignore sûrement pas le sujet de notre douleur. Aurait-il choisi un moment aussi dangereux pour se présenter ici ? Ne devait-il pas craindre que nos soupçons se tournassent contre lui ? Mes Vén∴ F∴, en l’introduisant dans cette enceinte, nous l’interrogerons et sans doute, ses réponses nous apprendront ce que nous devons penser de lui. Êtes-vous de cet avis, mes Vén∴ FF∴ ? Manifestez-le-moi en la manière accoutumée ».

Tous les FF∴ lèvent la main.

Le T∴ Resp∴ continue : « F∴ Garde du temple, puisque cette R∴ assemblée est d’avis d’introduire le Comp∴, demandez-lui comment il a osé espérer être introduit parmi nous ? »

Le F∴ Exp∴ fait la demande.

Le candidat répond : « Par le mot de passe ».

Le T∴ Resp∴ dit d’une voix forte : « Le mot de passe ! Ah, téméraire. Cette réponse me confirme dans mes soupçons. Comment peut-il connaître ce mot ? C’est sans doute par suite de son crime. Voilà, mes Vén∴ FF∴, une preuve de son audace et de ses forfaits. ».

Le 1er Surv∴ se rend à la porte, il examine le candidat et puis il dit : « T∴ Resp∴, son audace me paraît extrême. Sa démarche annonce un raffinement de scélératesse. Il vient sûrement épier ce qui se passe ici pour tromper notre bonne foi sous le masque de l’hypocrisie ».

Il l’examine de plus près, lui visite la main droite et la repoussant rudement, il dit : « Ciel, c’est lui ! »

Il le saisit au collet et lui dit d’une voix forte et menaçante : « Parle malheureux ; comment donneras-tu le mot de passe ? Qui a pu te le communiquer ? »

Le candidat répond : « Mon conducteur le donnera pour moi, car je ne le sais pas ».

Le 1er Surv∴ dit : « T∴ Resp∴, le Comp∴ avoue qu’il ne connaît pas le mot de passe, mais que son conducteur le donnera pour lui ».

Le T∴ Resp∴ dit : « T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴, faites-vous le donner ».

Le 1er Surv∴ dit au Maît∴ des cérém∴ : « Donnez-moi le mot de passe ».

Le Maît∴ des cérém∴ répond : « Tubalcain ».

Le 1er Surv∴ dit : « T∴ Resp∴, le mot de passe est juste ».

Le T∴ Resp∴ dit : « Faite entrer le Comp∴. Que ceux qui le gardent ne l’abandonnent pas, qu’ils le placent à l’Ouest ».

Tous entrent et se plaçent à l’Occ∴, le F∴ Terr∴ derrière le candidat, le tenant par la corde.

Le T∴ Resp∴ dit : « Comp :?, il faut que vous soyez bien téméraire et bien indiscret, de vous présenter ici dans un moment où tous vos camarades nous sont, à juste titre, suspects. Les marques de douleur et de consternation, que vous voyez répandues sur nos visages, le deuil qui nous environne, ces tristes débris renfermés dans ce cercueil, tout doit vous peindre l’image de la mort. Et encore, si cette mort eut été l’effet du cours de la nature. Nous nous plaindrions, sans doute, mais nous n’aurions pas un crime à punir, ni un bon ami à venger. Dites-moi, avez-vous trempé dans cet horrible attentat ? Êtes-vous du nombre des infâmes Comp∴ qui l’ont commis ? »

Le candidat répond : « Non ».

On lui montre le corps qui est dans le cercueil.

Le T∴ Resp∴ dit : « La vie de l’homme n’est qu’un passage. Chaque moment nous conduit à notre fin dernière ».

Après une petite pause, il continue et dit : Faites voyager ce Comp∴ ».

 

Nota. Pendant que le candidat tourne le dos pour voyager, le F∴ qui est dans le cercueil se lève sans bruit et de manière à ne pas être vu du candidat.

 

Le Maît∴ des cérém∴ prend le candidat par la main.

Le F∴ Terr∴ le tient par la corde et les quatre FF∴ armés l’escortent, étant deux de chaque côté de lui, le F∴ Terr∴ est derrière.

On lui fait faire le tour de la chambre du milieu, ensuite on l’amène derrière le T∴ Resp∴.

Là, le F∴ Maît∴ des cérém∴ prend la main du candidat et lui fait frapper trois coups sur l’épaule du T∴ Resp∴.

Celui-ci se tourne et portant son maill∴ sur le cœur du candidat, il lui dit : « Qui va là ? »

Le Maît∴ de cérém∴ répond : « C’est un Comp∴ qui a fini son temps et qui demande à passer dans la chambre du milieu ».

D. Comment espère-t-il y parvenir ?

R. Par le mot de passe.

D. Comment le donnera-t-il s’il ne le sait pas.

R. Je vais le donner pour lui : Tubalcain.

Le T∴ Resp∴ dit : « Passe, Tubalcain ».

Le candidat étant retourné à l’Occ∴, le T∴ Resp∴ dit : « T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴, faites avancer ce candidat à l’autel des serments, en marchant par deux pas sur le premier degré de l’angle droit du carré long, en formant une équerre sur le deuxième degré et sur le troisième, par un seul pas ».

On lui fait faire les pas et le signe d’appr∴, les pas et le signe de Comp∴ et le signe de Maît∴. On le fait agenouiller, la main droite sur la bible*, les deux pointes d’un compas sur chaque sein. Dans cette position, le T∴ Resp∴ lui fait prêter l’obligation suivante :

 

* La bible doit être ouverte au 3e livre des Rois.

 

Obligation

Je, N…, de ma libre volonté, en présence du Gr∴ Arch∴ de l’Un∴ et de cette Resp∴ L∴ dédiée à St Jean, jure et promets solennellement de ne jamais révéler les secrets des Maît∴ - Maç∴, qu’à celui reconnu pour tel ; d’obéir aux ordres émanés d’une L∴ régulière, de garder tous les secrets de mes FF∴ comme les miens propres, excepté dans le cas de meurtre et de trahison ; de ne jamais leur faire tort, ni souffrir qu’il leur en soit fait ; de les servir de tout mon pouvoir ; promettant encore de remplir ma précédente obligation, sous peine* d’avoir le corps ouvert en deux, une partie portée au Sud et l’autre à l’Ouest, mes entrailles brûlées, mes cendres jetées au vent afin qu’il ne reste rien de moi, ce dont Dieu me préserve. Amen ! Amen ! Amen !

 

_____________________

 

*Ici, le T∴ Resp∴ frappe un coup, saisit la main droite du récipiendaire et lui fait faire le signe de Maît∴.

 

Il baise trois fois la bible et demeure à genoux.

Le T∴ Resp∴ le prend par la main droite, lui donne l’attouchement d’appr∴ et lui dit : « Donnez-moi le mot sacré d’appr∴ ? »

Le récipiendaire dit : « J...N ».

Aussitôt que le candidat a prononcé ce mot, le T∴ Resp∴ lui dit : « Levez-vous F∴ J...N ».

Il continue : « Vous allez, mon C∴ F∴, représenter le plus grand-homme du monde Maç∴, notre Resp∴ Maît∴, qui fut tué lors de la construction du temple, ainsi que je vais vous l’apprendre ».

 

Nota. Ici, tous les FF∴ se réunissent autour du cercueil, le 2d Surv∴ armé d’une règle de 24 pouces, le 1er Surv∴ armé d’une équerre et le T∴ Resp∴ à l’Est, armé d’un gros mail∴ de carton.

Le T∴ Resp∴ dit : « David, roi d’Israël, ayant formé le projet d’élever un temple à l’éternel, amassa pour cet effet d’immenses trésors ; mais ce Roi ayant abandonné les sentiers de la vertu et s’étant rendu indigne de la protection du Gr∴ Arch∴, il fut réservé à son fils Salomon d’avoir la gloire d’élever ce temple au Maître de l’Univers. Avant de commencer ce grand édifice, Salomon en fit part au Roi de Tyr, son voisin et son allié qui lui envoya Hiram, fameux architecte. Salomon ayant reconnu les vertus et les grands talents d’Hiram, le distingua bientôt en lui confiant le poste le plus éminent et lui donna la direction des ouvriers et le chargea de dresser les plans. Les trav∴ étaient immenses, et le nombre des ouvriers leur étant proportionnel, il avait fallu distribuer ces derniers en plusieurs classes, et leur affecter un salaire proportionné à leurs talents. Les Appr∴, les Comp∴ et les Maît∴ avaient un mot pour se faire reconnaître et pour recevoir leur salaire.

Les Appr∴ étaient au nombre de 70 000, ils s’assemblaient à la Col∴ J∴. Les Comp∴ étaient au nombre de 80 000, ils s’assemblaient à la Col∴ B∴. Les Maît∴ étaient au nombre de 3 300, ils s’assemblaient dans la chambre du milieu. Trois Comp∴, voyant le temple presque fini et qu’ils n’avaient pu obtenir le mot de Maît∴, parce que leur temps n’était pas encore expiré, convinrent de l’obtenir par force, du T∴ Resp∴ Maît∴ Hiram, afin de passer pour Maît∴ dans d’autres pays. Ces trois Comp∴ sachant qu’Hiram allait tous les jours à midi faire sa prière dans le temple, pendant que les ouvriers se reposaient, furent se placer, l’un à la porte du Sud, le deuxième à la porte de l’Ouest, le troisième à la porte de l’est. Et là, ils attendirent le moment où Hiram se présenterait pour sortir. Hiram se présenta d’abord à la porte du Sud.

Le Comp∴ qui s’y trouvait, lui demanda le mot de Maît∴, à quoi il répondit qu’il ne devait pas le recevoir de cette manière, qu’il fallait qu’il attendît avec patience que son temps fut fini, qu’au surplus, il ne pouvait le donner seul, qu’il devait être accompagné des Rois d’Israël et de Tyr, ayant fait serment de ne le donner qu’ensemble.

Le Comp∴, peu satisfait de cette réponse, lui donna un coup d’une règle de 24 pouces au travers de la gorge.

 

Nota. En ce moment, le Maît∴ de cérém∴ conduit le récipiendaire au 2d Surv∴, lequel saisit le récipiendaire au collet et lui dit trois fois : « Donnez-moi le mot de Maît∴ ».

À chaque fois, le récipiendaire répond : « Non ».

Alors le 2d Surv∴ lui donne un coup de règle à travers le col.

Le Maît∴ de cérém∴ le conduit au 1er Surv∴.

 

Le T∴ Resp∴ continue : « Le coup fit chanceler le Resp∴ Maît∴ Hiram qui s’enfuit à la porte de l’Ouest, où il trouva le deuxième Comp∴ qui lui fit la même demande ; et sur son refus, celui-ci lui porta sur le sein gauche, un coup violent avec l’équerre de fer dont il était armé ».

 

Nota. Le 1er Surv∴ dit trois fois au candidat : « Donnez-moi le mot de Maît∴ ».

À chaque fois, le récipiendaire répond : « Non ».

Alors, le 1er Surv∴ lui donna un coup d’équerre sur le sein gauche.

Le Maît∴ des cérém∴ le conduit devant le T∴ Resp∴.

 

Le T∴ Resp∴ dit : « Le Resp∴ Maît∴ Hiram, ébranlé de ce coup, recueillit ses forces et se sauva à la porte de l’Est, où il trouva le troisième Comp∴ qui lui fit la même demande. Sur son refus, celui-ci lui donna un si terrible coup de Maill∴ sur le front, qu’il l’étendit mort ».

Le T∴ Resp∴ donne un coup de son maill∴ sur le front du récipiendaire et le pousse.

Deux FF∴ sont derrière lui pour le recevoir.

On le couche dans la bière et on le couvre du drap mortuaire.

On rallume les neuf bougies.

Le T∴ Resp∴ continue : « Les trois assassins s’étant rejoints, se demandèrent réciproquement la parole de Maît∴, mais voyant qu’il n’avait pu l’obtenir, et désespérés d’avoir commis un crime inutile, ils ne songèrent plus qu’à en dérober la connaissance. À cet effet, ils enlevèrent le corps d’Hiram et le cachèrent sous des décombres. Dans la nuit, ils le portèrent hors de Jérusalem et l’enterrèrent sur une montagne. Le Resp∴ Maît∴ Hiram ne paraissant plus aux trav∴, Salomon ordonna qu’on en fit les recherches les plus exactes. Il nomma à cet effet douze Comp∴, et leur recommanda que, dans le cas où ils le trouveraient mort, ils cherchassent sur lui la parole de Maît∴ ; que s’ils ne pouvaient pas le trouver, elle était alors perdue dans ce cas, le premier signe qui serait fait et la première parole qui serait prononcée en retrouvant le corps, seraient substitués aux mots et signe anciens. Ces Comp∴ ayant la promesse de Salomon d’être récompensés par la maîtrise s’ils parvenaient au but de leur recherche, partirent et se divisèrent en quatre bandes : trois allèrent vers le Nord, trois vers le Sud, trois vers l’Ouest et trois vers l’est. Ils voyagèrent pendant cinq jours sans rien trouver ».

 

Nota. En ce moment, le 1er Surv∴ passe à gauche avec la moitié des Maît∴, et le 2d Surv∴ à droite avec l’autre moitié. Ils font trois fois le tour de la chambre du milieu.

 

Le T∴ Resp∴ continue : « Ces Comp∴ ayant rendu compte à Salomon de l’inutilité de leurs recherches, celui-ci ordonna à neuf Maît∴ de faire une nouvelle perquisition. Après avoir parcouru bien des endroits, ils parvinrent sur le mont Moria, et le deuxième jour, l’un d’eux, excessivement fatigué, voulut se reposer sur un monticule. Il aperçut des branches d’arbre nouvellement coupées et plantées dans la terre. Il les arracha et vit par là que la terre avait été fraîchement remuée. Après avoir sondé la fouille dans ces trois dimensions, longueur, largeur et profondeur, il reconnut qu’elle n’avait été faite que pour y enterrer quelqu’un. Il appela ses camarades et leurs fit part de sa triste découverte. Ils se mirent à ôter la terre avec beaucoup de précaution et trouvèrent le corps de notre Resp∴ Maît∴ Hiram. N’osant pas respect, pousser leurs recherches plus loin, ils recouvrirent la fosse et pour reconnaître le lieu, ils coupèrent une branche d’acacia, qu’ils plantèrent dessus et se retirèrent vers Salomon auquel ils firent rapport ».

 

Le T∴ Resp∴ dit : « Imitons donc nos Maît∴, mes Vén∴ FF∴, et vous, T∴ Vén∴ 1er Surv∴, partez à la tête de votre Col∴ et n’épargnez rien dans vos recherches ».

Le 1er Surv∴ fait quatre tours de la chambre du milieu avec les FF∴ de sa Col∴.

Au quatrième tour, il s’arrête près de la bière. Il soulève le drap qui couvre le récipiendaire, prend la branche d’acacia, la fait tenir au récipiendaire et lui fait placer la main droite sur la poitrine.

Il dit ensuite : « T∴ Resp∴ Maît∴, j’ai trouvé une fosse nouvellement fouillée dans laquelle est un cadavre que je présume être celui de notre Resp∴ Maît∴ Hiram. J’ai planté une branche d’acacia pour reconnaître l’endroit ».

Le T∴ Resp∴ continue en cette manière : « Salomon, pénétré de la plus vive douleur, jugea que ce cadavre ne pouvait être que celui de son Gr∴ Arch∴ Hiram. Il ordonna aux neuf Maît∴ d’aller faire l’exhumation du corps et de le rapporter à Jérusalem. Ces anciens Maît∴ se revêtirent de tabliers et de gants blancs, et le deuxième jour, étant rendu au mont Moria, ils firent la levée du corps ».

Le T∴ Resp∴ poursuit : « Mes Vén∴ FF∴, imitons nos anciens Maît∴ et essayons ensemble d’enlever les restes de notre malheureux Maît∴ Hiram ».

Le T∴ Resp∴ fait deux fois le tour du cercueil.

Arrivé au midi, du côté droit du candidat, il s’arrête et retirant la branche d’acacia, il dit : « Nous sommes parvenus au lieu qui renferme le corps de notre Resp∴ Maît∴ Hiram. Cette branche d’acacia en est le sinistre indice. La terre me paraît effectivement remuée depuis peu. Éclaircissons nos affreux soupçons ».

Le T∴ Resp∴ tire par gradation le drap qui couvre la figure du récipiendaire. Lorsqu’elle est entièrement découverte, il lève les deux mains au-dessus de sa tête, par un mouvement de douleur et les laisse tomber sur ses cuisses en frappant des pieds et disant : « Ah, Seigneur, mon Dieu ! »

 

Nota. Le signe est le signe de Maît∴.

 

Tous les FF∴ font le même signe et prononcent les mêmes paroles.

Le T∴ Resp∴ continue : « Allons, mes Vén∴ FF∴, acquittons-nous du devoir douloureux que Salomon nous a imposé, en exhumant ce cadavre respectable ».

Le 2d Surv∴ s’approche et prend le candidat par l’index de la main droite, en disant le mot d’appr∴, J...N.

Il fait un pas en arrière en faisant le signe d’horreur et disant : « La chair quitte les os ».

 

Nota. Le signe d’horreur se fait en portant la main droite à la hauteur du front, la paume en dehors, la tête un peu penchée sur la droite et faisant un mouvement du corps en arrière.

 

Le 1er Surv∴ s’approche et prend le deuxième doigt de la même main, en disant le mot de Comp∴, B..Z, reculant d’un pas, faisant le signe d’horreur et disant : « La chair quitte les os ».

Le T∴ Resp∴ dit : « Ne voyez-vous pas que vous ne pouvez rien faire sans moi ; joignez vos efforts aux miens, et nous viendrons aussitôt à bout de nos desseins.

Le T∴ Resp∴ s’approche, prend le candidat par la main, appuient les quatre doigts sur le poignet, et l’index et le quatrième doigt de chaque côté, plaçant le pied droit contre le pied droit, le genou droit contre le genou droit, le sein droit contre le sein droit, et la main gauche lui soutenant le dos. Dans cette position, et avec l’aide des deux Surv∴ qui sont de chaque côté, il le relève par les cinq points de perfection et l’embrasse en lui disant à l’oreille et par syllabes, MO-A-BON, mot qui veut dire : « Il est presque pourri jusqu’aux os ».*

 

*Moabon, en hébreu XXX, signifie Apôtre.

 

Le T∴ Resp∴ retourne à l’autel et les Surv∴ à leurs places.

Le T∴ Resp∴ frappe un coup et dit : « Vén∴ F∴ Maît∴ des cérém∴, conduisez le candidat au pied de l’autel pour y renouveler son obligation ».

Rendu au pied de l’autel, le Maît∴ des cérém∴ le fait mettre à genoux, comme la première fois.

Le T∴ Resp∴ frappe un coup et dit : « Vén Maît∴, debout et à l’ordre, le candidat va renouveler son obligation ».

On pose les deux pointes du compas sur les seins du récipiendaire.

Le T∴ Resp∴ lui dit : « Répétez après mois ».

Le T∴ Resp∴ dit et le récipiendaire répète : « Je renouvelle le serment que j’ai prêté il y a quelques instants, de préférer la mort, plutôt que de rien divulguer des secrets des Maît∴ qui m’ont été confiés ».

Le T∴ Resp∴ frappe trois petits coups sur la tête du compas et dit : « Apprenez à rectifier les mouvements de votre cœur et à les diriger en faveur de l’humanité ».

Ensuite, il pose son glaive sur la tête du candidat et frappe trois coups dessus, de cette manière : 00-0/00-0/00-0/ en disant : « À la gloire du Gr∴ Arch∴ de l’Un∴, au nom et sous les auspices de la Gr∴ L∴ métropolitaine d’Édimbourg, et par les pouvoirs qui m’ont été conférés, je vous reçois et constitue Maît∴ Maç∴ et vous donne le doux nom de Vén∴ F∴, qui doit être sacré pour vous ».

 

Il l’embrasse trois fois et lui dit : « Les Maît∴ ont pour se reconnaître, des signes, paroles et attouchement ».

 

Grand signe des Maît∴

On lève les deux mains au-dessus de la tête, on laisse ensuite tomber sur les cuisses, en frappant des pieds et disant : « Ah, Seigneur, mon Dieu ! »

Il y a deux motifs de faire ce signe. Le premier est que quand les Maît∴ virent Hiram, ils levèrent leurs mains vers le ciel, en disant : « Ah Seigneur, mon Dieu ! »

Le second est que quand Salomon dédia le temple au Seigneur, il leva les mains, en disant : « Mon Dieu, tu es au-dessus de toutes choses, j’adore ton Saint Nom ».

 

Ordre

On place le bout du pouce sur le creux de la poitrine, en étendant les doigts, et on demeure dans cette position.

 

Signe d’horreur

On place la main droite à la hauteur du front, la paume en dehors, la tête un peu penchée sur la droite, et faisant un mouvement du corps en arrière.

 

Mot de passe

Le mot de passe est Tubalcain.

 

Attouchement

L’attouchement se donne de la manière suivante.

Celui qui demande dit : « Voulez-vous aller plus loin ? »

Celui qui le reçoit répond : « Du Comp∴ au Maît∴ ».

On met la main droite sur le sein gauche, le pouce élevé, la main gauche sur la tête, formant une équerre.

Alors, on se prend par la grippe de Maît∴, en disant : « Qu’est-ce que cela ? »

La réponse est : « L’attouchement de Maît∴ ».

Le premier dit : « As-tu un nom ? »

Le second répond : « Oui et quelque chose de plus qui en dépend ».

Le premier dit : « Qu’est-ce que cela, mon F∴, car je crois pouvoir vous appeler ainsi ? »

Le second répond : « Les cinq points de la maçrie ».

Le premier dit : « Voulez-vous me les donner ? »

On le donne de cette manière : on tire le pouce à travers le ventre, comme pour se l’ouvrir. On lève ensuite les deux mains au-dessus de la tête, les doigts étendus, et on laisse tomber sur les cuisses, en frappant des pieds et disant : « Ah, Seigneur, mon Dieu ! ». On se prend par la grippe du Maît∴, c’est-à-dire par la main droite, les deux pouces entrelacés, les doigts un peu crochus vers le bout et les appuyant sur le poignet, en forme de griffe. L’on se met réciproquement le pied droit contre le pied droit, le genou droit contre le genou droit, le sein droit contre le sein droit et la main gauche sur le dos : dans cette position, on prononce mutuellement à l’oreille et en trois syllabes, le mot sacré.

 

Mot Sacré

Le mot sacré est : MO-A-BON.*

 

*Dans le rite moderne, le mot sacré est Macbenac, en hébreu XXX, qui signifie percussio interfectio adificantis. (?)

 

Le T∴ Resp∴ dit ensuite : « Vén∴ F∴ Maît∴ de cérém∴, veuillez conduite le nouveau Maît∴ aux TT∴ Vén∴ FF∴ 1er et 2d Surv∴, pour qu’il leur rende les mots, signes et attouchement ».

Le Maît∴ des cérém∴ l’y conduit.

Les Surv∴ ayant reçu mes mots, signes et attouchement, le 2d Surv∴ frappe un coup et dit : « T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴, les mots, signes et attouchement sont justes et parfaits ».

Le 1er Surv∴ frappe un coup et fait la même annonce au T∴ Resp∴.

Le T∴ Resp∴ dit par trois fois consécutives : « TT∴ Vén∴ FF∴ 1er et 2d Surv∴, annoncez aux Vén∴ Maît∴ qu’ils auront désormais à reconnaître le Vén∴ F∴ N…, pour Maît∴ de cette R∴ L∴ ; invitez-les à se joindre à vous et à moi pour applaudir à l’augmentation de salaire que ce C∴ F∴ a méritée ».

Les Surv∴ répètent l’annonce par trois fois.

On applaudit par 00-0/00-0/00-0/, et l’applaudissement est suivi de la triple acclamation.

Le nouveau Maît∴ remercie.

Le Maît∴ de cérém∴ le conduit en tête de la Col∴ du midi.

Le T∴ Resp∴ fait ensuite l’instruction suivante :

 

Instruction

D. Où avez-vous été, mon F∴ ?

R. À l’Ouest.

D. Où allez-vous maintenant ?

R. À l’est.

D. Pourquoi quittez-vous l’Ouest pour aller à l’est ?

R. Parce que la Lum∴ parut d’abord de ce côté.

D. Qu’allez-vous faire à l’est ?

R. Chercher une L∴ de Maît∴.

D. Êtes-vous Maît∴ ?

R. Mes FF∴ me reconnaissent pour tel, et l’acacia m’est connu.

D. Où avez-vous été reçu Maît∴ ?

R. Dans une L∴ régulière de Maît∴.

D. Comment avez-vous été préparé pour cette réception ?

R. Les pieds sans souliers, les deux bras et le sein nus, privé de tous métaux, à la réserve d’une équerre attachée au bras droit. Je fus ainsi conduit à la porte de la L∴.

D. Comment fûtes-vous admis ?

R. Par trois fois trois coups.

D. Que vous demanda-t-on ?

R. Qui va là ?

D. Que répondîtes-vous ?

R. C’est un maç∴ qui a fini son temps comme Appr∴ et comme Comp∴ et qui demande à être reçu Maît∴.

D. Comment y êtes-vous parvenu ?

R. Par un mot de passe.

D. Voulez-vous le donner ?

R. Oui, T∴ Resp∴.

D. Donnez-le-moi.

R. Tubalcain.

D. Que vous dit-on alors ?

R. Entrez Tubalcain.

D. Que fit-on de vous ?

R. On me fit faire un tour dans la L∴.

D. Où rencontrâtes-vous un obstacle ?

R. Derrière le T∴ Resp∴.

D. Que vous demanda-t-il ?

R. Il me fit la même question qu’à la porte.

D. Que vous dit-il ensuite ?

R. Passe, Tubalcain.

D. Que devîntes-vous après cela ?

R. Le T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴ m’enseigna à monter en Maît∴ à l’est, en faisant le signe d’Appr∴, et en marchant sur le premier degré de l’angle droit d’un carré long, en faisant deux autres pas sur le deuxième degré du même carré long, mes pieds formant l’équerre, et en faisant le signe de Comp∴, enfin en faisant le pas et le signe de Maît∴ sur le même carré long.

Arrivé à l’autel, on me fit mettre à genoux, la main droite sur la bible, les deux pointes d’un compas sur chaque sein. Dans cette attitude, je prêtais l’obligation solennelle des Maît∴.

D. Pouvez-vous répéter cette obligation ?

R. Oui, T∴ Resp∴ Maît∴. (Il la répète.)

D. Donnez-moi le signe du Maît∴.

R. (Il le donne.)

D. Que fit-on de vous ensuite ?

R. Le T∴ Resp∴ Maît∴ me prit par la main et me fit donner l’attouchement d’Appr∴, après quoi il me dit : « Levez-vous, F∴ J...N ».

D. Après que vous fûtes levé, que vous dit-on ?

R. Que j’allais représenter le plus grand homme du monde Maç∴, notre Gr∴ Maît∴ Hiram qui fut tué lors de la construction du temple.

D. Après cette narration, que fit-on de vous ?

R. On me conduisit aux TT∴ Vén∴ FF∴ 1er et 2d Surv∴ et au T∴ Resp∴ Maît∴, qui me firent les mêmes questions que les trois assassins avaient faites à Hiram, et qui me frappèrent de la même manière.

D. Que fit-on de vous ?

R. Après avoir reçu un coup de maill∴ sur le front, on m’étendit par terre.

D. Que vous dit-on alors ?

R. Le T∴ Resp∴ poursuivit l’historique de notre R∴ Maît∴ Hiram.

D. Comment releva-t-on son cadavre ?

R. Par les cinq points de la Maçrie.

D. Expliquez-les-moi.

R. Le T∴ Vén∴ F∴ 2d Surv∴ le prit par le doigt index sur lequel les Appr∴ font leur attouchement. Mais par l’effet de la putréfaction, la peau se détacha et lui resta à la main.

Le T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴ le prit ensuite par le deuxième doigt, sur lequel se fait l’attouchement des Comp∴, mais la peau se détacha aussi.

Alors, le T∴ Resp∴ Maît∴ le prit par la main, appuyant les quatre doigts sur le poignet, le pied droit contre le pied droit, le genou droit contre le genou droit, le sein droit contre le sein droit, la main gauche soutenant le dos ; et dans cette position, il le relève, en disant tout bas MO-A-BON, mot qui veut dire : « Il est presque pourri jusqu’aux os ». Ce mot devint ainsi le mot sacré de Maît∴.

D. Puisque vous avez été relevé par les cinq points de la Maçrie, expliquez-le-moi ?

R. 1° Main contre main, signifie que je suis toujours prêt à tendre la main à mon F∴, pour le secourir selon mes moyens.

2° Pied contre pied, que je suis toujours prêt à voler à la défense de mes FF∴.

3° Genou contre genou, qu’en fléchissant devant l’être Suprême, je n’oublierai jamais mes FF∴, dans les vœux que je lui adresserai.

4° Sein contre sein, que les secrets qui m’auront été confiés y seront inviolablement gardés.

5° La main gauche sur le dos, qu’autant qu’il sera en moi, je soutiendrai mes FF∴ dans tous les périls qui les menaceront.

D. Pourquoi étiez-vous privé de tous vos métaux ?

R. Parce que, dans la construction du temple de Salomon, on n’entendit aucun bruit causé par les coups d’aucun instrument composé de métal.

D. Pourquoi, mon Vén∴ F∴ ?

R. Pour qu’il ne fut pas souillé.

D. Comment a-t-il été possible qu’un aussi vaste édifice ait été construit sans le secours d’aucun instrument de métal ?

R. Parce que les matériaux furent préparés dans les forêts du mont Liban, apportés sur des voitures et placés avec des mail∴ de bois faits exprès.

D. Pourquoi étiez-vous sans souliers ?

R. Parce que le lieu où je fus reçu était une terre sainte sur laquelle Dieu dit à Moïse : « Ôtes tes souliers, car le lieu où tu marches est une terre sainte ».

D. Qu’est-ce qui soutient votre L∴ ?

R. Trois grands piliers.

D. Quel sont-ils ?

R. Sagesse, Force et Beauté.

D. Que représentent-ils ?

R. Trois grands Maît∴ : Salomon, Roi d’Israël, Hiram, Roi de Tyr, et Hiram Abif, fils de la veuve.

D. Ces trois grands Maît∴ furent-ils employés à la construction du temple ?

R. Oui. Salomon en dressa le plan d’après l’ordre qu’il en avait reçu du Gr∴ Arch∴ de l’Un∴. Il fournit l’argent et les provisions pour les ouvriers. Hiram fournit les matériaux et les fit préparer dans les forêts du mont Liban. Hiram Abif conduisit l’exécution de ce Gr∴ et Subl∴ œuvre.

 

___________________

 

Le T∴ Resp∴ frappe un coup et fait circuler le sac aux propositions.

Il fait ensuite circuler la boite aux secours.

Il frappe et dit : « TT∴ Vén∴ FF∴ 1er et 2d Surv∴, annoncez sur vos Col∴ respectives que si quelques Vén∴ Maît∴ ont quelque chose à proposer, soit pour le bien-être de l’ordre en général, soit pour celui de cette Resp∴ L∴ en particulier, ils sont invités à le faire ».

Les Surv∴ font l’annonce.

Le T∴ Resp∴ frappe un coup et dit : « Vén∴ F∴ Secret∴, veuillez donner lecture de l’esquisse des trav∴ de ce jour ».

La lecture étant finie, le T∴ Resp∴ frappe un coup et dit : « TT∴ Vén∴ F∴ 1er et 2d Surv∴, invitez-les Vén∴ Maît∴ qui auraient quelques observations à faire sur l’esquisse des trav∴, à le proposer ».

Les Surv∴ font l’annonce.

On approuve l’esquisse et on y applaudit.

 

Clôture

Le T∴ Resp∴ frappe un coup qui est répété par les Surv∴.

D. F∴ 2d Diacre, où est votre place en L∴ ?

R. Derrière le T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴ ou à sa droite s'il veut le permettre.

D. Pourquoi mon Vén∴ F∴ ?

R. Pour porter les messages du T∴ Vén∴ F∴ 1er au T∴ Vén∴ F∴ 2d Surv∴ et autour de la L∴ s'il le désire et pour veiller avec lui à ce que les FF∴ se tiennent décemment sur les Col∴

D. Où est votre place, F∴ 1er Diacre ?

R. Derrière le T∴ Resp∴ ou à sa droite s'il le veut le permettre.

D. Pourquoi mon Vén∴ F∴ ?

R. Pour porter les ordres du T∴ Resp∴ au F∴ 1er Surv∴ et aux Off∴ Dignit∴ afin que les trav∴ soient plus promptement exécutés.

D. T∴ Vén∴ F∴ 2d Surv∴, où est votre place en L∴ ?

R. À l'Occ∴.

D. Pourquoi, T∴ Vén∴ F∴ ?

R. Pour envoyer les ouvriers à la récréation, les rappeler de la récréation au travail et observer s'ils arrivent en temps fixé, afin que le T∴ Resp∴ puisse en tirer honneur et profit.

D. T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴, où est votre place en L∴ ?

R. À l'Occ∴.

D. Pourquoi ?

R. Comme le soleil se couche à l’Occ∴ pour fermer le jour, de même le T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴ s'y tient pour fermer la L∴, payer le salaire des ouvriers et les renvoyer contents.

D. Où se tient le T∴ Resp∴ ?

R. À l'est.

D. Pourquoi, T∴ Vén∴ F∴ ? ?

R. Comme le soleil se lève à l’est pour ouvrir le jour, de même le T∴ Resp∴ s'y tient pour ouvrir la L∴, la diriger dans ses trav∴ et l'éclairer de ses Lum∴.

Le T∴ Resp∴ frappe un coup et dit : « Mes Vén∴ FF∴, j’exige le serment du silence sur les trav∴ du jour.

Tous les Maît∴ lèvent la main et disent : « Nous le jurons ».

Le T∴ Resp∴ dit : « T∴ Vén∴ F∴ 1er Surv∴, quel âge avez-vous ?

Le 1er Surv∴ répond : « Sept ans , T∴ Resp∴ ».

D. T∴ Vén∴ F∴ 2d Surv, quelle heure est-il ?

R. Minuit plein, T∴ Resp∴ Maît∴.

Le T∴ Resp∴ ôte son chapeau et dit : « TT∴ Vén∴ FF∴ 1er et 2d Surv∴, veuillez annoncer sur vos Col∴ que je vais fermer cette Resp∴ L∴ des Maît∴ par trois fois trois coups qui seront répétés à l'Occ∴ ».

Les Surv∴ font l’annonce.

Le T∴ Resp∴ dit : « Débout, mes Vén∴ FF∴, à l’ordre ».

Il frappe trois fois trois coups de son maill∴ en cette manière : 00-0/00-0/00-0/.

Les Surv∴ répètent.

Le T∴ Resp∴ dit : « Au nom de Dieu et de Saint-Jean, cette Resp∴ L∴ de Maît∴ est fermée ».

Il se couvre et dit : « Attention, mes Vén∴ FF∴ »

Tous font le signe et l’applaudissement et la triple acclamation.

Le T∴ Resp∴ frappe un dernier coup et dit : « Mes Vén∴ FF∴, retirons-nous en paix ».

 

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François Clavel. Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie

 

Références

 

  1. René Desaguliers. Les pierres de la franc-maçonnerie. Éditions Dervy, 1997.

  2. Pierre Noël. Guide des maçons écossais. À Édinbourg 58**. À L’Orient, 2006.

  3. Philippe Michel. Genèse du Rite écossais Ancien et Accepté. 250 ans d’évolution de 1760 à nos jours. Dervy, 2017.

  4. Dans la série de Bernigeroth, 1745, on voit bien la pantoufle au pied gauche du candidat lequel fait serment sur le livre (serment de l’apprenti). Philippe Langlet. Lecture d’images de la Franc-maçonnerie. Dervy, 2013, p58.

  5. Christophe de Brouwer. Sur la trace des écossais du XVIIIème dans le rituel du 1er grade à l'antique loge de Namur. Jaarboek n°22, Trigonum Coronatum, 2014, pp 93-117.

  6. René Desaguliers. Les pierres de la maçonnerie. L'Arc Royal en Angleterre. Renaissance Traditionnelle. 1991, n°87-8, pp 245-8.

  7. Harry Carr's World of Freemansonry. More light on the Royal Arch. Lewis Masonry, 1983, p164.

  8. On trouve dans le catéchisme publié par le Post-Boy de 1723 l'affirmation de l'existence de 7 ordres : D 40 « How many Orders of Masons are there ? », R 40 « Seven Orders » D 41 « What is the highest that our present masons can attein to ? » R 41 « Few exceed the Fourth Order » D 42 « What qualifies a man for the Seventh Order ? ». B Morris. The Post-Boy Sham Exposure of 1723. Heredom, 1998, 7: 9-37.

  9. NB Cryer. The Arch and the Rainbow. Lewis, 1966, p 26.

  10. Idem, p 29.

  11. Les travaux de NB Cryer, excellents par ailleurs, pose un problème de précision. Il ne référencie pas ou très peu ses insertions et donc on a difficile de remonter à la source.

  12. Cryer, idem, p 30.

  13. Voir par exemple A Berheim qui évoque cette possibilité. Did écossais (early ‘high’) degrees originate in france ? In Freemasonry in Context: History, Ritual, Controversy. Sous la direction de A de Hoyos et SB Morris, 2004.

  14. R Desaguliers. Les Pierres de la Franc-Maçonnerie. Dervy, 1995, pp 291-3.

  15. Une bonne décomposition des différents temps du grade de maître avec comparatif entre rituel a été réalisé par Jan Snoek. The evolution of the Hiramic legend in England and France from Pritchard to the Emulation ritual. Heredom, vol 11, 2003. (Traduction française : Acta Macionica n°21, 2011.)

  16. L'association de Salomon, du roi Hiram de Tyr et d'Hiram le maître d'oeuvre, hors la légende du meurtre d'Hiram, est vraiment très ancienne et bien connue à cette époque, elle provient de la Bible (Livre des Rois). On peut la retrouver notamment dans l'iconographie du Moyen-Âge ou dans le corpus alchimique ancien. Voir -G Meigniez. Hiram au quattrocento. Renaissance Traditionnelle n°159, 2010, pp 122-175.-ou – M Maier. « Septimana philosophica: qua aenigmata aureola de omni naturae genere ab Hyramo, tyri princepe ... », Francfort, 1620.

  17. Paul Paoloni. Quatre grades et cinq mots. Renaissance Traditionnelle n°175, 2014, pp 122-188.

  18. Harry Carr's World. Idem.

  19. Le rituel de Past-Master du Chapitre Caledonian n°61 de Namur (1845) propose une légende, ce que ne fait ni les « Carlile », ni le « Morgan/Bernard », ni le « Duncan ». Cette légende est une suite de celle du Mark-Master, elle reprend l'obligation des « trois » ensemble, puis on retrouvera à nouveau cette notion dans le Royal Arch.

  20. Dominique Jardin. Le temple ésotérique des Francs-Maçons. Éditions Godefroy, 2015, pp 96-103.

  21. Le fait que la mission des compagnons et maîtres envoyés par Salomon est de lui rapporter ce qu'ils ont constaté est également très central dans le Royal Arch où Zorobabel prend la place du premier. On ne trouve pas cette centralité de Salomon dans le Pritchard.

  22. C de Brouwer. Les 250 du Rite écossais Primitif, dit de Namur. 1ère partie. Renaissance Traditionnelle n°172, 2013, pp 242-285.

  23. Archives du Suprême Conseil de Belgique. La copie du rituel « Marchot » du 3ème grade m'a été aimablement transmis par Jacques H.

  24. Bible, livre des Rois, I, 6 (7) : « Lorsqu'on bâtit la maison, on se servit de pierres toutes taillées, et ni marteau, ni hache, ni aucun instrument de fer, ne furent entendus dans la maison pendant qu'on la construisait. »

  25. On ne retrouve pas cette légende dans le Pritchard (Masonry dissected, 1730), mais on la trouve, sans les maillets de bois, dans des divulgations françaises comme « Le Sceau rompu »(1745), « Le Maçon démasqué » (où l'acclamation est houze!) (plusieurs éditions dont la première en 1748) au niveau de l'instruction de l'apprenti. C'est conforme à l' « Histoire des Francs-Maçons » première partie repris par La Tierce, dans sa fameuse « Histoire Obligations et Statuts de la très Venerable Confraternité des Francs-Maçons » (1742) où l'absence de bruit lors de la construction est certes évoquée, mais pas l'utilisation de « maillets en bois » (idem dans l'historique des « Constitutions » d'Anderson, 1723).

  26. R Dachez propose une discussion sur les termes « Hiram Abif, où notamment celui-ci n'est pas le fils de la veuve, mais bien Hiram le fondeur de bronze, fils d'un tyrien et d'une veuve de la tribu de Nephtali (Bible, livre des Rois, I). Hiram et ses frères. Éditions Vega, 2010, pp 74-9. Notons que ce sont les deux seules occurrences du double terme « Hiram Abif » dans le rituel de maître namurois. Ailleurs c'est Maître Hiram.

  27. Duncan's Masonic Ritual and Monitor. New-York, 1866.

  28. Fifield Dassigny. Cinq documents maçonniques irlandais. Traduction Lamoine. Éditions de La Hutte, 2008, pp 142-145. pp 100-102.

  29. Knoop, Jones, Hamer. The Early Masonic Catechisms. (AQC) Manchester University Press, 1963, p 95.

  30. Rite ancien de Bouillon. An old english ritual. Circa 1740. Masonic reprints, IX. Leicester, 1926, p 21.

  31. B Homery. Héraldique et Franc-maçonnerie. L'équerre et le compas entrelacés. Renaissance Traditionnelle n°142, 2005, pp 78-92.

  32. Lepper & Crossle. History of the Grand Lodge of Free and Accepted Masons of Ireland. Vol 1. Lodge of Research CC, 1925, pp 25-27.

  33. G Meigniez. Hiram au quattrocento. Renaissance Traditionnelle n°159, 2010, pp 122-175.

  34. G Meigniez. Renaut de Montauban aux origines du mythe d'Hiram. Renaissance Traditionnelle n°180, 2015, p256.

  35. Patrick Negrier. Textes fondateurs de la Tradition maçonnique 1390-1760. Grasset, 1995, pp 124-5.

  36. Harry Carr's World, déja cit.

  37. Christophe de Brouwer. Sur la trace des écossais du XVIIIe dans le rituel du 1er grade à l'antique loge de Namur. Trigonum Coronatum. Annales, 2014.

  38. Knoop, Jones, Hamer. Op. cit., pp 63 & 64.

  39. J Wade. The establishment of Lodge Roma Eagle in Edinbourgh : its use of Latin from 1785-1793. AQC n°120, 2007, pp 37-38.

 

François Clavel. Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie

 

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Rédigé par Christophe de Brouwer

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P
Ces rituels sont très instructifs mais me permettrez-vous une question? La voici : que disent ces rituels à propos de l'allumage et de l'extinction des bougies à l'ouverture et à la fermeture des Travaux ? On dit le Rite primitif écossais assez proche du RER de ce point de vue; auraient-ils tous deux puisé à même source, celle des Élus Cohen de Martinès de Pasqually ? Merci pour votre réponse.
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C
Il me semble que la description de l'allumage des feux dans les rituels est assez tardive. Les rituels du REP ne le décrivent pas. De mémoire, les premières que j'ai trouvé sont reprises par des rituels du rite philosophique. Mais je dois re-chercher cela. Le rituel actuel des lumières pratiqué à Namur pour les trois premiers grades se rapproche, me semble-t-il, de cela: après l'installation des officiers à leur stalle, on va chercher la lumière à l'extérieur du temple (ce n'est plus tout à fait cela, mais c'est l'idée) et on allume directement les trois flambeaux de l'autel (en position écossaise). Ensuite, les lumières des stalles sont allumées. 12 lumières en tout, ce qui est conforme aux anciens usages écossais où, non pas 7, mais douze maçons sont nécessaire pour ouvrir la loge (douze apôtres, etc.).