Le Knight Templar écossais
Publié le 6 Février 2023
Nous avions traité précédemment de l’origine hypothétique écossaise du Royal Arch.
L’article connaît un certain succès et cela me pousse à vous présenter le chapitre 6 du projet d’ouvrage. Ce chapitre traite du Knight Templar, suite assez logique, s’agissant de l’Écosse, du Royal Arch.
Je vous livre tel quel ce travail, réalisé il y a déjà quelques années et jamais publié, par beaucoup de côtés inachevé. Considérez ceci comme une introduction à la problématique comme ce fut le cas lors de notre étude du Royal Arch et l’Écosse.
Chapitrage.
Les premières mentions des templiers en Écosse, sont hors Écosse.
Les 13 Colonies d'Amérique du Nord
Introduction
L'histoire templière en Écosse relève largement du mythe, à la fois du mythe récent, né apparemment au XVIIIe siècle liant le Temple à l'histoire maçonnique, que dénonce Robert Cooper [1], mais aussi du mythe ancien comme en témoigne d'ailleurs Jonathan Swift (voir plus bas).
En effet, deux événements historiques sont marquant :
D'une part, en 1310, des templiers sont brûlés et de Molay l'est en 1314. C'est un événement considérable pour l'époque.
D'autre part, Robert Bruce, qui se fait couronner Robert 1er en 1306, gagne la bataille de Bannockburn près de Stirling cette même année 1314 contre les anglais d'Édouard II, ce qui signe l'indépendance de l'Écosse pour 400 ans, mais non la paix. En 1318, le pape excommunie Robert Bruce. Après un flottement, ceci renforce finalement l'unité de l'Écosse plutôt que la dissoudre. Par ailleurs, l'évêque William Lamberton (évêché de St-Andrew, diocèse principal d'Écosse), qui lutta auprès de William Wallace et Robert 1er lors des guerres d'indépendance, fut également excommunié.
Ce double événement est évidemment singulier et sera relaté durant cette longue période d'indépendance, tant les écrits historiques écossais [2] que ceux consacrés à l'histoire de l'Église d'Écosse [3].
La réalité reste banale. A l'appel du pape et du roi Philippe-le-Bel, Edouard II d'Angleterre fera arrêter quelques rares chevaliers templiers qui se trouvaient sur les territoires qu'il contrôlait et en fit le procès dont les résultats seront assez identiques : ils seront priés de rejoindre des congrégations religieuses. Les biens du Temples seront redistribués à des propriétaires terriens. Pour l'Écosse, le traitement est identique, ce sera précisément William Lamberton qui mènera ces procès. Une petite particularité écossaise fut que ces terres resteront qualifiées de « Templarland »[4] au niveau des actes officiels [5].
La résistance au tyran, (qui forme le cœur des rituels maçonniques continentaux de Kadosh), est une notion très présente dans le monde protestant et singulièrement le presbytérianisme : nous trouvons par exemple plusieurs citations dans ce livre adressée au Roi Charles II :
« Si les princes sont tyrans contre Dieu, et sa Vérité, leurs sujets sont affranchis du serment d'obéissance ». attribué à Knox.
Attribué à George Buchanan :
« Que les Ministres peuvent excommunier les Princes, et que les Roys étant jettés en Enfers par l'excommunication, ne méritent pas de jouir d'aucune vie en terre. », etc. [6]
A la fin du XVIIe, puis au XVIIIe siècle, c'est d'ailleurs cette notion qui fonde la différence principale entre les Whigs (généralement reconnu comme le parti du parlement, aujourd’hui on les appellerait les « libéraux »), qui sont favorables à la notion de résistance et les Thories (au départ favorables aux Stuarts, plus généralement le parti de la Cour, aujourd'hui on les appellerait les « conservateurs »). Les premiers seront au pouvoir avec Guillaume III, puis avec les premiers rois hannovriens (George I et II). Le nom de Whig viendrait du « Whiggamore raid » de 1649, chevauchée de covenantaires écossais, restée célèbre dans la mémoire collective. Cet épisode se place durant le bref « règne des Saints » (puritains presbytériens qui avaient pris le pouvoir en Écosse à ce moment, jusqu'à leur défaite par les armées de Cromwell).
Il n’est donc pas anormal d’avancer que les degrés de Royal Arch – Knight Templar aient porté, le cas échéant, au XVIIIe siècle, en Écosse et en Irlande, des aspirations « séditieuses » par rapport au pouvoir central (comme ce fut le cas du Kadosh sur le continent). Cette remarque est renforcée par le constat de mentions concernant ces degrés qui apparaissent précoces et explicites aux États-Unis, alors qu’elles sont tardives en Écosse et en Irlande et peu explicites. Nous avons de plus les minutes du procès qui eut lieu en 1800 concernant les accusations de sédition portés par des membres de la vieille St-John lodge n°11 de Maybole (sud-est écossais) contre des membres de la nouvelle Loge n°198 de la même localité, qui pratiquaient les degrés de Royal Arch et Knight Templar, depuis les années 1790 (voir plus loin la déposition de William Hamilton). La Révolution française et la rébellion irlandaise de 1798 (rébellion essentiellement protestante) ne sont évidemment pas de nature à calmer l’inquiétude des Autorités. Dans cette optique, soulignons que les encampments templiers écossais de la fin du XVIIIe étaient fréquemment patentés par l’Early Grand Encampment d’Irlande, ce qui était de nature à augmenter la suspicion. L’intéressante thèse de doctorat de Mark Coleman Wallace explore cet aspect d’une manière fouillée [7].
Par ailleurs, nous pouvons constater que la qualification de chevalier pour un franc-maçon est ancienne. Les discours de Ramsay, un écossais, en font mention (1736-37) et si nous considérons ceux-ci comme une compilation de légendes utilisées en franc-maçonnerie à cette époque (n'oublions pas qu'il est à la fois francophone et anglophone d'origine écossaise, devenu catholique en France, et qu'il publiera la même année (1727) ses « The Travels of Cyrus » et « Les Voyages de Cyrus » en anglais à Londres et en français à Paris).
Sans que cela soit relié à l'Écosse, nous en avons une confirmation avec le Copiale (manuscrit en allemand codé des années 1740) [8] qui reprend des élément d'un maître écossais, dont l'origine se trouve vraisemblablement en Angleterre [9]. Le « Copiale », manuscrit récemment décodé (2011), désigne les maçons dit « écossais » par le terme de chevalier (je remets en allemand compréhensible) : « schottische brüderschaft wirklich zum ritter geschlagen » (p83), que l'on pourrait traduire pas « la fraternité écossaise réellement adoubée comme chevalière ». Ces « écossais » sont également désignés par le terme très écossais de « dene rittern von sanct andrea » (p88 : « ces chevaliers de Saint-André »).
Nous trouvons également l'expression de
« so schlage ich euch zum ritter unsers schottische sanct andreas orde » (p 93 « ainsi je vous adoube comme chevalier dans notre ordre de Saint André »). Une dernière qualification est également intéressante : « Machen die ritter der schottische maurerei keine weitere entdeckung ?» (p 97 « Ces chevaliers de la maçonnerie écossaise ne font-ils aucune découverte plus avant ?».
Plus spécifiquement pour les « templiers - pilgrim's rite » :
En Écosse, pour le dernier tiers du XVIIIe siècle, le Royal Arch apparaît comme largement associé à des grades de chevaliers de Maltes et/ou Templiers, ..., ce qui indique une différence assez significative par rapport à l'Angleterre. Il est possible que cette association soit ancienne en Écosse (cf les plaques de laiton, voir plus loin). La première indication d'un chevalier de Malte nous vient à nouveau de la loge de Stirling, au niveau de l'article 8 des statuts, retrouvés dans les minutes de la loge, datée de 1791, et qui auraient été établies en 1745 :
« Entered Apprentice 10s. To Grand Loge 2s. 9d.
Passing Fellow-craft 2s. 6d. Passing Master 7s. 9d.
Excellent and super-excellent 5 s. Knight of Malta 5s. »[10].
Notons que le degré de « Royal Arch n’est pas repris dans ce catalogue, ce qui montrerait une certaine indépendance des Knights par rapport à ce grade, alors que l’inverse pourrait ne pas être nécessairement vrai.
Concernant l’apparition des Knights Templar, Cameron explique :
« … ; they might have been at first worked as Orders, quite distinct from Freemasonry, or from the first as Chilvaric Degrees of Freemasonry. In favour of the former view, it may be urged that, whilst there were never, in the last century [XIXe], Royal Arch Chapters unconnected with Craft Lodges or Kight Templar Encampments, there were perfectly independent Encampments of Knights Templar having no connection with Craft Lodges. »[11]
(… ; ils auraient pu être d'abord travaillés comme des ordres, tout à fait distincts de la franc-maçonnerie, ou dès le début comme des degrés chilvariques de la franc-maçonnerie. En faveur du premier point de vue, on peut soutenir que, bien qu'il n'y ait jamais eu, au siècle dernier [XIXe], de chapitres de l'Arche royale ou de campements templiers sans lien avec les loges maçonniques, il y a eu des campements templiers parfaitement indépendants n'ayant aucun lien avec Loges maçonniques.)
Il est probable que les termes de Knight Templar-Maltha valent l’un pour l’autre au XVIIIe siècle (manuscrit de Sheffield portant sur le Knight Templar, vers 1780):
« their was a pilgrim in the tent who have passed the several degrees of C[raft] M also that of the holy R.A now most humbly solicits to have & receive that most noble order of KT & KM[altha] how does he expect to obtain that most noble order. By faith in the L[ord]de. J.C. - did you enter »[12]
(là se trouvait un pèlerin sous la tente qui a passé les différents degrés de la maçonnerie des 3 premiers degrés aussi que celui du saint R.A. Maintenant il sollicite très humblement d'acquérir et de recevoir l'ordre le plus noble de KT & KM [altha]. Comment espère-t-il obtenir cet ordre le plus noble. Par la foi au Seigneur J.C. - veuillez entrez)
C’est ce qu’avance également Frederick Smyth:
« When the evidence does begin, it shows that both the Templar and the Malta degrees were being worked in the same lodges, Royal Arch chapters and encampments before Dunckerley took command. It can be inferred from Baldwyn practice and from other records that in the very early days the two knighthoods would have been comprehended in one ceremony. »[13]
(Lorsque les preuves apparaissent, elles montrent que les diplômes des Templiers et de Malte étaient travaillés dans les mêmes loges, chapitres de l'Arche Royale et campements, avant que Dunckerley ne prenne le commandement. On peut déduire de la pratique de Baldwyn ainsi que d'autres documents qu'au tout début, les deux chevaleries auraient été comprises lors d'une seule cérémonie.)
Les premières mentions des templiers en Écosse, sont hors Écosse.
La première mention de loges de Chevaliers de Malte en Écosse proviendrait peut-être d'Irlande, de Jonathan Swift, pointant la Loge de Kilwinning, et serait dans ce cas réellement très précoce :
A letter from the grand Mistress of the female free masons to George Faulkner, printer. 1724
« … The branch of the lodge of Salomon's temple, afterwards called « The lodge of St. John of Jerusalem », on which our gardian fortunately hit, is, as I can easily prove, the ancientest and purest now on earth ; from whence came the famous old Scottish lodge of Kilwinning, of which all the kings of Scotland have been from time to time grand masters, without interruption, down from the day of Fergus, who reigned there more than two thousand years ago, long before the knights of St. John of Jerusalem, or the knight of Malta ; to which two Lodges I must nevertheless allow the honour of having adorned the ancient Jewish and Pagan Masonry with many religious and Christian rules. ... » (From « The Works of Dr Jonathan Swift, Dean of St Patrick's, Dublin », tome 10, pp 292-302 ;
(Une lettre de la grande maîtresse des femmes francs-maçons à George Faulkner, imprimeur. 1724
« … La branche de la loge du temple de Salomon, appelée plus tard « La loge de saint Jean de Jérusalem », sur laquelle notre gardien a heureusement frappé, est, comme je puis aisément le prouver, la plus ancienne et la plus pure actuellement sur la terre ; d'où est sortie la fameuse vieille loge écossaise de Kilwinning, dont tous les rois d'Ecosse ont été de temps en temps grands maîtres, sans interruption, depuis le jour de Fergus, qui y régna il y a plus de deux mille ans, bien avant la chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ou chevalier de Malte ; à laquelle deux Loges je dois néanmoins accorder l'honneur d'avoir orné l'ancienne Maçonnerie juive et païenne de nombreuses règles religieuses et chrétiennes. ...)
Jonathan Swift (1667-1745) est né et mort à Dublin. Il fut doyen de la cathédrale Saint-Patrick dans cette ville. On lui doit les Voyages de Gulliver de 1726, qui est une satire du pouvoir anglais. C’est un pasteur anglican, venant de la bourgeoisie irlandaise qui n’avait que mépris pour les va-nu-pieds catholiques (« des rats et des fouines »). Il était au début proche du pouvoir anglais, qui pratiquait une répression féroce anticatholique. Il fit ses études à Dublin à la « Trinity College ». Mais, en butte à la condescendance anglaise et à l’exploitation économique outrancière, il devint petit à petit un nationaliste irlandais très engagé, un peu le même phénomène que l’on a pu observer dans les colonies américaines. L’époque de Swift vit également la première grande famine (1740-41) en Irlande qui aurait fait environ 300 000 morts (soit environ 10 % de la population, cependant certains avancent la proportion de 38 % de la population qui aurait disparu). Cet écrit-ci serait une satire du 1er avril. Patrick Négrier y voit une connexion avec les milieux presbytériens via la Loge d'Omagh en Ulster avec laquelle Swift affirmait correspondre [14].
A cette époque, les satires sont à la mode, et représentent, sous une forme allégorique, généralement des réalités très précises [15].
N’oublions pas également que l’Ordre des chevaliers de Malte (chevalier hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem), à cette époque, existe et gouverne l’île du même nom. Être reçu par eux est un honneur recherché : nous avons l’exemple du 2e fils illégitime de Jacques II (d’Angleterre), Henry Fitzjames, qui fut reçu Chevalier dans cet ordre en 1689. Il y deviendra Grand Prieur pour l’Angleterre [16]. Cet Ordre avait réalisé un maillage social dense dans toute l’Europe, ce que fera un peu plus tard la franc-maçonnerie qui ne lui est pas étrangère [17].
Le rapprochement avec le discours de Ramsay, un écossais, est assez fascinant : en effet l’un et l’autre font mention des Chevaliers de Malte et de la Loge de Kilwining :
Version de 1742 -La Tierce- [18] (la version de 1736 est lacunaire [19]) :
« Quelque tems après notre Ordre s’unit intimement avec les Chevaliers de St. Jean de Jerusalem. Dès lors nos Loges portèrent toutes le nom de Loges de St. Jean. »
Au paragraphe suivant, nous avons cette phrase :
« Jacques, Lord Steward d’Ecosse, étoit Grand-Maître d’une Loge établie à Kilwin dans l’Ouest d’Ecosse en l’an MCCLXXXVI, ... »
(Notons qu'également une bonne dizaine d'année plus tard, en Angleterre, le « Craftman » dans sa publication concernant la franc-maçonnerie, « Jachin » (1737), fait le rapprochement entre l'appellation « Grand Maître » et les chevaliers de Malte [20] : « ; for they give their chief Officer the Title of Grand Master ; in Imitation, I presume, of the knights of Malta ; »)
Une autre mention de Chevalier templier écossais, dans ce cas désigné comme « jacobite », incertaine et controversée, se trouve dans des documents (retranscription) relativement tardifs (1843). Elle propose également le date de 1745 pour une réunion de Chevaliers templiers au château royal de Holyrood (se trouvant à Édimbourg, dans la banlieue de Canongate) [21]. Nous sommes plutôt sur un versant légendaire dans ce cas. Peut-on faire un parallèle avec les plaquettes de la loge de Stirling, dont le château remplissait un rôle similaire à celui de Holyrood ? Rien ne l'indique.
Complémentairement, en Europe, apparaît, toujours dans ces années 1740, probablement à la fin de la décennie, un « Ordre Sublime des Chevaliers Élus » (OSCE) [22] qui est templier (rituel de type continental) et dont les Chapitres se répandront sur le continent. Edimbourg est également désigné nommément comme lieu d'implantation de l'OSCE [23] : « Angleterre / Stuart fils du lord maire d'edimbourg négociant / A edimbourg ». Cette mention se trouve dans deux manuscrits, celui de Quimper (ca < 1750) et celui de Poitier (ca 1750), il s'agit donc dans ce cas d'écrits contemporains, contrairement à la « légende » d'Holyrood.
Il est à noter que l'OSCE resta, longtemps après sa création (on ne sait pas ce qu'il en advint), invoquée comme source de leurs positions dans les hauts-grades par des maçons. L'exemple le plus connu est celui du baron Friedrich von Vegesack [24] avec son chapitre d'Amsterdam de l'OSCE : dans sa deuxième lettre à von Hund, le 5 aôut 1767, il invoque l'OSCE qui l'a armé chevalier « a Leone insurgente »
Ou l'exemple, également à Amsterdam, du baron Albert-Nicolas van Aerssen Beijeren, premier grand-maître du Grand Orient des Pays-Bas de 1756 à 1758, qui fut également investi par le comte de la Tour du Pin de l'OSCE. Il transmet, le 24 septembre 1774, en co-tutelle, ses pouvoirs à un de ses successeurs (van Boetzelaer) :
« A tous et un chacun de nos Illustres très Respectables, Vénérables et aimés Frères.
Nous Albert Nicolas Baron d'Aersen Baviëre, seigneur de Voshol, Meeteren, Geldermalsen, Triangel, Hogerheide, &, & Grand Maître perpétuel de l'Ordre Sublime des Grands Chevaliers Élus, ensemble des grades intermédiaires de la Maçonnerie Écossaise du Petit Élu, de l'Illustre, du Chevalier de l'Étoile, et des deux Aigles & dans la République des Sept Provinces Unies, ressort de la Généralité et Colonies dépendantes & & & Salut.
Savoir faisons, qu'ayant acquis depuis plusieurs années par la faveur du très Noble, très Illustre et très Excellent Frère Comte de la Tour Dupin, Souverain Grand Maître de tous les Conseils, Chapitres et Loges Écossaises ou autre du Grand Globe de France, le pouvoir et la faculté de conférer ces différents Grades, d'en former des Loges et de nous mettre à leur tête en qualité de Grand Maître pour les régir et gouverner notre vie durant, soit par nous-même ou par un Représentant que nous pourrions en trouver digne, le tout sous la Juridiction susdite de la République des Provinces Unies.
... »[25]
Signalons la visite d'Estienne Morin en 1762 à Édimbourg durant 3 mois, lors de sa captivité en Angleterre. Les registres encore existants (par ex. ceux de la Grande Loge d'Écosse pour cette année sont perdus) ne mentionnent pas de visite de Morin. Mais il déclare avoir rencontré des maçons :
« J'ai fais un voyage en Écosse dans mon séjour en Angleterre et j'ai vu un habile homme à Edimbourg ; j'ai passé trois mois avec le maçon le plus zélé que j'aie jamais connu ... » [26]
Il serait logique qu'il ait notamment rencontré celui chargé par la Grande d'Écosse de visiter les prisonniers français, en l’occurrence le Dr John Boswell, frère de James Boswell, célèbre écrivain et franc-maçon, ami de Voltaire et de Rousseau. Lorsqu'il fut libéré, de retour dans les Îles, à nouveau capturé par les anglais (!), il passa par Kingston, Jamaïque, en 1763, et c'est apparemment à ce moment que des liens de confiance avec Henry Andrew Francken se nouèrent. Quels furent les échanges durant son court séjour à Edimbourg, on ne le sait pas [27].
D'autres données, cette fois, solides, de Chevaliers Templiers pour l'Écosse datent des années 1778 à la loge de Scoon et Perth dans ses relations avec la loge St-Stephen d'Edimbourgh :
« In 1778 the brethren of Lodge Scoon and Perth visited Lodge St. Stephens in Edinburgh and initiated a number of the office-bearers of the latter lodge as Knight templars. »[28].
(En 1778, les frères de la Loge Scoon et Perth visitèrent la Loge St. Stephens à Édimbourg et initièrent un certain nombre d'officiers dignitaires de cette dernière loge en tant que chevaliers templiers.)
Le 8 octobre 1779, toujours en Écosse, nous avons la patente accordée par la Mother Kilwinning Lodge aux High Knights Templar of Ireland Lodge. Tout comme ce qui est relaté au paragraphe précédent, ce document-ci est probablement important pour la Loge de Namur pour plusieurs raisons : d'une part la patente est accordée par une Loge (mère), à une époque similaire que « Namur » (1776), d'autre part le mouvement va de l'Écosse vers l'Irlande pour cette époque, ensuite il confirme une situation déjà existante en Irlande [29], et enfin ceci se réalise sur un fond presbytérien, s'agissant de la Mother Kilwinning Lodge.
Notons qu'à partir de cette souche irlandaise d'origine écossaise, une nouvelle juridiction va apparaître en 1786, le « Early Grand Encampment of Ireland ». Cette juridiction va ensuite accorder des patentes (warrants) à une soixantaine de Chapitre de Knight Templar, dont un tiers en Écosse, l'interdiction de la pratique d'autres grades que les 3 premiers grades par la Grande Loge d'Écosse en 1800 va, semble-t-il, accélérer le processus de demande de chartes. Cette interdiction « molle » est probablement opportuniste et liée aux soupçons de comportement séditieux de membres de ces hauts-grades, dont veut se défaire la Grande Loge (voir ci-après). Le premier Chapitre écossais de ce type semble avoir été celui d'Aberdeen en 1794 (dont la loge, presbytérienne, avait été celle de James Anderson).
Ajoutons qu'un document de 1788 de Dublin du « Early Grand Encampment of Ireland » d'Irlande, outre les statuts et règlements, donne les noms des chevaliers adoubés, dont le premier l'aurait été le 24 mars 1765 [30].
Quels sont les rituels utilisés en Écosse pour le grade de Knight Templar ? Probablement que ces rituels sont proches de celui de Sheffield (années 1780, [31]) ? Nous disposons de deux relations qui pourraient être de nature à éclairer le contenu de ceux-ci.
D’une part la déposition de William Hamilton au procès de Maybole (1800) [32], et d’autre part la relation sous forme de Demandes-Réponses, portant essentiellement sur les serments demandés, repris dans l’ouvrage de Draffen, sans qu’une date ne puisse être proposée [33].
Voici la déposition de William Hamilton, qui est à charge, bien que membre de la nouvelle loge de Maybole n°198. Il est probable que le trait est forcé, les accusés, John Andrew, un cordonnier faisant parfois l’école, et John Andrew, un charron, avaient refusé de révéler la teneur des cérémonies. Ces derniers furent acquittés. Fait intéressant, l’accusation fait état de l’éventuelle présence d’Irlandais lors de ces cérémonies (sous-entendu forcément sympathisants de la rébellion de 1798, sur fond de l’ « Unlawful societies act » de 1799 [34]).
« A pistol was fired and some person called out, ‘Put him to death.’ He was blindfolded first when brought into the room, and the covering being afterwards taken from his eyes, he was shown a stone jug in the corner of the room, and a candle burning in it. He was told by the panel that it was the representation of God Almighty in the midst of the burning bush. Andrew was Master of the Lodge, and was reading the third chapter of Exodus. The witness was desired to put off his shoes, as it was holy ground he stood on; the covering was put down again on the witness’s face, and he was led under an arch, and, passing under the arch, he was desired to find the Book of the Law; it was taken up by some other person in the Lodge, who was called High Priest, and who said he would explain it. The witness was desired to put money on the book to pay for explaining it to him; the book, he was told, was the Bible. The witness put money on the book as desired, and John Andrew made observations on the chapter as he read it, but the witness does not positively remember any of them. Recollects that part of the chapter where the children of Israel are said to be in bondage. The passport for a Royal Arch Mason was, ‘I Am that I Am.’ After the above ceremonies, the witness, being taken out of the room, had his coat taken off and tied on his shoulders in a bundle, and was then brought in; a carpet with a rent in it was called the veil of the temple. He was led through it, and round the room. A sword was put into his hand, and he was ordered to use it against all who opposed him as a Knight Templar. John Andrew read the fourth chapter of Exodus; the witness was desired to throw down the sword, and was told it was become a serpent; after which he was desired to take it up again, and was told it was become a rod. Andrew poured ale and porter on the floor, and called it blood. Witness was shown thirteen burning candles. One in the middle he was told represented Jesus Christ; the others the Twelve Apostles. Andrew blew out one of the candles, which he called Judas, who betrayed his Master; one of them was dim, and was called Peter, who denied his Master. Something on the table under a white cloth being uncovered, was perceived to be a human skull, which the witness was desired to take up, and view it, and was told it was a real skull of a brother called Simon Magus. Porter was poured into the skull, which the witness was desired to drink; he did so, and it was handed round the whole Knights. Andrew put the point of the sword into it, and then touched witness’s head, saying, ‘I dub thee in the name of the Father, Son, and Holy Ghost.’ He took an oath ‘to keep the secrets of the Knights Templars, murder and treason not excepted’: the penalty for revealing was that ‘his body would be rooted up like a fir deal.’ John Andrew was Master at his admission, and at two others at which he was present. The witness’s impression was that the ceremonies used were a scoffing at religion, and, though he cannot say positively, he thought they had a tendency to overturn the Government. »[35]
(Un coup de pistolet a été tiré et quelqu'un a crié: "Mettez-le à mort." On lui a d'abord bandé les yeux lorsqu'on l'a amené dans la pièce, et celui-ci étant ensuite retirée de ses yeux, on lui a montré une cruche de pierre dans le coin de la pièce, et une bougie allumée dedans. Le panneau indiquait que c'était la représentation de Dieu Tout-Puissant au milieu du buisson ardent. Andrew était Maître de la Loge et lisait le troisième chapitre de l'Exode. Le témoin (l'impétrant) a été prié de retirer ses chaussures, car c'était une terre sainte sur laquelle il se tenait; le bandeau fut placée sur son visage, et il fut conduit sous une arche, et, passant sous l'arche, on lui demanda de trouver le Livre de la Loi ; il a été saisi par une autre personne de la Loge, qui s'appelait Grand Prêtre, et qui a dit qu'il expliquerait. On a demandé au témoin de mettre de l'argent sur le livre pour rémunérer l'explication; le livre, lui dit-on, était la Bible. Le témoin mit de l'argent sur le livre comme on le souhaitait, et John Andrew a fait des observations sur le chapitre au fur et à mesure qu'il le lisait, mais le témoin ne se souvient positivement d'aucune d'entre elles. Il se rappelle cette partie du chapitre où les enfants d'Israël sont dits être en servitude. Le passeport pour un Royal Arch Mason était, 'Je suis ce que je suis." Après les cérémonies ci-dessus, le témoin, sorti de la salle, avait son manteau enlevé et attaché par une sangle sur ses épaules. Il a ensuite été amené face à un tapis déchiré qu'on appelait le voile du temple. Il a été conduit à travers celui-ci, et autour de la pièce. Une épée a été mise dans sa main et il a reçu l'ordre de l'utiliser contre tous ceux qui s'opposaient à lui en tant que chevalier templier. John Andrew a lu le quatrième chapitre d'Exodus; on demanda au témoin de jeter l'épée, et on lui dit qu'elle était devenue un serpent ; après quoi on le pria de le reprendre, et on lui dit que c'était devenu une verge. Andrew versa de l'ale et de la bière sur le sol, et a appelé cela du sang. On a montré au témoin treize bougies allumées. On lui a dit que celle du milieu représentait Jésus-Christ; les autres les Douze Apôtres. Andrew a soufflé une des bougies, qu'il a appelée Judas, qui a trahi son maître; l'une d'elles était éteinte et s'appelait Pierre, qui a renié son maître. Un objet posé sur la table recouvert d'un tissu blanc qui, lorsque le tissu fut levé, se révéla être un crâne humain, que le témoin a été invité à prendre et à voir, et on lui a dit que c'était le vrai crâne d'un frère appelé Simon Magus. De la bierre a été versé dans le crâne, que le témoin devait boire; il l'a fait, puis l'a partagé avec tous les chevaliers. Andrew y mit la pointe de l'épée, puis toucha la tête du témoin en disant : " Je t'adoube au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. " Il prêta serment " de garder les secrets des Templiers, meurtre et trahison non exceptés " : la peine pour avoir révélé était que " son corps serait déraciné comme un sapin. " John Andrew présidait son admission, et celle de deux autres qui étaient présent. L'impression du témoin était que les cérémonies utilisées étaient une moquerie de la religion et, bien qu'il ne puisse pas dire positivement, il pensait qu'elles avaient tendance à renverser le gouvernement.)
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Namur
La pratique du Knight Templar, pour une époque similaire est retrouvée à Boston, le 28 août 1769, au Chapitre de St Andrew. J'y reviens en détail plus loin.
Le Chapitre namurois de l'Intérieur du Temple (Chevalier templier) aurait reçu une patente écossaise de Knight Templar entre les dates de Boston et de Mother Kilwinning Lodge (soit entre 1769-1779), c'est-à-dire en 1776 selon le témoignage tardif (début XIXe) de deux de ses plus éminents membres, mais qui ont été contemporains de l'événement. A l'appui de ce témoignage, nous avons la preuve d'une pratique de Chevalier templier en 1776 (certificat Pyman) et l'indication probable en 1768 (certificat Roquet) [36] ; notons que dans son rite en 33 grades mis en place au début du XIXe siècle (Rite écossais Primitif, dit de Namur), la 29e place est occupée par le grade de l'OSCE, dont l'origine est probablement régimentaire : le meilleur candidat pourrait être pour ce degré particulier le Chapitre de l'OSCE d'Amsterdam ? [37].
L'ensemble de ces données, mises bout à bout, suggère (« not proven »!) l'idée d'une pratique constante et ancienne de Knight Templar en Écosse depuis le milieu du XVIIIe, peut-être même avant (?), éventuellement (?) proche de la pratique Irlandaise, dont nous ne connaissons pas l'origine, qui se lie progressivement (ou faut-il considérer le pilgrim's rite comme une partie devenue finale d'anciens usages ?) au Royal Arch et dont l'importance demeure majeure puisqu'il reste un grade terminal. BE Jones ajoute :
« … that the two degrees were closely related in their early days and that in the 1780's the R.A. was just as essential a preliminary to the Knight Templar as it is to-day. »[38]
(… que les deux degrés étaient étroitement liés à leurs débuts et que dans les années 1780, la R.A. était un préliminaire tout aussi essentiel au Templier qu'il l'est aujourd'hui.)
Était-ce le « pilgrim's rite » qui était pratiqué dans les grades templiers, en Écosse, avant que n'arrive le templarisme irlandais, tardif (1794) ? Probablement, et les plaquettes de Stirling en sont un témoignage, voir plus loin ou l'article concernant le Royal Arch. Notons ce curieux rapprochement, qui montre ce terreau religieux sous-jacent : les premiers émigrés puritains du Mayflower dans les Amériques, en 1620, étaient appelés les « Pilgrim Fathers ».
La pratique d'un usage « Passed the Chair » collectif est attestée par David Murray Lyon en cette fin d'époque en Écosse :
« "Linlithgow, February 15, 1799. At a meeting of emergency of Ayr and Renfrew St Paul's Lodge, the R.W.M. in the chair -- the Lodge being opened in due form, when the following brethren . . . Master Masons, were admitted to the degree of Excellent and Super-Excellent Royal Arch Masons, when the above and following brethren . . . were admitted to the Illustrious Order of Night Templars and duly dubbed Nights of the same." [The cash-book of the Lodge shows 6s. 6d. to have been paid by each of the brethren who had received the Arch and Temple degrees — 2s. being paid by those who, at the meeting in question, had been " nighted."] " Stirling, November 22, 1799. At an emergent meeting of the Ayr and Renfrew St Paul's Lodge, the following brethren, Master Masons, after having regularly passed the chair of this Lodge, were admitted to that of Excellent and Super-Excellent Royal Arch Masons, and likewise duly dubt Night Templars, viz., the R.W. Master of Stirling Royal Arch . . ." "Stirling, December 5, 1799. At a monthly meeting of the Ayr and Renfrew St Paul's Lodge, the R.W.M. in the chair, it was unanimously agreed that no brother, unless he had attained the degree of Night Templar, should bear any office' in the Lodge. » [39]
( "Linlithgow, 15 février 1799. Lors d'une réunion d'urgence de la Loge Saint-Paul d'Ayr et Renfrew, le Très Vénérable Maître (RWM=Right Worshipful Master) en chaire - la Loge étant ouverte en bonne et due forme, lorsque les frères suivants .... Maîtres Maçons, ont été admis au degré d' Excellent et Super-Excellent Royal Arch Masons, quand les frères ci-dessus et les suivants ... ont été admis dans l'Illustre Ordre des chevaliers Templiers et dûment adoubés". [Le livre des comptes de la Loge montre que 6s. 6d. ont été payés par chacun des frères qui avaient reçu les degrés de l'Arche et du Temple - 2s. étant payés par ceux qui, lors de la réunion en question, avaient été adoubés "chevaliers"]. " Stirling, 22 novembre 1799. Lors d'une réunion suivante de la Loge St Paul d'Ayr et Renfrew, les frères suivants, Maîtres Maçons, après avoir régulièrement passé la chaire de cette Loge, ont été admis à celle d'Excellents et Super-Excellents Maçons de l'Arche Royale, et de même, ont été dûment adoubés chevaliers Templiers, à savoir, le R.W.(Worshipful Master) Maître de l'Arche Royale de Stirling...". "Stirling, 5 décembre 1799. Lors d'une réunion mensuelle de la Loge St Paul d'Ayr et Renfrew, présidée par le R.W.M., il a été décidé à l'unanimité qu'aucun frère, à moins qu'il n'ait atteint le degré de Chevalier Templier, ne devrait porter un quelconque office dans la Loge.)
Donc effectivement, à la fin du XVIIIè siècle, nous avons l'indication en Écosse, dans une loge, d'un usage de « Passed the Chair » qui n'est forcément pas celui de l’Installation du Maître en chaire, et qui est lié à la fois au « Royal Arch » et au « Knight Templar ». Seule cette dernière qualification devait permettre de diriger la Loge (et dès lors forcément le « Passed the Chair » ne pouvait être une Installation de Maître de la chaire!). Il existait donc à cette époque un usage qui voulait que le nouveau maître en chaire ait été, soit préalablement porteur du Royal Arch (c'est implicite puisque l'on change l'usage), soit, selon la modification de l'usage proposé ici, du degré de chevalier templier qui lui est intimement lié.
Cet usage ne semble pas avoir été réservé à cette loge particulière. Ceci peut être déduit dans la mesure où il semble s'être largement répandu au XIXe siècle (communication personnelle de Jacques Huyghebaert).
Cet usage semble en réalité ancien, et apparaît lié au Knight Templar :
« … ; but until 1811, when a Supreme Encampment of Masonic Knight Templar was formed in Scotland, an a further separation of degrees ensued, the above hight degrees were all conferred in a Royal Arch Chapter, or rather Knight Templar Encampment. » [40]
(... ; mais jusqu'en 1811, après qu'un Campement Suprême de Templiers Maçons fut institué en Ecosse, et qu'une nouvelle séparation des degrés s'ensuivit, les hauts degrés ci-dessus étaient tous conférés dans un Chapitre de Royal Arch, ou plutôt un Campement de Templiers.
Ceci est confirmé par G Draffen : « Until 1817 the Royal Arch Degree, along with numerous others was worked in the Templar Encampments in addition to being worked in many Lodges. The fact that the Craft Lodges had been prohibided in 1800, by the Grand Lodge of Scotland, from working any degrees other than the first three, made little difference to the country Lodges who continued to « gang their ain gait » in this matter. »[41]
(Jusqu'en 1817, le degré de l'Arche Royale, ainsi que de nombreux autres, étaient enseignés dans les campements templiers, en plus d'être enseignés dans de nombreuses Loges. Le fait que la Grande Loge d'Ecosse ait interdit à ses Loges, en 1800, de travailler d'autres degrés que les trois premiers, ne fit guère de différence pour les Loges 'de campagne' qui continuèrent à " suivre leur propre voie " en la matière.)
C'est un usage que l'on retrouve également en Irlande. Le premier écrit d'époque portant sur un :
« Knight Templar se trouve dans l' Hibernian Journal qui insère, le 20 juin 1774, cette annonce : « Advertissement The Knight Templars of Ireland, Royal Arch Excellent & Super Excellent, Free and Accepted Masons, Lodge N° 506, intended dining together at their Lodge Room, at the Thatched Cabin, Castle St., on Friday, 24th instant to celebrate the Festival of St. John ; ... »[42].
Pouvons-nous faire un parallèle avec les usages maçonniques namurois du XVIIIe où la pratique d'un ou de degrés templiers est précoce dans l'histoire de la loge. Elle serait liée dans son début aux Écossais : la charte pour un chapitre templier lui serait fournie, selon deux témoignages de contemporains, par le capitaine John Cunnigham en 1776, lequel maçon écossais serait à la base de la création de la loge vers 1763-4 ? [43]
Concernant l'adoption du rituel anglais de la cérémonie d'installation du Maître en Chaire en 1872 par la Grande Loge d'Écosse, David Murray Lyon précisait que cette décision n'avait d'autre but que de permettre aux Passé-Maîtres écossais de ne pas être disqualifié lorsqu'ils étaient présents à l'Installation d'un Maître en chaire anglais.
« During his Grand Mastership, and at the February Communication of 1872, Grand Lodge for the first time recognised the Past Master's ceremonial of Installation. This was sanctioned, not with the view of inaugurating a higher or other degree of Masonry, but of authorising the use of the ritual of Installed Masters as used in England, so as to remove the disqualification which hitherto prevented Scotch Past Masters being present at the installation of Masters in English Lodges. » [44]
(Pendant sa Grande Maîtrise, et lors de la Communication de février 1872, la Grande Loge a reconnu pour la première fois le cérémonial d'installation des Past-Master's. Cette reconnaissance n'avait pas pour but d'inaugurer un degré supérieur ou autre de la Maçonnerie, mais d'autoriser l'utilisation du rituel des Maîtres Installés tel qu'il est utilisé en Angleterre, afin de supprimer la disqualification qui empêchait jusqu'alors les Past-Master's écossais d'assister à l'installation des Maîtres dans les Loges anglaises.)
Ceci indique un usage de « Chair Master » différent en Écosse, qui avait une existence propre. Nous sommes ainsi probablement invités à dissocier les deux usages (Chair Master par rapport à Passed the Chair et Royal Arch) s'agissant de l'Écosse. Notons que les « Three distinct Knocks » de 1760 (soit 4 ans après la parution de Ahima Rezon de L Dermott) décrit succinctement, pour la première fois, un rituel d'installation de Maître en chaire, manière « ancients », sans allusion au Royal Arch. Et nous connaissons toute l'importance de cette divulgation dans les rituels des 3 premiers grades du Rite écossais Primitif namurois [45].
On pourrait avancer, pour l'Écosse, une pratique précoce à la fois des Knight Templar/Malte et du Royal Arch dans une même « Loge-Chapitre ». On retrouve cette double pratique, un peu plus tard en Irlande, les deux Régions semblent partager une tradition commune sur ce point [46].
Peut-on émettre l'hypothèse que le « rouleau-compresseur » Royal Arch anglais, sous la main avisée de L Dermott, va imposer dans les Îles britannique l'usage généralisé du Royal Arch, avec des différences selon les régions que leur histoire respective explique, alors que sur le continent, le degré de la « Voûte », au moins aussi ancien, ne résistera pas face aux vagues déferlantes du Rose-Croix qui semble remplir un rôle masonico-religieux assez similaire au Royal Arch anglais ?
Quant aux grades Templiers continentaux (OSCE, Ordre intérieur de Metz, Stricte Observance, Rite écossais Rectifié et enfin REAA), ils vont petit-à-petit prendre de l'ampleur laissant le degré de la « Voûte » comme un grade parmi tant d'autres de la maçonnerie « ancienne » continentale ?
Ne peut-on alors associer le grade de Passé-Maître namurois, non plus au Royal Arch, mais au Knight Templar, et y voir, dans le cas de Namur à l'origine, un degré permettant l'accès aux grades « templiers » selon la tradition des écossais, et non pas d'une manière générale aux Hauts-grades ? Ceci n'expliquerait-il pas de façon cohérente sa communauté rituélique avec celui de Huet de Lachelle ? J'en propose une discussion au dernier chapitre de ce travail. (Promis, je vais mettre en ligne 'rapidement' le travail réalisé sur le "passé-maître" namurois, qui est très intéressant dans la perspective développée ici.)
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Les 13 Colonies d'Amérique du Nord
D'une certaine manière, l'évolution namuroise ne ressemblerait-elle pas à l'évolution américaine, autres régions autres mœurs ? En effet, le Rite de perfection de Morin prend pied assez rapidement dans les 13 Colonies d'Amérique du Nord. Il est centré sur une maçonnerie templière dans ses grades sommitaux. Mais c'est un templarisme différent que celui du Royal Arch - Knight Templar. Le premier est continental/français et apparaît comme une critique de l'Autorité. Le second, celui du RA-KT, est très religieux, c'est le « Pilgrim's Rite », bien qu’il porte aussi, dans certains cas, une dose de contestation. L'un et l'autre devaient plaire aux américains (?), d'autant pour le premier que la France fut très présente dans la révolution américaine (1775-1783). Ne peut-on dès lors imaginer une différentiation de la maçonnerie de « York » (qui se dénommera rite de York ou rite américain), utilisant le grade de Royal Arch-Knight Templar comme point d'appui pour cela ?
Les dates sont parlantes et vont dans ce sens :
Henry A Franken fonde une loge à Albany (New York), l' Innéfable, en 1767-69 [47]. Il crée Grand Inspecteur général Samuel Stringer, medecin dans cette ville, le 6 décembre 1768, de même que Moses Michael Hayes (ou Hays), négociant à New York, ce dernier ayant compétence pour l'Amérique du nord.
A Philadelphie, durant la guerre d'indépendance, de nombreuses personnalités (négociants, militaires, etc.) s'y sont réfugiées. Dans les archives de la Grande Loge de Pennsylvanie, on trouve la patente datée d'avril 1781, où Moses Michael Hayes (voir plus loin Boston) créa Abraham Forst Grand Inspecteur à Philadephie, pour la Virgine. Celle-ci est endossée par Bush, Da Costa, Myers, Nathan, Randall, Spitzer [48]. Dans les mêmes archives, se trouve les « Minute book of the Grand Elect Perfect and Sublime Masons In the city of Philadelphia 25th june 1781 ». Le Grand Inspecteur en est Solomon Bush et le grand secrétaire est Ladroit Debussey. Il semble bien que ce soit à partir de Philadelphie que le rite de Perfection va s'étendre dans les 13 colonies.
Alain Bernheim rapporte un courrier du 9 janvier 1788 provenant de la Grande Loge de Caroline du Sud (Moderns). Elle explique la création d'une loge de Perfection dans cet État lié aux « Ancients », qui daterait de 1783 :
« Another Sect as started up who arrogantly stile themselves ''Knights & Princes of Free Accepted perfect and Sublime Masons within the juridiction of the Grand Elect ineffable and sublime Lodge of perfection'' between ... »[49].
(Une autre secte a vu le jour, qui se présente avec arrogance comme ''Chevaliers et Princes des Francs-Maçons acceptés, parfaits et sublimes, dans la juridiction de la Grande Loge de perfection, grande Elue, ineffable et sublime'' entre ...)
Il n'était certainement pas facile pour les Maçons de cette époque de s'y retrouver. En effet, chaque État avait sa Grande Loge, parfois deux Grandes Loges, une des Ancients et une des Moderns, c'est le cas du Massachusettes, de New-York, de Pennsylvanie, de Caroline du Sud, …. Elles vont fusionner progressivement après la révolution. La Grande Loge de Pennsylvanie des Ancients, mais par exemple également celle de Caroline du sud ou de Virgine (on en trouve trace en 1791), s'appelaient « Ancient York Lodge » (AYL) [50]. Cette appellation vient du Ahiman Rezon de L Dermott, elle est donc ancienne, des années 1750. On ne trouve pas cette appellation pour la Grande Loge des Ancients du Massachusetts dont l'origine est écossaise et non anglaise, ceci expliquant probablement cela.
Une belle illustration de cette difficulté se trouve dans les archives de la Grande Loge de Pennsylvanie, une planche d'invitation daté du 25 mars 1797 :
« Brother You desired to meet the Master and Brethren of n°2 Ancient York-Masons, at then Room in Arch Street – on monday, next ... »
Cette planche est écrite sur un cannevas ancien (« summons plate » : planches de convocation) qui fut gravé en 1759 par Henry Dawkins, graveur de son état et membre fondateur de la Loge, date de la création de la Loge n°2 :
«And we have agreed to have (get) fifteen hundred summons printed according to the Patern Produced by Bro A. Stewart » (minute du 12 mars 1761).
Il en existe encore trois exemplaires dans les archives de la Grande Loge de Pennsylvanie, dont la plus ancienne porte le label n°1. La loge changea de numéro en 1760 pour devenir Ancient n°2 Lodge. Ce qui donne la datation. Cette date ne permet pas d'attribuer les évocations de hauts-grades contenues dans les illustrations à une "influence" du rite de Perfection en tant que tel, mais bien à des "side-degrees" qui percolent à travers les 13 colonies.
L'évocation du Royal Arch est évidente, mais aussi de nombreux autres degrés, notamment de chevaliers, dont celui, me semble-t-il, de templiers et/ou de Malte [51]. Dès lors le terreau était fertile pour un rite de perfection, tout comme pour un rite américain.
En ce qui concerne le rite de York (américain), il est difficile de savoir quand celui-ci s'est fixé. Très probablement que cela fut réalisé après la guerre d'indépendance. Le moniteur de Thomas Smith Webb (Boston, Massachusetts) de 1797 « The Freemason's monitor or Illustrations of freemasonry » est un bon repaire, il décrit en 4 livres ce que sera le rite d'York. Thomas Smith Webb (1771-1819) est originaire de Boston et fils du franc-maçon Samuel Webb [52]. Il s'agit probablement du Samuel Webb, membre de la St Andrew Lodge de Boston (voir ci-après). Il est repris dans la liste des «admissions » de 1769 [53]. Est-il de la famille de Joseph Webb, également membre de la St Andrew Lodge à la même époque (admission en 1756) et qui fut Grand Maître de la Massachusetts Grand Lodge (1775-82 & 1784-87) et de Jeremiah Webb (admission en 1765) ? Toujours est-il qu'il est initié à la Rising Sun Lodge à Keen, État de New-York, autour de 1792 et, lorsqu'il ira à Albany en 1793, il aidera à l'établissement d'un chapitre de Royal Arch et d'un campement de Knight Templars [54]. Le triptique Royal Arch, Cryptic degrees et Knight Templar sera le moule de son « moniteur » et sans doute à la base du Rite américain.
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Boston
À Boston, l'histoire de la loge St Andrew, et son Chapitre est importante pour comprendre « Namur ».
Cette Loge fut fondée en 1752, soit une dizaine d'année avant celle de Namur. Elle demanda sa patente de constitution à la Grande Loge d'Écosse en 1754 et l’obtint en 1756 (4 ans ici par rapport à sa fondation, 6-7 ans pour Namur). Contrairement à Namur, cette Loge aura des rapport constants et étroits avec sa Grande Loge, en font foi les nombreux échanges épistolaires. Bien que cette Loge apparaissent avoir soutenu activement la révolution américaine, par exemple elle fut liée étroitement à la Boston Tea Party de 1773, elle restera fidèle à la Grande Loge d'Écosse jusqu'en 1809, année où elle soumettra sa démission qui lui fut accordée par cette Grande Loge. Elle rejoindra alors la Grande Loge du Massachusetts qu'elle avait fondée trente ans plus tôt ! En effet, une Grande Loge provinciale dépendante de la Grande Loge d'Écosse avait émergé de ses rangs en 1769. Cette dernière rompra ses attaches avec la Grande Loge d'Écosse en pleine révolution, en 1777 déjà et prendra le nom de Grande Loge du Massachusetts. La Loge St Andrew refusera de se placer sous son autorité et s'isolera du reste de la communauté maçonnique américaine pendant une vingtaine d'année. Néanmoins, ses locaux, la Green Dragon Tavern qui les avait vu naître et qu'ils rachèteront le 31 mars 1764, restera le lieu de réunion de la Loge, de son Chapitre et de la Grande Loge du Massachusetts, qui fusionnera avec celle des Moderns en 1792. Notons que ce fut Moses Michael Hayes (1739-1805) qui en sera le Grand Maître de 1788 à 1792.
La première mention de Hayes franc-maçon se situe à New-York vers 1767-68, lorsque Henry Andrew Franken lui communique les grades de perfections. En tout état de cause, il s'affilie à la King David Lodge de New-York en 1769, puis à la Massachusetts Lodge de Boston début des années 1780 [55]. Il est sans nul doute un artisan de la fusion des deux Grandes Loges [56]. Tout est donc relatif. Soulignons que durant toute son existence, la St Andrew Lodge aura, fait (quasi) unique, une relation favorable avec la maçonnerie noire (Prince Hall), ce qui démontre un caractère réellement indépendant de la loge dans ses pratiques [57]. On peut penser, au vu de cette histoire, que la maçonnerie, pratiquée au XVIIIè siècle par la St Andrew, devait leur être propre par rapport à son environnement maçonnique, et probablement proche de celle pratiquée par la Grande Loge d'Écosse ?
L'existence de Knight Templar semble également précoce et liée au Royal Arch dont il constitue le faîte du système sous le terme générique de Royal Arch (Minutes) :
« At a Royal Arch Lodge, held at Masons' Hall, Boston, New England, August 28, 1769 …
The petition of Br. William Davis coming before the Lodge, begging to have and receive the Parts belonging to a Royal Arch Mason, wich being red, was received, and be unanimously voted in, and was accordingly made by receiving the four steps, - that of an Excellent, Super-Excellent, Royal Arch, and Knight Templar. »[58]
(À la réunion de la loge de Royal Arch, tenue au Masons' Hall, Boston, Nouvelle Angleterre, le 28 août 1769 ...
La pétition de Frère William Davis venant devant la Loge, suppliant d'avoir et de recevoir les parties appartenant à un Maçon de Royal Arch, qui étant rouge, a été reçue, a été votée à l'unanimité, et a été réalisée en conséquence en recevant les quatre étapes, - celle d'un Excellent, Super-Excellent, Royal Arch, et Chevalier Templier.)
C'est la première mention d'un Knight Templar aux États-Unis.
À ce propos, William James Hughan écrit ceci dans son livre sur les origines du rite anglais (p 144) :
"This minute contains the earliest known reference in the world, to the degree of a Masonic Knight Templar, and so it is of interest quite apart from its worth as a Royal Arch Record." [59]
(Ce procès-verbal contient la plus ancienne référence connue au monde au degré de Chevalier Templier maçonnique, et il présente donc un intérêt tout à fait particulier de sa valeur en tant qu'enregistrement au Royal Arch.)
Il a raison pour le monde anglo-saxon de la franc-maçonnerie. Et ceci explique bien l'idée, qu'il avançait également, sur une origine irlandaise à ce Knight Templar (pp 144-146): la possibilité d'un "Chevalier Templier" qui viendrait du Continent (via le rite de Perfection de Morin, par exemple) n'est tout simplement pas (re)connue par ces auteurs à cette époque. Ils partagent tous la même idée sur l'origine, car il en fallait bien une et elle ne pouvait être que "british" (Cameron, Crossle, Crawley, Hughan et d'autres).
Me semble-t-il, on est ici dans l' "imperialist identity" développé par Jessica Harland-Jacobs et c'est important de le souligner:
"In particular, Masonic rhetoric reveals that fraternalism remained a powerful concept for imperialists in this period. [...] Conceiving of imperial relations in fraternal terms allowed dominion nationalism and imperialist identity to coexist in positive and mutually reinforcing interplay with one another." p 268) [60]
(En particulier, la rhétorique maçonnique révèle que le fraternalisme est resté un concept puissant pour les impérialistes à cette époque. [...] Concevoir les relations impériales en termes fraternels permettait au nationalisme de domination et à l'identité impérialiste de coexister dans une interaction positive et se renforçant mutuellement.)
La première indication de l'existence du Chapitre St-Andrew, à la suite de la Loge, n'intervient en effet qu'en août 1769, mais sa création devait être antérieure puisqu'il s'agit d'une réunion de réception, les officiers étaient déjà en place ; c'est la plus ancienne connue des États-Unis [61]. Notons que le lien avec les loges régimentaires britanniques (Glittering Star Lodge n°322 -Irlandais- et British Army Lodge n°58 -Ancients-) est tardif à Boston et n'intervient pas avant 1768, ce qui peut poser question dans leur causalité à la création de ce Chapitre :
« As these regiments arrived September 30, 1768, that would seem to be the earliest possible date for St-Andrew's Chapter and the organization date would be sometimes following the time of their arrival. That appear to narrow our research to a comparatively short period of time. » (rapport du Comité historique dirigé par EC Carver en 1953-4 [62].)
(Comme ces régiments sont arrivés le 30 septembre 1768, cela semble être la première date possible pour le chapitre de St-Andrew et la date d'organisation suivrait parfois le moment de leur arrivée. Cela semble réduire notre recherche à une période de temps relativement courte.)
Cependant Frederick Smyth avance l’hypothèse de la « Halifax Inference » puisqu’il note que cette loge, la Glittering Star n°322 -29th regiment on foot-, aurait (« would have been conferring ») été patentée en Irlande pour ces grades complémentaires, (il n’y a pas de trace de cela), pour conférer les degrés de Royal Arch et Templar entre 1765-6 à Halifax, Nova Scotia (Canada) [63]. Cette notion d’inférence viendrait d’un courrier de Charles A Cameron adressée à Philip Crossle (mais ce ne sont pas les seuls auteurs britanniques à partager cette opinion, à cette époque) :
« I am confident theat Lodge n°322 must have worked all the R.A. and K.T. degrees when in Halifax between 1765 and the year it left for Boston ... »[64]
(Je suis persuadé que la Loge n°322 a dû travailler tous les degrés R.A. et K.T. lorsqu'elle était à Halifax entre 1765 et l'année de son départ pour Boston ...)
Une étude plus exhaustive de cette question a été réalisée par Michael Kaulback [65]. Ces auteurs notent cependant qu’il n’y a aucun écrit supportant l’idée d’une transmission de ces grades par ces régiments à Halifax ou à Boston, cela reste une hypothèse. La première mention du grade de Knight Templar à Halifax date de 1782 [66]. Quant au rituel utilisé, Kaulback avance l’hypothèse d’une cérémonie du type de celle décrite par G Draffen (Pilgrim’s rite) [67].
Ce n'est que lors de la création des Encampment of Knights Templars, vers la fin du siècle, que le Knight Templar aura une vie plus autonome. Ce mouvement de création d'Encampment séparé pour Knight Templar, hors Royal Arch, nous le retrouvons aussi en Irlande/Écosse à cette époque (voir plus haut). Il y a peut-être là un effet d’entraînement.
« We find, then, that the « Knight templar degree » was regularly conferred in St. Andrew Royal Arch Lodge, at Boston, from august 28, 1769 (and probably for some time before this) until March 4, 1795, when the Newburyport Encampment of Knights Templars was etablished ; and the clear inference seems to be, that wathever right this Royal Arch Lodge claimed to have to confer this degree, was transferred by means of a committee to this Encampment. » [68]
(Nous constatons donc que le « grade de chevalier templier » fut régulièrement conféré par la St. Andrew Royal Arch Lodge, à Boston, du 28 août 1769 (et probablement pendant un certain temps avant) jusqu'au 4 mars 1795, date à laquelle le campement templier de Newburyport a été créé ; et l'inférence claire semble être que, quel que soit le droit que cette Royal Arch Lodge prétendait avoir pour conférer ce degré, celui-ci fut transféré par l'intermédiaire d'un comité à ce campement.)
D’où viendrait ce grade de Knight Templar ? Il n'y a pas de réponse. Ce qui semble tout à fait intéressant, c'est la rencontre entre différents courants maçonniques, français et écossais dans ce cas-ci :
« By whom this Templar work was introduced into Boston, we are also ignorant. But in 1764, Moses M. Hayes came to Boston with a large number of masonic degrees, commissioned by Stephen Morin, as Deputy Grand Inspector General of North America of the Scottish Rite. It is possible that he may have introduced the degrees conferred in ''St. Andrew's Royal Arch Lodge.'' For, in 1769, the Massachusetts Grand Lodge was established at Boston by Gen. Joseph Warren, under authority of the Grand Lodge of Scotland. In this Grand Lodge, Moses M. Hayes became active, - from 1788 to 1791 being its Grand Master. These degrees were introduced into Boston soon after his arrival, and he was in possession of so many masonic degrees, it is not improbable that he had those of the Templar and Malta Orders ; ... »[69]
(Par qui ce système templier a été introduit à Boston, nous l'ignorons également. Mais en 1764, Moses M. Hayes est venu à Boston avec un grand nombre de degrés maçonniques, commissionné par Stephen Morin, en tant que Grand Inspecteur Général Adjoint d'Amérique du Nord du Rite Ecossais. Il est possible qu'il ait introduit les degrés conférés à la ''St. Andrew's Royal Arch Lodge''. Car, en 1769, la Grande Loge du Massachusetts fut établie à Boston par le Général Joseph Warren, sous l'autorité de la Grande Loge d'Ecosse. Moses M. Hayes devint actif dans cette Grande Loge, dont il fut le Grand Maître de 1788 à 1791. Ces degrés furent introduits à Boston peu après son arrivée, et il était en possession de tant de degrés maçonniques qu'il n'est pas improbable qu'il ait eu ceux des Ordres des Templiers et de Malte ; ...)
S'agit-il du rituel continental de Chevalier templier comme pourrait le suggérer le paragraphe précédent, ou d'un rituel de type « Pilgrim's rit ». C'est peut-être la seconde hypothèse qui serait la bonne :
« A poor pilgrim from a far country, who has regularly served in all the inferior degrees of Masonry, honorably passed the Chair, in due form, beeb exalted Excellent, Super-Excellent, Holy Arch Mason, and now humbly begs to be admitted to the Supreme Degree of a Knight of the Tabernacle, commonly called a Masonic Knight Templar. » (extrait de la prière d'admission, 1805) [70]
(Un pauvre pèlerin venu d'un pays lointain, qui a servi régulièrement dans tous les degrés inférieurs de la Maçonnerie, a passé honorablement la Chaire, en bonne et due forme, a été exalté Excellent, Super-Excellent, Maçon de la saint Royal Arch, et maintenant supplie humblement d'être admis au Degré Suprême d'un Chevalier du Tabernacle, communément appelé un Chevalier Templier Maçonnique.)
(*Retenons le terme de chevalier du tabernacle: on va le retrouver à Namur.)
Notons dès lors, pour la St Andrew, de façon assez constante au XVIIIe, d’une part le lien fort entre le Royal Arch et le Knight Templar (-Pilgrim ?-), et d’autre part l’indication d’une pratique du Royal Arch qui précède (1762) la création du chapitre en 1769 et n’est aucunement liée aux régiments anglais ou irlandais. Or la « Halifax inference » prend appui sur l’affirmation d’une transmission du Royal Arch pour inférer celle du Knight Templar.
Concernant le Royal Arch, ce n’est évidement pas exact.
Dès lors l’affirmation suivante prend tout son sens lorsque l’on sait que la St Andrew Lodge demanda déjà une constitution de Royal Arch à la Grande Loge d’Écosse en 1762, et ne permet aucune autre interprétation que celle qui y est contenue :
« Of the 14th, 29th and 84th Regiments in Boston, a Royl Arch Lodge was formed and worked during the years of its existince under the authority of the Charter of the Lodge of St Andrew’s S.C. » [71]
(Les 14è, 29è et 84è Régiments à Boston, une loge de Royal Arch a été formée et a travaillé pendant les années de son existence sous l'autorité de la Charte de la Loge de St Andrew's S.C.)
En conséquence, l’origine du Knight Templar pratiqué à Boston en 1769 reste une énigme.
New York
A New York, le « Knight Templar » devait posséder une certaine notoriété. Nous voyons en effet, en 1789, pour la fête de la St Jean le Baptiste, une procession maçonnique vers la Chapelle Saint-Paul où les Knights Templars ouvrent la marche, suivis par les officiers de la Holland Lodge, ensuite les « Past masters », puis un maître maçon portant le « warrant » de la loge, ensuite des représentants de différentes loges, suivis par les officiers de la Grande Loge de New York et enfin, fermant la procession, les officiers des Knights Templars. Il n'est fait nulle mention de Royal Arch, alors que ce système est très pratiqué dans cet État (par ex. premières traces aux États-Unis d'une accession au degré de Royal Arch, le 23 juin 1759 à la Royal Arch King Solomon's Lodge de New-York ainsi que de l'existence d'une Independent Royal Arch Lodge en 1760 chez les Moderns, voir plus haut). On retrouvera une disposition assez similaire pour une autre procession, en 1795, pour la St John Lodge de New York [72].
Il y a également cette curieuse mention de 1774, imprécise, qui fait penser à la Summons plate de Dawkins (voir plus haut) :
« We Sir John Johnson, Knight, provincial Grand Master of the most ancient & honourable society of free and accepted Masons in the province of New York in America, Send Greeting : »[73]
(Nous, Sir John Johnson, Chevalier, Grand Maître provincial de la très ancienne et honorable société des Maçons libres et acceptés de la province de New York en Amérique, envoyons nos salutations : )
Retour à Namur
Curieusement, on peut continuer l'approche du Knight Templar à travers les pérégrinations du degré de "passé-maître" au XVIIIe et XIXe siècle (dont je publierai prochainement le "chapitre"). En effet, avec le grade de « passé-maître » non hiramique, si les cartes ne sont pas plus simple, elles suivent une logique assez similaire. Le seul exemple du XVIIIe connu d'un rituel de « Passed the Chair » non hiramique nous vient de Saint-Domingue (Loge La Réunion des Coeurs, domaine français), « d'avant 1796 », celui de Huet de Lachelle. Nous avons constaté la proximité rituélique entre celui-ci et celui du rite primitif de Namur (une première discussion peut être trouvée dans cette publication [74]).
Le rite de York ou rite américain, dont le degré faîtier est le knight templar (de type "pelgrim's degree"), fait aussi usage d'un degré de past-Master. Le past-Master de Morgan (rite de York-USA), « The misteries of Freemasonry » de 1828, repris également par Bernard (rite de York-USA) dans son « Light on Masonry » de 1829 est très semblable à celui de Duncan (voir ci-après) qui en est manifestement une évolution. Nous avons l'indication d'une continuité. Ils sont non hiramiques. Il n'y a pas ou plus de corde au cou, ses 15 devoirs semblent provenir d'un grade d'Installation de Maître en chaire, il y a passage à la chaire, à la place du maître en chaire qui lui remet les outils de la fonction, puis l'ensemble des membres de la loges le reconnaissent comme tel et le mettent à l'épreuve en organisant du désordre pour lui faire sentir son inaptitude. Le mot est ici « Giblem » [75].
Ensuite, nous avons le Moniteur de Duncan (rite d'York-USA), daté de 1866 (ce qui est tardif) dont les rituels sont issus de la tradition des « Ancients », surtout irlando-écossaise [76], propose un rituel de « Maître passé » non hiramique, qui, dans ses grandes lignes, comme le précédent, rejoint ceux de Huet de Lachelle et du rite primitif de Namur (la corde au cou ne s'y trouve pas, par contre tester les connaissances maçonniques et faire sentir au candidat son « inaptitude », ensuite le passage par la chaire, la remise des outils de la fonction, le défilé de reconnaissance du nouveau Maître en chaire, le mot est ici aussi: « Giblem ») [77].
Si nous examinons sa « source antérieure », c'est à dire le Moniteur de Thomas Smith Webb (première édition en 1802), toujours pour les USA, nous remarquons une certaine continuité dans l'intention pour le degré de passé-maître : Au chapitre XII, sous le titre de :
« Observations on the degree of Present or Past Master » : « Tout maître de Loge doit soigneusement étudier et bien comprendre ce degré. Il traite du gouvernement de notre société, des dispositions prises par nos gouvernants, et illustre les qualifications qu'il requiert. »
(Et c'est quasi tout, la suite est une reprise de William Preston, livre II, section 6, qui ne traite absolument pas du grade de passé-maître, mais bien de l'installation d'une loge et d'un nouveau Maître de Loge.)[78].
Effectivement, dans l' « History of Royal Arch Masonry » :
« In 1842 the Supreme Grand Chapter decided to issue Charters to what were called ''Chair Master Lodges''. The purpose of the Chair Master Lodges seems to have been the desire to popularise the degree of ''Master Passed the Chair'' in the Craft Lodges. The Royal Arch Chapters were already empowered to work the degree by virtue of their existing charters and required no further authority. These Chair Master Lodges were of short duration and only three charters were ever issued. They were issued to the following Lodges. [Kinross ; Edinburgh Defensive Band ; St John's]. … All three Charters were recalled in 1846 and the degree of Master Passed the Chair was removed from the Royal Arch Rite in the Chapters of Scotland. Scottish Chapters overseas were allowed to continue to work the degree, as it was an essential part of the Royal Arch Rite in America and inter-visitation would have suffered if the degree were abolished in the overseas Scottish Chapters. It was finally abolished altogether in 1872. » [79]
(En 1842, le Suprême Grand Chapitre a décidé de délivrer des chartes à ce que l'on appelait les "Chair Master Lodges". Le but de ces Loges de Maître en Chaire semble avoir été le désir de populariser le degré de ''Passé-Maître'' dans les Loges des 3 premiers degrés. Les Chapitres du Royal Arch étaient déjà habilités à délivrer ce degré en vertu de leurs chartes existantes et n'avaient pas besoin d'une autorité supplémentaire. Ces Loges de Maître de Chaire ont été de courte durée et seulement trois chartes ont été émises. Elles ont été délivrées aux Loges suivantes : Kinross / Edinburgh Defensive Band / St John's. ... Les trois chartes ont été rappelées en 1846 et le degré de Maître Passé par la Chaire a été supprimé du Rite du Royal Arch dans les Chapitres d'Ecosse. Les chapitres écossais d'outre-mer ont été autorisés à continuer à travailler le degré, car il s'agissait d'une partie essentielle du rite de Royal Arch en Amérique et l'inter-visite aurait souffert si le degré avait été aboli dans les chapitres écossais d'outre-mer. Le degré fut finalement aboli en 1872.)
Cet extrait indique d'une part que des Chapitres écossais de Royal Arch déjà constitués pratiquaient le « Passed the Chair » avant 1842 en vertu de chartes déjà existantes et d'autre part ce grade faisait partie d'une tradition solide aux États-Unis d'Amérique.
Ceci explique l'existence pour une date un peu antérieure au Duncan, du rituel namurois (un autre) de passé-maître pratiqué pour son Chapitre Caledonian n°61, se situant un an avant son « éviction » en Écosse seulement [80]. L'examen du rituel (en langue française) montre qu'il n'est pas hiramique [81]. Il ressemble effectivement à celui proposé par le Morgan/Bernard/Duncan. Le système entier proposé, identique à celui du Duncan, s'établissait comme suit : « Maître de la Marque, Passé-Maître, Très Excellent Maître et Royal Arch ».
Michel Brodsky fait remarquer que, dans la mesure où le grade de Passé-Maître était pratiqué à Namur en 1845 dans son Chapitre Caledonian n°61, créé par l'organisme ad-hoc écossais, ceci indiquerait, a contrario, que la pratique d'une Installation particulière de Maître en chaire au 3è ne devait pas être pratiqué en Écosse à cette époque [82].
Cependant, William A Laurie avance, concernant le « Past Master » :
« Although this is now frequently communicated by Royal Arch Chapters as a separate Degree, with a formal initiatory ceremonial, embracing words, signs, and tokens, it belongs to the Order of Craft Masonry, and still practised by many of the Lodges in the Third Degree, but is only communicated to the newly elected Master when about to be installed. »
(Bien qu'il soit maintenant fréquemment communiqué par les Chapitres du Royal Arch comme un degré séparé, avec un cérémonial initiatique formel, comprenant des mots, des signes et des attouchements, il appartient à l'Ordre de la Maçonnerie des 3 premiers degrés, et est encore pratiqué par de nombreuses Loges au troisième degré, mais n'est communiqué au Maître en chaire nouvellement élu qu'au moment de son installation.)
En d'autres termes, les deux usages non seulement co-existaient, mais faisaient appel à des rituels différents : l'usage d'installation pouvait être pratiqué au 3ème degré dans une pièce à côté, separate appartement précise-t-il, au niveau de la Grande Loge d'Écosse, et le Past-master dans les Chapitres Royal Arch en tant que grade à part entier [83].
Il y a une question centrale pour laquelle il n'y a actuellement pas de réponse. Quelle est la parenté entre le Royal Arch écossais et le rite américain (de York).
Manifestement, les systèmes sont très proches dans les degrés pratiqués et dans leur contenu. C'est ce que démontre les rituels namurois du Chapitre Caledonian n°61 de Royal Arch, traduction de rituels écossais de l'époque (<1845), qui ressemblent à ceux de Morgan/Bernard. En tout état de cause, cela indique bien plus qu'une convergence entre les deux systèmes pour cette époque, en réalité une origine commune et pour Namur, elle ne peut être qu'écossaise (pas d'influence irlandaise dans ce cas).
Les liens entre l'Écosse et la maçonnerie américaine, en Virginie (Fredericksburg, 1753) et aux Massachusetts (Boston, 1762) sont réels et ce sont les premières preuves de la pratique du Royal Arch aux États-Unis.
Le 24 octobre 1797, Thomas S Webb (auteur du « Moniteur ») et John Hanmer vont conférer le grade de « Most Excellent Degree » (correspond au « Super-Excellent ») au sein du chapitre St-Andrew de Boston (issu en 1769 de la loge du même nom, voir plus haut), à Jonathan Gage et Josua Greenleaf, jr, membre du Chapitre Royal Arch King Cyrus de Newburyport (Massachusetts). Ensuite le « General Grand Chapter » est créé. Nous retrouvons Webb et Hanmar en février 1797 à Albany (État de New-York) où un Chapitre est créé [84].
Si une origine commune peut être avancée, alors on pourrait soulever l'hypothèse que le « Maître parfait » du Rite écossais Primitif namurois, donné sous les auspices (sic) de la Grande Loge d'Écosse, est une évolution d'un usage écossais du XVIIIe de passé-maître dans le cadre d'un système Royal Arch - Chevalier Templier dont le seul représentant connu de cette époque est celui de Huet de Lachelle.
Toujours pour Namur au XVIIIe siècle, et dans la même logique, concernant cette fois le Knight Templar, nous avons un diplôme de l'officier Pyman de 1776, reprenant le grade de " A... du Tabernacle des Parfaits Élus", et sur lequel figure un sceau particulier (un aigle bicephale et la croix de Malte avec la mention "nec plus ultra"). Fernand Clement [85] en discute brievement l'origine possible, mais avec très peu d'argument. En réalité ceci nous indique une communauté avec le chevalier du Tabernacle écossais ou chevalier templier, et le système de degré dans lequel il prend place, que nous avions discuté plus haut, mais pose aussi la question du rituel pratiqué à cette époque à Namur.
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Et nous pourrions ainsi mettre en cohérence et en filiation, une famille rituélique non hiramique : Huet/REP-Namur/Morgan-Bernard/Duncan/Namur-Chapitre Caledonian n°61, d'un système écossais tiré d'un ensemble légendaire pré-pritchard, en ce compris celui de knight templar. Sur ce point, soulignons que le Dumfries en est une expression importante, comprenant différents éléments archaïques qui se retrouvent dans le système Royal Arch, dont la plaque de laiton de la loge de Stirling, manifestement ancienne (XVIIe - première moitié du XVIIIe) est un témoignage et une sorte de résumé de ce qui est développé ici.
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Références
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41. George Draffen. The Triple Tau. Supreme Grand Royal Arch Chapter of Scotland, 1956, p 7.
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42. C'est en effet le premier écrit portant sur un degré de Knight Templar en Irlande, la première évocation se trouve sur une liste de nom de 1789 désignant une réception d'un membre comme Knight Templar en 1765. S Forster. The Early Grand Encampments ... , déjà cit.
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43. Christophe de Brouwer. Renaissance Traditionnelle, n°172. Op cit.
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44. David Murray Lyon. Déjà cit., pp 350-1.
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45. Harry Carr, traduction René Desagulier. L'évolution de la cérémonie et du rituel d'Installation secrète du Maître Élu. Renaissance Traditionnelle n°85-88, 1991 ; Roger Dachez. Les origines de l'Installation secrète en Grande-Bretagne et en Irlande et sa diffusion en France, du XVIIIè siècle à nos jours.Renaissance Traditionnelle n°100, 1994.
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46. S Foster, déjà cit.
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49. A Bernheim. Le rite en 33 grades, Dervy, 2011, p 139.
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50. Voir les échanges de courrier entre G Washington et différentes Grandes Loges, publiés dans les « American Masonic Record/Register » des années 1790.
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61. General Grand Chapter Royal Arch Masons, USA (Turnbull-Denslow), op cit., p 196.
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62. Idem.
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63. F Smyth. Brethren in Chilvary. Lewis Masonic, p 91.
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67. GS Draffen. Pour la Foy. Éditions Winter, 1949, pp 207-211.
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68. The Grand Encampment of Knights Templar: and appendant orders, of Massachusetts and Rhode Island. Op. cit, p 57.
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69. Idem, p 59.
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70. Idem, p 58.
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71. EJ Bate. Glittering Star n°322, 1759-1984. p 7.
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72. Charles T McClenachan. History of the Most ancient and Honorable fraternity of Free and Accepted masons in New York from the earliest date. Vol II, Grand Lodge, 1892, pp 55-6 et 75.
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73. Charles T McClenachan. Idem, Vol I, p 304.
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74. Christophe de Brouwer. Les 250 ans du Rite Écossais Primitif, dit de Namur. Seconde partie. Étude succinte des rituels. Renaissance Traditionnelle, 173-174, 2014.
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75. DK Bernard. Light on Masonry. Utica, 1829, pp 107-114.
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76. Le rite de York est également appelé Rite américain. La tradition des « Ancients » est forte aux États-Unis, notamment parce qu'ils furent plutôt du côté des « indépendantistes », alors que les Loges des « Moderns » sont venues principalement par les régiments anglais (ce sont les plus anciennes), fidèles à la couronne. Ce n'est pas absolu et par exemple Benjamin Franklin était membre d'un loge des Moderns à Philadelphie (St-John Lodge) dès les années 1730 et n'aura de cesse d'essayer de la rendre indépendante du centre. Les « Ancients », qui prennent pieds aux États-Unis à partir des années 1750, représentent surtout, semble-t-il, une tradition irlando-écossaise ; de plus, de nombreuses loges des « Ancients » furent patentées par la Grande Loge d'Écosse. On assista à ce moment au déclin des « Moderns » et à la montées des « Ancients ». L'événement qui symbolise cette opposition est probablement la Boston Tea Party de 1773, soutenue par les indépendantistes de la loge des « ancients » (St-Andrew Lodge), et désapprouvée par les « Moderns » (St-John Lodge : « a disastrous affair ! » dira John Rowe, le Grand Maître de la Grande Loge du Massachusetts -moderns-) de la même ville. Deux ans après, la guerre d'indépendance débutait. Même si elle est orientée, une relation intéressante des débuts de la Franc-maçonnerie américaine sur trouve dans l' History of Freemasonry de RF Gould (op. cit.) ou même dans son abrégé.
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77. Le rituel et moniteur maçonnique de Duncan (1866). Traduction G Lamoine. Éditions de la Hutte, 2009.
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78. Ce paragraphe est un ajout isolé de Thomas Smith Webb par rapport à sa reprise du Freemasonry Illustration de William Preston. Celui-ci n'évoque nulle part le grade de passé-maître. Ce court texte apparaît dès lors assez spécifique à la filiation américaine d'origine irlando-écossaise. Thomas Smith Webb, (traduction Lamoine), op cit., p 106.
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79. History of the Royal Arch Masonry. (Turnbull&Denslow), 1956, vol I, p 84.
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80. Jacques Huyghebaert. Le Chapitre Caledonian n°61, (fondé en 1845 par le Grand Royal Arch Chapter of Scotland). Communication personnelle.
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81. Ces rituels m'ont été communiqués par Jacques Huyghebaert, qu'il en soit remercié
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82. M Brodsky, en réponse à H Mendoza. Do you submit to... AQC n°105, 1992, pp 38-40.
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83. WA Laurie. The History of Free Masonry and the Grand Lodge of Scotland. 1859, p 424.
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84. History of the Royal Arch Masonry. (Turnbull&Denslow), op. cit.
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85. Fernand Clement. Contribution à l'étude des Hauts Grades de la Franc-Maçonnerie et particulièrement à l'histoire du Rite Écossais Ancien et Accepté en Belgique. Édition du Suprême Conseil de Belgique, Bruxelles, 1937.
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