La planche gravée de Henry Dawkins

Publié le 2 Janvier 2015

 

Bonne année 2015 !

 

 

Et pour bien commencer cette année que je vous souhaite aussi remplie de rêves à venir et de rêves anciens qui s'accomplissent, certes avec difficultés ce qui les rend si chers à nos yeux, et qui nous font avancer :-), je vous propose ce très beau document, cependant peu connu de ce côté-ci de l'Atlantique.

 

 

Il s'agit de la « Planche de convocation » (« summon's plate »), gravée par Henry Dawkins en 1759. Il en existe, semble-t-il, encore trois exemplaires jalousement conservés par la Grande Loge de Pennsylvanie. Nous savons que c'est la bonne date, car l'une d'entre elle porte encore le n°1, numéro porté par cette loge durant l'année de sa création, en 1759, avant qu'elle ne s'appelle n°2 (à partir de 1760) [1].

Par conséquent, nous sommes avant la patente Morin et la « maçonnerie de Perfection » qui se développera notamment dans les « Îles sous le vent » (Saint Domingue).

 

 

La « summon's plate » fut gravée pour la plus ancienne loge des « ancients » (AYM)* de Philadelphie, lorsqu'elle fut créée, en 1759. C'est un membre fondateur, qui passe F.C. (Fellow Craft) le 14 août 1759, Henry Dawkins, graveur de son état, qui la réalisa. Il venait de Londres, pour s'installer d'abord à New-York en 1753. Il se retrouva à Philadelphie en 1757 comme assistant du graveur James Turner. Il se maria là-bas et aura 7 enfants. Il sera un graveur reconnu des 13 colonies. Durant la guerre d'Indépendance (1775-1783), vers 1776, il aurait été arrêté à New-York pour contrefaçon de valeurs monétaires ("Continental and Provincial currency") et, semble-t-il, il aurait été pendu vers 1780 [2].

 

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1749 : nous sommes entre deux guerres : celle de la succession d'Autriche (1740-1748) et la guerre de sept ans (1756-1763). Courte période de calme, au cours de laquelle, par exemple, le système templier de l'Ordre Sublime des Chevaliers Élus va se répandre dans toute l'Europe. Il reviendra en France en 1760 sous le nom de Chevalier Kadosh.

 

C'est durant cette période que Dawkins émigre dans les 13 colonies pour y exercer son métier appris à Londres.

 

Quelques années plus tard, durant la guerre de 7 ans, Estienne Morin, négociant à Saint-Domingue, (actuellement Haïti), reçut sa fameuse patente (1761).

 

Nous savons, par les documents Sharp (disponible sur Latomia), qu'un ou des grades « écossais » se pratiquai(en)t dans les Antilles britanniques, par un « Mat(t)hews » et son entourage, dès environ 1744-45. Qui étai(en)t-il(s) ce Matthews ? [3] Il pourrait s'agir de Sir William Matthews Jr, gouverneur des « Leeward Islands » -Antilles britanniques-, durant les années 1714-15 & 1729-1752, et Grand Maître provincial (moderns). Mais cela pourrait être aussi Thomas Mathews, amiral malheureux de la flotte anglaise de méditerranée avec la défaite de Toulon de 1744. Sont-ils de la même famille? Peut-être que Morin rencontre le premier, et Dutillet, les officiers du second ?

Il n'y a pas d'autres précisions sur ce ou ces grades.

 

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Peut-être une réponse nous est fournie, tardivement (!), par cette « planche de convocation » qui montre ce qui se pratiquait dans les 13 colonies ; et pour cette époque, c'est peut-être un miroir de ce qui se pratiquait dans tout l'espace britannique, quoique ce soient des grades apparemment "continentaux". Notons que les régiments irlandais/écossais, anglais et les négociants sont présents, circulent entre la métropole et ses colonies dans une relation commerciale exclusive, compartimentée, qui sera d'ailleurs à la base des mécontentements qui déboucheront sur la révolution américaine. Nous retrouverons cette planche de convocation à Boston.

 

La « summon's plate « de Dawkins nous en donne un aperçu, avec sans doute des développements à partir de grades plus anciens, et c'est très riche.

 

D'où viennent tous ces grades ? En tout cas, le graveur de cette planche venait de Londres, puis directement, se trouva à New-York et ensuite à Philadelphie. Il grava cette planche alors qu'il venait de passer « compagnon ». Ce ne sont donc pas ses connaissances propres qui lui avaient permis de graver ces différents dessins, mais bien à partir des conseils d'un de ses « frères » plus avancés. Cela nous indique également, qu'à cette époque, c'est la loge elle-même qui conférait cette kyrielle de grades (placés en "side" : Élu, Architecte, Irlandais, Chev. d'Orient, ainsi que Templier ou Malte, Noachite, ...), avec un Royal Arch qui ferme par le sommet l'intérieur de l'espace gravé (au-dessus, les "trois grandes Lumières" des Ancients), intérieur où l'on retrouve notamment le Maître (tombeau d'Hiram) et le Chair Master/Passed the Chair (le compas mesurant un arc de cercle**) sous les trois clés de Voûte du Royal Arch !       Superbe :-)

 

Pour la petite histoire, c'est en enquêtant sur un des grades du Rite écossais Primitif dit de Namur, que ma recherche, des Îles britanniques, s'est retrouvée un temps dans les 13 colonies ! [4]

 

 

 

* AYM : à l'époque, les loges américaines patentées par la Grande Loge anglaise des Ancients (Dermott) se qualifiaient elles-mêmes de « Ancient York Masons ». Ceci est tiré du « Ahiman Rezon » de Laurence Dermott, et probablement que c'est de cette pratique que vient le nom du rite américain. Notons que les loges patentées par la Grande Loge d'Écosse ne se qualifiaient pas ainsi.

 

** Le compas mesurant un arc de cercle est le bijou du "Maître parfait", équivalent continental du "Passed the chair"; avec un soleil au centre, c'est alors le bijou de Grand Écossais -degré de la Voûte continental-; avec un soleil au centre et une équerre posée sur l'arc de cercle, il évoque le Grand Maître. Dans ce cas-ci, le dessin au centre de la figure n'évoque pas un soleil, car ses rayons dessinent un octogone (ou deux carrés). De plus, il est entouré du soleil et de la lune. Il évoque plutôt une des petites lumières des Ancients, c'est à dire le Chair Master ou le Passed the Chair, étape obligatoire à cette époque pour être exalté au Royal Arch: la symbolique graphique prend alors tout son sens.

 

 

Références

 

[1] NS Barrat, JF Saschse. Freemasonry in Pennsylvania. 1908.

 

[2] Pennsylvania Biographical Dictionary. 1999.

 

[3] A Bernheim. Une certaine idée de la franc-maçonnerie. Dervy, 2008.

 

[4] Chr De Brouwer. Les 250 ans du Rite écossais Primitif, dit de Namur. Renaissance Traditionnelle. n°172 (2013) & 173-4 (2014).

 

 

 

 

 

La summon's plate de Henry Dawkins

La summon's plate de Henry Dawkins

La planche gravée de Henry Dawkins

Rédigé par Christophe

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