1817, apparition du Suprême Conseil des Pays-Bas réunis.

Publié le 18 Décembre 2017

    Il y a 200 ans, le Suprême Conseil des Pays-Bas réunis apparut. Nous sommes en 1817. Il était situé à Bruxelles. À la révolution belge, il changera son nom en Suprême Conseil de Belgique.

Son processus de formation se situe à une époque charnière qui voit l’Europe basculer dans la période post-napoléonienne, c’était à la fois une fin et un début.

 

Pour ce coin de l’Europe, il s’agissait d’amalgamer deux régions qui eurent, il est vrai, une histoire ancienne commune, mais surtout, depuis 250 ans, une histoire souvent faite d’opposition et de guerre. Les deux parties divergeaient tant sur le plan religieux, que politique, économique et social. Si la partie septentrionale (les Pays-Bas actuel), nettement moins peuplée avec ses 2,5 millions d’habitants contre 4 millions au sud (la Belgique et le GD de Luxembourg actuels), avait vécu une véritable histoire nationale, connu son siècle d’or, la partie méridionale avait poursuivi un chemin radicalement différent. La partie nord, qui produisait par moment des attitudes de mépris pour le sud, va imposer un certain nombre de ses standards, dont l’unilinguisme de langue néerlandaise dans les actes administratifs et juridiques, mais aussi au niveau de l’enseignement, sur l’ensemble du territoire, provocant en réaction la revendication du retour d’une pratique du français à ces niveaux. La thématique linguiste déboule pour la première fois, avec force, et durablement dans le champ politique et social belge. Par exemple, Joseph-Augustin Crassous de Médeuil (qui n’était pas réfugié, bien que français), 'Souverain Grand' Commandeur du Suprême Conseil [76], va quitter en 1823 la Belgique car il ne pouvait plus professer normalement son métier d’avocat en langue française à Bruxelles (communication personnelle de Pierre Noël, que je remercie ici pour l'aide apportée à ce travail). Le sud va durant cette période opposer, ou essayer d’opposer, au nouveau pouvoir sa culture très francisée, et Gand en est un bon exemple, assez paradoxal puisque, dès le retrait de l'obligation d'unilinguisme, ce sera la ville la plus orangiste après la révolution belge. À la tradition du négoce et du commerce du nord, le sud va monter grâce à une industrialisation de plus en plus performante. Il y avait donc des convergences, des complémentarités et des divergences, sinon des oppositions.

C’était un peu marier l’eau et le feu. Est-ce que cela aurait pu réussir ? Sans doute avec le temps, mais celui-ci a manqué. Le pouvoir orangiste s’est rendu compte trop tard du grondement d’une partie de la population, par ailleurs traversée de courants très diversifiés. Ses importantes réformes des années 1829-30 dans le sens de la contestation n’ont pu éteindre le feu. L’appui de l’Angleterre et de la France à la révolution belge fut décisif et la rendit irréversible. Était-ce le souhait majoritaire de la population ?  L’hagiographie belge de cette époque est évidemment enthousiaste. Cependant l’historiographie récente porte un regard beaucoup plus nuancé [56]. Et en ce qui concerne les loges, il ne fut pas majoritaire. De façon caricaturale, lors de la révolution de 1830, à Bruxelles, l’importante loge orangiste l’« Espérance » disparut, tandis que la loge assez opposante « les Amis Philanthropes » fut le fer de lance dans la création du nouveau centre, le Grand Orient de Belgique, en 1833, une sorte de redite pour elle ! Les autres loges se situaient entre ces deux pôles. Par exemple, la loge namuroise « La Bonne Amitié » comportait en son sein des solides soutiens du régime orangiste, avec le prince Charles-Alexandre de Gavre, Joseph Walter ou Philippe-Casimir Marchot mais aussi des opposants, avec Justin de Labéville et les frères Théophile et Émile Isidore Fallon. Cette loge, comme beaucoup d’autres, oscillera pendant quelques années entre la disparition et la survie. Finalement elle survécut et se ralliera au nouveau Grand Orient de Belgique, d’autres n’eurent pas cette ‘chance’ [25].

 

C’est bien au début de cette histoire que se place la création du Suprême Conseil en 1817. Tous les ingrédients qui amèneront la rupture de 1830 du nouveau pays, les Pays-Bas réunis, s’y trouvent déjà en germes. Si le passage de la maçonnerie impériale sous le nouveau centre que représentait le Grand Orient des Pays-Bas fut une réussite, sans casse apparente, les oppositions ne furent pas désarmées, bien qu’elles pussent vivre en relative bonne entente jusqu’à la révolution belge.

 

 

 

Cet article fait suite à la conférence donnée, sous le titre « 1817 », dans le cadre des « 200 ans de présence du R.·.E.·.A.·.A.·. en Belgique et son apparition au Grand-Duché de Luxembourg en 1839 » colloque organisé par le « Suprême Conseil Grand Collège du R.·.E.·.A.·.A.·. du Luxembourg », à Mondorf-les-Bains, le 18 novembre 2017.

 

 

Abdication de Napoléon, le 12 avril 1814.

 

Table des matières

Introduction

Chronologie

Prémisses : 1813-1814

1814

1815

1816

1817

1817 : Le Grand Orient de la Belgique

1817 : Le Suprême Conseil des Pays-Bas

Conclusions

Quelques personnages clés.

Cambacérès, Crassou, Daine, Falck, Gavre, Prieur, Ramel, Rouyer, Saxe, Walter

Références

 

 

 

Empire français.

 

Chronologie

 

1813

16-19 octobre. Bataille de Leipzig. Les armées alliées descendent sur les Pays-Bas.

5 novembre. Création d’un Consistoire du 32e aux Amis Philanthropes de Bruxelles.

 

1814

8 février. Proclamation de Bruxelles par le duc Bernard de Saxe-Weimar (armées alliées).

12 avril. Abdication de Napoléon.

28 juin Retrait de Cambacérès du Suprême Conseil de France indivi.

6 août. Déclaration des Amis Philanthropes pour la constitution d’une Grande Loge de la Belgique.

3 septembre. Idem : nouvelle circulaire.

18 septembre. Début du Congrès de Vienne.

10 décembre. Re-circulaire des Amis Philanthropes en vue d’une Grande Loge de la Belgique.

 

1815

22 février. Réponse négative de la loge « La Candeur » à la proposition des Amis Philanthropes.

15 mars. Proclamation du nouveau Royaume des Pays-Bas unifiés.

15 mars. Rapport négatif de la loge L’Espérance concernant la proposition des Amis Philanthropes.

9 juin. Fin du Congrès de Vienne.

18 juin. Bataille de Waterloo.

 

1816

13 octobre. Désignation du prince Frédéric comme Grand Maître du Grand Orient des Pays-Bas.

Novembre. Tension concernant le rite écossais philosophique entre les loges-chapitres « La Paix et la Candeur » et les « Amis Philanthropes ». Retrait des prétentions des Amis Philanthropes.

21 décembre. Rejet par les Amis Philanthropes, dès avant proposition portant sur la création d’un Grand Orient de la Belgique.

25-27 décembre. Proposition pour la création d’un Grand Orient de la Belgique.

 

 

1817

15 janvier. Début des opérations pour la création d’un Suprême Conseil -Amis Philanthropes-.

1 février. 1er Convent pour la constitution d’un Grand Orient de la Belgique.

1er mars. Constitution du Chapitre en instance l’Espérance (rite ancien réformé ou moderne)

14 mars. Initiation du prince héritier Guillaume d’Orange à la loge L’Espérance à Bruxelles.

14 mars. Élévation du prince Guillaume dans les Hauts-Grades à l’Espérance.

15 mars. 2d Convent de constitution d’un Grand Orient de la Belgique. Les statuts en sont votés.

16 mars. Création du Suprême Conseil des Pays-Bas, dit Amis Philanthropes, patente Pyron.

1 avril. Création d’un autre centre du REAA, dit militaire, patente Grasse-Tilly.

25 avril. Protestation des Amis Philanthropes contre le rite ancien réformé (ou moderne).

5 mai. Protestation de La Paix et la Candeur contre le rite ancien réformé (ou moderne).

5 mai. 1ère circulaire du Grand Maître Frédéric d’Orange aux Loges méridionales.

29 juin. Création d’un autre Suprême Conseil des Pays-Bas, dit militaire, patente Grasse-Tilly.

7 juillet. Début des pourparlers de fusion des deux Suprêmes Conseils.

28 juillet. Signature du protocole de fusion des deux Suprêmes Conseils.

30 août. Constitution d’une Commission législative en vue d’une maçonnerie unie aux Pays-Bas.

6 décembre. Officialisation du Traité de fusion des deux Suprêmes Conseils.

 

 

1818

11 avril. Installation officielle de la Grande Loge d’Administration méridionale sous l’autorité du Grand Orient des Pays-Bas.

 

 

Bataille de Leipzig en octobre 1813.

 

Prémisses : 1813-1814

 

Nous ferons commencer notre histoire en 1813.

L’Empire napoléonien agonise. Après avoir perdu les 2/3 de ses 600 000 hommes engagés dans la campagne de Russie, il se trouve face à une 6e coalition. Ses adversaires sont également largement atteints, les forces en présence sont en faveur des alliés, ainsi que le moral.

La bataille décisive est celle de Leipzig, également appelée ‘bataille des nations’. Ce sont plusieurs batailles à l’intérieur d’une seule. Les troupes engagées sont trois fois plus importantes que celles de Waterloo, mais les tués le sont quasi 10 fois plus. Bataille effroyable et décisive qui dura 4 jours, du 16 au 19 octobre.

La 6e coalition, finalement, l’emporta et avec elle, signa la fin de l’Empire.

 

Les armées alliées pouvaient avancer et descendre sur la France.

Manifestement, les autorités impériales étaient à l’agonie :

« on vit à la fin de 1813, et au commencement de 1814, des commissaires impériaux français envoyés dans les départements des Pays-Bas, non encore occupés par les alliés, faire fermer plusieurs LL:. dont ils semblaient redouter la résistance...  » [1]

 

Mais, un peu à contre-courant :

« 5 novembre : ce fut au milieu de ces tems d’alarme que la subdivision du système Écoss:. connue sous le titre de rite écoss:. anc:. et acc:. pris quelque consistance dans les Pays-Bas par l’installation à Bruxelles, à la date que nous indiquons, d’un consistoire du 32me degré dit Subl:. Pr:. R:. S:. » [2]

 

L’accord de création de ce Consistoire des 32e du REAA (Rite Écossais Ancien Accepté), sous l’égide du Suprême Conseil de France indivi, date du 12 août. Le 9 septembre le F Crassous, VM des « Amis Philanthropes », reçoit les pouvoirs adéquats, la charte constitutionnelle date du 9 septembre et l’installation officielle du 5 novembre. Les membres en sont : Crassous, Michiels, Galler, Coppyn, Lay, Dejardin Cirez, Tarte et Joret [3]. Bien que Crassous soit une forte personnalité [notice], remarquons que les membres locaux sont majoritaires. Il n’empêche, c’est d’abord au sein de ce « Conseil particulier des Amis Philanthropes » que le REAA va évoluer au nord de l'Empire en train de disparaître.

 

 

Prévoyaient-ils la fin de l’Empire et son morcellement ? Il était clair que, lors de l’installation officielle du Consistoire, ce dernier s’effondrait sous leurs yeux.

 

Les pourparlers de paix, débutés à Francfort le 26 octobre, montraient des alliés qui exigeaient de replacer la France dans ses anciennes frontières, ce qui sera. Cependant, la discussion semblait ouverte quant au devenir dynastique. Toujours est-il que les alliés avançaient, Amsterdam et Utrecht furent prises en décembre.

 

Les mémoires posthumes de Cambacérès se terminent en décembre 1813, par cette phrase :

« A l’exception d’un très petit nombre, la plupart des hommes en crédit prévoyaient une prochaine catastrophe, et étaient secrètement occupés de s’y soustraire, et d’assurer leur existence politique ». [4]

 

Voulurent-ils se ménager un ‘asile’ à Bruxelles pour les temps futurs et/ou poser les premières pierres d’un édifice dans lequel la franc-maçonnerie impériale put se reconnaître ?

 

La fin de l’Empire approchait à grands pas.

 

Le 8 février 1814, le général-major, duc Bernard de Saxe Weimar [notice], commandant les forces alliées à Bruxelles, réalisa une proclamation dans la ville ‘libérée’ :

« Qu'elle renaisse cette Belgique jadis si florissante, qu'elle renaisse sous l'égide de l'ordre et du repos. L'indépendance n'en est plus douteuse, mais allez la mériter par la conservation de l'ordre intérieur et par l'organisation de levées militaires qui combattront pour la liberté et l'honneur. »

 

 

Le 12 avril 1814, Napoléon abdiquait.

 

« Avril. La grande crise paraissait calmée après les mémorables événemens militaires et politiques qui venaient de se passer en France ; les Maç:. Belges, malgré l’immensité des charges qui pesaient sur eux, commencent à rentrer dans leurs LL:. Plusieurs officiers russes, prussiens, Suédois, Anglais et Allemands, sont initiés à Bruxelles, Gand, Anvers, Bruges et autres villes ; des Maç :. de presque tous les peuples de l’Europe fraternisent au sein de la Belgique. » [5]

 

 

C’est la fin de l’Empire, c’est définitif. Le congrès de Vienne, qui débuta ses travaux en septembre de cette année-là et se poursuivit jusqu’en juin de l’année suivante, va le morceler.

 

 

Congrès de Vienne.

 

1814

 

Après le 12 avril 2014, date de l’abdication de Napoléon, les régions comprises dans l’espace Pays-Bas (septentrionaux et méridionaux) se trouvèrent ballottées au gré de la politique. Si pour la partie septentrionale, le cours de leur histoire allait naturellement reprendre sous la dynastie des Orange-Nassau qu’ils connaissaient bien, il n’en allait pas de même pour la partie méridionale.

 

Les villes flamandes avaient été partiellement francisées, la partie liégeoise restait proche de la France, Bruxelles, déjà très multiculturelle, ne savait où se tourner, les parties wallonnes, riches de leur industrie métallurgique, tout comme Liège, bien que francophile [6], étaient prêtes à se tourner vers ce qui assurerait le mieux leur développement, alors que le duché de Luxembourg lorgnait vers une large autonomie.

Cependant le Congrès de Vienne, qui régla notre sort, ne débutera ses travaux que le 18 septembre 1814.

Pour la franc-maçonnerie de la partie méridionale des Pays-Bas, liée à celle de France depuis quasi 20 ans, période faste pour elle aussi, l’incertitude était réelle. Cependant, quasi toutes les loges reprirent leurs travaux, il n’y aura pas de réelle solution de continuité entre la période précédente et celle qui s’ouvrait. (Ce ne sera pas le cas lors de l’indépendance belge de 1830 qui sera difficile pour la franc-maçonnerie et verra une petite moitié des loges disparaître [25].)

 

Il manquait un centre commun, que la Loge-Chapitre-Consistoire des Amis Philanthropes essaya de combler. Parmi l’ensemble des Loges, c’était la plus française avec un Jean-Augustin Crassous [notice] qui en dirigeait les travaux dans toutes ses composantes.

 

Dès le 6 août, puis le 3 septembre et enfin le 10 décembre 1814, la loge des « Amis Philanthropes » de Bruxelles informe de sa volonté de réaliser une « Grande Loge de la Belgique ». À cette fin, elle publie une plaquette qui fait suite à la circulaire du 3 septembre reprenant le décret : « À tous ceux a qui l’asile de la concorde, le temple de la vertu, le foyer de la lum:. furent ouverts ». La lecture de cette plaquette, dont un exemplaire se trouve au CEDOM, est fort intéressante.

 

On y lit notamment :

« Les At:. belges suivent quatre rits différens, savoir : le Rit Écoss:. primitif et le Rit Écoss:. ancien et accepté ; le Rit Écoss:. philosophique, et le Rit moderne, ou français. »

 

En ce qui concerne le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), même si le Consistoire des 32e entend bien gérer du 1er au 32e degré, la réalité est probablement différente. En effet, compte tenu du concordat d’union de 1804 entre le GODF et la Loge Générale écossaise, le premier gérait jusqu’au 18e degré inclus, ensuite le Suprême Conseil du REAA avait la charge des grades au-delà.

C’était manifestement la situation qui prévalait dans les Chapitres des Pays-Bas méridionaux. Ils devaient pratiquer une sorte de rite moderne (ancien réformé), en ce compris aux « Amis Philanthropes », comme la suite va le montrer !

 

« La Grande Loge des Pays-Bas-Autrichiens n’existe plus depuis long-temps. -D’un autre côté, le Gr:. O:. de France n’a plus de juridiction sur les LL:. Belgiques. L’intérêt de la Maç:. exige donc que ces LL:. aient un centre commun auquel elles puissent s’unir. »

 

Le nom proposé est bien une réminiscence de la Grande Loge provinciale du temps des Autrichiens, comme la suite du texte le confirmera. Cette Grande Loge avait été supprimée par Joseph II en 1786. Cela montre aussi que le retour à l’Empire n’était plus envisageable, ni d’ailleurs envisagé. Le morcellement était devenu une réalité pour tous.

 

« Le Cons:. des Ill:., Vaill:. et Subl:. PP:. de R:. S:. 32e degré du Rit Écossais Ancien et accepté, établi près le Souv:. Chap:. du 18e deg:. des Amis Philanthropes, à l’O:. de Bruxelles, a pris, le 3e jour du 7e mois de l’an de la Maç:. 5814, un Arrêté dont voici les dispositions :

1° Les Membres du Cons:. des subl:. PP:. R:. S:. près les Amis Philanthropes, à l’O:. de Bruxelles, et les députés des LL admis, formeront la Gr:. L:. de la Belgique ; 

2° Les Députés des LL:. ne pourront être choisis que parmi les Membres du Cons:. des subl:. PP:. R:. S:., et parmi les Ven:. et ex-Ven:., membre d’une L:. à l’O:. de Bruxelles ; »

 

Pourquoi un tel acte unilatéral ? D’autant que la réaction fut unanimement défavorable. Probablement que ceux qui en furent les instigateurs regardaient vers Paris et se sont positionnés par rapport à ce qui s’y passait et non localement. Ce n’est qu’une hypothèse.

 

Bruxelles restait une ville régionale importante de l’Empire, d’autant plus importante qu’elle apparaissait comme proche mais maintenant séparée. À Paris, les événements se précipitaient : Cambacérès se retire de ses charges maçonniques le 28 juin 1814. Suit une période de déséquilibre [7] durant laquelle le GODF proposa une meilleure intégration des différentes sections de hauts-grades dont le Suprême Conseil indivi, ce qui provoqua une vive résistance de certains de ses membres. Les négociations échouèrent, et le 27 novembre, le Suprême Conseil indivi émit une circulaire appelant à la vigilance et à la modération [8]. De même, le Souverain Chapitre Métropolitain (rite écossais philosophique), également invité à épouser cette volonté d’intégration, protesta en envoyant une circulaire rappelant le Traité d’union avec le GODF du 30 novembre 1781, sous les signatures de, notamment, Thory et Rouyer [9][notice]. (Thory, Rouyer et Pyron sont membres, à la fois du Suprême Conseil indivi et du Souverain Chapitre Métropolitain, les deux premiers étaient très actifs au sein de ce SCM.)

 

Le Passage des souverains alliés sur le boulevard Saint-Denis à Paris, le 10 avril 1814. (musée Carnavalet)

 

1815

 

La réaction s’organisait.

 

Le 22 février, le Chapitre de « La Candeur » fit la réponse suivante :

 

« En nous résumant, nous déclarons formellement que, jusqu’à ce que le sort politique de la Belgique soit assuré par le congrès de Vienne, nous regardons la question dont il s’agit, comme prématuré et sans objet, et que nous nous réservons le droit de nous rallier au G:. Or:. qui sera reconnu dans l’état quelconque au souverain duquel nous serons définitivement soumis ; nous continuerons, en attendant, de vivre dans l’union la plus Frat:. avec toutes les L:. de notre correspondance, parmi lesquelles nous n’en compterons jamais de plus chère que celle des Amis Philan:. » [10]

 

Notons que le congrès de Vienne tiendra ses travaux du 18 septembre 1814 au 9 juin 1815. Il termina donc ses travaux quelques jours avant la bataille de Waterloo. Ce congrès consacra les nouveaux « Pays-Bas » -le Benelux actuel- avec l’apparition d’un Grand-Duché de Luxembourg autonome sous la couronne de Guillaume 1er.

 

Cette réponse est intéressante. Les 100 jours n’avaient pas encore débuté (1 mars). Le sort du pays se jouait ailleurs. Pour les loges « autochtones », il fallait impérativement attendre, alors que pour la loge d’origine française, il fallait précipiter les événements tant qu’un nouveau souverain n’était pas encore désigné.

 

Voici un extrait du rapport fait à la loge l’ « Espérance » à Bruxelles (loge dont fait partie de Wargny, auteur des Annales Chronologiques), daté du 15 mars :

 

« Cette circulaire a pour objet la communication de plusieurs arrêtés du Subl:. Cons:., sous des dates antérieurs et qui y sont annexés. Ils tendent tous à l’établissement d’un Gr:. Or:. ou L:. suprême en Belgique ; ils renferment des mesures préliminaires et préparatoires à cette fin, et même, par l’arrêté du 3 septembre 1814, le Subl:. Cons:. des Prin:. R:. S:., attendu la nature des circonstances, et vu la plénitude des pouvoirs dont la haute Maçon:. l’a investi, aux termes des anciens statuts et réglemens généraux, se constitue de sa propre autorité, le régulateur provisoire de la Maçon:. en Belgique, avec des attributions élargies. »

 

« En conséquence, des informations exactes et positives soit écrites soit verbales ont été prises par nous, près de tous les Atel:. de Bruxelles, et votre commission a éprouvé la satisfaction de voir qu’unanimement, sauf cependant, la L:. des Amis Philanthropes, tous partageaient en tous point, son opinion sur l’ajournement. » [11]

 

C’est à cette même date que naît officiellement le nouveau Royaume des Pays-Bas.

 

En arrière fond à ceci, et c’est peut-être explicatif, on trouve une inquiétude des gouvernants concernant la position des loges méridionales. En effet, les liens entre le Grand Orient de France et celles-ci, du moins pour certaines d’entre elles, ne semblaient toujours pas coupés. Après avoir intercepté un courrier d’un membre d’une loge de Gand, adressé au GODF, le comte Charles de Thiennes, alors commissaire général de la Justice, écrivit au Roi Guillaume Ier, le 28 avril 1815 :

« … En résumé je pense qu’il conviendrait de défendre aux Loges des départements méridionaux de reconnaître en aucune manière l’autorité du Grand Orient de France, et de leur interdire même pour le moment toute correspondance avec cet Orient. »[12]

 

 

L'Europe en 1815.

 

1816

 

C’est l’année où les réfugiés français arrivèrent en Belgique et notamment Cambacérès, Rouyer, Ramel de Nogaret, Prieur de la Marne, Levasseur de la Sarthe, Jacotot, etc. Ils s’affilièrent aux « Amis Philanthropes » où ils furent actifs [13].

 

(Mémoires de Falck [notice], année 1816) « Mr Falck qui sous l’empire d’un peuple étranger n’avait pas cessé d’être Hollandais, n’a jamais oublié qu’il avait un moment servi sous un prince français, et ne s’est pas cru obligé, pour le faire oublier, de persécuter les Français que le malheur des tems avait poussé jusqu’en Belgique. Il les a servis autant que sa situation le permettait, autant que ses devoirs pouvaient se concilier avec l’intérêt qu’il leur portait, intérêt qu’il n’a jamais dissimulé. » [14, p 194-5]

 

La tolérance, tout est relatif, portée par la tradition hollandaise [15], dans l’accueil des émigrés français permit à ceux-ci de s’installer dans le pays, surtout à Bruxelles où ils s’investirent assez bien dans le journalisme, libéré du joug de Napoléon, et dans l’enseignement :

« Poursuivis par les cours européennes conservatrices, plusieurs de ces libéraux, républicains et démocrates français progressistes ont su s’intégrer dans le milieu intellectuel et culturel bruxellois. Ils travaillent comme professeurs particuliers, dominent la presse et exercent une influence considérable sur l’élite libérale de la capitale, à laquelle appartient d’ailleurs aussi le prince d’Orange, fils aîné de Guillaume. Ils constituent souvent les fers de lance de la vie sociale bruxelloise et notamment des loges maçonniques. Ils influencent la jeunesse du moment, que ce soit par leur modèle culturel inspiré de la France ou par leurs idées émancipatoires. Sans y être actif eux-mêmes, ils créent, à Bruxelles en particulier, un climat d’opposition. » [Els Witte, 16, p30]

 

 

Pour certains d’entre eux, il s’agissait de personnages considérables qui avaient façonné le monde de leur époque. Ils étaient encore chez eux, à Bruxelles, deux ans auparavant. Il est évidement difficile, aujourd’hui, de comprendre leur comportement et l’environnement de cette époque. Cependant, par beaucoup de côté, le nouveau royaume des Pays-Bas n’était pas une restauration, l’administration napoléonienne y fut largement maintenue, l’exemple de Joseph Walter est pertinent [voir notice à son sujet]. Ce n’est qu’à la révolution belge qu’une épuration (massive) eut lieu et par exemple Walter fut logiquement écarté de ses fonctions à ce moment. Une grande partie des acquis de la période française vont perdurer. Réfugiés oui, mais dans une société dans laquelle ils pouvaient encore facilement se reconnaître et où une partie de leur réseau subsistait.

 

Les réfugiés francs-maçons qui furent actifs dans notre histoire, à l’exception de Cambacérès, qui pourra retourner en France dès 1818, agiront dans leur nouveau cadre. Sauf Rouyer qui était membre 33e du Suprême Conseil de France indivi, d’ailleurs empêché de prendre part dans la machine du schisme qui s’amorçait là-bas [17], les autres étaient, soit 30e, soit 31e (venant éventuellement du rite philosophique), soit 32e.

 

L’avenir politique de la Belgique se fera donc au sein du nouveau Royaume des Pays-Bas. Celle de la franc-maçonnerie peut-être aussi. Les loges du nord, la partie septentrionale, s’étaient déjà bien organisées en relevant l’ancien Grand Orient des Pays-Bas. Le second fils du roi Guillaume, Frédéric, fut installé Grand-Maître de l’Ordre le 13 octobre 1816.

 

Bien sûr, les gouvernants voulaient une maçonnerie unifiée, mais la méfiance réciproque entre la partie septentrionale et méridionale était très réelle, l’histoire n’était pas la même.

D’autre part, un puissant mouvement catholique anti-hollandais, notamment ultramontain, mené par l’évêque de Gand, le prince Maurice de Broglie, commençait à se faire entendre dans la partie méridionale [18]. Il ne faut pas oublier que, si les notables aux commandes dans le nord étaient généralement protestants, le sud du pays était, à cette époque, (presque) uniformément catholique avec une population d’environ 4 millions d’habitants contre 2,5 millions pour la partie septentrionale. Là aussi l’équation était singulièrement difficile.

 

 

Le ministre Anton Falk adressait un courrier au Roi, datant du 1er juin, relatant l’installation du Grand Orient des Pays-Bas à La Haye. Dans celui-ci, il s’interrogeait sur l’absence de la plupart des loges du sud :

«  … Aan deze revisie zoude dan de verbroedering met de Zuid-Nederlandsche Loges aangeknoopt worden, die nog steeds en verkeerdelijk met het Groot-Oosten van Parijs in verband staan. ... » (« A cette réorganisation, les loges du sud-neerlandais devraient fraternellement s’y lier, elles qui sont encore, et à tort, en relation avec le Grand-Orient de Paris. »)

 

La réponse de Guillaume 1er, datée du 2 juin 1816 (note manuscrite), est sans ambiguïté quant au but poursuivi, celle d’une maçonnerie unifiée au sein des nouveaux Pays-Bas :

 

 « … en het een nationaal voordeel zijn kan, indien op die wijze de loges van het geheele land vereenigd worden onder eene generale directie, en de Zuid-Nederlanders op die wijze onttrokken worden aan de opperheerschappij van het Parijsche Groot-Oosten  ...» (« et ce sera un avantage national, si de cette façon les loges de l’ensemble du pays sont unis sous une direction générale, et qu’ainsi, les Néerlandais du sud soient coupés de l’autorité du Grand-Orient parisien ») [19, p 403-4]

 

 

De toute façon, il fallait aller de l’avant. De discussions en discussions, on aboutit, le 27 décembre, sur la proposition de création d’un « Grand Orient de la Belgique ». Un projet était arrêté. Mais cela ne faisait pas l’unanimité, notamment au niveau des loges de provinces.

Wargny d’ajouter :

 

« Cette proposition fut rejetée sans discussion par la Commission des Amis Philan:., et, dans toutes les explications qui ont eu lieu ultérieurement, nous avons vu que l’on a constamment confondu les rites Maçon:. avec l’administration, les dogmes avec la discipline. »

 

Si en 1814-15, c’était tous contre un, en 1816-17, ce fut (presque) un contre tous !

 

Durant toute l’année 1816, nous aurons en effet des escarmouches entre loges bruxelloises sur base des rites, essentiellement entre, d’une part, le Rite écossais Ancien Accepté portée par la loge-chapitre-consistoire des « Amis Philanthropes » (le ‘et’ est parfois oublié), et le Rite écossais Philosophique avec la loge-chapitre-tribunal « La Paix et La Candeur » (les deux loges venaient de fusionner cette année-ci) [20], et, d’autre part le Rite ancien Réformé (ou moderne) par toutes les autres loges bruxelloises, emmenées, semble-t-il, par la loge l’« Espérance ». Mais aussi entre la loge des « Amis Philanthropes » et celle de « La Paix et La Candeur ». Pour le moment, les loges de province restaient apparemment silencieuses, mises de côté. Elles professaient toutes également le Rite ancien Réformé (ou moderne) sauf la loge-chapitre namuroise "La Bonne Amitié" avec son Grand Chapitre de l' "Intérieur du Temple", qui pratiquait son propre rite (le Rite Écossais Primitif en 33 degrés [64]).

 

Notamment, la loge-chapitre-tribunal « La Paix et La Candeur », dont le Vénérable Maître et porteur des hauts-grades du rite, était Philippe-Joseph-Roger Malaise (1777-1826), secrétaire-général au ministère de la police, estimait avoir seul les droits de chef d’ordre sur le rite écossais philosophique, tout comme les « Amis Philanthropes » concernant le REAA.

 

Déclaration du 27 novembre :

« Les rapports respectifs de suprématie et de subordination étant rompu de fait et de droit, entre la Mère-Loge de St-Alexandre d’Écosse et du Contrat Social réunis, d’une part, et toutes les LL:. du rite Écoss:. Philos:. dans la Belgique, d’autre part, (sans altérer néanmoins les doux liens de la fraternité et d’une bienveillance mutuelle) il n’y a point de doute que dès-lors, la R:. L:. de La Paix à l’Or:. de Bruxelles ne soit devenue, de fait et de droit, non-seulement la Mère-Loge de l’Or:. de cette ville, et la Mère-Loge de la province du Brabant Méridional (qualité qu’elle avait même antérieurement à l’époque de la séparation des deux pays) mais encore la Mère-Loge de l’état, c’est-à-dire, de l’Or:. de la Belgique ou des Provinces Méridionales du Royaume des Pays-Bas, dont Bruxelles a été de tems immémorial et est encore maintenant la capitale. »

 

 

Cette déclaration faisait également suite aux velléités des "Amis Philanthropes" de se déclarer mère-loge du rite Philosophique. On retrouve une correspondance d’octobre-novembre 2016 à ce sujet, entre Thory et Rouyer, reprise dans Clement [21]. Ce mano à mano avec le rite philosophique fut une méthode efficace ayant permis la mise en place du Suprême Conseil de France indivi. On comprend la tentation de cette piste. Rouyer va cependant l’abandonner devant la levée de boucliers dont il se serait très mal sorti, pour privilégier la création d’un Suprême Conseil, selon la ‘méthode’ Grasse-Tilly (que lui rappella Thory dans leur correspondance de cette époque [22]) :

 

« Au reste, M. de Grasse seul, a établi le Conseil d’Espagne et celui de Naples. Vous pouvez bien en faire autant. Quant à moi, si j’étais sur les lieux je le ferais sans difficultés. »

 

Mais cela montre, une fois de plus, les liens étroits qui existaient avec le rite philosophique comme tremplin vers un Suprême Conseil du REAA.

 

Par ailleurs, en France, le Suprême Conseil de France indivi, après le retrait de Cambacérès en 1814, après les dissensions des années 1814-15, cesse de se réunir : Thory (tiré d’une des lettres de janvier 1817, adressées à Rouyer, le conseillant dans la création d’un Suprême Conseil) :

 

« Il n’existe plus en Europe de corps constituant. Celui du 33e à Paris ayant cessé ses travaux depuis plus d’un an et ceux d’Italie et d’Espagne n’existant plus. » [22]

 

 

 

1817

 

Il est clair que le souhait du nouveau pouvoir en place était d’avoir une seule maçonnerie sous le giron de la famille royale. Tant le projet d’un Grand Orient séparé, que celui d’un Suprême Conseil indépendant, ne pouvaient plaire aux Autorités.

Il fallait donc trouver les moyens d’y parvenir et d’imposer un certain contrôle sur la franc-maçonnerie, notamment celle des hauts-grades, dans un pays qui, depuis des siècles, cultive le particularisme, bien plus que la partie septentrionale.

On peut penser que l’habileté des proches du nouveau pouvoir permettra d’atteindre cet objectif.

 

Les actes centrifuges :

 

  • 15 janvier : déclaration de constitution d’un Suprême Conseil des 33e au sein des Amis Philanthropes, sous l’autorité du général JP Rouyer.

  • 1er février : 1er Convent pour la constitution d’un Grand Orient de la Belgique. Loges absentes aux orients des villes de Namur, Luxembourg, Liège, Gand, Bruges, Ostende.

  • 15 mars : second Convent et dernière réunion de constitution d’un Grand Orient de la Belgique. Présents 17 loges. Absents 10 loges dont celles déjà citées. Les statuts en sont votés.

  • 16 mars, création du Suprême Conseil des Pays-Bas dit des « Amis Philanthropes », en accord avec J Pyron.

  • 20 avril, circulaire d'officialisation du Suprême Conseil des Pays-Bas dit des "Amis Philanthropes".

 

Ces deux éléments, Grand Orient et Suprême Conseil, sont contraires au souhait des Autorités et nécessiteront une réaction urgente. Du moins, c’est l’hypothèse sur laquelle ce qui suit est basée.

 

 

Les actes centripèdes

 

  • 1er mars, constitution du Chapitre l’Espérance (rite ancien réformé)

  • 14 mars, initiation du prince héritier Guillaume d’Orange à l’Espérance à Bruxelles. Élévation des princes Guillaume et Frederic dans les Hauts-Grades du Chapitre l’Espérance (Rite Anc Ref ou moderne ou français).

  • 1 avril, date portée par la patente Grasse-Tilly portant création d'un Suprême Conseil des Pays-Bas dit "militaires", sous l’autorité du général Nicolas Daine.

  • 29 juin, installation officielle des "Défenseurs de Guillaume et de la Patrie" de Bruxelles - Suprême Conseil des Pays-Bas (dit militaire).

  • 7 juillet, début des pourparlers de fusion des deux Suprêmes Conseils.

 

Voyons cela dans le détail.

 

Prince héritier Guillaume d'Orange, futur Guillaume II (vers 1815)

 

1817 : Le Grand Orient de la Belgique.

 

Sitôt voté, sitôt défait ! Il fallait faire vite pour deux raisons.

 

D’une part, sur les 27 loges, 10 n’avaient pas pris part, ni ne s’étaient fait représenter, au vote des statuts lors de la réunion du 15 mars :

« Statuts Fondamentaux de l’Ordre Maçonnique dans les Provinces Méridionales du Royaume des Pays-Bas, rédigés par le F:. De Wargny, rapporteur de la Commission, après la tenue de l’assemblée générale. » [23]

 

 

1/ On allait d’évidence vers une parcellisation des loges du sud, d’autant que pour les loges de provinces, ce bouillonnement apparaissait très bruxellois. La volonté semblait de discuter avant tout entre loges bruxelloises :

« Il n’y a que vingt-sept LL:. dans les Prov:. Merid:.; quelques-unes se sont prononcés contre la formation d’un Gr:. Or:. autre que celui de la Haye ; il n’y avait à l’assemblée que dix-sept LL:. représentées ; ainsi, il est certain qu’un noyau de quelques Maç:. de Bruxelles pouvait s’arroger la représentation de toutes les LL:., contre toutes les règles connues. »[24] Extrait d’une notice retranscrite par de Wargny, qu’il désapprouve, apparemment non datée. La pièce précédente date du 15 mai 1817.

 

Deux raisons principales ressortirent dans ces refus de participation : d’une part les liens encore existants avec le GODF que des Loges refusaient de rompre et d’autre part, la nécessité d’avoir un seul centre commun maçonnique pour le Royaume [25].

 

Quelques exemples :

 

« La L:. de la bonne Amitié, O:. de Namur, déclare par une Pl:. que professant le rite Écoss:. Primitif, étant constituée par le G:. O:. d’Edimbourg, et ayant son gouvernement dans son souverain Chapitre de l’intérieur, elle ne peut participer à la formation du G:. O:. et elle attendra qu’il soit formé, pour lui proposer un pacte d’union. » [26]

 

« La L :. des Vrais Amis, O:. de Gand, fait part qu’un de ses Membres ayant demandé personnellement des instructions au G:. O:. de France, on lui avait dit que les Maç:. des Pays-Bas étant liés au G:. O:. de France par les obligations contractées envers lui, ne pouvaient être déliés que de concert avec lui, et qu’il serait nécessaire de correspondre pour obtenir cette faveur. » [27]

 

« La L:. de la Parfaite Intelligence, O:. de Liège, déclare qu’elle regarde l’existence de deux GG:. OO:., dans le Royaume des Pays-Bas, comme une calamité pour la maç:., et que cette scission peut devenir la source de grands inconvéniens ; elle pense qu’il faudra tenter les moyens de conciliation avec les LL:. des Prov:. Septen:. » [28]

 

« La L:. du Septentrion, O:. de Gand, annonce qu’elle est déjà affiliée au Gr:. Or:. de La Haye, et qu’elle ne contribuera à celui qui est proposé, que par un don annuel. » [29]

 

« La L:. de la Concorde fortifiée, O:. de Luxembourg, déclare qu’elle a proposée son affiliation à S:. A:. R:. le prince Frederic, G:. M:. du G:. O:. de La Haye, dans la persuasion qu’il n’y aura qu’un seul G:. O:. pour le Royaume et qu’elle attend sa réponse. » [30]

 

 

2/ Les choses étaient engagées, la réaction, quoique tardive, devait être posée. Quand on voit les positions dispersées des loges, ce n’était évidemment pas une tâche aisée.

Le ministre Anton Reinhard Falck [notice], représentant du Grand Maître pour la maçonnerie septentrionale, va donc se déplacer à Bruxelles et conférer sur la meilleure manière d’agir avec son ami intime, le prince de Gavre, dont la loge « La Bonne Amitié » de Namur, en province, ne s’était alignée sur aucune solution [31].

 

Mémoires d’Anton Falck, année 1817 :

« … over de organisatie der vrijmetselarij. Zoodra de Koning in het plan bewilligd had om zijn jongsten zoon tot de waardigheid van Nationalen Grootmeester te verheffen, leid ik mij vooral toe op de losmaking der banden die vele Belgische werkplaatsen nog met het fransche Groot-Oosten vereenigd hielden. Dit ging gemakkelijker dan men mij voorspeld had, ... » (« … à propos de l’organisation de la franc-maçonnerie. Dès que le Roi eut arrêté la décision d’élever son plus jeune fils à la dignité de Grand Maître national, je me suis surtout consacré au relâchement des liens qui unissaient encore de nombreux ateliers belges avec le Grand-Orient français. Ce fut plus facile que prévu, ... ») [32, p 195-7]

 

Pour les loges, la décision fut prise d’initier le prince héritier, Guillaume (futur Guillaume II) à la Loge bruxelloise « L’Espérance ». Cependant de nombreuses loges étaient des Loges-Chapitres. « L’Espérance » n’avait pas de Chapitre propre, mais une section du Chapitre des « Amis Philanthropes » lui était rattaché. Il fallut donc transformer cette section en Chapitre propre du rite ancien réformé, comme celui de la loge.

 

 

Ce fut fait le 1er mars 1817, le Chapitre en instance était créé. Bien entendu, la loge-chapitre-consistoire des « Amis Philanthropes » se sentit grugé, avec quelques raisons ! Elle fera de la résistance, de même que la Loge-Chapitre du Rite Écossais Philosophique « La Paix et la Candeur réunis ». Cependant la voie était ouverte pour l’initiation du prince Guillaume d’Orange-Nassau.

 

 

Le 15 mars 1817, le prince héritier Guillaume était initié et dans un même mouvement, était élevé au degré de Rose-Croix dans la Loge-Chapitre. Ceci se fit dans la discrétion. Son frère, le prince Frédéric, Grand Maître du Grand-Orient des Pays-Bas - La Haye s’y affilait.

 

Il fallait néanmoins régulariser le Chapitre et donc convoquer un « Grand Atelier » réunissant les Chapitres du rite Ancien Réformé (ou moderne ou français) pour réaliser cela. On convoqua donc les délégués des chapitres qui ne professaient pas les rites dits « écossais » (philosophique, ancien et accepté ou primitif).

 

Lorsque l’initiation du prince fut portée à la connaissance de tous [33] :

« Bientôt la réception du prince à la L:. de l’Esp:. fut connue, et l’on ne dissimula plus que le projet du Ven:. de cette L:. [Honnorez], était de parvenir à ce que le G:. Or:. des Prov:. Mérid:. fût placé dans son sein, sous la protection du prince d’Orange qui en serait G:. Maît:. »

 

Ceci ne faisait qu’augmenter la confusion. Remarquons qu’une fois de plus, la volonté de centralisation sur Bruxelles (que ce soit sur la Loge « L’Espérance » ou celle des « Amis Philanthropes ») ne pouvait qu’irriter les loges de province et pas seulement. Et d’une certaine manière, tout ceci, a contrario, facilitait le but recherché par les gouvernants, une maçonnerie unie sur l’ensemble du territoire des nouveaux Pays-Bas.

 

D’autre part, il y avait quelques vérités concernant cette annonce, puisque le 7 mai 1817, soit deux jours après la circulaire du prince Frédéric d’Orange (cf ci-après), le prince Guillaume, son frère, par une planche, déclinait la proposition (cf de Wargny).

 

 

Dès le 25 avril 1817, la Loge-Chapitre des « Amis Philanthropes » (qui avait déjà érigé le 16 mars son Suprême Conseil du REAA et l'officialisa le 20 avril) protesta contre la convocation du « Grand Atelier » sans qu’elle y fût invitée, arguant qu’elle est, de surcroît, également le chef-d’ordre du rite ancien réformé, pratiquant les deux rites (français et REAA). On lui rétorqua que c’était La loge bruxelloise « Les Vrais Amis de l’Union » née en 1783, qui l’était. Les « Amis Philanthropes » n’en démordirent pas.

 

Pourquoi ?

Il faut comprendre que le concordat d’union entre le GODF et la Grande Loge écossaise de 1804, stipulait que le GODF gérait jusqu’au XVIIIe grade et ensuite le Suprême Conseil. (Le règlement de décembre 1818 du Suprême Conseil des Pays-Bas entérinera cette situation, puisqu'il entendait ne gérer les grades qu'après le XVIIIe degré [Pierre Noël, réf. 7]). En d’autres termes, les Chapitres Rose-Croix créés par le GODF, l’avaient été au rite français (ou moderne ou ancien réformé). Ce qui était le cas pour celui des « Amis Philanthropes » (Loge créée en 1793, Chapitre en 1802), mais pas nécessairement pour les « Vrais Amis de l’Union », qui trouve son origine au sein de la Grande Loge provinciale des Pays-Bas autrichien. La Loge-Chapitre devait donc pratiquer un Rose-Croix du XVIIIe siècle. Cependant, une planche datant de 1829 (CEDOM), reprenant les dates des tenues aux différents Ordres, démontre que la loge pratiquait le rite français à cette époque .

 

 

Le 5 mai 1817, le Chapitre de « La Paix et La Candeur » protesta également, pour les mêmes raisons : il déclarait pratiquer les deux rites (français et philosophique), et devait donc être également convoqué. Faut-il ajouter que Philippe-Joseph Malaise, responsable de la Loge-Chapitre-Tribunal avait également rejoint le Suprême Conseil des « Amis Philanthropes » comme 33e actif.

 

 

 

Guerre de tranchée ? Il fallait y mettre un terme.

 

Le 5 mai, 1817 « Première Circulaire du Sérén:. G:. M:. Natio:. aux LL:. Mérid:. des Pays-Bas. »

Cette circulaire énonce la volonté du prince Frédéric d’Orange [34], grand-maître, pour l’union de toutes les loges du Royaume.

 

Il désigne immédiatement une commission législative pour examiner la manière d’y parvenir.

 

Cette commission se compose d’Anton Falck [notice], son représentant personnel, du prince de Gavre [notice] (vénérable d’honneur de la « Bonne Amitié » à Namur), d’Honnorez (vénérable de « l’Espérance » à Bruxelles), du baron d’Yvoy (vénérable de l’ « Union Frederic » de La Haye, loge créée spécialement à l’intention du prince Frederic [35]), de Kinker (2e Grand Surveillant du Grand Orient de La Haye), de Malaise (vénérable de « La Paix et la Candeur », membre du Suprême Conseil des Amis Philanthropes, à Bruxelles), de Vollenhoven (ancien vénérable de la « Bien-Aimée » d’Amsterdam, un proche de Falck), et de Walter [notice] (vénérable de la « Bonne Amitié » à Namur), qui en assura le secrétariat.

 

Signature de Frederic d'Orange au bas du courrier de convocation (CEDOM).

 

On voit que pour la partie méridionale, c’était bien la vieille loge « La Bonne Amitié », une loge de province, ce qui en soi était déjà étonnant, considérée à l’époque comme la plus vieille pour cette partie du nouveau pays, non alignée dans les disputes, qui fut mise en avant. Il y avait aussi un représentant du Rite Ancien Réformé et un représentant à la fois du Rite Philosophique et du REAA. Le prince de Gavre apparaissait à ce moment comme la personnalité incontournable, tant par ses anciennes fonctions de Grand Officier d’honneur du GODF, que par sa proximité avec le nouveau pouvoir (Grand-maréchal de la Cour). Il représentait en quelque sorte une synthèse rassemblant les différents mouvements centrifuges, tout en étant parfaitement rompu aux négociations, de même que son ami et compagnon de loge Joseph Walter qui tenait le secrétariat des réunions.

 

Et cela va fonctionner, puisque quasi toutes les Loges méridionales rejoindront la Grande Loge d’Administration méridionale sous le chapeau du Grand Orient des Pays-Bas. Et quelques autres, rares, resteront sous la tutelle de la Grande Loge d’Administration septentrionale, l’inverse était vrai aussi, ce qui n’était pas gênant. Il n’y eut aucun ‘déchet’, l’ancienne maçonnerie impériale se retrouvait quasi intacte dans le nouveau centre maçonnique.

Cette Grande Loge d’Administration sera officiellement installée le 11 avril 1818.

 

C’était une vraie réussite, et il faut la mesurer par comparaison aux événements maçonniques lors de l’indépendance belge en 1830, une quinzaine d’année plus tard, qui verra disparaître une partie importante (~40 %) d’une maçonnerie éclatée dans le nouveau pays … [25]

 

Charles-Alexandre prince de Gavre, par Navez. Musée des Beaux-Arts à Bruxelles. Le cordon porté est celui des Orange-Nassau (le bleu des Nassau bordé par l'orange).

 

1817 : Le Suprême Conseil des Pays-Bas.

 

Il faut considérer que, du Suprême Conseil de France indivi de 1804, trois Suprêmes Conseils vont apparaître après Waterloo sur les terres de l’ancien Empire. Celui du GODF (1815), celui des Pays-Bas (1817) et celui dit Écossais (1821).

 

Jean-Pascal Rouyer [notice] est membre 33e du Suprême Conseil indivi depuis mars 1811. Sans doute avec l’accord de Cambacérès, qui était également réfugié à Bruxelles depuis 1816, et avec l’aide de Thory et Pyron restés à Paris (tous membres du Suprême Conseil indivi qui ne se réunissait plus depuis une bonne année), il va créer le Suprême Conseil des Pays-Bas, à partir de la loge-chapitre-consistoire, d’origine française, et redevenue très française avec l’apport des réfugiés, les « Amis Philanthropes » de Bruxelles.

Pour réaliser cela, il va s’appuyer notamment sur ces réfugiés français, qui représentent des éléments d’envergure du régime précédent.

L’Autorité en place ne pouvait voir cela d’un bon œil, cela semble une évidence.

 

Nous avions vu plus haut la tentative des « Amis Philanthropes » de prendre l’ascendance sur la maçonnerie des Pays-Bas méridionaux en 1814 par la proposition de création d’une Grande Loge de la Belgique. Puis, à l’inverse, lorsque les autres loges, surtout bruxelloises, avaient proposé la création d’un Grand Orient de la Belgique, cette même loge-chapitre faire de la résistance.

 

 

Janvier 1817. Il lui fallait avancer et la création d’un Suprême Conseil semblait sans doute opportune.

Pour réaliser cette nouvelle juridiction, il fallait élever un certain nombre de frères déjà pourvu de hauts-grades (30e au 32e), au grade suprême, celui de Grand Inspecteur Général, 33e. Tout comme en France où le rite philosophique avait bien souvent été la porte d’entrée vers les derniers degrés du REAA et avait fourni une partie importante des cadres du Suprême Conseil de France indivi, la même piste semblait bonne. En effet le grade de ‘Grand-Inspecteur-Commandeur du Tribunal’ était considéré à l’époque comme équivalent au 31e. Il en ira d’ailleurs de même pour certains membres du Suprême Conseil créé par Rouyer [36][notice].

Dès lors, nous observerons une élévation ‘progressive’ jusqu’au 33e degré, durant le mois de janvier, de Jacotot [37], Levasseur, Ramel [notice], Prieur [notice], Terrade, Malaise, Harbaur, Crassous [notice], Copyn, Michiels, Galler, Cirez, Gerard, Forceille, de Grégoire. Fin janvier, c’était réalisé [38].

 

 

16 mars 1817. Installation du Suprême Conseil des Pays-Bas (dit des Amis Philanthropes) avec JP Rouyer comme responsable et Crassous comme Lieutenant-Commandeur [76], avec une patente signée par Pyron au nom du Suprême Conseil indivi qui ne se réunissait plus, soit le lendemain de la première circulaire du prince Frédéric aux loges méridionales. Ceci se fait de manière discrète. L'officalisation interviendra le 20 avril.

 

 

 

Une réaction s’imposait.

 

Hypothèse : la création d’un autre Suprême Conseil, proche des nouvelles Autorités, était une réponse contre toute ingérence française (dans ses nouvelles frontières) dans la franc-maçonnerie des Pays-Bas.

Cette hypothèse est basée sur les personnalités présentes et la vitesse de réaction, mais aussi sur les déclarations du roi Guillaume 1er, visant les bénéfices pour le pays d’une franc-maçonnerie unie, retirée de l’influence française, à laquelle son fils Frédéric devait s’atteler.

 

Comme hypothèse secondaire : Un des moyens poursuivis pour y arriver, était de séparer plus nettement la maçonnerie bleue des Hauts-grades.

 

Si le Suprême Conseil de France indivi avait cessé ses opérations, il n’en allait pas de même du Suprême Conseil des Îles (ou d’Amérique) présidé par Grasse-Tilly qui se consumait dans des disputes absurdes entre une branche du Prado et celle de Grasse-Tilly dite Pompei. Toujours est-il que la solution viendra de là.

 

 

Le 1er avril 1817 :

 

Création d’une loge militaire à Bruxelles au REAA, « Les Défenseurs de Guillaume et de la Patrie » couvert par un Suprême Conseil dit "militaire" :

« Nous François Alexandre Auguste comte de Grasse, marquis de Tilly, des princes souverains d’Antibes et des anciens comtes de Provence, Souv:. Gr:. Com:. ad vitam, de l’ordre milit:. de la Fr:. Maçon:. ancienne et moderne pour les îles françaises de l’Amérique du Vent et sous le Vent, Membre des Souv:. G:. Cons:. du 33me degré de France, des Etats-Unis d’Amérique, d’Italie, des Espagnes et des Indes, etc., etc.

 

Donnons pouvoir aux TT:. Ill:. et PP:. FF:. Général-major Daine, de Courtray et duc de Saxe-Weimar, de se réunir en grand conseil, de s’installer provisoirement, de faire et parfaire des Maç:., constituer et établir des LL :. Chap :. Conseils, Grands Conseils, Consistoires, le tout au rite Écoss:. anc:. et accep:., ... » [39]

 

Dans la foulée, suivra la création de deux autres loges-chapitre militaires au REAA : celle du duc de Saxe-Weimar [notice] à Gand, « Les Amis du Roi et de la Patrie » dont il était vénérable maître, et puis une à Anvers, « Les Amis Sincères du Roi et de la Patrie » [40].

 

C’est le premier acte. Ensuite, comme pour la création du Suprême Conseil des « Amis Philanthropes », il faudra monter des maçons porteurs du 31e ou 32e degrés au 33e degré afin de constituer un autre Suprême Conseil.

Pour faire cela, Grasse-Tilly fit appel à Jean-Henri-Louis Hoffman, négociant à Hanovre, membre de son Suprême Conseil des Îles, qu’il avait fait 33e en 1811 [41][42].

 

Mais ici aussi, la situation est très particulière et se rattache, d’une manière ou d’une autre, à Jean-Pascal Rouyer [notice].

 

Daine [notice] et Saxe-Weimar avait été fait 32e par Rouyer à Paris. Quant à De Courtray, il l’avait été par son accession au consistoire des 32e des « Amis Philanthropes ».

 

 

Ils se connaissaient tous fort bien. Par exemple, Saxe-Weimar connaissait parfaitement le petit monde du rite écossais philosophique à Paris: le 4 décembre 1812, en visite à la R. Mère-Loge la Saint-Alexandre d’Écosse :

 

« La Séance favorisée de la présence du T. Ill. f. le Prince de Saxe-Weimar et d’une quantité de visiteurs distingués. Les travaux suspendus ont repris vigueur au banquet. Le Vble [CA Thory remplissait les fonctions; [43] les ayant remis en activité a supplié S.A. le prince de Saxe Weimar de vouloir bien se charger de la direction des travaux pour proposer la santé de S.M. l’Empereur et Roi et de son auguste famille et encore celle de S.A.S. le Prince archichancelier Grand Maître de l’ordre. Le Prince ayant daigné se rendre à la proposition du Vble a reçu le maillet et commandé ces santés qui ont été tirées avec le feu du respect et du dévouement. S.A. ayant remis le maillet au Vble les autres santés d’obligation ont été portées successivement avec le feu le plus vif. » [44]

 

Quant à Gavre [notice], il était un assidu du rite écossais philosophique lorsqu’il séjourna à Paris (1805-1814).

Par exemple, se trouvant à la R Mère-Loge la Saint-Alexandre d’Écosse, le 6 mars 1812 :

 

« Le ven. [CA Thory remplissait les fonctions] attendu sa qualité d’oncle du profane cede le maillet au R. f. de Gavres ven. de la R.L. des Mres. Réunis à l’O. de Versailles. […] Le R.f. de Gavre exercant les fonctions de ven. a procédé à cette initiation avec la dignité qui lui est personnelle et qu’il a constamment fait régner dans toutes les formalités de la réception. Il a captivé l’attention de tous les membres & par cette manière & par la clarté et la pureté de morale qu’il a mises dans les questions et les instructions. » [45]

 

Ou, préfet de Seine et Oise, il était également vénérable maître d’honneur de la loge « Les Militaires Réunis » de Versailles, laquelle pratiquait le rite écossais philosophique. L’examen des minutes de cette loge (archives GODF) montre qu’il y était très actif, et que Rouyer était bien présent :

Minutes de la tenue du 13 janvier 1812 :

 

« [Jean-Pascal Rouyer] Se rend à Locc:. et partant de ce point, se rend à L Or:. occupé par le T:. C:. f:. Degavre, ce f:. reçoit l’onction, et le Vble:. F:. Gaudichon, Vble:. en exercice appelé successivement, reçoit cette onction avec un égal respect, cette cérémonie est répétée aux 1er et 2e surveillants apellés à leur place, l’encens fume ensuite aux trois points mystérieux du temple, et le T:. C:. f:. Rouyer, ayant terminé cette cérémonie par un discours, ferme les travaux de la Rble:. M:. L Ecoss:. de France et ouvre ceux de la Rble:. L des Militaires Réunis, le Vénérable d’honneur reconduit au trône, par les I:. F:. Rouyer et Dutillet de Villars [46], ...  »

 

Et les minutes de cette tenue particulière furent notamment signées par :

« Rouyer Présidt du Souv:. Tribunal des G:. J:. G:. C:. » [47].

 

Ces petits exemples nous montrent une fois de plus les liens très forts entre le Rite philosophique et le Suprême Conseil de France indivi. D’autre part, la proximité entre le prince de Gavre et Rouyer, tout comme avec Thory, devient évidente. Si nous ne savons pas où et comment de Gavre fut reçu 33e, jamais Rouyer ne l’a mis en doute [65]. Notons que, revenu sur ses terres, Gavre ne semble plus, ou peu, avoir fréquenté de loges du rite écossais philosophique.

 

 

Le 29 juin 1817, le Suprême Conseil des Pays-Bas (même nom), dit Militaire, fit une présentation plus offiielle par [48] :

 

Souverain Grand Commandeur ? (Aucune mention contemporaine de cela) : Nicolas Daine (major général) 33è [notice];

Prince Charles-Alexandre de Gavre (Gd Marechal de la Cour) 33è [notice];

Prince Frédéric de Hesse-Darmstadt (major général) 33è [49];

Duc Bernard de Saxe Weimar (major général) 33è [notice];

de Malczewsky (colonel polonais) 33è ;

De Courtray (pharmacien major) 33è.

 

 

Même si ce second Suprême Conseil apparaît comme une création en réaction, dont la légalité maçonnique semble branlante … les personnalités qui en font partie sont incontournables.

De ce point de vue, ni Cambacérès, ni Rouyer, ni ceux qui les accompagnent ne peuvent, non seulement les négliger, mais de façon plus évidente, les combattre.

Une porte de sortie : la négociation. D’autant que cette nouvelle création montre bien l’attachement des uns et des autres à l’existence d’un Suprême Conseil du REAA au sein des Pays-Bas (ce qui n’était pas nécessairement le cas du pouvoir orangiste).

 

Le 7 juillet 1817, soit 8 jours plus tard (!), les négociations s’ouvrent entre les deux corps juridictionnels. Il n’y a rien d’étonnant à cela, les hommes se connaissaient. De plus, ils devaient reconnaître, sans beaucoup de doute, la légitimité et la prééminence maçonnique de Rouyer. Il n’y a évidemment aucun esprit de revanche dans ce cas-ci.

Le résultat fut sans surprise. Le Suprême Conseil des Pays-Bas se maintint sous la houlette de Rouyer, accueillit en son sein de nouveaux membres, essentiellement Daine, de Saxe-Weimar, De Courtray et Malczewsky. Apparemment Gavre et Hesse s’y associèrent sans en être membre actif. Cependant, on retrouvera Gavre, d'une part parmi les signataires du nouveau règlement du Suprême Conseil de décembre 1818 [Pierre Noël, ref 7], et d'autre part être évoqué sur la colonne Tumulaire de ce Suprême Conseil comme 33e.

Mais ce Suprême Conseil réuni dut accepter le contrôle : aucun acte de celui-ci ne pouvait être valide sans la signature d’un des quatre nouveaux actifs. Et d’autre part, par la suite, il ne s’immisça plus dans l’organisation des loges des Pays-Bas méridionaux, si ce n’est celles de son rite.

 

 

Le 28 juillet 1817, le protocole d’accord (le Traité de fusion) est signé.

 

Le 6 décembre 1817, le Traité de fusion devient officiel.

 

Là aussi, ce fut une réussite.

 

 

Conclusions

 

Il ne s’agit nullement, concernant l’apparition fugace d’un second Suprême Conseil (dit militaire), comme certains l’ont écrit, d’une victoire ou d’une défaite de l’un ou l’autre camp, mais de la prise en compte de l’intérêt bien compris des acteurs en présence : entre celui de l’Autorité qui se mettait en place dans les nouveaux Pays-Bas (ce ne devait pas être simple, et rappelons-le, ce n’était pas une restauration, les acquis de la période précédente étaient largement maintenus), et celui du Suprême Conseil cornaqué par d’anciens dignitaires français. Ils ont, après bien des détours, pu trouver leur point d’équilibre (j’oserais dire à la Cambacérès !).

 

 

Ce ne sera qu’une anecdote. Le 10 août 1818, Nicolas Daine [notice], caserné en Hollande, publiera un courrier de plainte, pour une décision du Suprême Conseil des Pays-Bas concernant l’arrivée du rite de Misraïm dans le pays, parce que ce décret, qui exprimait un rejet du nouveau rite, n’était pas contresigné par un des quatre. Cette courte querelle montre à l’évidence que les remous, qui se sont placé de fin 1813 jusqu’au début de 1818, étaient enfin terminés.

 

L’apport des loges-chapitres militaires du REAA, au nouveau Suprême Conseil réunis, furent, de fait, très intéressant et lui donna une taille, une notoriété et une véritable assise locale qu’il n’avait pas vraiment auparavant [50].

 

Le Suprême Conseil, établi à Bruxelles, va alors connaître un développement sans histoire durant 140 ans, avec sa double filiation, à la fois sur le Suprême Conseil de France indivi à travers Rouyer et sur le Suprême Conseil des Îles (ou d’Amérique) à travers Grasse-Tilly.

 

La maçonnerie était redevenue stable dans les nouveaux Pays-Bas, tant au niveau des Hauts-Grades, qu’au niveau des Loges, grâce à la sagesse retrouvée de ses acteurs. Il n’y eut pas de casse maçonnique, comme 15 petites années plus tard, en 1830, lors de l’indépendance belge [25].

 

Laissons la conclusion finale à Auguste de Wargny, qui nous a donné le fil de cette histoire. Il fut un observateur consciencieux de son époque, sans oublier cependant qu’il était membre de la loge-chapitre L’Espérance, la loge du prince héritier, le futur Guillaume II :

 

« 16 décembre. Les Maç:. des H:. Grad:. du rite Écoss:. anc:. et accep:. attachés, soit à la R:. L:. des Philan :., soit à celle des défenseurs de Guillaume, toutes deux à l’Or:. de Bruxelles, et qui prétendaient former exclusivement, chacun séparément dans le sein de leurs LL:. respectives, le chef-d’ordre ou Sup:. Cons:. de ce rite, en vertu des titres que nous avons ci-dessus consignés, (), se réunissent enfin pour terminer ces scandaleux démélés peu favorables à l’honneur et à la prospérité de l’Écoss:., et pour établir un seul Sup:. Cons:. du 33me degré dans le Royaume. Le concordat primitif d’abord signé sous la date du 23 juillet 1817, fut organisé et définitivement décrété sous celle que nous rappelons ici ; il était favorable aux Maç:. des Amis Philan:. qui restaient les seuls maîtres du rite, et qui se trouvaient seulement astreints à faire apposer sur leurs actes une des quatre signatures suivantes, Daine, Saxe-Weimar, De Courtray et Malezewski, principaux Membres et soutiens du Sup:. Cons:. des Défenseurs de Guillaume. » [51]

 

 

Quelques personnages clés.

(Ils sont placés par ordre alphabétique : Cambacérès, Crassous, Daine, Falck, Gavre, Prieur, Ramel, Rouyer, Saxe, Walter)

 

 

Jean-Jacques-Regis Cambacérès (Montpellier 1753 - Paris 1824).

C’était un franc-maçon d’ancien régime (initié en 1772 à Montpellier).

Disons qu’il fut le n°2 de l’Empire et le n°1 de la Franc-maçonnerie durant cette période.

Il s’était réfugié à Bruxelles à partir de 1816, mais pourra rentrer en France dès 1818. Il y avait acquis un hôtel de maître, il ne pensait pas pouvoir revenir dans son pays.

Il s’occupa des résidus financiers de l’Empire et de ses propres biens et à ce titre se rendit par exemple à Amsterdam (banques), où il avait également acheté une résidence ; il y rencontrera le ministre Falck [52, p 397-8]. Il voyagea assez bien durant ces deux années à Bruxelles.

Apparemment, il fréquenta la loge les « Amis Philanthropes » sans en faire partie.

Je renvoie aux ouvrages de Laurence Chatel de Brancion [53] et au livre de Duvivier [54].

 

 

Jean-Augustin Crassous de Medeuil  (La Rochelle 1745 -  1829)

Après des études de droit à Paris, il fut reçu avocat au parlement de Paris. Comme d'autres membres de sa famille, il ira dans les îles (Martinique) de 1784 à 1791. Son frère, très cultivé, était, paradoxe de cette époque, certes officier de la marine, mais surtout capitaine de bateau négrier. Il sera guillotiné en 1793, pour avoir participé (?) à la trahison de la flotte de Toulouse [55].

Joseph-Augustin était issu d'une famille d'avocats et de magistrats rochelais. Jacobin engagé, c'était un montagnard et un conventionnel, il arriva trop tard des îles pour voter la mort de Louis XVI. Ami de Robespierre, il subira l'emprisonnement en 1795, puis, la même année, deviendra juge au département de la Dyle -Bruxelles- (brumaire, an IV). Ensuite, vers 1810, il se reconvertit dans le métier d’avocat, toujours à Bruxelles, où il fut très apprécié. On le trouvera à l'inauguration de la Loge des « Amis Philanthropes » en 1798 comme représentant de la Loge « La Parfaite Union et Tendre Fraternité réunis » de la Martinique. Membre de la loge bruxelloise depuis 1805, il sera, à de nombreuses reprises, vénérable maître durant la période française et hollandaise. Il l'est lorsqu'un Consistoire du 32e du REAA est créé au sein de cette Loge en 1813 dont il sera le président, tout comme il l’était également du Chapitre. Il deviendra, dans la suite de Rouyer, le 'Souverain Grand' Commandeur (plus exactement le Lieutenant Commandeur, ff de [76]) du Suprême Conseil des Pays-Bas. Le néerlandais étant devenu la langue administrative obligatoire, il ne put plus pratiquer son métier dans de bonnes conditions et rentra en France en 1823. Il décède en janvier 1830 à Épinal (cf Pierre Noel, ref 7).

 

 

Nicolas-Joseph Daine (1782-1843) est né à Andenne dans le Namurois. Il décède à Charleroi.

Issu d’un milieu pauvre, son père était portier d’une usine de porcelaine, il va faire toutes ses armes et gravit tous les échelons dans l’armée révolutionnaire, puis napoléonienne. En effet, il commença comme tambour dans l’armée de Sambre et Meuse, à 13 ans, en 1795.

Il fit partie de l’armée de Pichegru, puis de Moreau et enfin de Napoléon. Il fit toutes les campagnes (Kehl, Ulm, Austerlitz, Iéna, etc.), sera blessé à plusieurs reprises et s’élèvera petit à petit dans la hiérarchie militaire. Il reçut la Légion d’honneur en 1807. Il fut versé dans l’armée polonaise cette même année 1807, comme officier. Survivant de la campagne de Russie, il fut fait prisonnier par les Russes après une défense héroïque du fort de Dantzig en 1813 où il avait été élevé au grade de colonel.

Libéré, il se retrouva ‘sans emploi‘ en 1814.

Il s’engagea dans l’armée de son nouveau pays, les Pays-Bas.

Placé à la tête des nouvelles « milices » méridionales, celles-ci ne seront pas engagées dans la bataille de Waterloo (trop neuves, méfiance quant à leur fidélité ?). Il y obtiendra le grade de général-major en 1816. Puis il commandera les troupes de Gueldre et de Hollande.

 

Lors de la Révolution belge de 1830, il se mettra au service de la nouvelle Belgique et terminera sa carrière comme lieutenant-général. Son rôle ne fut d’ailleurs pas négligeable, car il faisait partie des rares officiers supérieurs sudistes. En 1830, le seul fait de ne pas avoir bougé à Liège fut assez décisif. En effet, c’était un moment clé où les forces orangistes, qui comptaient alors sur lui, pouvaient reprendre le dessus. Ensuite, en novembre de la même année, à la tête de l’armée ‘belge’ de la Meuse (ses lanciers étaient appelés les « cosaques de la Meuse » !), il se rendit maître de l’important fort de Venlo dans le Limbourg.

Par après, la campagne des 10 jours en 1831 lui laissa un goût amer, lorsqu’il fit face à Guillaume 1er qui voulut reprendre par les armes la partie méridionale. Son attitude ne fut pas claire, mais il ne se fera pas acheter contrairement à d’autres officiers (John Cockerill, soutien orangiste actif, lui avait proposé la somme considérable de 100 000 florins). Si l’armée de la Meuse, mal équipée, indisciplinée et peu aguerrie, placée sous ses ordres, tergiversera, fera des manœuvres apparemment inutiles, reculera et se dérobera au contact lors de l’offensive hollandaise, elle ne fut en quelque sorte pas défaite, du moins son noyau plus fidèle, (contrairement aux autres), et son attitude fut sans ambiguïté lorsque les troupes françaises entreront sur le territoire, en dissuadant les orangistes liégeois, nombreux, de se soulever. L’enquête criminelle qui eut lieu dans les suites immédiates, condamnera des officiers pour leurs comportements et/ou leur trahison, mais disculpera Daine et le replacera dans son commandement. Expérience de troupier, prudence et ruse étaient une fois de plus au rendez-vous ! [56]

 

On le décrivait en effet souvent comme le ‘rusé Daine’. Il est clair qu’il n’avait pas l’éducation de ceux qui l’entouraient, mais il les pratiquait et en avait acquis l’expérience : il avait appris à survivre. On lui reprochait sa vénalité, mais il n’avait pas de fortune personnelle contrairement aux autres et donc la débrouille était nécessaire pour maintenir son rang. Manifestement il devait avoir ses propres opinions (qui, comme beaucoup de ses concitoyens, me semblent devoir pencher vers la Belgique, mais non vers son nouveau souverain ?) qu’il mettra chaque fois en pratique avec prudence aux ‘bons’ moments. Car Daine semblait cultiver l’ambiguïté. C’est ainsi qu’il fut constamment abordé par les orangistes dans leurs projets de coup d’État, jusqu’en 1841, qui trouvaient chez lui apparemment une oreille attentive et pensaient pouvoir le retourner moyennant finance ; cependant il s'était toujours défaussé [57]. Là aussi l’enquête le disculpera. Mais en 1842, à 60 ans, il fut admis au régime de réforme par arrêté royal. Il décédera l’année suivante.

 

Il fut le Souverain Grand Commandeur de l’éphémère Suprême Conseil dit militaire de 1817, puis sera membre du Suprême Conseil des Pays-Bas réunis. Il fit notamment partie des « Amis Philanthropes ».

 

 

Anton Reinhard Falck (Utrecht 1777 - Bruxelles 1843) [58]

C’est un acteur également incontournable de l’évolution maçonnique des nouveaux Pays-Bas. Il est souvent décrit comme un (sceptique) ‘voltairien’.

C’était un avocat d’Amsterdam. Il était déjà secrétaire d’État en 1813 (secrétaire-général du gouvernement provisoire), soutien de la dynastie Orange-Nassau. Il participa au congrès de Vienne.

 

Il fera un mariage réussi avec une wallonne, la baronne Rose de Roisin (1792-1851), ou Zézette, en 1817, ce qui le liait familialement [59] au prince de Gavre, dont il fut un ami sincère. Son mariage lui ouvrait la porte aux plus grandes familles de la partie méridionale, comme les princes de Mérode, les comtes de Lalaing, de Lanoye, etc. [60, p XVI]

Son beau-frère, Henri de Roisin, devint général-major et chambellan du roi Guillaume 1er. Il était repris dans la liste des membres, comme "Major de Roisin, 32e", du Suprême Conseil des Pays-Bas, dit militaire.

 

Il devint ministre de l’enseignement, de l’industrie et des colonies en 1818, poste qu’il conserva jusqu’à sa nomination comme ambassadeur à Londres en 1824 (où il fréquenta le ‘futur roi des belges’, Leopold de Saxe-Cobourg-Gotha, alors promis à d’autres fonctions par son mariage avec la princesse héritière du trône britannique !). Dans sa fonction de ministre, il œuvra pour le rétablissement en 1816 de l’ « Académie royale des Sciences et des Belles-lettres » de Bruxelles (qui existe toujours), ainsi que, outre le rétablissement de l’université (d’État) de Louvain, la création de deux nouvelles Universités, celles de Gand et de Liège (qui existent toujours). Suite au traité de paix belgo-hollandais de 1839, il accepta la difficile fonction d’être le premier ‘ministre plénipotentiaire’ (ambassadeur) du Roi Guillaume I à Bruxelles, où il décédera. Il fut remarqué, sinon honoré, par les deux parties, belge et hollandaise, pour son travail constant de rapprochement en faveur des populations nord et sud, auquel il croyait profondément.

 

Pour résoudre l’équation maçonnique en 1816-17, il séjourna à Bruxelles.

 

Où fut-il initié ? Peut-être dans la loge « Saint Napoléon », érigée en 1810 à Amsterdam dont il faisait partie. Cette loge changea son nom, déjà en 1813, en « Willem Frederik », notamment sur sa proposition. La loge existe toujours.

 

Le 13 octobre 1816, il fut choisi comme représentant personnel (substitut Grand-Maître) du prince Frédéric désigné à ce moment comme Grand-Maître du Grand Orient des Pays-Bas. Ensuite, il le fut de la Grande Loge d’administration septentrionale, alors que son ami, et parent par alliance, de Gavre le fut de la Grande Loge d’administration méridionale, l’une et l’autre sous le chapeau du Grand Orient des Pays-Bas.

 

 

Charles-Alexandre, 3e prince de Gavre (1759-1831) [61].

Il est issu de la dernière branche, cadette, des Gavre. Cette illustre famille s'éteindra avec lui. Les branches aînées, princières, furent grands d’Espagne et chevaliers de la Toison d’Or -Espagne- (par exemple le célèbre comte d’Egmont, prince de Gavre, parent du roi d’Espagne, dont la décapitation en 1568, sur ordre du duc d'Albe, commença la guerre civile des 80 ans dans les Pays-Bas de Charles quint, gouverné alors par Philippe II).

Dans ses mauvaises relations avec Frédéric d’Orange, grand-maître du Grand Orient des Pays-Bas, le prestige familial eut probablement également sa part.

 

Sa branche, les Gavre-Frezin, marquis d’Aiseau (province de Namur, où se trouve d'ailleurs le caveau familial), reçut le principat sous Charles VI. Son grand-père et son père furent également chevaliers de la Toison d’Or -Autriche- .

 

Chambellan de l'archiduchesse Marie-Christine d'Autriche (1792), sa carrière militaire fut brisée par la révolution brabançonne de 1789. Il était alors major dans le régiment belgo-autrichien de Würtemberg.

Suite à ses amitiés avec Hugues-Bernard Maret, futur duc de Bassano (tenant le rôle d’un ministre des affaires étrangères), il est appelé à la nouvelle cour de Napoléon dès 1805, avec le titre de comte d’Empire :

  • Chambellan de l'impératrice Joséphine : 1805-1809

  • Chambellan de Napoléon : 1809

  • Préfet de Seine-et-Oise : 1810-1814 (Versailles).

     

Grand Maréchal de la Cour de Guillaume Ier, c’était un ami intime du ministre Anton Falck, qui est son cadet d’environ 20 ans et son parent par alliance.

 

Gavre sera membre de la première Chambre des États généraux de 1815-1830 et finalement président de cette première Chambre en 1830.

 

Lors de la révolution belge de 1830, il resta fidèle au Roi des Pays-Bas, à la fois par conviction (notamment sur le problème de l’enseignement, il voulait celui-ci gouverné par l’État et non par l’Église [62]) et par fidélité à l’honneur de sa famille, écrira-t-il. Ce fut également la position majoritaire de la haute-bourgeoise belge, contrairement à la classe moyenne, de plus en plus nombreuse et critique, vivier du mouvement libéral [63].

 

Sur le plan maçonnique, il apparaît comme un maçon « écossais » :

  • Il fut initié très jeune (1774-5) à Loge « La Bonne Amitié » de Namur (Rite Écossais Primitif), qui s’appelait alors la « Parfaite Union ».

  • Il fut un VM d’honneur très actif de la loge versaillaise du Rite Écossais Philosophique « Les Militaires réunis » (1811). A-t-il gravi tous les degrés philosophiques du rite ou était-il reconnu dans des grades similaires du rite écossais de Namur ? [65]

  • Dans le même temps, il était Grand Officier d’honneur du GOdF (1810 ; Grand Chapitre général) [Mollier et al, 46].

  • Le 20 avril 1812, il est élevé au 32e degré au Suprême Conseil de France par Cambacérès [65]. (modif 3-3-2020)

  • Ensuite, il fut le deuxième Grand Commandeur du Rite Écossais Primitif (dit de Namur) [64].

  • En 1817, il était considéré 33e du REAA. Il fut membre du Suprême Conseil des Pays-Bas (dit militaire) en 1817, puis membre encore actif du Suprême Conseil des Pays-Bas unifié en 1818 [il signe le nouveau règlement du Suprême Conseil de décembre 1818: Pierre Noël, référence 7], mais ensuite il semble y devenir inactif.

  • Il devint le représentant (le substitut) du Grand Maître du Grand Orient des Pays-Bas (Frederic d’Orange), pour la partie méridionale (Grande Loge d’administration méridionale).

 

Contrairement à ses excellents rapports avec Falck (voir plus haut), la différence d’âge (presque 40 ans) jouera manifestement négativement avec le second fils du roi Guillaume 1er, le jeune prince Frédéric (né en 1797), devenu Grand Maître du Grand Orient des Pays-Bas depuis 1816. Leurs relations étaient empreintes de méfiance mutuelle, ce dernier écrivit en 1818 :

« De Pr de G. schermt met zijn tempelheren en rite primitif en ancien accepté en philosophique. Doch zijn meeste houwen en steken zijn in de lucht. » (« Le prince de Gavre s’escrime avec ses templiers, le rite primitif et ancien accepté et philosophique. Mais ce ne sont la plupart du temps que des arabesques sculptées dans l’air. ») [66].

 

Il se hâtera de s’excuser, mais le mal était sans doute fait.

 

Ou encore, en mai 1819, Frédéric écrivait :

« Met de Pr. de G. gisteren wederom aan de gang geweest. Wij houden ons beiden heldhaftig. Hij is boos en ziet dat ik in hem geen onbedingt vertrouwen heb. » (« Hier, nous avons eu une séance de travail avec le prince de Gavre. Nous nous tenions l’un à côté de l’autre héroïquement. Il est fâché et voit que je n’ai pas confiance en lui »)

 

Lorsque le prince Frédéric voulut réformer radicalement les Hauts-Grades en 1821, en les remplaçant par deux grades de son cru, contre l’avis de Falck, il provoqua une levée de boucliers unanime de tous les rites professés dans la partie méridionale du pays (moins forte dans la partie septentrionale). Il dût reculer entièrement pour que le calme puisse revenir et perdit une partie du crédit durement acquis.

 

 

Pierre-Louis Prieur de la Marne (Marne 1756 - Bruxelles 1827)

Membre de la Convention, régicide, membre de Comité de Salut public, il sera chargé de mission en Vendée. Il aura sur les mains le sang de 10aines de milliers de vendéens.

Il ne réussira pas à se faire élire aux Cinq-Cents. C’était un proche de Robespierre et de Ramel.

 

D’une très grande probité, il fut l’un des organisateurs de l’assistance publique. Dès 1790, il sera administrateur des hospices de Paris avant de reprendre son métier d’avocat.

Réfugié à Bruxelles en 1816, membre des « Amis Philanthropes ».

 

 

Dominique-Vincent Ramel de Nogaret (Aude 1760 - Bruxelles 1829)

Conventionnel régicide, membre du Comité de Salut public, membre des Cinq-Cents. Il fut le ministre des finances et l’auteur de la « banqueroute des deux tiers » qui rétablit les finances de la République, suite au coup d’État du 18 fructidor (1797 : à ne pas confondre avec le 18 brumaire 1799).

À Bruxelles, il sera l’homme de confiance de Cambacérès. Il avait épousé une Bruxelloise et une partie de sa fortune avait été placé ‘de bonne heure’ dans cette ville. C’est un homme riche qui se réfugie à Bruxelles en 1816, membre des « Amis Philanthropes ». Il succédera à Crassous en 1823 comme 'Souverain Grand' Commandeur (plus exactement Lieutenant Commandeur, ff de [76]) du Suprême Conseil des Pays-Bas.

 

 

Jean-Pascal Rouyer (Herault 1761- Bruxelles 1819) [67].

C’est un proche de Cambacérès qui venait également de l’Hérault. Ils furent l’un et l’autre député à la législative de ce département lors de la période révolutionnaire en 1792.

Il fit la guerre d’indépendance américaine comme officier de marine (il aurait été fait membre de l’ordre de Cincinnatus [68]). Il termina sa carrière dans la Royale comme capitaine de brûlot, ce qui était le grade le plus élevé auquel pouvait prétendre un roturier. En 1793, il devint colonel dans la marine, puis en 1796, général de brigade (sous Barras) en charge de la Légion de la Garde nationale de Paris.

Ce fut un conventionnel dans le groupe des « girondins », régicide, ensuite il sera membre des Cinq-Cents.

Sous l’Empire, en 1804, il devint officier de la Légion d’honneur et trésorier de la 9e cohorte de celle-ci.

Il fut un haut dignitaire de la loge-mère du rite écossais philosophique « Saint-Alexandre du Contrat Social » à Paris (Souverain Chapitre Métropolitain ou Respectable Loge-Mère), tout comme Jean-Baptiste Pyron ou Claude-Antoine Thory. Notons que le rite philosophique sera un pourvoyeur important des cadres du REAA naissant, il y a là une véritable symbiose entre les deux rites (et on ne doit donc pas s’étonner des tensions qui vont naître au sein du rite philosophique dans les nouveaux Pays-Bas en 1816, cf cette année). Il l’est aussi comme 33e, grade atteint en mars 1811 lorsqu’il rejoint le Suprême Conseil de France indivi, alors dirigé par Cambacérès [69].

Grand expert au GOdF en 1812 (Bossu).

Réfugié à Bruxelles en début 1816, membre des « Amis Philanthropes ». C’est un homme atteint apparemment de cancer qui vient également se faire soigner auprès des médecins François-Joseph Harbaur, premier médecin de la cour, et Jean-Baptiste Terrade [70]. Ils étaient membres des « Amis Philanthropes », l’un et l’autre d’origine française (respectivement nés en Alsace et en Creuse), et seront d’ailleurs membre du futur Suprême Conseil des 33e des Pays-Bas [71].

 

 

Duc Bernard de Saxe Weimar (1792-1862) est important dans notre histoire.

Il était le second fils du duc régnant. Il fit ses armes dans l’armée prussienne, rejoignit Bernadotte et fit la campagne de Wagram à ses côtés. En 1814, il se mit au service des nouveaux Pays-Bas, comme général-major.

Ses actions durant la campagne de Waterloo furent essentielles : repoussant Ney aux Quatre-Bras, il tint les fermes de Papelotte, Fichermont et La Haye. Ensuite, il continua de servir le nouveau royaume des Pays-Bas.

Lors de la révolution belge, il fut actif dans l’armée hollandaise pour lutter contre ce soulèvement.

 

Il fut élevé au 32e grade en 1813 par le général JP Rouyer, puis au 33e grade par Hoffman en 1817.

À Gand, ce fut un maçon actif.

 

Une anecdote qui montre qu’on est dans un petit monde qui interagit. C’est le père de Bernard qui écrivit cette gaudriole galante en 1814, concernant Zézette de Roisin, la future épouse d’Anton Falck :

« Nous Charles-Auguste duc régnant de Weimar, etc. etc. etc.

Considérant Napoléon comme bien plus grand ennemi des femmes que des hommes, puisqu’il ne cause que la mort des derniers, et qu’il condamne les autres à vivre dans le deuil et l’isolement,

Nous les engageons à joindre leurs justes ressentimens au nôtre, et les exploits des Boticea, des Jeanne Darc, et de mille autres amazones célèbres nous sont un sûr garant des succès brillants qu’elles obtiendront.

En conséquence nous avons résolu de former dans la Belgique un corps d’amazones composé des demoiselles de vingt à trente ans, et les nommons pour les commander, Mademoiselle Suzette de Roisin, dont le courage, les talens et les avantages personnels nous sont connus,

... » [72]

 

 

Joseph Walter (Namur 1773-1845) est encore un de ces personnages fabuleux.

A 16 ans, il fit partie de l’armée du général Vandermeerch lors de la révolution brabançonne de 1789. Il participa à la bataille de Turnhout qui va bouter les Autrichiens hors des Flandres [73]. L’armée belgo-autrichienne se retirera dans la province de Luxembourg, puis reprendra le pays sans coup férir l’année suivante. C’était un vonckiste, favorable aux idées de la Révolution française.

On le trouva ensuite comme officier-ingénieur dans les troupes alliées et sera initié le 13 avril 1793 à Tournai, dans une loge régimentaire anglo-allemande. La paix revenue, il abandonna la vie militaire, commença une carrière administrative. Il s’affilia à la loge namuroise "La Bonne Amitié" en février 1795 [74].

 

Lors de la période française, il devint le président du Conseil général du département de Sambre et Meuse. Il fut d’autre part actif dans l’administration napoléonienne, notamment de l’enseignement (vice-président de l'administration des études), il le restera dans le régime des Pays-Bas [75].

 

Mais son passage de l’administration napoléonienne à celle des Pays-Bas, ne fut pas simple. Il était marqué comme trop proche de l’ancien pouvoir et, tant de Thiennes que Van Maanen (respectivement secrétaire général de la justice et ministre de la justice) l’avaient résolument rayé des cadres à reprendre dans la nouvelle administration. C’est sur l’intervention d'Anton Falck qu’il put avoir audience auprès du Roi, pour défendre sa cause, puis en collaboration étroite avec Falck, il fut propulsé dans l’administration des Universités où il donna toute sa mesure.

« Vu les circonstances et le laps de temps, S.M. a jugé qu’il ne fallait donner aucune suite à l’affaire du Sr. Walter. » (31 octobre 1815, note de Flack) [75]

 

Falck et lui devinrent amis.

 

Durant la période des Pays-Bas, il fut député des États pour Namur. Comme Secrétaire-Inspecteur de l’enseignement (1817), il fut à la base de la création de l’Université de Liège. Il était reconnu comme parfait latiniste et bon helléniste. Ensuite, il fut nommé inspecteur général de l’enseignement supérieur en 1824.

Il subit l’épuration (massive : ~ 75 % des hauts-fonctionnaires) lors de la révolution belge et quittera l’administration générale, mais put, malgré l’opposition du ministre de Theux, rester secrétaire-inspecteur de l’université de Liège jusqu’en 1835, année où il fut mis à la retraite.

 

Il deviendra Grand Commandeur du Rite Écossais Primitif au décès du prince de Gavre, avec qui il formait une équipe manifestement très efficace.

(Il sera également 33e au Suprême Conseil des Pays-Bas, mais plus tard.)

 

 

Grand Temple 'actuel' des "Amis Philanthropes", rue du persil à Bruxelles, construit en 1879 (photo GOB).

 

Références

 

1. Auguste de Wargny. Annales chronologiques, littéraires et historiques de la maçonnerie des Pays-Bas à dater du 1er janvier 1814, tome II. Presses des Frères Walhen et Compagnons, Bruxelles, 1823. C’est un contemporain des événements ici relatés.

 

2. Idem.

 

3. Louis Lartigue. Les débuts de la maçonnerie écossaise en Belgique. Bulletin du Suprême Conseil n°50, 1908.


4. Cambacérès. Mémoires inédits. Présentés par Laurence Chatel de Brancion. Perrin, 1999. Ces mémoires se terminent en décembre 1813. Cela ne veut pas dire que les mémoires initiaux ne couvrent pas un période plus longue. Cependant, à sa mort, ses écrits furent expurgés par ordre du Gouvernement, puis connurent des tribulations diverses avant de se retrouver (une partie du moins) entre les mains du grand-père de Laurence Chatel de Brancion.

 

5. De Wargny. Déjà cit.

 

6. Christophe de Brouwer. Le bon docteur Darrigade. Logos n°74, 2012. http://sifodierisinvenies.overblog.com/2014/08/le-bon-docteur-darrigade.html

 

7. Je reprends ici le judicieux mot de Pierre Noël. La franc-maçonnerie belge en 1817 et le problème des rites. In Le Rite écossais ancien et accepté : aspects inconnus et questions inédites. Éditions du Suprême Conseil pour la Belgique (rue Royale), 2017, pp 123-247.

 

8. Yves Hivert-Messeca. Essai biographique sur les principaux responsables de l’exécutif du REAA-GODF (1804-1835). In L’Écossais 18/19, 2015.

 

9. Jacques Tuchendler. Histoire abrégée de Saint Alexandre d’Écosse de l’Ancien Régime à la Restauration. Renaissance Traditionnelle n° 138-39-40. 2004.

 

10. De Wargny. Op. cit.

 

11. De Wargny. Op. cit.

 

12. Le courrier dans son entier est repris dans : PJ van Loo. Geschiedenis van de Orde van Vrijmetselaren onder het Grootoosten der Nederlanden. Maçonneike Stichting Ritus en Tempelbouww, 1967, pp 68-9.

 

13. La loi française d’amnistie, dont les régicides sont exclus, date du 12 janvier 1816.

 

14. DH Colenbranden. Gedenkschriften van Anton Reinhard Falck. Lartinus Nijhoff, s’Gravenhagen, 1913.

 

15. Christophe de Brouwer. Les Éditeurs d’Amsterdam. 2016. http://sifodierisinvenies.overblog.com/2016/05/les-editeurs-d-amsterdam.html

 

16. Els Witte. La construction de la Belgique (1828-1847). In, sous la direction de Dumoulin, Dujardin, Gerard, Van den Wijgaert : Nouvelle histoire de Belgique. Volume 1 : 1830-1905. Éditions Complexes, 2005.

 

17. Yves Hivert-Messeca. Essai biographique … Op. cit.

 

18. Anton van de Sande. Prins Frederik der Nederlanden … Op. cit., p 108.

 

19. DH Colenbranden. Gedenkschriften van Anton Reinhard Falck, op. cit. (Le courrier de 1816 est également repris, de façon plus large, dans Pierre Noël, op. cit.)

 

20. Notons, pour cette époque, que la loge anversoise « Les Élèves de Thémis » (actuellement au GOB), possédait également un Tribunal du rite écossais philosophique.

 

21. Fernand Clement. Contribution à l'étude des Hauts Grades de la Franc-Maçonnerie et particulièrement à l'Histoire du Rite Écossais Ancien et Accepté en Belgique. Éditions du Suprême Conseil de Belgique, Bruxelles, septembre 1937.

 

22. Fernand Clement. Idem.Hivert-Messeca et Noël reprennent également cet extrait de lettre (voir références en notes).

 

23. De Wargny. Op. cit.

 

24. De Wargny : pièce XXXV, tome II : « Notice sur l’assemblée des Dép:. des LL:. Mérid:. du Royaume. Op. cit., p 327-334.

25. Lorsque le Grand Orient de Belgique apparût en 1833, soit 15 ans plus tard, ce qui fut évité en 1817, se produira à ce moment : deux obédiences naquirent, d’une part le GOB qui ne fédéra que 10 loges, dont certaines auront bien du mal à redémarrer, comme la « Bonne Amitié » de Namur, et d’autre part une « Fédération maçonnique » regroupant deux loges du bassin liégeois. Par ailleurs cinq loges restèrent membres du Grand Orient des Pays-Bas (La Haye), et plus grave, 10 loges vont rapidement disparaître. Dans Marcel De Schampheleire. Histoire de la Franc-maçonnerie belge depuis 1830. (traduit en français) Tome 1. GOB, 1987. Pour mieux comprendre cette période, l’ouvrage (traduit en français) de Els Witte. Le Royaume perdu. Les orangistes belges contre la révolution, 1828-1850. Éditions Samsa, 2016. Op. cit.

 

26. De Wargny. Op. Cit. La Bonne Amitié était considérée à l’époque comme la plus vieille loge de la partie méridionale, ce qui lui donnait du prestige et quelques droits. Elle aura le n°1 au tableau de l’Ordre jusqu’à la fin du XIXe siècle. Elle avait reçu ses patentes le 5 février 1770 de la Grande Loge d’Écosse sous le n° 160. C’est la loge du prince de Gavre.

 

27. De Wargny. Op. Cit. Apparemment plusieurs Loges méridionales ne désiraient pas rompre, à ce moment, leur lien avec le GODF.

 

28. De Wargny. Op. Cit.

 

29. De Wargny. Op. Cit. La Loge Le Septentrion de Gand restera affiliée au Grand Orient des Pays-Bas (La Haye) jusqu’en 1882 où elle rejoindra le GOB.

 

30. De Wargny. Op. Cit.

 

31. On pourrait s’étonner de tant de difficulté, il aurait suffi de décider … ? Lors de l’annexion des Pays-Bas septentrionaux à l’Empire en 1810, le GODF voulut intégrer la maçonnerie de cette région sous une seule direction. Il n’y réussit pas et toutes les vieilles loges hollandaises, unies dans leur refus, restèrent indépendantes durant cette période !

 

32. DH Colenbranden. Gedenkschriften van Anton Reinhard Falck. Op. cit.

 

33. De Wargny : pièce XXXV, Op. cit., p 327-334.

 

34. Frédéric d’Orange (1797-1881), second fils du roi Guillaume 1er, est non seulement très jeune, il participa à 16 ans à la bataille de Leipzig, mais aussi un maçon de fraîche date : initié à Berlin en 1816. Pour aller plus loin, voir le livre d’Anton Van de Sande. Prins Ferederik der Nederlanden … Op. cit.

 

35. On y trouvera notamment, outre le prince Frédéric, Anton Falck, le prince d’Aremberg, le prince de Hesse-Darmstad, d’Yvoy. Dans PJ Van Loo. Geschiedenis van de Orde… op. cit., p 77.

 

36. Pierre Noël. La franc-maçonnerie belge en 1817 ... Op. cit.

 

37. Ancien membre, tout comme Rouyer, de la R. Loge-Mère la Saint-Alexandre d’Écosse (rite philosophique) ; l’un et l’autre étaient également Grands Officiers du GODF.

 

38. Les opérations sont décrites le « Registre des opérations » de Rouyer, parfaitement tenu à jour, et reproduit dans la plaquette de l’anniversaire des 150 ans du Suprême Conseil de Belgique (op. cit.). Pierre Noël en fait un tableau synthétique très complet dans : La franc-maçonnerie belge en 1817 et le problème des rites. Op. cit.

 

39. De Wargny. Annales chronologiques … Tome II. Op. cit.

 

40. Le devenir de ces trois loges est le suivant : la loge-chapitre bruxelloise disparaîtra dans les années 1820, absorbée par les « Amis Philanthropes ». La loge-chapitre gantoise disparaîtra également dans les années 1820. Quant à la loge-chapitre anversoise, elle va subsister. La loge changera son nom en « La Persévérance » à la révolution belge, pour ensuite s’unir à une autre loge anversoise et donner la plus vieille loge de cette ville : « Les Amis du Commerce et de la Persévérance réunis » qui est membre du GOB. Quant à son Chapitre, « Les Vaillants Chevaliers de l’Âge d’Or », il existe toujours au sein du Souverain Collège du Rite Écossais pour la Belgique (SCRE), une belle histoire.

 

41. Livre d’Or du Comte de Grasse-Tilly. Reproduit dans Suprême Conseil de France, 2003.

 

42. Lartigue fait état d’un certain Bertel, fabricant de corset à Bruxelles, comme étant l’entremetteur entre Grasse-Tilly et ce nouveau Suprême Conseil via De Courtray. Dans la mesure où il n’était pas 33e, tout juste put-il être le factotum de Grasse-Tilly dans cette ville.

 

43. Claude-Antoine Thory avait été initié à la Saint-Alexandre d’Écosse en 1784.

 

44. Jacques Tuchendler. Op. cit.

 

45. Idem.

 

46. Il existe deux Dutillet de Villars, père et fils qui furent à la fois hauts dignitaires du rite écossais philosophique et grands officiers du GODF. Il s’agit ici du fils. Il était juge au tribunal de 1ère instance de Versailles et avait été fait 33e par Grasse-Tilly le 5 octobre 1804 (cf Pierre Mollier et Pierre-François Pinaud. L’État-major maçonnique de Napoléon. A l’Orient, 2009). Par ailleurs sa femme faisait partie de la loge d’adoption des Militaires Réunis de Versailles (cf Bossu).

 

47. Les titres du « Tribunal », la plus haute instance du rite philosophique, peuvent varier : « Grand Inspecteur Commandeur » ou « Grand Juge Inspecteur Commandeur » (GIIC) ou ici « Grand Juge Grand Commandeur ». Il présidait le « Tribunal » à cette époque.

 

48. Louis Lartigue (Op. cit) et Fernand Clement (Op. cit).

 

49. Il s'agit de Friedrich de Hesse-Darmstadt (1788-1867). On le trouve dans l’armée française en 1813 comme volontaire. Puis dans l’armée des Pays-Bas après 1814. Il est membre fondateur de la loge royale l’ « Union Frederic » à La Haye en 1816 et l’année suivante fut fait major-général.

 

50. Pierre Noël. La franc-maçonnerie belge en 1817 ... Op. cit.

 

51. De Wargny. Annales chronologiques … Tome II. Op. cit.

 

52. DH Colenbranden. Gedenkschriften van Anton Reinhard Falck. Op. cit.

 

53. Et surtout à son ouvrage magistral : Cambacérès. Perrin, 2001.

 

54. Paul Duviver. L’exil de Cambacérès à Bruxelles. Éditions Lamertin, Bruxelles, 1923.

 

55. Alain Yacou. Journaux de bord et de traite de Joseph Crassous de Médeuil. Karthala-Cerc, 2001.

 

56. Els Witte. Le Royaume perdu. Les orangistes belges contre la révolution, 1828-1850 (traduction française). Éditions Samsa, 2016, pp 323-28. (Het Verloren Koningkrijk. Het harde verzet van Belgische orangisten tegen de revolutie (1828-1850). 2014)

 

57. Idem, pp 488-94.

 

58. Anton Reinhard Falk. Parlement en Politiek. https://www.parlement.com/id/vg09llswffq6/a_r_anton_falck

 

59. C’est la petite-fille de la tante (sœur de sa mère, née de Rouveroit, épouse de Rodoan) du prince de Gavre. C’est en fait très proche, car la famille Gavre et alliés proches sont peu nombreux.

 

60. DH Colenbranden. Gedenkschriften van Anton Reinhard Falck, op. cit.

 

61. J de Dorlodot. Le dernier Prince de Gavre. 1759-1832. Ed Ceuterick, 1957.

 

62. Idem, pp 176-7. À la question « s’il est utile et convenable de rendre au clergé la direction exclusive de l’instruction publique », réponse de Gavre à la Chambre, 1826 : « … On concentrerait mal à propos dans des corps, qui auraient tant d’influence par eux-mêmes, un pouvoir exorbitant sous les rapports constitutionnels. Il y aurait dans un tel ordre des choses, un conflit très à craindre entre la loi civile et la loi canonique. Ne chargeons pas les ministres du culte d’autres devoirs que ceux du sacerdoce ; ceux-là sont assez étendus pour que les prêtres s’en contentent, s’ils veulent les remplir dignement. »

 

63. Els Witte. Le Royaume perdu. Les orangistes belges contre la révolution, op. cit.

 

64. Christophe de Brouwer. Les 250 ans du Rite écossais Primitif, dit de Namur. Renaissance Traditionnelle n°172 et 173-4. 2013-14.

 

65. Extrait du Livre d’or du Suprême Conseil de France. Assemblée du 6 et 20 avril 1812, MSS-FM-Impr-2620. BnF.

Il est possible, comme ce fut le cas pour le rite philosophique en ce qui concerne le 31e degré, que le 33e et dernier degré, de Commandeur de l’Intérieur du Temple, du Rite Écossais Primitif (dit de Namur) ait été considéré comme un équivalent du 33e degré du REAA. Le REAA est un rite très jeune. Par contre celui de Namur apparaissait déjà comme ancien. Les patentes d’Écosse de 1770 font partie du dossier d’affiliation de la loge par le GODF en 1808. Or, la demande d’affiliation (courrier du 26 juin 1808) est signée avec les mentions des hauts grades du Rite Écossais Primitif. Ceci devait interpeller et il semble naturel que cet élément particulier de la demande d’agrégation (qui se situe au-delà du 18e grade) fut traité directement par le Suprême Conseil indivi. D’ailleurs Daruty en fait état : « Le 14 septembre 1808, le Rite Écossais Primitif [de Namur] et le Sup:. Cons:. de France ont décidé l’échange entre eux d’une correspondance fraternelle. » (Jean-Emile Daruty. Recherches sur Le Rite Écossais Ancien Accepté. 1879. Réédition aux Éditions Télètes, 2002, pp 268-9.) Thory, dans son Abrégé historique (1814), fait également mention de l'établissement d'une correspondance entre les deux juridictions, le 14 septembre 1808 (p 76). Par ailleurs la demande d’agrégation, selon le terme utilisé par le GODF, fut traitée le 19 juillet et accordée par la Grande Chambre Symbolique le 6 octobre. Les dates correspondent et de Gavre se trouve à Paris à ce moment ; il peut donc traiter directement avec les différentes chambres du GODF. Voir dossier BnF.

 

66. Anton van de Sande. Prins Frederik der Nederlanden 1797-1881. Gentleman naast de troon. Éditions Vantilt, 2015, p 126.

 

67. Pour Rouyer, Crassous, Ramel et Prieur, voir Christophe de Brouwer. Le crieur de la Marne : Pierre-Louis Prieur. Logos n°76, janvier 2013. http://sifodierisinvenies.overblog.com/2014/08/le-crieur-de-la-marne-pierre-louis-prieur.html

 

68. Le prestigieux Ordre de Cincinnatus est la première société patriotique des États-Unis. Il se compose de ceux qui se sont distingués lors de la guerre d’indépendance. Il regroupe 14 branches : celles des 13 États de l’époque et une branche française. L’appartenance de Rouyer à cet Ordre est affirmée dans la plaquette anniversaire des 150 ans du Suprême Conseil de Belgique. Cela semble logique. Notons cependant qu’il n’est pas repris dans les livres de Bodinier (Officiers de la marine royale, et le Dictionnaire portant sur ces officiers), ni dans le dictionnaire des franc-maçons marins, établi sous la direction de Van Hille.

 

69. Yves Hivert-Messeca. Essai biographique ... Op. cit.

 

70. Pierre Noël. La franc-maçonnerie belge en 1817 ...  Op. cit., pp 123-247.

 

71. 1817-1967. Cent cinquantenaire de la création du Suprême Conseil de Belgique. Actes constitutifs. 1968.

 

72. DH Colenbranden. Gedenkschriften van Anton Reinhard Falck, op. cit., p 758.

 

73. Vicomte Terlinden. Les souvenirs historiques de Joseph Walter. Centre d’histoire militaire n°9. Musée Royal de l’armée et d’histoire militaire, 1972.

 

74. Notice nécrologique sur le Fr:. J. Walter, grand-maître du rite écossais primitif de Belgique. Dans Annuaire Maçonnique du Gr:. Or:. de Belgique, 5846.

 

75. Luc François. Un franc-maçon orangiste à Namur et à Liège, Joseph Walter. Bulletin de l’Institut Archéologique Liégeois, 1991, pp 125-153.

 

76. Pour être tout à fait précis, il semble que ce soit Pierre Stevens qui fut le premier à porter le titre de Souverain Grand Commandeur, dès 1840. Ceux qui l'ont précédé avaient réservé cette charge pour un membre de la famille royale, se contentant du titre de Lieutenant Commandeur, ff de. Mais aucun membre de la famille royale d'Orange ne l'a voulu, ni le premier roi de la période suivante. Voir Pierre Noël, référence 7.

 

 

La pie voleuse, repris de l'opéra de Rossini, créé en 1817.

Rédigé par Christophe de Brouwer

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Gallego 18/12/2017 12:59

Bonjour, merci pour ce magnifique travail... Alors, au-delà de faire connaître votre site... comment à mon tour vous aider dans votre travail ? Bien entendu si vous le pensez utile... Bon courage
André-Jérôme Gal:.