Rite écossais primitif (5). Les grades de la maçonnerie ancienne et renouvelée (5e au 22e)
Publié le 22 Août 2023
Cet article se propose d’examiner les grades dits "chapitraux" du Rite écossais Primitif (dit de Namur). Ils se pratiquaient en interne, contrairement aux grades qui viendront après, préparatoires à l’Ordre Intérieur, ainsi que l’Ordre Intérieur de Stricte Observance qui chapeaute l’ensemble. Ces derniers, manifestement, étaient accessibles de l’extérieur pour tout franc-maçon possédant au minimum le grade de Rose-Croix (grade terminal de ce qu'on appelle au REAA le Chapitre).
Pour l' « ancienne » maçonnerie (premiers grades chapitraux en Belgique, ou Loge de Perfection notamment en France), les rituels, lorsqu’ils correspondent, sont en général très proches de ceux publiés par les divulgations Les plus Secrets Mystères des Hauts Grades de la Maçonnerie Dévoilée (1ère édition vers 1766) [1] ou du Recueil précieux de la Maçonnerie adonhiramite (Guillemain de Saint-Victor), qui reprend lui-même largement les rituels précédents (premier exemplaire connu en 1779). Ces deux recueils ont largement agi comme modèle de rituels, copiés et recopiés, tout comme le Pritchard, bien que d’autres rituels puissent s’insinuer dans l’ensemble. Et comme d’autres ensembles du XVIIIe siècle, Namur ne fait pas exception.
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Je place ici deux rituels complets, celui moins connu de « Maître Illustre » (n°9), typique de la dorsale Est que nous avons expliqué, et un rituel dont le corpus, pour moi, n’a pas de correspondance au niveau des multiples rituels que j’ai compulsés (si quelqu’un sait, qu’il me le signale, merci), sinon le nom, « Chevalier de la Palestine » (n°21), typiquement Tchoudien (toujours la dorsale Est).
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Comment se faisait la progression jusqu’au Rose-Croix au Rite Primitif de Namur ?
Dans le registre de noms (archives de la Loge), on rencontre différentes possibilités de progression. Une minorité de Frères se lançaient dans les hauts grades. Ils y étaient probablement appelés (système de cooptation). Deux exemples :
Pour Pierre Decerf, conservateur des hypothèques à Namur :
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2 décembre 1816, le 4e et 5e.
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2 février 1817, le 6e et 7e.
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2 mars 1818, le 8e et 9e.
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7 décembre 1818, les 10e au 13e.
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5 janvier 1819, le 14e.
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19 mars 1820, les 15e au 22e.
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En 1824, il est 29e.
Pour Paul-Jean Conraets, contrôleur des contributions à Namur :
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26 mars 1838, les 4e au 6e.
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28 mai 1838, le 7e.
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12 juillet 1838, les 8e au 10e.
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13 août 1838, les 11e au 17e.
Généralement, le 11e degré (Petit Architecte ou Apprenti écossais), plus rarement le 10e degré (grade de la Voûte) et dans une moindre mesure le 17e degré (Chevalier de l’Épée ou d'Orient) semblent souvent constituer des grades paliers, mais ce n’est pas une règle. En fait, on a l’impression que chaque progression est personnalisée. Le degré de la « voûte » (14e au REAA), se situe directement après les 4 Élus (grades de vengeance), sous le terme d’Élu Parfait, à la 10e place. Nous en connaissons l'importante symbolique de rassemblement des connaissances et d'alliance que contient ce vieux grade de la Voûte. Le 11e grade de Petit Architecte ou apprenti écossais n'a pas l'ampleur du 10e; cependant il rappelle le 1er grade par son passage dans le cabinet de réflexion et le bandeau, la corde au cou, le 3e grade par une évocation forte du corps d'Hiram placé dans le Saint des Saints, ainsi que l'importance de reprendre le travail en introduisant l'idée d'un nouvel architecte (ceci sera développé dans le compagnon écossais ou grand architecte qui fait écho au 12e grade du REAA de Grand Maître Architecte). Le fait que ce 11e grade soit un grade palier n'est donc pas dénué de sens.
Exemple, pour Alexandre Chasselet, maître des forges, ce fut en janvier 1830 qu’il passa du 4e jusqu’au 11e degré compris. Pour Edmond Charlier, ce fut le 14 janvier 1865 qu’il fit la même progression.
Dans le registre des membres de la loge des Amis de la Parfaite Intelligence, à l’Orient de Huy, qui honora Lucien Namèche du titre de membre honoraire de la Loge en 1861, on a des dates de progression de celui-ci, qui sont un peu différentes de celles reprises dans le registre des noms de la Loge (archives de la Loge) : [2]
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au 4e jusqu’au 6e inclus : le 20 mars 1856.
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au 7e jusqu’au 11e inclus, le 5 avril 1860 / (le 5 avril 1860 au 4e jusqu’au 17e inclus pour la loge.)
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au 12e jusqu’au 22e inclus (R+), le 2 mars 1861 / (le 28 mars du 18e jusqu’au 22e inclus pour la loge.)
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Descriptif succinct des rituels de cette série :
Maître Irlandais (5e)
Le Maître Irlandais est très classique. Il correspond au 7e degré du REAA.
Il ne se trouve, ni dans Les plus Secrets Mystères des Hauts Grades de la Maçonnerie Dévoilée (Les plus Secrets Mystères, en abrégé par après) et ni dans le Recueil précieux de la Maçonnerie adonhiramite (La Maçonnerie adonhiramite , en abrégé par après).
Les Élus (6e au 9e)
Dans la classe des grades de vengeance, nous avons 4 grades : Élu des Neuf (6e) ; Élu de l'Inconnu ou de Perignan (7e) ; (Illustre) Élu des Quinze (8e) ; Maître Illustre (9e).
Cette profusion de grades d’Élus semble peu courante. Cependant, il faut les rapprocher des grades Kadosch, dont ils constituent une sorte d’introduction. C’est d’ailleurs explicitement rappelé dans le rituel de Grand Élu de la Vérité (29e degré).
Ils sont très superposables, pour les trois premiers, à ceux qui se trouvent dans "Les plus Secrets Mystères" et "La Maçonnerie adonhiramite".
Le Maître Illustre ne se trouve par contre ni dans l’un, ni dans l’autre. Il ne faut pas le confondre avec l’Illustre Élu des Quinze, grade précédent, ni avec l’ Élu des Douze ou Sublime Chevalier Élu, qui est également un grade de récompense, mais dont le rituel est fort différent (que l’on trouve en 11e position au REAA).
Nous le retrouvons dans la série de Mirecourt avec lequel il partage le même titre (Maître Illustre ) ou de Bonseigneur ( Illustre ). Il se trouve également dans la série des rituels du marquis de Gages sous le titre d' Illustre ou la Récompense des Élus des Neuf, placé, ainsi que le titre le suggère, directement après l’Élu des Neuf. Ils sont tous assez ressemblants. Nous en proposons la retranscription : il s’agit d’un grade très court qui nous apparaît aujourd’hui vide, inutile et un peu morbide. Nous devons cependant garder à l’esprit qu’à l’époque de l’apparition du grade, contrairement à la nôtre, les gens côtoyaient la mort et la célébrait. Le supplice des condamnés était organisé comme un véritable spectacle dont le but était l’édification. Ce grade en est une parfaite illustration. N’oublions pas qu’à Namur, ce spectacle était rehaussé par la présence des « babeux » [3], nom donné aux processionnaires cagoulés de la 'Confrérie de Saint-Jean Décollé dit de la Miséricorde' de la Ville de Namur. Cette Confrérie partage avec ce rituel quelques éléments : la tête de mort (Jean Décollé), le couteau (servant à décrocher les suppliciés dont le cadavre, suite au supplice, avait été pendu hors les murs de la ville, afin de les inhumer dignement) et les perles (le chapelet que les 'consolateurs' de la confrérie mettaient autour du cou du condamné lors de la procession l'amenant au lieu de son supplice). Le rituel de ce grade est fort éloigné de celui du REAA, Sublime Chevalier Élu, 11e degré de ce rite, même si la thématique de la récompense se trouve dans les deux grades.
Dès lors, les grades d’Élus namurois ne correspondent qu’à deux grades dans la série du REAA, c’est-à-dire aux 9e et 10e degrés de ce rite (celui d’Élu de Pérignan ne s’y trouve pas et celui d’Illustre est différent). Et seulement pour la fonction symbolique de ‘récompense’, l’Illustre correspond au 11e degré de ce dernier rite.
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Réception au 9e grade : Maître Illustre
Décoration et titre
La L∴ est tendue en rouge, pour marquer le sang que Stolkin a versé pour punir le crime.
Elle est éclairée par neuf lumières, placées çà et là.
Le Mtre s’appelle Très Sage. Il y a deux Surv∴ nommés, savoir : le 1er Surv∴, Resp∴ Surv∴ ; et le 2d, F∴ intime.
L’attribut de ce gr∴ est une étoile de nacre de perle à 7 cornes, suspendue à une petite pochette couleur de feu.
Sur l’un des côtés de cette étoile est gravée un soleil en plein, et sur l’autre côté, un poignard. Elle se porte attachée à la boutonnière, du côté gauche.
Ouverture
Tous les FF∴ étant placés, le T∴ Sage frappe un coup que les Surv∴ répètent et dit : « Resp∴ Surv∴, quelle heure est-il ?
Le 1er Surv∴ répond : « T∴ Sage, le soleil va se coucher ».
Le T∴ Sage dit : « Resp∴ Surv∴, F∴ Intime, puisque le soleil va se coucher, annoncez au Vén∴ FF∴ ici présents que je vais ouvrir la L∴ des Mtre Ill∴, par les signes et l’applaudissement ordinaire ».
Les Surv∴ font l’annonce en la manière accoutumée.
Le T∴ Sage frappe neuf coups à égale distance. Les Surv∴ répètent.
Le T∴ Sage fait le signe et dit : « Le L∴ de Mtre Ill∴ est ouverte ».
Nota. Tous les FF∴ placés à l’O∴ font le signe en même temps que le T∴ Sage.
Le 1er Surv∴ fait le signe et dit : « La L∴ de Mtre Ill∴ est ouverte ».
Nota. Tous les FF∴ placés au midi font le signe avec le 1er Surv∴.
Le 2d Surv∴ fait le signe et dit : « La L∴ de Mtre Ill∴ est ouverte ».
Nota. Tous les FF∴ placés au Nord font le signe avec le 2d Surv∴.
Tous applaudissent par neuf coups égaux et font ensuite la triple acclamation.
Réception
Le T∴ Sage dit : « Resp∴ Surv∴, quel motif nous rassemble ? »
Le 1er Surv∴ répond : « T∴ Sage, c’est la propagation de l’ordre. Un Resp∴ Él∴ demande de passer au gr∴ de Mtre Ill∴ ».
Le T∴ Sage dit : « Vén∴ FF∴, consentez-vous à sa réception ? »
Tous les FF∴ marquent leur consentement, en étendant la main.
Nota. Il faut que l’admission du candidat ait été votée par scrutin, dans une assemblée précédente.
Le T∴ Sage dit : « F∴ Intime, faites donner la sortie du temple au F∴ introducteur, pour qu’il conduise le candidat à la porte de la L∴ ».
Le candidat a dû être placé dans la chambre des réflexions avant l’ouverture des trav∴. Le F∴ introducteur va l’y trouver, et après lui avoir fait un discours moral sur le gr∴ qu’il va recevoir, il lui met un poignard à la main droite et une tête de mort à la main gauche et lui dit : « Suivez-moi, mon F∴ ».
Nota. Le récipiendaire doit être décoré en Élu.
Arrivés à la porte de la L∴, le F∴ Introd∴ frappe neuf coups égaux.
Le F∴ couvreur ayant averti le 2d Surv∴ qu’on frappe à la porte du temple, en Mtre Ill∴, celui-ci frappe un coup et dit : « Resp∴ Surv∴, on frappe en Mtre Ill∴ à la porte du temple ».
Le 1er Surv∴ frappe un coup et rend l’annonce au T∴ Sage, qui après avoir frappé un coup, dit : « Resp∴ Surv∴, faites voir qui frappe ? »
Le 1er Surv∴ dit : « F∴ Couvreur, voyez qui frappe ? »
Le F∴ Couvreur va à la porte, l’entr’ouvre et demande : « Qui frappe ? »
Le F∴ Introd∴ répond : « C’est un Resp∴ Él∴ qui demande de parvenir au gr∴ de Mtre Ill∴ ».
Le F∴ Couvreur ferme la porte et rend cette réponse au 2d Surv∴. Celui-ci la transmet au 1er Surv∴ qui la fait parvenir au T∴ Sage.
Le T∴ Sage dit : « Resp∴ Surv∴, faites lui demander ce qu’il veut ? »
Le 1er Surv∴ dit : « F∴ Intime, faites demander ce qu’il veut ? »
Le 2d Surv∴ dit : « F∴ Couvreur, demandez ce qu’il veut ».
Le F∴ Couvreur va exécuter cet ordre.
Le Fr∴ Introd∴ répond à la demande du F∴ Couvreur : « La récompense qui lui est due, pour l’action qu’il a faite ».
Cette réponse parvenue au T∴ Sage de la manière accoutumée, celui-ci dit : « Faites-lui donner l’entrée, moyennant le mot de passe de son gr∴ précédent ».
Cet ordre parvenu au F∴ Couvreur par l’intermédiaire des Surv∴, celui-là ouvre les portes de la L∴.
Le récipiendaire fait plusieurs tours précipités dans la L∴, comme s’il cherchait quelqu’un et va se jeter à genoux devant l’autel.
Le T∴ Sage lui dit : « Que cherchez-vous, que demandez-vous mon F∴ ? »
Le candidat répond : « La récompense due à mon zèle pour que la postérité soit instruite, que le crime ne reste jamais impuni, ni la vertu sans récompense ».
Le T∴ Sage dit : « F∴ Introd∴, conduisez le candidat à l’Occ∴ ».
Cet ordre s’exécute.
Le F∴ Introd∴ ôte le poignard et la tête de mort des mains du récipiendaire.
Le T∴ Sage dit : « Mon F∴, vous ne pouvez obtenir le gr∴ que vous sollicitez à moins de vous lier envers nous par une obligation qui nous réponde de votre discrétion. Consentez-vous de la prêter ? »
Le candidat répond : « Oui ».
Le T∴ Sage dit : « F∴ Introd∴, faites avancer le F∴ vers l’autel, par trois pas ordinaires ».
Le candidat parvenu au pied de l’autel, s’y met à genoux et prête l’obligation suivante.
Obligation
Je promets, sur ma parole d’honneur, de ne jamais révéler à aucun prof∴, ni à aucun∴ maç∴ inférieur, les secrets qui me seront confiés. En cas d’infraction, je consens de subir le même sort que le scélérat que j’ai immolé. Que Dieu me soit en aide.
Le T∴ Sage se lève, pose son poignard sur la tête du récipiendaire, frappe neuf coups de mail∴, à égale distance, sur la lame du poignard et dit : « À la Gl∴ du Gr∴ Arch∴ de l’Un∴, en vertu des pouvoirs qui m’ont été transmis, je vous crée et constitue Mtre Ill∴ de cette R∴ L∴ ».
Il fait relever le candidat, l’embrasse et lui donne ensuite les signe, attouchement et mots.
Signe
Le signe se fait en portant la main droite sur le côté droit de la tête, en la penchant (la tête) un peu en arrière, comme pour éviter un coup.
Attouchement
L’attouchement est de s’entrelacer les doigts de la main droite.
Mot sacré
Le mot sacré est Nak Maroaz. Il se donne de la manière suivante.
Celui qui le demande, dit : « Donnez-moi la parole ».
Celui qui est interrogé, répond : « Donnez-moi les dernières syllabes, je donnerai la première.
L’un dit Maroaz. L’autre dit Nak. Tous deux prononcent le mot entier.
Mot de passe
Le mot de passe est Abiram.
Le T∴ Sage décore ensuite le nouveau Mtre Ill∴. Il l’envoie se faire reconnaître par le Resp∴ Surv∴ et par le F∴ Intime.
Ceux-ci, ayant reçu du nouvel initié les mots, signes et attouchement, le 2d Surv∴ dit, après avoir frappé un coup : « Resp∴ Surv∴, le Vén∴ F∴ N… s’est fait reconnaître comme vrai et légitime Mtre Ill∴ ».
Le 1er Surv∴ frappe un coup et transmet l’annonce au T∴ Sage.
Le T∴ Sage fait applaudir à la réception dans la forme ordinaire. Il invite ensuite le F∴ Introd∴ à le placer à la tête de la Col∴ du midi.
Le T∴ Sage dit : « Resp∴ Surv∴, quelle heure est-il ? »
Le 1er Surv∴ répond : « T∴ Sage, il est dix heures du soir ».
Le T∴ Sage continue : « Puisqu’il est dix heures du soir, passons à l’Instruction du gr∴ de Mtre Ill∴ ».
Instruction
D. Êtes-vous Mtre Ill∴ ?
R. Je le suis d’autant plus de justice, que je me flatte de l’avoir mérité.
D. Qu’avez-vous fait pour le mériter, et quelle preuve en donnez-vous ?
R. J’ai vengé la mort du Mtre des Mtres, en punissant son assassin : la tête du scélérat que j’ai apportée en est la preuve.
D. Que signifie ce gr∴ ?
R. La récompense de la vengeance.
D. Comment êtes-vous entré en L∴ ?
R. En entrant le poignard d’une main et la tête de l’assassin de l’autre.
D. Que vous a-t-on demandé ?
R. On m’a demandé ce que je cherchais ; à quoi j’ai répondu que je venais demander la récompense qui m’était due pour l’action que je venais de consommer.
D. Votre action avait donc l’intérêt pour motif ?
R. J’ai demandé ma récompense, moins pour ma propre satisfaction que pour faire connaître à la postérité que les crimes ne restent jamais impunis, ni la vertu sans récompense.
D. Qu’a-t-on fait de vous ensuite ?
R. L’on m’a fait avancer, par trois pas ordinaires, au pied de l’autel. Après y avoir prêté mon obligation, j’ai été illustré à jamais, moi et mes descendants.
D. Donnez-moi la parole ?
R. (on la donne de la manière indiquée dans la réception.)
D. Que signifie ce mot ?
R La mort du Mtre des Mtres est vengée.
D. Quel est votre attribut ?
R. Une étoile à sept cornes, sur l’un des côtés de laquelle est gravé un soleil en son plein et de l’autre, un poignard.
D. Que signifie cela ?
R. L’étoile signifie que l’action de Stolkin causa autant d’admiration dans le monde qu’en cause un phénomène lorsqu’il paraît aux yeux. Le poignard au milieu de l’étoile est l’instrument sacré de la vengeance. Le soleil en son plein signifie que comme le soleil répand ses rayons partout, de même l’action de Stolkin se répandra dans tout l’univers, et y sera toujours regardé comme un modèle de la plus haute vertu.
D. De quelle matière est votre attribut ?
R. De nacre de perles.
D. Pourquoi de nacre de perles ?
R. Parce que l’or et l’argent étant aussi communs au temple de Salomon que les pierres, on a préféré le nacre de perles comme plus riche et beaucoup moins commun.
D. Où se tiennent les Surv∴ ?
R. À l’Occ∴.
D. Combien avez-vous de Lum∴ dans votre L∴ ?
R. Neuf.
D. Où sont-elles placées ?
R. Elles sont dispersées parmi toute la L∴.
D. Où se tiennent les Mtres Ill∴ ?
R. Chacun à sa place, couverts et assis.
D. Comment le T∴ Sage vous a-t-il récompensé ?
R. Après m’avoir démontré clairement et charitablement que personne ne peut se venger soi-même et que lui seul ou ses officiers de justice avaient ce pouvoir. Il m’a illustré de l’étoile, ayant été convaincu, par le rapport même des Mtres, que c’était mon excès de zèle qui m’avait emporté.
Clôture de la L∴
D. Resp∴ Surv∴, à quelle heure s’ouvre votre L∴ ?
R. Au soleil couchant.
D. À quelle heure se ferme-t-elle ?
R. À minuit.
D. F∴ Intime, quelle heure est-il ?
R. T∴ Sage, il est minuit.
Le T∴ Sage dit : « Resp∴ Surv∴, F∴ Intime, puisqu’il est minuit, annoncez aux Vén∴ FF∴ ici présents que je vais fermer la L∴ de Mtres Ill∴ par les signes et applaudissements ordinaires ».
Les Surv∴ font l’annonce.
Le T∴ Sage frappe neuf coups, à égale distance.
Les Surv∴ répètent.
Le T∴ Sage fait le signe, ainsi que tous les FF∴ qui sont placés à l’Or∴ et dit : « La L∴ de Mtre Ill∴ est fermée ».
Le Resp∴ Surv∴ fait le signe, ainsi que tous les FF∴ qui sont placés au midi et dit : « La L∴ de Mtre Ill∴ est fermée ».
Le F∴ Intime fait le signe, ainsi que tous les FF∴ qui sont placés au Nord et dit : « La L∴ de Mtre Ill∴ est fermée ».
Tous applaudissent par la batt∴ de neuf coups égaux et font la triple acclamation.
Le T∴ Sage dit : « Vén∴ FF∴, allons chacun en paix ».
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Élu Parfait (10e)
Remarquons le volumineux rituel de l'Élu Parfait, 10e de la série. Si le terme d’Élu peut étonner, c’est également sous le nom d’Élu Parfait qu’on le retrouve, uniquement le catéchisme, dans La Maçonnerie adonhiramite , placé entre l’Élu des Quinze et le Petit Architecte (ou Apprenti Écossais). Il s'agit en fait du grade de la « Voûte » (par ex. : Grand Élu de la Voûte et/ou de Grand Écossais), de facture classique. Le candidat est proclamé : « Gr∴ Élu, ancien M∴tre, Subl∴ Maç∴ ». Ce grade ne se trouve pas dans Les plus Secrets Mystères. Il correspond au 14e degré du REAA.
Apprenti, Compagnon et Maître Écossais (11e au 13e)
Nous avons ensuite les trois grades d’Apprenti, Compagnon et Maître Écossais, à la 11e, 12e et 13e place.
Le 11e grade semble un grade palier : on le rencontre souvent, mais pas toujours, promu du 4e au 11e ou du 7e au 11e. Le grade palier suivant semble être le Rose-Croix (22e).
Ils sont superposables à ceux éponymes dans La Maçonnerie adonhiramite. Ils correspondent respectivement au Petit Architecte et au Grand Architecte dans les plus Secrets Mystères : la différence est que ce Grand architecte-là est la somme des deux derniers, puisqu’il reprend les données emblématiques, deux obligations et le catéchisme des deux grades de Compagnon et Maître écossais. Nous retrouvons les Petit et Grand Architectes sur le « certificat Roquet » de 1768 de la loge namuroise (contemporain des plus Secrets Mystères, mais bien antérieur à ceux de la maçonnerie adonhiramite). Le Maître Écossais, dans la version namuroise, est également appelé Sublime architecte.
Ce sont de vieux grades, souvent rencontrés dans les systèmes du XVIIIe siècle, puisqu’on les retrouve notamment dans les manuscrits de la Maçonnerie écossaise de Lille (très archaïque, daté de 1749-50), ceux de Gages (1763-67) ou de Mirecourt (<1768). Ces trois grades semblent correspondre aux « Apprenti, Compagnon et Maître Architectes » de la série de Metz, alors qu’à Lyon, ces grades correspondraient à ceux de « Petit et Grand Architectes » (lettres des Frères de Metz à ceux de Lyon, 1761).[4]
Notons que le cousin du Compagnon Écossais ou Grand Architecte, au REAA, est celui de Grand-Maître Architecte qui se trouve également à la 12e place.
Pour une étude sur l'apparition des rituels sous le générique de "maître écossais" sur le continent européen, durant les années 1740, je vous reporte à la très intéressante étude de Jan Snoek.[5]
Maître en la Parfaite Architecture (14e)
Le rituel du 14e degré est manquant. Il ne se trouve par ailleurs ni dans la série de La Maçonnerie adonhiramite ni dans celle des plus Secrets Mystères.
Au degré de Chevalier de la Palestine (21e), on évoque la triple alliance des Maîtres en Parfaite Architecture. En théorie, cela désigne l’alliance de Dieu avec Abraham et Moïse, ainsi que des Hommes avec Jésus, contractée par les Maîtres en Parfaite Architecture. Notons qu’il existe également l’alliance avec Noé, mais le grade de Noachite ou Chevalier prussien, qui vient après, y est consacré. Ce qui renverrait, peut-être, au 4e grade à l’exemple de l’écossais trinitaire, qui est un système finalisé en quatre grades par Pirlet, ayant de lointaines consonances avec les Apprentis, Compagnon et Maître Ecossais pour les trois premiers.[6] Si l’hypothèse est la bonne, son « équivalent » au REAA serait alors le 26e degré, Écossais Trinitaire, Prince de Mercy.
Royal Arche (15e)
Le rituel du 15e grade de Royal Arche est manquant.
Il n'est, par ailleurs, pas repris dans la liste des grades de La Maçonnerie adonhiramite ni dans les plus Secrets Mystères ni d'ailleurs dans la série du marquis de Gages.
Dans ce cas-ci, il suit le grade de la « Voûte », alors qu'il le précède dans le REAA. Notons que la série des Apprentis, Compagnons et Maître Écossais suivi de l’Arche Royale se rencontre, notamment, dans Le livre des Marchés, daté du début des années 1780, tout comme les cahiers « Bonseigneur » (disponibles sur Latomia).
On retrouve cette ‘inversion’ dans la série constitutive du Rite moderne ou français (le degré de la Voûte fait partie de la 4e série, et celui de Royal-Arche de la 5e série). Il est précisé que la farde « Royal Arche ou Maître des Secrets », qui concerne la 5e série, « contient deux cahiers : celui de Tschoudy (discours du grade pour l’essentiel) et celui du système parisien de Grand Élu de Londres ». Le rituel du grade de Royal Arche, qui y est également repris, n’est pas en concurrence avec celui de la Voûte et donc sa place ne pose pas de problème, il en devient même logique. Cependant, le rituel précise qu’il faut être Chevalier d’Orient pour accéder à ce grade, ce qui le place dans la famille utilisant la légende de « Zorobabel » (Chevalier d’Orient, Prince de Jérusalem, Vénérable des Loges) [7], ce qui pourrait ne pas être le cas ici (?) puisque le grade de Chevalier d’Orient ou de l’épée suit. A contrario, on trouve cependant une même logique dans le système Royal Arch anglo-saxon, le premier des trois Principaux est en effet le Très Excellent Zorobabel.[8] Restons donc prudent.
Noachite ou Chevalier prussien (16e)
Ce 16e grade est manquant. Il se trouve dans La Maçonnerie adonhiramite, mais dans ce cas après un Rose-Croix assez maigre. Il en est de même pour les plus Secrets Mystères, système sans Rose-Croix.
Il correspond au 21e degré du REAA. Dans le cas présent, il précède le Chevalier d’Orient. On trouve la même disposition au niveau de la série des rituels qui ont constitué le Rite français. En effet, il se trouve en première position de la sixième série, tandis que le Chevalier d’Orient la termine.[9]
Chevalier de l'Orient ou de l'Épée (17e)
Il se trouve dans les plus Secrets Mystères et dans la Maçonnerie adonhiramite. Les termes utilisés pour nommer ce grade dans les plus Secrets Mystères est particulier et montre, pour l’époque, encore un usage incertain du terme Rose-Croix : « Chevalier de l’Épée, ou chevalier de l’Orient, ou chevalier Maçon de Rose-Croix » Le grade de Rose-Croix, tel qu’il se fixera, est absent de ce recueil.
Ce très beau grade trouve sans doute son origine dans le psaume 137 « Sur les bords des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion » (traduction de la Vulgate par Louis Segond).
Ceci dit, la thématique de la captivité des Juifs à Babylone (« la grande prostituée » selon l’Apocalypse et ceci nous renvoie vers le Chevalier d’Occident) traverse quelques textes de la Bible.
Le Chevalier de l'Orient ou de l'Épée du rite primitif est fort complet. Il est suivi de son grade complémentaire, le Prince de Jérusalem.
Il correspond bien sûr au 15e degré du REAA, qui est un grade systématiquement pratiqué dans ce rite en Belgique (comme au rite français).
Il existe un rituel de Chevalier d'Orient, souverain Maître à la bibliothèque d'Alençon (ms 387), venant du fonds Gaborria. Ce manuscrit ne contient que le début de la réception. Il y a des ressemblances et des dissemblances avec Namur, comme par exemple l'age n'y est pas demandé, contrairement à Namur (70 ans). Par contre, le tableau du grade et la notice, l'un et l'autre collés en pages de garde au début du manuscrit intéressent Namur.
D'une part le tableau du grade, collé sur la page de garde, est clairement identifié comme le 17e degré (alors que l'en-tête du cahier spécifie un 15e degré) et la notice également collée sur la page de garde suivante, probablement de la main de Gaborria, comporte le texte suivant:
"Suivant l'ancien rituel de la Maçonnerie anglaise, le Chevalier de l'Epée était à lui seul le 15e degré de la collection qui en contenait 25 ; mais depuis la réforme qui s'est opérée en Prusse sous Frédéric le Grand et, ensuite, aux États-Unis, adoptée en 1804 par le G:. O:. de France, les 2 points du Chevalier d'Or:. et de l'Épée ne forment plus qu'un grade sous ce double titre. C'est ainsi qu'on retrouve ici ces deux grades séparés parce qu'ils firent partie de la collection du Prince de Gavre, Inspeur Général des LL:. de la Belgique, à l'époque où le Prince Charles de Lorraine en était G:. M:. "
Qui est ce prince de Gavre, le 2e ou le 3e? Probablement le 3e, qui deviendra effectivement l' "inspecteur général" des loges belges (représentant particulier du Grand Maître Frédéric d'Orange pour les loges méridionales) durant la période Hollandaise mais qui fut reçu franc-maçon (vers 1774) durant la période de Charles-Alexandre de Lorraine (période autrichienne). Cependant, cela pourrait être le 2e prince de Gavre (son père), qui fut également franc-maçon durant la période autrichienne, mais qui, jusqu'à preuve du contraire, n'a jamais reçu mission d'inspecter les loges de la Belgique à cette époque (notons que le terme belgique était un adjectif au 18e siècle).
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Prince de Jérusalem (18e)
Ce 18e degré n’appelle pas de commentaire particulier. Le rituel est manquant. Par ailleurs, il ne se trouve ni dans La Maçonnerie adonhiramite ni dans les plus Secrets Mystères.
Il correspond au 16e degré du REAA.
Vénérable des Loges (19e)
Le rituel de ce 19e degré est manquant. Il semble correspondre aux deux grades: celui de « Maître de Loge que l’on donne à ceux qui doivent tenir Loge » et de « Vénérable Maître de Loge » décrits par Pierre Noël.[10] En effet, sa place serait particulièrement bien choisie puisqu’on y retrouve un dialogue entre Cyrus et Zorobabel, personnages qui avaient été introduits par les deux grades précédents, correspondant respectivement à l’ancien Grand Maître et au nouveau. Ce grade correspondrait alors au Grand Maître des Loges symboliques ou Maître ad vitam du REAA qui se trouve à la 20e place.
Chevalier de l’Occident (20e)
Le Chevalier de l'Occident (20e) a fait l'objet d'une étude plus approfondie. Il correspond à la première partie de l’Apocalypse selon Jean. Sans entrer dans trop de détails, disons qu’il est assez proche du rituel correspondant de Mirecourt (disponible sur Latomia) et des grades alchimiques de Tschoudy.[11] Il est plus éloigné du rituel de « Saint Domingue 1764 ». (Ce très beau grade ne se trouve ni dans les Plus Secrets Mystères, ni dans la maçonnerie adonhiramite.)
Mais surtout, et il faut insister, il ne montre pas la corruption qui fut introduite à partir des rituels de Francken au niveau du 2e sceau et par conséquent de ceux qui ont suivi, notamment dans les traductions françaises du REAA.
Voici ce que dit Namur, (2e sceau) :
« Enlevez la paix d’entre les profanes et les faux-frères, et faites qu’ils ne trouvent d’asile que dans nos loges. »
Cette phrase est la même dans tous les rituels français du XVIIIe, y compris celui de « Saint Domingue 1764 ».
Mais à l’opposé, voici ce que dit H.A. Francken (1783) (2e sceau) :
« Go and distroy the peace among the profane and wicked bretheren, that they never may have a residence in our lodge. »
Et de corruption en corruption, les rituels actuels REAA, américains et français, ont perdu une grande partie du symbolisme de ce très beau grade.
Ce n'est pas la seule proximité des rituels namurois avec ceux de l'Est de la France, à tel point que l'on pourrait avancer pour Namur l'existence d'une « dorsale Est » : Lorraine – Alsace - Franche-Comté.
Chevalier de la Palestine (21e)
Le rituel suivant, Chevalier de la Palestine (21e) est ici un rituel assez court. Une reproduction de l’original est disponible sur Latomia.
C'est un grade de type tschoudien. Il est également connu sous le nom de Chevalier de l'Aurore ou de Chevalier de la Palestine ou Frère Rose-Croix d'Orient » (Rebold, Ragon). Il se plaçait généralement après le Rose-Croix, ce qui n'est pas le cas ici.
(Ce grade très particulier ne se trouve ni dans les Plus Secrets Mystères, ni dans la maçonnerie adonhiramite.)
On trouve un Chevalier Saint-Jean de la Palestine repris dans la sixième série des grades qui furent examinés lors de la constitution du rite français. Si son but est le même, préserver la connaissance des mystères, son rituel est cependant fort divergeant.[12]
Il existe également au rite de Misraïm dont les mots de passe et sacré sont identiques (« Dieu le veut » et « Sion » ; Ragon). Selon Thory[13], le Martinisme connaissait également un grade de ce type. Il se plaçait entre le Prince de Jérusalem et le Chevalier Kadosch, le grade de Rose-Croix étant omis. Selon G. Oliver[14], le grade martiniste se centrait sur Godefroy de Bouillon et les Croisades, tout comme le rituel de Chevalier templier Kadosch de la Palestine du XVIIIe qui se trouve à la bibliothèque de la Grande Loge du Danemark, et qui possède également les mêmes mots de passe et sacré.[15]
Le rituel namurois, qui est écrit avec beaucoup de soin, n'est pas centré sur les croisades. Il a plutôt des ressemblances avec certaines parties du livre bien connu de Tschoudy, L'Étoile flamboyante. Ce livre apporte un certain nombre d'éclaircissements sur le grade. Et, d’après lui, il y aurait eu en outre un Ordre de la Palestine [16]. Tschoudy vante la qualité de ce grade, qui serait en rapport avec les Chevaliers de Saint-André d’Écosse [17].
Tschoudy propose une histoire du grade qui correspond à ce qu’en dit Le Bihan [18], lorsqu’il expose les difficultés rencontrées par Tschoudy dans son intention de mettre en place un « Chapitre des Chevaliers de Palestine / Collège de Saint-André d'Ecosse » en 1765 à Metz.
Donc la question reste : où se situe la source de ce rituel. Les ressemblances Tchoudiennes nous désignent, là aussi, à la dorsale est.
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Réception au 21e grade : Chevalier de Palestine
Décorations, titres et habillement
La tenture est blanche, bordée de franges d’or, et parsemée de croix d’or.
Le trône est rouge, bordé de franges d’or.
Les tables du Souv∴ Prince et des 1er et 2d Princes, sont couvertes d’un tapis de brocard rouge.
Le président se nomme Souv∴ Prince, et les 1er et 2d Surv∴, 1er et 2d Princes.
Le Souv∴ Prince, ainsi que les 1er et 2d Princes, sont revêtus d’une écharpe blanche au-dessus de laquelle ils portent une écharpe blanche et une croix d’or suspendues à une chaîne de même métal. Sur l’écharpe est brodée une croix verte.
Le bijou est une croix d’or entouré de palmes et de lauriers, suspendu à un cordon vert croisé d’or et liseré de rouge.
Le F∴ Terr∴ est placé entre les deux Princes : il est armé et cuirassé, et porte le casque en tête.
Tous les Chev∴ ont l’épée nue. Ils portent l’écharpe blanche. Il faut une chambre pour les gardes, en avant de la L∴. Il doit y avoir aussi près de la L∴ une caverne qui y communique, et dont l’intérieur représente des racailles : elle a une ouverture qui communique dans une autre pièce dont l’intérieur représente une forêt déserte. Dans la caverne doivent se trouver une sphère, un globe et des instruments de physique et de chimie. Dans la forêt est une arche d’alliance construite en bois et dorée.
Le tableau, qui est de forme triangulaire, représente et contient 1° un bûcher ardent ; 2° un bras armé d’un sabre et prêt à frapper ; 3° un ange dans une nuée, qui retient le bras ; 4° une arche d’alliance ; 5° les tables de la Loi ; 6° le Temple détruit ; 7° une lance ; 8° une croix ; 9° une Couronne d’épines.
Ouverture
Le Souv∴ Prince frappe avec le pommeau de son épée 9 coups, 0-000-00000, et dit : « À l’ordre mes FF∴ ; 1er et 2d Princes, aidez-moi à ouvrir les Trav∴ de la Gr∴ L∴ des Chev∴ de la Palestine. »
Les 1er et 2d Princes frappent le même nombre de coups, et disent l’un après l’autre : « Chev∴, aidons le Souv∴ Prince à ouvrir les trav∴ de la Gr∴ L∴ des Chev∴ de la Palestine. »
Le Souv∴ Prince fait les demandes suivantes auxquelles répond le 1er Prince.
D. Quelle heure est-il ?
R. Midi plein, Souv∴ Prince ; nos actions doivent paraître au grand jour.
D. Qui vous amène ici ?
R. L’amour de la vertu et de mes devoirs.
D. Qu’apportez-vous ?
R. Zèle, ferveur et constance.
D. Quelles dispositions doivent avoir les Chev∴ de la Palestine ?
R. Ils doivent avoir le cœur pur et en éloigner sans cesse la méchanceté, l’orgueil et la jalousie.
D. Comment doit-on être en ce lieu ?
R. Dans un profond silence et dans le plus grand respect.
D. Pourquoi lui devons-nous nos respects ?
R. Parce qu’il contient le nom du grand tout, être sublime que nous ne devons jamais perdre de vue. Si nous voulons parvenir au degré de perfection d’un véritable Maç∴.
D. Quel âge avez-vous ?
R. Le quarré de 9.
D. Pourquoi cet âge ?
R. Parce qu’il est temps de recueillir le fruit de mes trav∴.
D. Qu’avez-vous contracté lorsque vous avez été reçu Chev∴ de la Palestine ?
R. L’obligation de chercher à acquérir la Sagesse.
D. Ou trouve-t-on la Sagesse ?
R. Dans le cœur des vrais Chev∴ de la Palestine qui composent cette L∴ royale dont vous êtes l’ornement et le soutien.
Le Souv∴ Prince dit : « C’est en suivant ces principes, que je veux régler ma conduite ; et pour cet effet, au moment et sous la protection de Gr∴ Arch∴ de l’U∴, j’ouvre la Gr∴ L∴ des Chev∴ de la Palestine, soutien de la Maçrie primitive. 1er et 2d Princes, prévenez en vos Col∴, et qu’à l’envoi chaque F∴ travaille avec zèle, ferveur et constance. »
Les 1er et 2d Princes disent l’un après l’autre : « La Gr∴ L∴ des Chev∴ de la Palestine, soutien de la Maçrie primitive est ouverte. »
Le Souv∴ Prince frappe 9 coups, 0-000-00000, fait le signe et dit trois fois : Alléluia.
Les 1er et 2d Surv∴ répètent la batterie, le signe et l’acclamation.
Le Souv∴ Prince fait donner lecture du tracé des derniers trav∴.
On introduit ensuite les visiteurs, s’il s’en présente.
Réception
Le candidat doit avoir fait preuve de discrétion pendant 18 mois depuis la réception au grade de Chev∴ d’Occ∴.
On a dû le conduire dans une chambre de réflexion, une demi-heure avant l’ouverture des trav∴.
Un Chev∴ armé se transporte près de lui et l’interroge sur les grad∴ inférieurs.
L’interrogatoire fini, il le revêt d’une tunique blanche, lui met un cilice sur la tête et le conduit dans cet état à la porte de la L∴ à laquelle il frappe 9 coups, par la batterie 0-000-00000.
On répond de l’intérieur par le même nombre de coups que l’Exp∴ frappe sur la porte.
L’Exp∴ entrouve la porte et demande : « Que voulez-vous ? »
Le Chev∴ introducteur répond : « C’est un Chev∴ d’Occ qui désire être admis dans la Gr∴ L∴ des Chev : de la Palestine. »
L’Exp∴ rend cette réponse au 2d Prince en ces termes : « 2d Prince, un Chev∴ d’Occ∴ se trouve à la porte, qui désire être admis dans la Gr∴ L∴ des Chev∴ de la Palestine.
L’annonce est transmise par le 2d Prince au 1er Prince, lequel le rend au Souv∴ Prince.
Le Souv∴ Prince dit : « Qu’il soit introduit ; nous l’examinerons. »
On introduit le candidat, et on le fait mettre à genoux à l’Occ∴.
Le Souv∴ Prince lui dit : « Mon F∴, le grad∴ auquel vous aspirez est un des plus éminents de la Maçrie et exige une soumission entière et un secret inviolable sur tout ce que vous allez voir et entendre. Êtes-vous dans la résolution ferme et inébranlable de vous sacrifier entièrement à l’ordre ? »
Le candidat répond : « Oui ».
D. Vous comptez donc sur vos FF∴ pour oser espérer de pénétrer jusqu’à nous ?
R. Oui.
D. Avant de vous livrer aux épreuves par lesquelles vous devez passer, nous exigeons de vous un serment. Consentez-vous à le prêter ?
R. Oui.
« En ce cas, répétez après moi : Je |:Prénoms et nom:| , m’engage, sur mes serments antérieurs, de ne jamais révéler les secrets qui m’ont été et me seront confiés. »
Le Souv∴ Prince dit : « Nous recevons votre serment. »
On place le tableau devant le candidat.
Le Souv∴ Prince dit : « Mon Fr∴, je vais vous donner l’explication du tableau myst∴ qu’on vient d’offrir à votre vue.
Vous y voyez un bûcher allumé, un bras armé et prêt à frapper, et un ange qui arrête ce bras. - Ces trois emblèmes désignent le Sacrifice qu’Abraham, pour obéir aux ordres de l’Éternel, était prêt d’exécuter ; mais Dieu, content de Sa Soumission, l’arrêta. - Le Sacrifice généreux est l’emblème de la résignation de l’homme Sage qui se soumet sans murmurer aux décrets de la divine providence.
L’arche, les tables de la Loi et le buisson ardent rappellent la manifestation du tout-puissant à Moïse, à qui il ordonna de construire l’arche d’alliance à laquelle les Chev∴ de la Palestine n’ont jamais cessé de travailler. - Les tables de la Loi contiennent le précieux décalogue, dans lequel sont écrits tous les préceptes de la religion. - Le buisson ardent indique le culte du Vrai Dieu, culte dont Moïse devint le fondateur, en instituant le grand-prêtre Aaron chef du Sacerdoce.
Le Temple détruit est l’image des malheurs que les ingrats israélites ont fait tomber sur nous.
La lance, la croix et la couronne d’épines nous rappellent la passion de Dieu fait homme pour souffrir et pour racheter les pêcheurs par Son Sang précieux. Sa mort ignominieuse est l’acte le plus Sublime de l’amour que ce divin sauveur portait au genre humain.
Tous ces divers emblèmes sont une image parlante de la triple alliance dont il est parlé dans le grade de Maît∴ en la Parfaite Architecture.
Vous pouvez voir, mon F∴, que le Grad∴ auquel vous aspirez va vous faire connaître la Maçrie dans tout son jour ; mais avant de vous y admettre, il est nécessaire que nous nous assurions de votre discrétion, de votre attachement et de votre courage. -Tous les Chev∴ de la Palestine doivent être prêts à verser leur Sang pour l’Ordre. - Nous exigeons que vous alliez arracher des mains des infidèles l’arche d’alliance qu’ils nous ont ravie. Y consentez-vous ? »
Le candidat répond : « Oui. »
Le Souv∴ Prince dit : « Puisqu’il est ainsi, F∴ Terr∴, conduisez ce F∴ à l’entrée du chemin qui mène au repaire des infidèles ; qu’il tache de revenir victorieux. »
On ôte la tunique au récipiendaire ; on le revêt d’un habit de chevalier : on lui met une cuirasse, on le coiffe d’un casque ; on lui donne à la main droite une épée dont la lame est en carton et bien simulée, on lui met un bouclier dans la main gauche.
Le F∴ Terr∴ conduit le candidat à l’entrée de la caverne et lui dit de frapper tout ce qui s’opposera à son passage et d’aller enlever l’arche d’alliance.
Dans la pièce qui représente une forêt, se trouvent plusieurs FF∴ endormis et placés autour de l’arche d’alliance, comme pour la garder. Ces FF∴ sont habillés en Turcs, et armés de poignards dont les lames sont à ressort et rentrent dans le manche lorsqu’on veut s’en servir pour frapper. Un de ces FF∴ doit se trouver à l’entrée de la forêt, debout, en guise de sentinelle.
Aussitôt que le récipiendaire s’avance pour entrer dans la forêt, la sentinelle jette un cri d’alarme, dans un jargon inconnu. Tous s’éveillent et vont attaquer le récipiendaire, en lui portant des coups de poignard, que celui-ci reçoit sur son bouclier, tandis qu’il attaque lui-même ses agresseurs, en les frappant de son épée. Après les avoir mis en fuite, il s’empare de l’arche d’alliance et va le déposer sur le trône du Souv∴ Prince.
Le Souv∴ Prince s’adressant au récipiendaire, lui dit : « Mon F :, vous vous êtes rendu digne, par votre courage, d’être reçu parmi nous ; mais il faut auparavant que vous prêtiez l’obligation prescrite par nos règlements. »
Il continue et dit : « Debout et à l’ordre, Ill∴ Chev∴ ; F∴ Sacrificateur, approchez la cassette des parfums de l’arche d’alliance. »
Il doit y avoir un petit réchaud dans lequel se trouvent des charbons allumés. Le Souv∴ Prince y répand de l’encens qu’il prend avec une petite cuillère.
On fait mettre le candidat à genoux, la main droite sur l’évangile : on place un compas et une équerre sur sa main.
On lui fait prêter l’obligation suivante.
Obligation
« Je promets, sur ma foi de Maç∴ et de mes précédentes obligations, de ne jamais révéler les secrets des Chev∴ de la Palestine, de ne jamais conférer ce grad∴ à aucun Maç∴, qu’il n’ait 18 mois d’intervalle depuis la réception au grad∴ de Chev∴ d’Occ∴, et sans avoir reçu la permission expresse de cette Gr∴ et Subl∴ L∴.
Je promets de suivre tous les devoirs des Chev∴ de la Palestine, qui sont d’adorer et d’aimer le vrai Dieu, d’obéir à ses Saintes Lois, d’être fidèle à mon Souverain et au gouvernement de mon pays, d’avoir en horreur la médisance, la calomnie et le mensonge, d’aimer et de secourir mes FF∴, de faire bon accueil aux étrangers, de visiter les malades, de soutenir et de protéger les persécutés, de chercher constamment à faire reconnaître l’innocence, de reprendre les torts avec douceur.
Je contracte cette obligation sous les mêmes peines que je me suis imposées en traitant mes obligations précédentes. Que Dieu me soit en aide ! »
On relève le candidat, et on lui fait baiser l’évangile.
Le Souv∴ Prince lui pose son épée sur la tête et lui dit : « À la gloire du Très-Haut, du consentement de tous les Chev∴ ici présents, et en vertu des pouvoirs qui me sont concédés, je vous reçois et constitue Chev∴ de la Palestine. »
Il le décore du cordon et du bijou, et lui donne connaissance du signe, mots et attouchement.
Signe
Le signe se fait en plaçant la main droite sur le cœur, la levant au ciel, ainsi que les yeux, et la portant ensuite sur la garde de l’épée.
Mots
Le mot de passe est : Dieu le veut.
Le mot sacré est : Sion.
Attouchement
L’attouchement se donne en se grippant les mains gauches, les doigts entrelacés.
Ordre
L’ordre est de tenir la main droite sur le coeur.
Le Souv∴ Prince et le nouveau Chev∴ se prennent ensuite réciproquement les mains, et les croisent au-dessus de l’arche en signe d’alliance qu’ils contractent ensemble.
Le nouveau Chev∴ prend place en tête de la Col∴ du midi ; et le Souv∴ Prince prononce le discours suivant.
Discours historique
« Le grad∴ de Chev∴ de la Palestine est un des plus éminents. Il est digne de captiver l'attention des vrais Maç∴. Les choses sérieuses qu'il renferme sont prouvées par des traditions fidèles que la faulx du temps a respectées. Il a sur une grande partie des autres gr∴ , l'avantage d'être peu connu, et de n'être possédé que par un petit nombre de Maç∴ , ce qui l'a maintenu dans toute sa pureté. La doctrine qu'il renferme, les préceptes qu'il enseigne, attestent la noblesse et l'utilité de son institution.
Les Chev∴ de la Palestine descendent des ouvriers employés par Zorobabel à la reconstruction du Temple de Jérusalem. Sans cesse inquiétés par les Samaritains leurs ennemis, les Israélites devaient constamment veiller, pour éviter les surprises et les attaques. A cet effet, Zorobabel fit un choix parmi ceux qu'il reconnut avoir toujours été fidèles à la Loi du Seigneur et en forma une légion qu'il chargea du soin d'assurer les trav∴ de la réédification. Cette légion devant se partager et se placer de distance en distance autour des murailles de la ville, elle choisit des mots et des signes, pour pouvoir se reconnaître.
Les trav∴ furent suspendus pendant 16 ans : pendant cette interruption, elle se réunit pour se livrer à l'étude des Sciences que Moïse avait transmises à leurs ancêtres.
La réédification avait été reprise sous le règne de Darius, elle reprit ses fonctions primitives, et les continua pendant tout le temps que dura la reconstruction du Temple et le rétablissement des murs et des fortifications de Jérusalem.
Ce fut elle qui présida au dénombrement du peuple, lorsque les trav∴ furent achevés.
Ses membres restèrent toujours liés entre eux ; et ayant obtenu de Nehemias la permission de pouvoir compléter leur nombre, ils n’admirent parmi eux que des descendants de ceux qui avaient toujours été fidèles à la loi de Moïse.
Leurs successeurs continuèrent à suivre cette Loi : ils eurent la gloire de compter parmi eux les frères Macchabées qui devinrent martyrs de leur piété.
Lors de la persécution d'Antioche, ces fidèles Serviteurs du Seigneur allèrent rejoindre le grand-prêtre Mathatias dans les montagnes, et l'accompagnèrent dans les déserts de la Judée. Ils se distinguèrent sous ce grand-prêtre, et sous son fils Juda, qui avait été chargé de la partie militaire, peu de temps avant la mort de son père : ils suivirent ses entreprises, et l'aidèrent à relever l'autel du Seigneur.
Revenu à Jérusalem, ils y restèrent jusqu'à l'assassinat du juge Simon, après la mort duquel ils se retirèrent dans le désert de la Thébaïde, pour y pleurer les malheurs du royaume d'Israël.
N’ayant plus d'autres occupations, ils se livrèrent à l'étude de l'Astronomie et des Sciences, en attendant qu'il plût à Dieu de jeter un coup d’œil favorable sur les lieux saints où sa présence s'était tant de fois manifestée. Ils se retirèrent dans des cavernes, où ils contemplaient la nature et élevaient leurs enfants dans la crainte du Seigneur.
Vous avez vu, mon F∴ , dans la caverne où vous avez été conduit, une Sphère, un globe et des instruments de physique et de chimie : c'est pour nous rappeler que les Chev∴ de la Palestine s'occupaient de l'étude de ces Sciences, dans leurs retraites.
Dispersés dans de vastes solitudes, étrangers aux événements qui se passaient dans le monde, ils ignoraient la venue du Messie ; et attendaient quelque révolution qui pût les remettre en possession des domaines de leurs pères, et leur procurer les moyens de rétablir de nouveau le Temple, d'y reprendre leurs fonctions, et de récupérer les emplois éclatants qu'ils avaient toujours occupés. Ils conservèrent toujours cet espoir, et gardèrent avec soin les règlements de leur état primitif, leurs usages, leur liturgie, etc.
Ils furent tirés de leur engourdissement vers l'an 1090, en apprenant que les Princes Chrétiens volaient au recouvrement de la terre Sainte, ce premier théâtre de la bonté du Dieu de Moïse.
Ils se rendirent à Jérusalem où ils trouvèrent quelques descendants de ceux de leurs corps qui étaient restés. Ceux-ci avaient aussi recherché la nature, en méditant sur les causes et les effets, et en puisant dans les documents des anciens Sages, propres à leur faire découvrir le grand Système de l'univers. Ils avaient presque tous embrassé le christianisme.
Ils désiraient tous la restauration du Temple, non plus pour y voir couler le sang des victimes, mais pour y pouvoir manifester leur amour et leur reconnaissance pour la victime sans tache dont l'immolation surnaturelle avait aboli la loi ancienne, pour y substituer une religion d'amour et de charité.
Cependant ils ne renoncèrent pas à la commémoration de leurs cérémonies primitives : la mémoire leur en était d'autant plus précieuse, qu'elle leur rappelait les fonctions honorables que leurs ancêtres avaient exercées. Ils résolurent d'en continuer l'observance parmi eux, mais avec de grandes précautions, et sous le secret le plus inviolable ; semblables en cela aux premiers chrétiens qui, sous la persécution des Empereurs, avaient pratiqué dans les entrailles de la terre, et dans l'obscurité des catacombes, les rites sacrés de leur croyance religieuse, dont l'intolérance leur interdisait l'exercice public.
Le rétablissement du Temple était le but qu'avaient les croisés, en s'armant contre les infidèles.
Nos FF∴ s'annoncèrent à eux, comme voulant prendre part commune. Ils se dirent issus des premiers ouvriers qui avaient travaillé à la construction du Temple de Salomon, et prouvèrent qu'ils étaient dépositaires de tous les plans des premières constructions. Ils prirent le nom de Maçons-libres, et s'unirent, sous cette démonstration, aux croisés, sous les enseignes desquels ils se rangèrent.
Pour se prémunir contre la curiosité que leur méthode particulière d'association et leur dénomination pourraient exciter, ils pensèrent qu'il était utile d'intéresser les nations en leur faveur ; et à cet effet, ils s'associèrent plusieurs Européens recommandables, qui ne tardèrent pas à concevoir une haute idée d'une institution qui vivait modestement isolée au milieu d'une foule pétulante et licencieuse.
C'est alors qu'ils adoptèrent un mode de réception fixe qui fut propre à écarter la multitude, et à essayer les qualités de l'âme et de l'esprit de ceux qui désiraient s'unir à eux.
Pour éviter toutes surprises, ils renouvelèrent l'usage des signes et des mots d'ordre anciens, tels qu'ils sont parvenus jusqu'à nous.
Après les croisades, les initiés se dispersèrent, après avoir juré tous ensemble de se réunir de nouveau, lorsque les circonstances l'exigeraient.
Tel est aussi notre but, nous travaillons avec patience, en attendant le moment favorable, pour reconquérir les droits de nos vertueux ancêtres. »
Clôture
Le Souv∴ Prince frappe avec le pommeau de son épée 9 coups 0-000-00000, et dit : « À l’ordre, mes FF∴. 1er et 2d Princes, aidez-moi à fermer les trav∴ de la Gr∴ L∴ des Chev∴ de la Palestine. »
Les 1er et 2d Princes frappent le même nombre de coups et disent l’un après l’autre : « Chev∴, aidons le Souv∴ Prince à fermer les trav∴ de la Gr∴ L∴ des Chev∴ de la Palestine. »
Le Souv∴ Prince fait les demandes suivantes auxquelles répond le 1er Prince.
D. Quelle heure est-il, 1er Prince ?
R. L’entrée de la nuit, Sou∴ Pince, il est temps de nous reposer.
D. Qui vous a amené ici ?
R. L’amour de la vertu et de mes devoirs.
D. Qu’y avez-vous apporté ?
R. Zèle, ferveur et constance.
D. Quelles dispositions doivent avoir les Chev∴ de la Palestine ?
R. Ils doivent avoir un coeur pur et en éloigner sans cesse la méchanceté, l’orgueil et la jalousie.
D. Comment doit-on être en ce lieu ?
R. Dans un profond silence et dans le plus grand respect.
D. Pourquoi tous les FF∴ sont-ils égaux ?
R. Parce que notre ordre réduit ici tous les hommes au même niveau et parce qu’il y a dans ce triangle une chose plus grande que vous.
D. Pourquoi lui devons-nous nos respects ?
R. Parce qu’il contient le nom du grand tout, être sublime que nous ne devons jamais perdre de vue, si nous voulons parvenir au deg∴ de perfection d’un véritable Maç∴.
D. Quel âge avez-vous ?
R. Le quarré de 9.
D. Pourquoi cet âge ?
R. Parce qu’il est temps de recueillir le fruit de mes trav∴.
D. Qu’avez-vous contracté, lorsque vous avez été reçu Chev∴ de la Palestine ?
R. L’obligation de chercher à acquérir la sagesse.
D. Où trouve-t-on cette sagesse ?
R. Dans le cœur des vrais Chev∴ de la Palestine qui composent cette royale L∴ dont vous êtes l’ornement et le soutien.
Le Souv∴ Prince se lève et fait la prière suivante :
Prière
« Souv∴ Gr∴ Arch∴ des mondes, les ouvriers de ce Temple se prosternent devant ta majesté suprême, pour te remercier de la protection continuelle que tu leur accordes. Ils te rendent mille actions de grâces, pour ce qu’ils ont pu faire d’utile dans cette journée, dans laquelle ils ont vu accroître le nombre de leurs FF∴. Daigne présider à leurs actions, et que rentrés dans le monde profane, on ne les distingue que par leurs vertus et leur attachement à tes lois. Amen. »
Le Souv∴ Prince fait circuler le tronc de bienfaisance.
Il dit ensuite : « 1et et 2d Princes, annoncez aux Chev∴ qu’au nom et sous la protection du Gr∴ Arch∴ de l’U∴, je vais fermer la Gr∴ L∴ des Chev∴ de la Palestine, soutien de la Maçrie primitive. »
Les 1er et 2d Princes disent l’un après l’autre : « Chev∴, le Souv∴ Prince vous annonce qu’au nom et sous la protection du Gr∴ Arch∴ de l’U∴, il va fermer la Gr∴ L∴ des Chev∴ de la Palestine, soutien de la Maçrie primitive. »
Le Souv∴ Prince fait le signe et la batterie par 0-000-00000, et dit trois fois Alléluia.
Le 1er et 2d Princes répètent le signe, la batterie et l’acclamation.
Le Souv∴ Prince dit : « La Gr∴ L∴ est fermée. »
Les 1er et 2d Princes répètent.
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Rose-Croix (22e)
(Notons que seule la maçonnerie adonhiramite propose un grade Rose-Croix, très court et différent de celui de Namur. Les plus Secrets Mystères ne le comporte pas.)
Le volumineux rituel de Rose-Croix vient ensuite (disponible sur Latomia). Il porte le n°22, comme celui du système de Rouen : «Maçonnerie verte et Rouge / 22e grade de la maçonnerie Chevalier Rose + Prince maçon » (disponible sur Latomia) qui daterait de 1783 et se rattacherait, selon « Latomia », au « Royal Order of Scotland ». Le rapprochement des deux systèmes au chiffre « 22 » est peut-être fortuit, même si c'est un chiffre éminemment symbolique. En effet, le texte du rituel namurois n'est pas proche de celui de Rouen.
Traditionnellement, les termes de Très Sage Arthirsata ne sont pas pratiqués en Belgique. S’ils le sont, c’est par une sorte de contagion secondaire avec les pratiques françaises. Seuls les termes de Très Sage sont utilisés. Le Rite Primitif suit cette dernière tradition.
Le rituel namurois fonctionne avec quatre chambres, il ne se distingue pas autrement des autres rituels du XVIIIe français. L'importance du Rose-Croix dans la maçonnerie des hauts grades explique probablement la faible variance entre les différents rituels, quels que soient les systèmes.
Sa dénomination complète est reprise et analysée dans le rituel lui-même, elle correspond assez bien aux dénominations que donne le rituel du marquis de Gages (« Chevalier de l'Aigle ou de Rose-Croix »), par contre l'ordre et les explications peuvent être divergentes.
« Ce grade a été institué dans la Palestine. Il se nomme Rose-croix, parce que les premiers Maçons avaient fait graver une Rose sur une Croix, emblème de notre Seigneur comparé à une Rose dans l’Évangile. On le nomme Chev∴ de l'Aigle parce qu'il y a un aigle sur le bijou, emblème tiré de ce que comme l'aigle ose fixer le Soleil, de même l’Être Suprême fixe et pénètre tout. On le nomme encore du Pélican, parce que comme le Pélican se saigne pour nourrir ses petits, de même le fils de Dieu a versé son sang pour sauver ses enfants. On lui donne en outre le nom de Maç∴ Heredom, parce que le premier chapitre de ce Grad∴ en Europe, s'est tenu sur la montagne d'Heredom, entre l'Ouest et le Nord de l'Écosse. Enfin on l'appelle Chev∴ de Saint André, parce que les Maç∴ d'Écosse faisaient et font encore aujourd'hui une procession publique le jour de ce Saint, et que l'ancien bijou était formé d'une Croix de St-André couverte d'une rose. »
Soulevons cette particularité namuroise (peut-être existe-t-elle ailleurs ?), l’explication des lettres INRI est templière :
Le T :. Sage fait les questions suivantes :
D. D’où venez-vous, Fr Chev :. ?
R. De Jerusalem
D. Par où avez-vous passé ?
R. Par Nicosie.
D. Où avez-vous été dépouillé ?
R. A Rhodes.
D. Quel est le mot de ralliement des Chev :. ?
R. Saint-Jean.
Ce n’est donc pas la séquence plus classique de Judée, Nazareth, Raphaël, Juda, qui est néanmoins décrite dans le rituel pour le cas où il y aurait des chevaliers d’autres loges présents.
Notons encore le nom de ce grade dans la lettre de Metz de 1761 aux « Frères de Lyon », signée Des Graviers, Meunier de Précourt et Le Boucher de Lenoncourt :
« Chevalier de l'aigle, du pélican, chever de St André ou maçon d'Heredom».[19]
Ici se termine manifestement l’un des groupes de grades qui constituent le Rite Écossais Primitif. Il est tout à fait de son temps, celui du XVIIIe siècle. Par exemple, comme les Rose-Croix du XVIIIe, les travaux commencent et se terminent, alors que dès le XIXe siècle, apparaissent des rituels où les travaux sont suspendus ou ajournés, mais ne sont plus fermés.
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Références.
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Selon le travail de thèse de Le Forestier, ces rituels seraient l’œuvre d'un remaniement réalisé par Tchoudy pour le « Conseil des Chevaliers d'Orient » à Paris. (Thèse complémentaire présentée pour le Doctorat à la Faculté des Lettres de l'Université de Paris, 1914, p 59.)
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Je remercie ici A. D. pour m’avoir fait découvrir cette page du registre des API.
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Félix Rousseau. Dans le vieux Namur, autour de St Jacques. Auto-édition (Imprimerie 'Vers L'Avenir', Namur), 1967. La confrérie de St Jean Décollé ou de la Miséricorde était organisée comme une franc-maçonnerie avec plusieurs niveaux (novices, etc.; cultivant le secret de leurs membres). On les appelait les babeux. Créé en 1751, ils disparurent en 1828 par absorption de la confrérie de la Consolation. Ils créèrent l'hôpital St-Jacques qui fonctionna jusqu'en 1902, c'est-à-dire jusqu'à sa relève par l'hôpital St-Camille. Joseph II, trouvant l'hôpital utile, ne supprima pas le confrérie. De même, ils reconstruisirent l'église St-Jacques, au coeur de Namur, rattaché à l'hôpital et qui, par ce fait, ne fut pas vendu lors de la période française comme bien d'Église. Notons qu'à Mons, une confrérie identique existe, nettement plus ancienne, on les appelle les beubeux.
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Steel-Maret. Archives secrètes de la Franc-maçonnerie. Lyon, 1893, p 75.
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Jan Snoek. Le développement précoce du degré de maître écossais en Allemagne et dans les pays voisins. Renaissance Traditionnelle n°205, 2023, pp 4-33.
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René Desaguliers. La Grande Loge de Paris, dite de France et les « autres » grades de 1756 à 1766. Renaissance Traditionnelle n°86, 1992, pp 81-136.
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Colette Leger pour la présentation et transcription. Les 81 grades qui fondèrent au siècle des Lumières le Rite Français. Tome 2, Éditions Joaben hors-série, 2017, p 81 et 171-6.
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Herbert F Inman. Royal Arch Working Explained. 1933. Traduction française : MF Burdin et M Piquet. Pratique de l’Arc Royal expliquée. Édition de la Tarente, 2018.
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Colette Leger, idem, p 187.
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Pierre Noël. De l’installation du Comte de Clermont au 20e degré du Rite de Perfection. Renaissance Traditionnelle n°73-74, 1988, pp 30 à 50.
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Tous les Rituels alchimiques du Baron de Tschoudy. Reproduction Arma Artis (vers 1980).
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Colette Leger , op cit, p 81 et 214-8.
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Claude Antoine Thory. Acta Latomorum ou chronologie de l'histoire de la franche-maçonnerie Française et étrangère. 1815, pp 330-31.
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George Oliver. The historical landmarks and other evidences of freemasonry. Vol 2-2. op.cit.1855, p. 59.
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Pierre Girard-Augry. Rituels secrets de la Franc-maçonnerie templière et chevaleresque. Dervy, 1996.
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Louis, Théodore-Henri de Tschoudy. L’Étoile flamboyante ou la Société des Franc-maçons. Édition de 1766, pp 33-40.
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Ce dernier grade « émanant » du premier, Tschoudy. Op.cit. pp 131-32 et plus loin, pp 141, 149-150 ; il reprend un courrier de 1764 qui proviendrait d'Alsace.
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Le Bihan. Loges et chapitres de la Grande Loge et du Grand Orient de France. Loges de Province. CHESRF, Paris, 1990, p.139.
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Steel-Maret. Archives secrètes de la Franc-maçonnerie.1893. Réédition Slatkine, 1985, p75.
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