François Bovesse franc-maçon et la Bonne Amitié à l'Orient de Namur -partie 2-
Publié le 10 Juillet 2025
Liminaire : je me propose de réaliser une quintuple publication sur François Bovesse franc-maçon, afin d'éviter une lecture unique trop fastidieuse.
1. François Bovesse franc-maçon, un poète, certainement.
2. François Bovesse franc-maçon et la Bonne Amitié à l'Orient de Namur.
3. François Bovesse franc-maçon, tel un Hiram.
4. François Bovesse franc-maçon, complot sur le nom de la Loge.
5. François Bovesse franc-maçon et le « Fait Wallon ».
Le Mouvement Wallon au sein de la loge namuroise La Bonne Amitié.
La connaissance appelant la connaissance, ces textes seront bien évidemment susceptibles de modifications, au gré de nouvelles recherches/découvertes/apports.
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2. François Bovesse franc-maçon et la Bonne Amitié à l'Orient de Namur
En-tête de courrier utilisé, ici en 1939. Ce modèle était déjà en usage durant l'ancien régime. CEDOM-Bruxelles.
Chapitres:
a. Sur le plan maçonnique, état de la documentation
b. La maçonnerie namuroise de l’entre-deux-guerres
*Le Mouvement Wallon avant l'arrivée de François Bovesse
*Souverain Chapitre de L'Intérieur du Temple
c. François Bovesse, franc-maçon
*Le Mouvement Wallon après l'arrivée de François Bovesse
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a. Sur le plan maçonnique, état de la documentation
Peu de choses en fait, nous sont parvenues. Les archives de la Loge "La Bonne Amitié" de Namur, et certainement celles concernant l'entre-deux-guerres, furent pillées, volées par les rexistes (supplétifs des nazis) qui s'emparèrent et occupèrent le temple de Namur durant la guerre. À la fin de celle-ci, il ne restait rien, littéralement. Refaire le parcours maçonnique de 17 ans de François Bovesse restera dès lors très incomplet.
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Certificat délivré en 1927 par le Grand Orient de Belgique (GOB) à Joseph Laderier (1858-1940). Il avait été reçu à la Bonne Amitié de Namur en 1901. À son entrée, il était qualifié de commis au chemin de fer belge. (Archives de l'auteur)
Qu’avons-nous (de ma connaissance) :
- Le livre d’or de la Loge qui fut récupéré auprès, apparemment, d’un rexiste après la guerre. On y trouve les noms et dates des initiations, notamment durant l’entre-deux-guerres, mais peut y avoir des manques (le livre, lorsque récupéré, était démantibulé).
- Ont été mis en vente publique dernièrement les Minutes du secrétaire qui courent du 7 mars 1926 (nouveau Conseil) au 4 novembre 1928 (fête funèbre). Le propriétaire actuel de ces documents, très utilement, en a fait un scan disponible sur internet.
- Les archives de Moscou (CEDOM) qui contiennent divers éléments des années 1920 et 1930 concernant la Bonne Amitié. Certaines de ces archives sont consultables en ligne.
- Les archives du Grand Orient de Belgique (GOB) pour cette époque qui se trouvent également au CEDOM, dont divers courriers de la Loge vers le Grand Orient de Belgique (GOB).
- J’ai pu ainsi retrouver les tableaux de différents « Conseils des Officiers dignitaires » (à Namur on dit Conseil et non Commission) : ceux de 5920-1-2-3-4-5-6-7-8-9 et 5930-4-6-7-8. (En franc-maçonnerie, on rajoute 4000 à l'année et celle-ci court de mars à mars: donc 5920, c'est du 1er mars 1920 au 28/29 février 1921.)
- Les Bulletins du Grand Orient de Belgique de l'entre-deux-guerres sont précieux car ils contiennent des données fournies annuellement (en principe) par la Loge (son rapport moral en quelque sorte). Un jeu complet se trouvent au CEDOM.
- Diverses sources secondaires comme les ouvrages portant sur ou de l'époque, les journaux de l'époque, etc. Cela permet de préciser l’une et l’autre choses et l’ « ambiance » de cet entre-deux-guerres.
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Repris de "Bulletin Antimaçonnique", n°8-9-10, 1911. Le bâtiment avec son temple fut inauguré en 1908. C'est là que François Bovesse fut reçu par la Loge le 11 mars 1923. (archives de l'auteur)
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Il existait apparemment des archives de la Loge qui furent mises à l'abri en 1940 et qui furent récupérées ensuite ... pour apparemment à nouveau disparaître (et peut-être pour certaines d'entre elles, réapparaître, qui sait). La saga des archives de la Bonne Amitié se poursuit! Mon avis est qu'on devrait les confier au CEDOM pour qu'elles ne se perdent plus ...
Archives GOB - CEDOM.
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Courrier du secrétaire-permanent Hubert Lambert au secrétaire du GOB, daté du 18 septembre 1945 : "[...] Ayant encore beaucoup d’ennuis depuis 3 semaines dans les travaux du local – plafonds tombés heureusement la nuit – nous sommes forcés pour éviter des accidents de faire nettoyer tous les plafonds ce qui n’est pas une tâche agréable ni facile, de faire tomber tous ces platras, et les difficultés de trouver les gens de métier disponibles ; à force de démarches on m’a enfin promis pour la semaine prochaine.
J’étais occupé à débrouiller les archives évacuées en hâte en 1940 et qui sont malheureusement en désordre et en mauvais état, lorsque j’attrape ce contretemps qui a bouleversé tout le secrétariat. J’espère être remis à jour fin du mois. [...]"
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b. La maçonnerie namuroise de l’entre-deux-guerres
La Bonne Amitié est la seule Loge, à ce moment, qui existait dans les provinces de Namur et de Luxembourg. C’est pour cette raison qu’elle construisit son bâtiment actuel (1908) près de la gare et se réunissait à cette époque un samedi. Ceci pour faciliter la venue de ses membres lointains par le train. De plus les réunions se réalisaient le samedi après-midi, moment moins chargé professionnellement : caricaturalement, l’homme allait à la Loge et sa femme faisait les magasins.
Durant la guerre 14-18, le bâtiment servit d’ambulance (premiers soins) et n’a donc pas trop souffert.
Les travaux reprennent en 1918 sous la présidence d’Emile Roisin, avocat à Fosses, qui était le dernier président d’avant la guerre. Suivirent Ernest Duchateau, notaire à Florennes qui avait déjà présidé la Loge avant la guerre / Léon Walravens-père, industriel et conseiller communal à Tillier (Fernelmont, Namurois), ainsi que conseiller provincial et député permanent de Namur / Georges Honninks* / Fernand Clement, ingénieur à Solvay / Guillaume Donies, lieutenant-général à la retraite / à nouveau Fernand Clement / François Closset, un linguiste en langues germaniques, professeur à l'université de Liège / Léon Sasserath, un chirurgien-dentiste (qualifié erronément d'avocat par l'Institut Jules Destrée) qui fera une belle carrière politique à Dinant -2x bourgmestre- et au niveau national -sénateur-, qui sera également le premier président de la loge après-guerre.
*Georges René Honinckx (Namur, 3 juillet 1879 - 6 février 1952), mariée le 22 février 1908 à Irma Marie Maes (née à Namur), professeur de chant dont le père était luthier. Ils ont une fille et un fils, Georges Xavier né le 4 juin 1910; durant la dernière guerre, le fils sera déporté et fusillé par les Allemands à Gross-Rosen.
Son père, Adolphe Honinckx, négociant, était déjà membre de la loge namuroise (reçu en 1873), il décède en 1925: "C'est enfin notre T. ·. Ill.·. F. ·. Adolphe Honincks, celui que nous avions coutume de considérer ici comme notre doyen, notre aïeul vénéré, le père de la Bonne Amitié" (éloge funèbre dans BGOB de 5924; cela montre aussi que celui-ci pratiquait les hauts grades).
Par sa mère Élise Agnes Lecocq, il est le neveu de Mme Joseph Grafé, née Caroline Marie Lecocq, mère de Marcel Grafé, cf partie 5. (Les liens sont complexes puisqu'on trouve comme témoin de l'acte de naissance de sa soeur Marie-Anne Honinckx (1896), Louis Bovesse, l'oncle de François Bovesse.)
Il est reçu à la loge le 7 janvier 1912 et en deviendra président de 5925 à 5928, de mars à mars. François Bovesse fut 'son' orateur-adjoint.
Par ailleurs il est avocat (étude à l'ULB) et deviendra bâtonnier de Namur (2x), député (il succède à Joseph Grafé en 1919) et président de l'association libérale (François Bovesse lui succédera comme président en 1920), ainsi que président, d'une part de la Ligue de l'enseignement section Namur, et d'autre part de la "Libre Pensée" de Namur. Comme journaliste, il devient le directeur politique du journal libéral "La Province de Namur" en 1919. On le retrouve également rédacteur (1921) à l’Opinion Wallonne, journal militant wallon de Raymond Colleye, un fédéraliste wallon convaincu. Membre de l'Assemblée Wallonne, il représente l'arrondissement de Namur en 1914, puis de 1919 à 1925 et 1927, année où François Bovesse s'en retire, peut-être lui aussi. Il est également professeur au conservatoire de musique de Namur et on le voit, avec son épouse, tenir la partie musicale lors de la réception qui suivit la conférence à la loge réalisée par Henri Lafontaire (voir plus loin). En 1936, il crée avec le docteur Norbert Wouters une section du "comité de vigilance des intellectuels antifasciste" à Namur qui tiendra trois réunions publiques contre le parti fasciste Rex (15 mai, 2 et 4 juin 1936). Est-ce par ce biais que Norbert Wouters fut approché pour être reçu à la loge namuroise l'année suivante (25 octobre 1937)? Homme particulièrement affable et courtois, d'une grande érudition, excellent orateur et conférencier, il était salué pour sa probité, même par ses adversaires.
En terme de nombre de membres, la Loge navigue entre 110 et 150 membres.
Les premières années après la "grande"(?) guerre sont surtout, on s’en doute, consacrées à l’étude des effets et destruction de cette guerre sur le pays et la région, les réparations, etc. Ensuite ce fut assez diversifié et pour se donner une idée, ci-dessous les thématiques abordées en 1927, année où François Bovesse devient orateur-adjoint. Il en a certainement écouté quelques unes et on peut le penser/imaginer, est intervenu sur l'une ou l'autre.
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Tracé du secrétaire, 5927. Tracés mis à disposition en ligne par le propriétaire.
Autre exemple, le 11 janvier 1920, en tenue blanche (c’est à dire ouverte à des non-maçons), le prix nobel de la paix, Henri Lafontaine, (membre de la Loge Les Amis Philanthropes, Bruxelles, vient faire une conférence à la Loge namuroise : « Le rôle de la femme dans la Société de demain ». On aurait aimé y être !
Suivi d’une partie musicale où la femme du futur président de la Loge, Mme Georges Honninkx, officiait comme chanteuse, parfois accompagné de la voix de son mari. Et non, François Bovesse n’était pas le seul à pousser la chansonnette. Les banquets devaient être bien joyeux à cette époque.
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Archives de Moscou - CEDOM-Bruxelles
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Le 9 avril 1921, décède le botaniste Jean Chalon (1846 Namur - 1921 Saint-Servais-Namur), une personnalité namuroise très intéressante. Il figure dans l'encyclopédie du Mouvement Wallon. Docteur en sciences naturelles de l'Université catholique de Louvain en 1866, il sera pendant de nombreuses années, vice-président de la société 'horticulture' de la province de Namur. On lui doit de nombreux écrits, non seulement sur la botanique, sur le folklore namurois et d'autres sujets mais aussi à caractère moral notamment sur la nécessité d'une éducation soignée hors l'Église pour les jeunes et notamment les jeunes filles, outre qu'il fut un photographe infatigable de sa région. Il est reçu par la loge namuroise le 11 mars 1900. Sa première prise de parole en loge, comme il est de coutume, quelques jours après son initiation, porte précisément sur un "Complément d'Éducation et d'Instruction intellectuelles et morales". Une plaquette fut imprimée. Juste après son décès en avril 1921, ses amis et jeunes frères en maçonnerie (ED et FC: probablement Eugène Delchevalerie reçu en 1913 et Fernand Clement reçu en 1914) vont publier un supplément de sa plume "Comment je veux mourir" qui est un plaidoyer pour l'enterrement civil, plein d'esprit. Joseph Boulle, maître imprimeur de Gembloux qui vient juste d'être reçu à la loge namuroise, le 1er mars 1921, va se charger de l'imprimer. Joseph Boulle est celui qui imprimera le fascicule de 1946 dont question dans la quatrième partie de ce travail.
Par ailleurs, c'est un des membres fondateurs de la revue de jeunesse de François Bovesse en 1912, "Sambre et Meuse".
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Couverture des deux fascicules (archives de l'auteur)
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"Li Coq Wallon" est l'un des nombreux avatars d'hymne wallon proposés à l'Assemblée wallonne comme hymne de la Wallonie. Ce chant est dû aux liégeois Henri Baron et Charles Gaucet. Alors que le Coq hardi fut l'emblème choisi par l'Assemblée wallonne en juin 1913, et adopté immédiatement par tous (comme on le voit ici), aucune proposition d'hymne ne remporta l'adhésion et donc ne fut choisi à cette époque. La Wallonie resta sans hymne jusqu'au décret de 1998 qui choisit l'hymne le mieux classé (sans être cependant retenu) lors du concours organisé par la Ligue Wallonne de Liège en 1900: Li Tchant des Walons de Bovy et Hillier (1900-1901). Ce choix relève plus de la 'nécessité' que de l'enthousiasme, chaque région wallonne gardait jalousement ses propres trésors: Namur avec Li Bia Bouquet ou Liège avec le Valeureux Liégeois, etc. On écrivit même une Marseillaise wallonne (en fait plusieurs) qui eut beaucoup de succès. (archives de l'auteur)
Le 'Mouvement Wallon' à la loge namuroise avant l'arrivée de François Bovesse en 1923.
Le ‘Mouvement Wallon’ est un terme générique qui couvre un grand nombre de facettes visant l’identité et l’émancipation wallonne, sur le plan politique, économique, culturel, de défense militaire, linguistique, etc. La loge de Namur en est imprégnée depuis longtemps, bien avant la venue de François Bovesse. Par bien des aspects, Louis Delisse, dans les années 1870, en est un précurseur.
Nous avons déjà relevé l’importance d’Eugène Hambursin (1859-1912; reçu en 1901) et de Grégoire Horlait (1856-1933; reçu en 1902), fondateurs au côté de Jules Destrée de l’ « Assemblée Wallonne » en 1912.[Delforge, 2013] Notons que Horlait fut également fondateur du POB en 1885, il avait alors 29 ans. Mais ils ne sont pas les seuls, Jean Chalon, Walravens Léon père, Georges Honinckx, Joseph Boulle ou Marcel Grafé sont des acteurs importants, ils sont examinés ailleurs.
Sans être exhaustif, avant l'arrivée de François Bovesse à la Loge, citons également :
René Wodon, reçu en 1903. C’est un médecin. Il est membre du comité de rédaction de « L’Opinion Wallonne » en 1920 et l’un des délégués à l’Assemblée Wallonne (1914, 1919-23).
Jean Rosel (Malines 1849- Namur 1935), est reçu en 1905. Conseiller communal libéral avec Marcel Grafé, il crée en 1911 la Ligue Wallonne de Namur, qui eut une durée de vie brève. Cela faisait suite à l'assemblée à Namur des Ligues Wallonnes, unies pour la circonstance, qui réunit un millier de personnes. Notons que, l’année suivante, François Bovesse créa sa revue « Sambre et Meuse » qui s’éteignit au début de la guerre, ses rédacteurs partis sur le front. Notons enfin que la Ligue Wallonne de l’arrondissement de Namur prit la relève de cette première ligue, en 1913, à laquelle François Bovesse adhéra.
Pierre Wuille, 1885 (Namur) - 1915 (Arlon), reçu en 1914. Journaliste, critique littéraire, c'est un homme de lettre, engagé dans le combat wallon. Compagnon d'initiation de Fernand Clément et de Marcel Grafé, il accompagna également ce dernier à la revue étudiante le "Roseau Vert" lors de leurs études à Bruxelles (ULB). Jules Destrée dans son livre 'Wallons et Flamands': "Il [Hector Chainaye] dirige avec M. Jennissen, de Liège, du 14 novembre 1907 au 1er juin 1908, un hebdomadaire, 'Le Réveil Wallon', fondé pour réunir les différentes tendances du mouvement [wallon]: antiflamingants, annexionistes, séparatistes, antiprussiens, patoisants et autres. Ses collaborateurs sont MM. Ach. Chainaye, Mockel, A. du Bois, Louis Piérard, Oscar Colson, Vrindts, J. Delaite, J. Roger, Guilbart, Wilmotte et Wuile. Malgré cette brillante pléiade, le journal a peine à vivre." On le retrouve délégué à l'Assemblée Wallonne en 1912, selon Becquet, 1977 (on ne retrouve pas son nom parmi les constituants de 1912 repris par Delgorge 2013) représentant la province de Luxembourg, comme journaliste (directeur) du Progrès d'Arlon. Il décède durant la guerre à Arlon en 1915, il a 30 ans, il était probablement encore apprenti franc-maçon.
Marcel Grafé (1884-1936), reçu en 1914, une personnalité clef. Voir partie 5 de ce travail.
Melchior Michel (1857-1935), reçu en 1919. Quincaillier de profession, il est membre du conseil communal d’Auvelais dès 1887. Echevin en 1900, il devient bourgmestre socialiste d’Auvelais de 1921 à 1937 et sénateur provincial de 1921 à 1922. Il représente l’arrondissement de Namur à l’Assemblée Wallonne à partir de 1927.
Paul Beaupain (Verviers 1885 – Bruxelles 1936). Reçu en 1920. Il est conseiller communal à Namur à la même époque que François Bovesse et Marcel Grafé. Journaliste, il préside l’association des journaliste libéraux du Hainaut-Namur. Il fut le directeur de La Province de Namur où ses deux compères Bovesse et Grafé le rejoignirent. Durant la 1ère guerre, il est à Paris: « Il fonde, dans un immeuble à moitié abandonné de la rue Vivienne, le Club Belge, une sorte de coopérative où les réfugiés se rencontraient et retrouvaient la cuisine nationale à des prix ‘défiant toute concurrence’. Et cela dura jusqu'à l'armistice ... » (Pourquoi Pas?, 17 janvier 1930). Bien évidemment, Marcel Grafé devait être de la partie (éventuellement est-ce par ce chemin que Paul Beaupain fut reçu à la Loge namuroise ?). Revenu à Namur, peut-être avec hésitation, il reprend son travail au sein de La Province. S’amuser, manger, il aimait. Voilà que le journal Pourquoi Pas?, en 1929, propose aux Namurois de fêter la bataille des « Éperons d’Or » (Courtrai, 1302), haut fait d’armes devenu le symbole d’une Flandre conquérante sur la francité. Oui mais, le comte Jean de Namur, avec ses hommes d’armes, y prirent une belle part. L’occasion était trop belle de se payer une tranche de bonne humeur sur le flamingantisme (terme d’époque). On prépara un belle fête sous l’égide du journal qui lança l’affaire. Des discours, et surtout des agapes préparées par, bien entendu, Paul Beaupain. Plus de 160 convives, que du beau monde, avec en tête le bourgmestre de Namur Golenvaux avec à ses côtés celui de Liège, et bien sûr Marcel Grafé qui fit un discours au nom des Amitiés françaises (qu'il avait créées), François Bovesse et bien d’autres. On y chanta e.a. La Marseillaise, Li Bia Bouquet, et Bovesse, dans un grand jour, sortit : « Li vî clotchî d'Sint-Djan » et quelques chansons osées bien dans la tradition étudiante [Le Guetteur Wallon, 2, 1990].
Puis, Beaupain partit diriger le vieux journal bruxellois, L’Étoile belge ; c’était une consécration de son talent. Il fut délégué de Bruxelles à l’Assemblée Wallonne de 1934 à 1936 (c’est à dire à peu près la période où Marcel Grafé est directeur de la « Défense Wallonne », organe de l’Assemblée Wallonne). Sa notoriété était grande, et lors de son décès, la même année que Marcel Grafé, décidément !, le journal Le Figaro de Paris se fendit d’un avis nécrologique le 18 novembre 1936 (en page 2).
Le court éloge maçonnique repris dans le BGOB de 5936: "B... Paul, initié en 5919, directeur de la 'Province de Namur', puis de 'L'Étoile Belge' : journaliste vigoureux, dont la probité professionnelle justifie les privilèges que nécessite une vraie liberté de la presse".
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Paul Stevelinck. Reçu en 1922. Officier militaire, il est un des collaborateurs de la « Ligue pour la Défense de la Frontière de l’Est », mensuel d’une durée de vie très brève (3 numéros en 1931). Et nous savons que cette défense est une revendication majeure du Mouvement wallon de l’époque.
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C'était déjà une vieille préoccupation. Ici un petit fascicule d'Hector Chainaye, édité lors du congrès wallon de 1913 à Bruxelles, reprenant l'importance de la défense de la frontière de l'Est. Bien sûr, après la première guerre, cet impératif, validé par les événements, ira croissant. (archives de l'auteur)
Joseph Boulle (1879-1950), reçu en 1921. Voir partie 4 de ce travail.
Émile Fonck (1879-1952). Reçu en 1922. Enseignant, préfet de l’athénée du Centre, puis de Marche. On le voit à l’Assemblée Wallonne durant les années 1920 et 30. En 1938, il devient membre du comité d’honneur du premier congrès culturel wallon. Durant la guerre, il est sans doute résistant au sein de « Wallonie libre » (comme Joseph Boulle ou Jean Pirotte) puisque au sortir de celle-ci, il y représente la petite ville namuroise de Rochefort. Il est un des participants du premier Congrès wallon d’après guerre en 1945 à Liège.
Cette courte liste (non exhaustive) montre que François Bovesse n’était pas arrivé en 1923 en terre vierge, l’idée wallonne avait fait son chemin depuis bien longtemps à la « Bonne Amitié ». D’autre part, soulignons l’importance de l’ Assemblée Wallonne, laquelle, à travers plusieurs membres actifs, soutient l’identité wallonne au sein de la loge namuroise.
(Une partie de ces notices a été tirée de l'Encyclopédie du Mouvement Wallon.)
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En-tête d'un courrier du Chapitre namurois de 1926 (soit quatre ans après sa ré-ouverture). CEDOM-Bruxelles.
Le 9 juillet 1922, le Chapitre historique namurois de L’Intérieur du Temple (1776), après une cinquantaine d’année de sommeil, renaît, mais cette fois au Rite Écossais Ancien et Accepté et seulement jusqu’au 18e degré (Rose-Croix) sous la juridiction du Suprême Conseil de Belgique. Le Rite écossais Primitif, marque de fabrique de la Loge dans son premier siècle d’existence est oublié, même si certaines en-têtes des courriers de la Loge en font toujours mention. C’est un peu la famille Duchateau (Aimé, officier d’artillerie devenu général qui fut président de la Loge ; et ses cousins Ernest, notaire à Florennes (celui qui initia François Bovesse) qui fut également président de la Loge et son fils René, étudiant en droit lors de son initiation et qui plus tard le remplacera au notariat de Florennes) qui tient le 'haut du pavé' : Ernest est le premier président du nouveau Chapitre, René en est l’orateur et Aimé l’expert-porte étendard. Sur les 8 officiers du Chapitre nommés à cette occasion, trois étaient des Duchateau ! Fernand Clement, un grand ami de Goblet d’Alviella (LE maître d’oeuvre de la re-création en tant que Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de Belgique) est la cheville ouvrière de ce phénix qui renaît et en devient le secrétaire. Huit mois plus tard François Bovesse entrait à la Loge namuroise.
Ernest Duchateau, notaire à Florennes. Archives de Moscou. Regardez la notation des dates, elles sont identique, l'une en notation maçonnique, l'autre en notation ordinaire. - CEDOM-Bruxelles
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Ces 22 ans d’intermède entre deux guerres, montrent des gens anxieux, pressés. Il fallait aller vite. Lorsqu’on voulait devenir franc-maçon, cela devait se faire quasi le lendemain. Des procédures étaient écourtées, le cas échéant les passages des grades. On peut prendre l’exemple de Fernand Clement. Encore apprenti au sortir de la guerre (1918), il est au 18e grade lors de la reprise des travaux du Chapitre namurois quatre ans plus tard (1922) et occupe la charge de secrétaire, de même pour la Loge. À cette époque, Loge et Chapitre étaient étroitement liés et les charges d’officier souvent partagées.
De même, Armand Detaille* tient le secrétariat de la Loge et du Chapitre (il est au 18e grade) au moment de ce courrier de 1939, envoyé au GOB, avec une demande d'écourter les délais entre l'annonce de la procédure de demande d'un 'profane' et l'initiation elle-même qui devrait être au minimum de 3 mois. Acceptation du GOB pour les deux demandes, mais avec rappel des règles.
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Dossier des échanges de courriers de la Loge vers le GOB, dans les années 1920 et 1930. CEDOM-Bruxelles
*Aimé, dit Armand, Detaille (1885 à Frasnes-lez-Buissenal (Hainaut) - 1944 à Neuengamme (près de Hambourg)), ingénieur électricien et expert en télécommunications, fut reçu à la Loge de Namur le 12 mars 1933, presque jour pour jour, 10 ans après François Bovesse. Il occupera la charge de secrétaire de la loge comme l'échange de courrier ci-dessus le montre. Fonctionnaire à la RTT (régie des téléphones et télégraphes), durant la guerre, il fut un résistant de la première heure (1940) à la direction de Namur et participa à la mise en place d'un réseau téléphonique clandestin. Les tâches des réseaux clandestins issus d'agents de la RTT étaient: de renseignements sur les communications ennemies et leur sabotage; de transmettre des informations entre groupes résistants et aux Alliés; de coordonner des sabotages des infrastructures allemandes; de protection des infrastructures stratégiques contre l'occupant; de faciliter l'exfiltration d'agents ou de prisonniers alliés. Les ingénieurs et techniciens de la RTT étaient stratégiques pour la résistance, grâce à leur accès aux centraux téléphoniques et leur expertise en interception. Le réseau d'Armand Detaille rendit notamment les plus grands services au moment de l'avancée des troupes alliées. Arrêté le 7 août 1944, déporté, il décédera au camp de concentration de Neuengamme en Allemagne le 1er octobre de cette même année.[Collectif. Le livre d'or de la résistance.] Le Chapitre de Namur porte désormais son nom.
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§ En avant-goût de ce qui arrive, lors d’une réunion, en avril 1935, de la Loge bruxelloise « Les Vrais Amis de l’Union et du Progrès réunis », on apprend que l'ancien premier ministre catholique de Broqueville, dont Bovesse fut deux fois ministre de son gouvernement (31-32 & 34-mars35), avait dans ses cartons le projet de faire disparaître la franc-maçonnerie, en la transformant en association nationaliste (un peu comme la franc-maçonnerie allemande sous la pression hitlérienne): "Le TCF VD signale que l'ex-ministre de Broqueville tenait prêt à exécution un décret de dissolution de la FM qu'il voulait convertir en une association nationaliste." (voir également Lacroix-Riz 2010, pp 427-9 sur la passivité de Broqueville concernant la question allemande à partir de 1933)
§ Les années trente furent des années, sur le plan économique, difficiles et firent le lit des extrêmes. Arrivent les députés rexistes suite à l'élection législative de 1936 (à l'origine, une scission du parti catholique auquel ce nouveau parti prend essentiellement les voix, même si le parti ouvrier et le parti libéral perdent également des plumes), mais aussi du VNV (nationalistes flamand): ces deux partis deviendront, en simplifier, des supplétifs aux nazis. Avec l'arrivée des communistes, c'est un quart des votes qui vont aux extrêmes. Ceci provoque un choc dans la population du sud du pays (de joie ou de peur), de l’inquiétude et suscite de nombreuses conférences dans les Loges maçonniques (afin comprendre le mouvement rex déconcertant, d’en exposer différentes facettes, de répondre à cette menace sourde que suscite Léon Degrelle et ses séides, …).
§ Et puis viennent les menaces de guerre qui vont susciter des conférences ad-hoc. Par exemple, en 1937, à la 'Bonne Amitié' : « Le fascisme belge et l’Avenir de notre culture » ou en 1938 « Sous le signe de la croix gammée » ou « L’ordre de Vogelsang ».
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Publication anti-maçonnique. Le Dr Ouwerx sera un collaborateur actif des nazis. (archives de l'auteur)
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c. François Bovesse, franc-maçon
Note : tous les 3 ans (en principe), on change de Conseil des officiers de la Loge, ce qui se réalisait, à cette époque, en mars, dans le prolongement de la cérémonie d’initiation.
Qui furent ceux qui l'ont présenté à la Loge? On ne le sait pas. Au jeu des devinettes, pure supposition, j'opterais pour Léon Walravens-père, un compère de l'Assemblée Wallonne* et -l'un n'excluant pas l'autre- pour Marcel Grafé (1884-1936), un ami de longue date au parcours assez similaire, également homme de lettres et à ce moment son collègue au conseil communal de Namur. Il est son aîné de 6 ans, et membre de la Loge depuis 9 ans. François Bovesse fera son évocation funèbre dans le mensuel "Terres Latines". Ainsi que Georges Honinckx à qui il a succédé comme président de l'association libérale de Namur en 1921, un homme reconnu, même par ses adversaires, d'une probité morale exemplaire, outre qu'il était un conférencier, comme François Bovesse, très apprécié (P Lothe).
*L' Assemblée Wallonne, organisme important dans le réveil wallon d'avant-guerre, a été fondé en 1912 par Jules Destrée. Parmi ses membres fondateurs [Delforge, 2013], on trouve deux membres de la loge Namuroise, Eugène Hambursin (1859-1912) -reçu à la loge en mai 1901- et Grégoire Horlait (1856-1933) -reçu à la loge en mai 1902-, le premier conseiller communal de Namur ainsi que député libéral, et le second industriel à Moustier s/S et député de Dinant-Philippeville du Parti Ouvrier Belge dont il fut fondateur en 1885. On y trouve du temps de François Bovesse qui en fit partie de 1919 à 1927 (ensuite il n'y est plus présent), notamment Léon Walravens-père et son ami Marcel Grafé. Ce dernier sera important dans son organe de diffusion "La Défense Wallonne".
Lors de la commémoration des 150 ans de reconnaissance de la loge par la Grande Loge d'Écosse en 1921, les membres décédés dans les années précédentes sont célébrés, dont celui d' "Eugène Hambursin, notre député d'hier, fauché en pleine bataille pour nos Idées, succombant à la tâche qu'il avait voulue trop grande peut-être, préjugeant trop des forces dont il disposait". Cet extrait semble montrer que la Loge namuroise épousait la lutte représentée par le 'Mouvement wallon' de cette époque.
Toujours est-il que le 11 mars 1923, date de l’initiation de François Bovesse, il y eut changement de Conseil des Officiers de la Loge.
C’est donc Ernest Duchateau, qui présidait la Loge pour la dernière fois, un notaire de Florennes, qui initia François Bovesse, mais c’est sous la direction du nouveau président Léon Walravens père (1872-1944; reçu en 1906), un industriel et conseiller communal de Tillier, que celui-ci fit ses premiers pas en maçonnerie. Son instructeur, comme jeune apprenti, fut Edgar Yperman (2e surveillant), un colonel de cavalerie qui deviendra lieutenant-général. Ensuite devenu compagnon, il sera instruit par Nestor Philippart (1e surveillant), un expert-comptable de La Plante. Cela se réalisait en accéléré, par rapport aux normes actuelles, puisqu’en début d’année 1925, manifestement il était maître-maçon.
Lors de son initiation, il était député et conseiller communal. Trois autres candidats furent reçus avec lui. Il s’agit de Louis Pregaldien*, inspecteur de l’enseignement primaire, qui jouera un rôle important dans la maçonnerie dite « libérale » belge et particulièrement namuroise (le terme ‘libéral’ repris ici ne renvoie pas au mouvement politique/économique libéral, mais en opposition à la maçonnerie dite ‘traditionnelle’). En outre, ils étaient accompagnés de Victor Bulens architecte à Dinant et de Franz Poot industriel à Gembloux. C’est donc en quatuor qu’ils franchirent leurs premières étapes au sein de la Loge namuroise.
1923 est également une année intense d’activité politique pour François Bovesse. La flamandisation de l’Université de Gand est à l’ordre du jour. Il s’y oppose et multiplie les meetings politiques, même à Gand, pour dire tous les dangers de ce mouvement pour l’unité du pays avec le recul du français au nord, le risque d’une flamandisation de l’administration et le mouvement vers une fédéralisation pour échapper à la flamandisation du sud consacrant alors la coupure du pays en deux. Un visionnaire à rebours, car, chacune des raisons contre lesquelles il se battait durant cette année-là, s’est finalement réalisée. On voit que la question linguistique est centrale pour lui, cela sera d’ailleurs le sujet de ses conférences en franc-maçonnerie. Il évoluera dans ses conceptions sur le sujet et se battra pour l'unilinguisme des régions.
Janvier 1926. Inondation à Namur. Rue du Lombard vue depuis la place l'Ilon. À gauche, on devine le long de la façade, une barque qui ravitaille. Patriote Illustré, supplément du 10 janvier. (archives de l'auteur)
Pour une raison que j'ignore (maladie du président Léon Walravens-père ou autre), le Conseil des officiers fut remplacé en mars 1925 après seulement deux ans. Georges Honninks, un avocat de Namur, prit la présidence de la Loge.
François Bovesse, lors du renouvellement de celui-ci, rentra dans le Conseil des Officiers.
Il avait en effet été élu Orateur adjoint, et le sera durant les années 5925 à 5927, de mars à mars. Il secondait l’orateur en titre qui était alors Fernand Clement*. L’année suivante, 5928, au changement de Conseil des officiers, Clement devient président de la Loge par vote du 11 février 1928, et Bovesse disparaît du Conseil des Officiers. Il n’y reviendra plus.
Dossier des échanges de courrier de la Loge vers le GOB, dans les années 1920 et 1930. CEDOM-Bruxelles
*Jeu de chaise musicale: préalablement, durant cette période de 2 ans (5923-5925, de mars à mars), ce furent Fernand Clement puis Georges Honninks qui se partagèrent la charge d’orateur, s’échangeant avec celui d’orateur-adjoint. L'explication serait que, probablement, pour Clement, sa charge de président du 'nouveau' Chapitre namurois (1925-1928) était lourde et que le cumul des deux présidences trop difficile (Loge+Chapitre), il était donc sage de remettre la présidence de la Loge après. Ceci expliquerait cela. Lorsque Honninkx monta comme président de la Loge (5925), Fernand Clement redevint orateur, pour devenir à son tour président de la Loge à la fin du triénnat précédent (période 5929 – 5930 de mars à mars, une présidence qui ne dura que 2 ans, mais repris 3 ans plus tard pour un an).
*Louis Prégaldien (1889 Herstal-1969 Jambes-Namur), inspecteur de l'enseignement primaire, marié en 1920 avec Marie-Hermance Brabant. Il fut donc reçu avec François Bovesse. Il deviendra président de la Loge namuroise en 1950. Mais ce sont surtout les Hauts-grades qui nous intéressent ici. C’est un proche de Fernand Clement. Il fut un des présidents du Chapitre namurois qui, après 50 ans de sommeil, avait repris du service en 1922. Il deviendra 33e au Suprême Conseil (historique) de Belgique et en tant que tel contribuera à la mise en place du « Souverain Collège du Rite Écossais » (SCRE), la version ‘libérale’ du Suprême Conseil, suite aux ruptures de la maçonnerie belge de 1959-1960. Le SCRE est, depuis, devenu la juridiction la plus importante en Belgique travaillant (pour simplifier) au REAA. L’Aréopage de « L’intérieur du Temple » de Namur (du 19e au 30e degré) porte son nom.
*Fernand Clement (1883 Braine-le-Comte-1950 Bruxelles), Ingénieur à Jemeppe sur Sambre, marié en 1907 à Nivelles avec Nelly Havaux. Il est reçu en 1914, avec notamment Marcel Grafé (dont question en 5e partie) - la dernière fournée avant la guerre - et Pierre Wuille (ci-dessus). Il fut une des chevilles ouvrières de la reprise du Chapitre namurois en 1922. Déjà en 1925, il est choisit comme président de ce Chapitre (ils ne sont pas encore très nombreux: 8 fondateurs en 1922). Il fut également président de la Loge namuroise (5929-30 & 5934).
33è en 1937 au Suprême Conseil, il en devient aussitôt son Grand Chancelier. En succession de Fernand Leveque (1945-1948), il devint le Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de Belgique (historique) avant les ruptures, soit de 1948 à 1950. Il reprend ainsi la charge de Goblet d'Alvielle, qui était décédé en 1925 (3 ans après le relèvement du Chapitre namurois), et qui fut suivi par Armand Anspach-Puissant (1925-1937). Ensuite nous avons Georges Petre (1937-1942, assassiné par des membres de "De Vlag" -nazis), puis Eugène Voets (1945-1945).
C’était l’historien référent de la franc-maçonnerie belge durant les années surtout de l’entre-deux-guerres (Histoire de la Bonne Amitié -1924-, Histoire des Hauts-Grades en Belgique -1937-, Histoire de la Franc-maçonnerie belge au XIXe siècle -1948/9-, pour ne citer que ses trois ouvrages les plus importants). Son décès prématuré (1950) a ouvert la porte, il me semble, aux dérives qui mèneront progressivement à la rupture du Suprême Conseil historique en 1960 et le chaos qui s’ensuivit. (voir: Christophe de Brouwer. Les débuts du "Souverain Collège du Rite Écossais pour la Belgique", 2016, publié sur le site fermé du SCRE. Pour les personnes intéressées, me le demander et j'enverrai le pdf.)
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Revers de la médaille frappée en l'honneur de François Bovesse, reprenant son célèbre aphorisme. (1950)
Probablement qu’ayant perdu son siège de député à l'élection d'avril 1925, il eut un peu plus de temps pour se consacrer à la Loge. Il restait cependant conseiller communal et fut échevin de l'État civil et des Beaux-arts de Namur de 1927 à 1929, année où il redevint député.
Durant la période couverte par les tracés du secrétariat qui furent redécouverts, allant du 7 mars 1926 au 4 novembre 1928 (fête funèbre), on compte une dizaine de présence. On peut donc penser que ce ne fut pas un franc-maçon très assidu et certainement encore moins les années qui suivirent lorsque ses charges politiques devinrent nettement plus lourdes, géographiquement à Bruxelles et aussi plus exposées. Mais il n’était pas absent non plus et devait sans doute participer aux réunions, fêtes et banquets principaux ou à des thématiques qui l’intéressaient.
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François Bovesse, jeune député en 1921. Photo colorisée par l'auteur, issu du Journal "Le Patriote Illustré" de décembre 1921 (quinze mois avant qu'il soit reçu à la Loge "La Bonne Amitié" de Namur).(archives de l'auteur)
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Homme de combat, il répondait positivement pour réaliser des conférences sur les thématiques qui lui tenait à coeur, le cas échéant de façon contradictoire, et ce tout le long de sa carrière, comme député, échevin, ministre ou gouverneur.
Nous sont connues quatre conférences qu’il présenta à la Loge namuroise, mais peut-être y-en-a-t-il eu d'autres:
* Le 20 décembre 1924 : « Les Démocraties »: n'a pas pu avoir lieu.
* Le 14 décembre 1929 avec Maurice Peremans (Président de la loge d’Anvers: Marnix van Sint-Adegonde) : « La question linguistique ». (NB: En 1930, l'Université de Gand devient unilingue néerlandais.)
* Le 28 mai 1932 : « L’état actuel de la question des langues ». (NB: un mois plus tard, le 28 juin 1932, sous le gouvernement Renkin, la loi sur l'unilinguisme des Régions était votée avec le soutien de 65,1% des députés Wallon.)
* En fin 5938 (1939), dans une réunion commune avec la seule Loge néerlandophone bruxelloise « Balder » de l’époque, une Loge remuante et de combat précisément sur la place du néerlandais dans le pays, il aborda à nouveau la question linguistique. Cette réunion a manifestement été suggéré par François Closset* (notice plus bas), ex-président (ex-vénérable maître) de la Loge de Namur devenu Grand Inspecteur de la Loge de Balder qui a su attirer François Bovesse, alors gouverneur pour cette réunion commune. Ils devaient s’apprécier d’autant que, Liégeois d’étude, ils partageaient la même passion dans l’étude des langues.
Notons que, alors que sa charge de gouverneur l'astreint à une certaine réserve, notamment de s'abstenir de polémique politique, et il devait parfois ronger son frein, néanmoins, la Franc-Maçonnerie, parce qu'elle est un cercle fermé, lui permettait d'aborder les thématiques qui lui tenaient à cœur comme celle-ci, en toute liberté.
En voici le résumé (je m’interroge!) repris du Bulletin du Grand Orient :
« Aspirations flamandes, aspirations wallonnes.
Tenue en commun avec la Resp :. L :. Balder de l'Orient de Bruxelles.
A) Aspirations flamandes. Mouvement sain en faveur de la langue flamande du peuple flamand qui vise à créer un état d'esprit d'agissante amitié dans le plan belge et qui est adversaire de la tendance nationaliste qui contient l'idée de dictature venue de l'étranger.
B) Aspirations wallonnes. Origines de la campagne flamande qui est juste. Les aspirations du peuple flamand sont celles qu'un peuple majeur peut et doit revendiquer. Veiller à ne pas se laisser tromper et examiner toutes questions dans l'amitié, dans l'union et dans la paix. »
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Archives de Moscou. CEDOM-Bruxelles
Par ailleurs, François Bovesse présenta des conférences dans d’autres Loges. J’ai pu pointer celles-ci, mais il y en a fort probablement d’autres :
* 5928 à la Loge bruxelloise « Les Vrais Amis de l’Union et du Progrès. Titre : « Entre deux fossés », conférence qui dut être remise pour maladie du conférencier.
* 5931 à la Loge de Huy « Les Amis de la Parfaite Intelligence ». Titre : « La question linguistique », conférence qu’il avait déjà réalisé à Namur, mais probablement remise à neuf.
* 5935 en réunion commune les deux Loges de Verviers (qui vont fusionner après la 2e guerre), « Les Philadelphes » et « Le Travail ». Titre « Évolutions, Adaptations ».
Je n’ai malheureusement pas (encore) pu retrouver le résumé large d’une ou de ses conférences, car c’est l’usage dans les minutes du secrétaire reprenant le décours d’une réunion maçonnique (mais il faut retrouver ces minutes). Concernant "La question linguistique", on peut certainement se faire une idée en relisant son discours publié dans le quotidien La Province de Namur, 5 et 6 octobre 1929: "La question linguistique" ou dans le même journal du 20 et 21 septembre 1930 "Vive la Wallonie".[repris dans Kesteloot, Chantal et Gavroy, Arnaud]
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1935. Archives de Moscou, CEDOM-Bruxelles.
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(archives de l'auteur)
*François Closset, né à Herstal en 1900, son père, Lambert Closset, était le receveur communal de sa petite ville natale. Il fit ses études à l’université de Liège et termine docteur en philosophie et lettres en 1923 (langues germaniques). Il fut reçu à la Bonne Amitié, en 1926 alors qu’il était à ce moment professeur à l’athénée de Dinant. En 1934, il se voit confier la chaire de méthodologie spéciale des langues germaniques : sa carrière académique à l’université de Liège était lancée. Cette même année, en 5934, il fut l’orateur de Fernand Clement revenu comme président (Vénérable Maître) pour un an et lui succéda comme président de la Loge pour les trois années suivantes (5935-6-7). En 1935, il créa la « Revue des Langues vivantes - Tijdschrift voor levende talen » qui fut importante et donna des « petits ». Il se marie en 1936 avec Angèle Manteau (1911-2008), qui avait fait des études à l'Université libre de Bruxelles (chimie) et qu'il avait connu à Dinant. Ils fondent les éditions bruxelloises Manteau en 1938 qui vont marquer profondément la littérature flamande, à tel point (son mari est décédé depuis les années soixante) qu'elle sera anoblie (baronne) par le roi Baudoin en 1986 et deviendra membre de l'ordre d'Orange-Nassau cette même année. François Closset, devenu un ex-vénérable (ex-président de Loge) wallon parlant parfaitement le néerlandais, ce qui n’est pas si courant, le Grand Orient de Belgique s’empressa de le désigner Grand Inspecteur de la Loge néerlandophone bruxelloise Balder, une Loge remuante, dès sa présidence namuroise terminée, d’autant qu’il habitait à ce moment Bruxelles. Et la colle prit, Balder s’attacha à ce Grand Inspecteur venu du sud qui avait une connaissance réellement approfondie du néerlandais, outre sa notoriété. Sa renommée était internationale comme en témoigne cette petite biographie dans la "digitale bibliotheek voor de Nederlandse letteren". En 1942, il est nommé professeur ordinaire à l’université de Liège. Vers la fin de la guerre (43-44), il vivait caché des nazis à Dinant parce que franc-maçon recherché, on le sait par sa correspondance très suivie avec sa femme toujours à Bruxelles (correspondance archivée à la Letterenhuis-Anvers où on trouve également des courriers de François Bovesse). Voilà des Wallons, amis de François Bovesse, qui ont promu les 'Lettres flamandes' d'une manière absolument majeure à une époque où elles essayaient de se frayer un chemin; il serait, dans ce pays, utile de s'en souvenir. Il décède à Etterbeek en 1964. Il fit manifestement partie du « complot » visant la modification de nom de la Loge, que j’exposerai en quatrième partie.
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François Closset et Angèle Manteau durant la guerre. Des archives Closset-Manteau, déposée par Angèle Manteau à la fin de sa longue vie, se trouvent à la "Letterenhuis" à Anvers. Image reprise du site Letterenhuis.
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Cette liste de conférences engagées, portant à la réflexion sur des questions importantes de l’époque (notamment la question linguistique), ce qui est bien dans la tendance maçonnique dite « libérale » (il existe plusieurs courants, à cette époque également), diffère notablement de celles que François Bovesse effectuait pour le « grand public » (hors cadre politique), et qui était de l’ordre de la culture générale et portait par exemple sur Beranger, Victor Hugo, Danton, ou sur Virgile et Horace, ou sur Mistral et Dante. Comme on peut le constater, sa culture, large, était éclectique.[Le Guetteur Wallon, 2000]
Complémentairement, on peut ainsi constater que François Bovesse était et restait fidèle à la franc-maçonnerie et à sa Loge, à son esprit, et la fréquenta certainement de temps à autres.
Le témoignage de Marc Delforge en fait foi : « Il en est que je n'oublierai jamais, telle cette soirée de Charleville, en 1933, où, vers les minuit, ayant congrûment rendu hommage aux liqueurs de la Maison Pernod, nous nous retrouvâmes en tête à tête à une terrasse de café, dissertant gravement des mérites et des méfaits de la Franc-Maçonnerie. Il revendiquait loyalement, fièrement même, son appartenance à la Loge, et prétendait la défendre contre mes reproches qu'il affirmait non-fondés. Ce débat, aussi piquant en lui-même que par les circonstances où il se déroulait, fut interrompu brusquement par l'irruption d'une bande de confrères, qui appelaient Bovesse au secours pour arracher un groupe de stagiaires à je ne sais quel mauvais lieu. Il répondit à l'appel et s'acquitta de sa mission avec une majesté goguenarde. Le lendemain, il était frais comme une rose, prêt à de nouveaux défis à Pantagruel. »[Delforge Marc]
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Marc Delforge qui fut rédacteur en chef de Vers L'Avenir (journal catholique de Namur), s'était lié d'amitié avec François Bovesse, pourtant "adversaire politique". Son témoignage repris dans cette plaquette, écrite à Londres dans les jours qui suivirent l'assassinat (datée du 6 février 1944), est savoureux et passionnant. (archives de l'auteur)
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François Bovesse ne se cachait pas de faire partie de la franc-maçonnerie et de toute façon, comme beaucoup d'hommes politiques, c'était de notoriété publique. En témoigne cet extrait amusant du journal Vers l'Avenir du 15 mars 1932 (outre qu'il montre que les journalistes ont également leurs informateurs, enfouis dans les replis secrets de la franc-maçonnerie et que rien, en réalité, n'est secret!):
Chez nos Francs-Maçons
Les Francs-Maçons de la Loge "La Bonne Amitié" ont tenu, dimanche, une importante assemblée en leur local de la rue Félix Wodon.
Commencée vers 2 heures de l'après- midi, la séance n'a pris fin que tard dans la soirée. A 3 heures, il y a eu réception de quelques "recrues". Celles-ci, portant le petit tablier blanc et les yeux couverts d'un bandeau noir, ont été introduites dans l' "Atelier" avec les simagrées ordinaires.
Après la "tenue", a eu lieu un banquet de 85 couverts, auquel participaient des francs-maçons étrangers et notamment plusieurs Français. Le Vénérable - le lieutenant-général Donies - présidait. Le Fr:. François Bovesse, ministre des P.T.T., rehaussait la ripaille de sa présence.
Voici le menu:
Potage Saint-Germain
Turbot mousseline Noix de veau Stanley
Le coq au vin
Ananas au kirsch
Le menu portait une faute d'impression. On avait mis "cocq au vin". Nous avons corrigé, de peur que nos lecteurs ne s'imaginent qu'il s'agissait du F:. Cocq, ministre de la Justice, qui n'était pas là et qui, d'ailleurs, n'abuse pas, parait-il, du divin jus de la treille.
Il y eut de nombreux toasts pour marquer cette "fête solsticiale".
Une intense propagande a été faite pour le four crématoire que la Franc-Maçonnerie veut faire installer à Bruxelles. Les souscripteurs pourront se faire "fricasser" avec des réductions proportionnées à l'importance de leurs souscriptions au capital.
Excellent placement, on le voit.
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(Photo de 1915, tiré du site Steenstraat, bataille où G. Donies fut blessé.)
Le lieutenant-général Guillaume Donies, dont il est question dans l'article de Vers L'Avenir ci-dessus, est né en 1870 à Charleroi et marié à Marie-Mélanie Depauw en 1895. Commandant de bataillon en 1914, il fut blessé durant cette guerre (comme FB), deux fois et subit les gaz au front. Il devient général après l'armistice. Reçu seulement en 1920 à l'âge de 49 ans, il sera président de la Loge de Namur de 5931-32-33 (de mars à mars). Il fera le cheminement au Chapitre de Namur, puis à Bruxelles et atteindra le 33e grade en 1946. Il décédera la même année que Fernand Clement, en 1950 à Bruxelles.
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Le Pays Réel, 17 décembre 1936, page 1. Belgicapress, KBR.
Le caricaturiste Jam, de son nom Paul Jamin, fut collaborateur d'Hergé au Petit Vingtième. Il le quittera en 1936 pour Léon Degrelle. Au sortir de la guerre, il fut condamné à mort, avec peine commuée. Sorti de prison en 1952, il collabora notamment avec le journal satirique 'Pan' sous le pseudonyme Alidor. François Bovesse fut souvent caricaturé par celui-ci, généralement affublé d'un petit équerre et compas, comme ici.
Dans le journal rexiste "Le Pays Réel" de Léon Degrelle, François Bovesse était une tête de turc que l'on pilonnait à loisir, et effectivement de nombreux articles le concerne. Sur le plan maçonnique, il n'y a pas en revanche grand chose, sinon quelques postures injurieuses mais qui manquent de fond. Notons dans ce registre les numéros du 15 et du 22 décembre 1940 avec chacune une pleine page sur la franc-maçonnerie, portant surtout sur le Suprême Conseil.
Espagne.
Par contre sur le plan politique, il y a des données intéressantes, comme par exemple la position de François Bovesse sur la guerre d'Espagne (1936-1939) où, selon Rex, il soutenait les Républicains (bien qu'il devait être en opposition franche avec plusieurs de ses composantes) contre le conglomérat Franquiste qui lui avait toutes les faveurs de Léon Degrelle. Les mots ont d'ailleurs leur importance: Bovesse parle de "gouvernement légal" (républicains) et de "armées rebelles" (franquistes) -annales parlementaires du 24 novembre, voir plus bas-. Position logique pour une personnalité laïque, libérale (donc avec une dose certaine d'anti-communisme), actif dans le Mouvement Wallon, franc-maçonne, anti-fasciste, proche politiquement de certaines personnalités de gauche. D'ailleurs, à lire "Histoire d'un autre temps", de sa main, il devait haïr les faiseurs de guerre. Il n'est donc pas surprenant, lorsque Spaak, socialiste, ministre des affaires étrangères, lance la lutte contre la marche rexiste sur Bruxelles du 25 octobre 1936, dont le gouvernement craignait le caractère insurrectionnel (-une sorte de répétition du 6 février 1934 de Paris-) et il y avait de quoi [De Bock, 1981], lors d'un meeting socialiste le 16 octobre à la salle De Toekomst (L'Avenir) à Schaerbeek (Bruxelles), Bovesse est présent. Spaak à ce moment: "Le gouvernement prend la tête du combat contre tous ceux qui rêvent d'imposer à la Belgique un régime de dictature". C'est Bovesse, en accord avec le gouvernement, ensuite, qui prend les mesures d'interdiction de la manifestation rexiste comme ministre de la justice (et donc de la sûreté de l'État dans ses attributions).
Néanmoins, comme ministre de la justice de ce gouvernement compliqué, il ne s'agit pas d'être partisan, mais de gouverner. Quelques soient ses préférences, face à un mouvement catholique globalement favorable au franquisme (certainement son aile conservatrice et sa presse), de même progressivement les milieux financiers et industriels, l'alternative viable pour le gouvernement tri-partite, 'équitablement' divisé sur ce dossier, est la politique de "non-intervention". Bovesse dépose sous l'urgence un projet de loi (modification) pour interdire le recrutement de volontaires notamment en Espagne (cf le débat parlementaire), le 23 décembre 1936, voté le lendemain. Ajoutons que cela n'intéresse que le recrutement intéressé: "par dons, rémunérations, promesses, menaces, abus d'autorité ou de pouvoir". En outre les amendements supprimant cette précision furent rejetés (ont voté pour les amendements, essentiellement la droite catholique et l'extrême droite flamande et francophone). Complémentairement, suite aux décisions du Comité international pour la "non-intervention" en Espagne, dit Comité de Londres, créé en août 1936 par 27 États européens dont la Belgique, un projet de loi présenté par Bovesse sur "la non-intervention de la Belgique dans la guerre civile d'Espagne" a été adoptée le 24 mars 1937, interdisant le recrutement (notons parmi ceux qui l'ont voté, Spaak ou De Man vice-président du POB, alors qu'une large part du POB s'était abstenu soutenant Emile Vandervelde; et seulement 5 voix contre -communistes-). Autre point, selon le comte Capelle -secrétaire du Roi-, le 11 janvier 1937, Bovesse, toujours en tant que ministre de la justice, aurait demandé au Conseil des ministres que la Belgique rompe avec les Républicains suite à l'assassinat par ceux-ci de l'attaché d'ambassade Jacques de Borchgrave. On se contentera d'une note de protestation bien appuyée. [de la Croix, Arnaud, p 87] C'est bien la guerre civile d'Espagne où Émile Vandervelde (1866-1938) soutenait publiquement les Républicains, qui provoque la démission de ce dernier du gouvernement, les tensions étaient donc très fortes au sein de l'exécutif. Pour une analyse plus approfondie de la question, je vous reporte aux articles de [Gotovitch, 1983, La Belgique et la guerre civile espagnole][Balasse, Francis, 1987, La droite belge et l’aide à Franco].
Pour essayer de comprendre la position difficile de François Bovesse sur ce dossier, la lecture de ses interventions à la Chambre des représentants, lors de la séance du 24 novembre portant sur l'Espagne, est utile. ("Je réponds ici de mes actes; je ne réponds pas de mes pensées profondes. Je défends ici la tâche gouvernementale et non mes sentiments propres. J'agis dans le cadre de mes attributions. Celui qui est devant vous est chargé d'une mission et il prétend l'avoir remplie totalement"). Ceci se trouve dans les annales parlementaires, à l'adresse: https://www3.dekamer.be/digidocanha/K0042/K00422471/K00422471.PDF
Ci-dessus, une des caricatures de Jam (Pays Réel), avec un petit fond maçonnique, car Émile Vandervelde, le leader socialiste, était membre de la Loge des "Amis Philanthropes" à Bruxelles. À ce moment, François Bovesse était ministre de la justice. Sur le gilet des deux personnages, on peut y voir l'équerre et le compas (c'est assez systématique). Et ci-dessous un autre article du Pays Réel portant sur le comportement supposé de Bovesse dans sa fonction ministérielle face à la guerre d'Espagne.
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"Le Pays Réel" du 17 janvier 1937, page 3. (document BelgicaPress-KBR)
Les lois interdisant l'envoi de volontaires au "Fronte popular" espagnol sont inefficaces selon le journal rexiste. Notons que Jean Delvigne (1903-1985), dont question dans l'article, fut actif dans le Mouvement wallon (Ligue d'Action wallonne), ainsi qu'au Parti Ouvrier Belge (POB), dont il devint le secrétaire général wallon. À ces deux titres, Bovesse et lui devaient se connaître. Il ne semble pas avoir été franc-maçon. Il s'était investi pleinement dans la défense des Républicains espagnols, dans l'envoi de volontaires et probablement d'armes aussi. Il fut au centre d'un scandale en septembre 1936 qui dépassait nos frontières: par exemple le journal "Le Petit Parisien" du 20 septembre de cette année-là:
"Le capitaine Huesca, attaché à l'ambassade d’Espagne et qui se dit également journaliste, était parti pour Anvers un de ces jours passés. Dans le train, il avait déposé sa serviette à côté de lui. Cette serviette contenait de nombreux documents relatifs notamment aux achats d'armes que le capitaine était chargé de négocier en Belgique pour le compte du gouvernement de Madrid. Arrivé à destination, il laissa dans le compartiment son précieux colis. Celui-ci découvert par les agents des chemins de fer, fut ouvert en vue de l'identification de son propriétaire. C'est ainsi qu'on eut connaissance des documents transportés par le capitaine espagnol et de la mission spéciale dont celui-ci était chargé en Belgique. Dans l'un de ces documents, Il était dit que le capitaine Huesca pourrait s'adresser utilement, pour la fourniture d'armes aux rouges d'Espagne, à M. Jean Delvigne, secrétaire général du P. O. B. et fils de M. Isi Delvigne, que les socialistes membres du gouvernement ont proposé pour remplir les fonctions de commissaire royal aux armements.
Jean Délvigne vient précisément de rentrer de Madrid. Son voyage au pays du Frente popular avait-il un rapport quelconque avec les directives données au capitaine Huestsa ? La serviette est actuellement aux mains du parquet qui a ouvert une enquête."
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De cette bonne humeur et le plaisir d’être ensemble, les anciens que j’ai pu côtoyer il y a bien trop longtemps, et qui l’avaient connu, me racontait qu’il chantait le « Temps de cerises » debout sur les tables de la magnifique salle des banquets de la Loge lors des fêtes. Avec sa jambe abîmée (fracturée en 1930), je ne sais s’il le fit souvent ? Et oui, il savait s’amuser et cette chanson, un peu son trésor personnel (avec "Li vî clotchî d'Sint-Djan" qu'il entonnait également volontiers) avec sa belle voix de baryton, il la sortait depuis son enfance dans les réunions avec ses amis, le cas échéant franc-maçons.
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Nous avons vu plus haut qu’il faisait la part des choses entre la franc-maçonnerie et ses activités hors ce cercle privé. D’ailleurs dans quatre livres cités (celui de Hicguet, de Gavroy, le chapitre du livre de Dulière ou celui reprenant les années 1936-45), pas une ligne sur son appartenance à l’« Art Royal. » Néanmoins, deux de ses plus proches collaborateurs en furent. Il s’agit de Robert Gruslin (1901-1985), reçu le 18 mars 1929 et de Georges Guilmin (1905-1975), reçu le 21 décembre 1930, l’un et l’autre à Namur. François Bovesse, d’une manière ou d’une autre, a certainement parrainé l’entrée de ces deux membres. Le premier, directeur général de l’enseignement universitaire et des sciences, fut son secrétaire de cabinet lorsqu’il était ministre de l’Instruction publique (et lui succédera comme gouverneur après la guerre) et le second était son secrétaire politique et le remplaça comme député lorsqu'il devint gouverneur. L’un et l’autre seront fondateurs de l’asbl « Les Amis et Disciples de François Bovesse » à Namur en 1946, avec 6 autres comparses et amis proches de FB qui n’étaient pas franc-maçons, dont Joseph Calozet, préfet de l’athénée de Namur qui reprendra la présidence du Comité Central de Wallonie (fêtes de Wallonie à Namur) après la guerre et Robert Hicguet, un homme de lettres, son complice de longue date, son secrétaire et chef de cabinet à la Province et son compagnon d’écriture.[Collectif. Encyclopédie du Mouvement Wallon]
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Bien que proche de Fernand Clement, en tout cas lorsqu’il fut son orateur-adjoint, ou pour rester dans le « parcours » avec son « jumeau » d’initiation Louis Prégaldien, cependant les hauts-grades namurois (le Chapitre qui avait repris ses travaux en 1922) ne semblent pas l’intéresser, ou peut-être n’avait-il pas le temps pour cela « en plus ». Et de fait, sur la plaque commémorative du Suprême Conseil de Belgique qui se trouve à Bruxelles, reprenant les martyrs maçons des nazis et ses supplétifs, il y apparaît comme un 'sans-grade'.
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Tiré de Bulletin du Suprême Conseil de Belgique n°67 et 68. 1949-1950, p 11.
(essai de traduction de la sentence du bas: "Aux Frères méritant le meilleur, honteusement tués par l'ennemi, les Francs-maçons se souviennent".)
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Le 'Mouvement Wallon' à la loge namuroise après l'arrivée de François Bovesse en 1923.
Le ‘Mouvement Wallon’ après l’arrivée de François Bovesse à la Loge, poursuit son imprégnation identitaire au sein de ses membres Nous avons déjà relevé les noms de Léon Sasserath, François Closset ou de Jacques Boulle, Robert Gruslin, Georges Guilmin, Léopold de Hulster.
Sans être exhaustif, citons également :
Florent Materne, reçu en 1928, membre de la Ligue wallonne de Namur en 1931.
Gaston Botte, un industriel, reçu en 1932. Militant wallon, fédéraliste, il fut un habitué du pèlerinage de Waterloo. Ce pèlerinage débute en 1928, et devient important dans les années 1930. C’est un lieu et un moment important du Mouvement Wallon (un peu comme le pèlerinage de l’Yser pour les Flamands). Il porte des messages consacrant l’identité socio-politique wallonne, par exemple se prononce contre la neutralité dans le but de se rapprocher de la France, et ainsi améliorer la défense de la frontière de l’Est, etc.
Norbert Wouters, un médecin de la Province de Namur, reçu en 1937. Il fut, dès 1936, avec Georges Honinckx, actif dans le 'Comité de vigilance des intellectuels antifascistes belge (CVIA)' (voir plus haut, Georges Honinckx). Notons que ce Comité fut très actif dans la défense des Républicains lors de la guerre d'Espagne [Gotovich, 1983]. Et, je vous renvoie à la 4e partie de ce travail.
Pierre Sasserath (Dinant 1910-1979), reçu en 1937. Fils de Léon Sasserath, il est actif après-guerre au sein du Mouvement populaire Wallon devenant son secrétaire-adjoint. C’est un proche d’André Renard, il reste fidèle à la ligne du fédéralisme, ainsi qu’aux revendications exprimées par la pétition des 645 499 signatures. Par ailleurs, il fut membre du Conseil communal de la ville de Namur et fort actif pour le remise en honneur du folklore namurois (Le Guetteur Wallon, 3, 1962). Je renvoie à la 4e partie de ce travail.
Eugène Fraikin, professeur (géographie), reçu en 1937. Il devient préfet de l’athénée de Waremme. Il milite à « Wallonie libre » dont il devient secrétaire de la régionale de Huy. Je vous renvoie à la 4e partie de ce travail.
Fernand Grisar (1906-1959), un médecin liégeois, reçu en 1938. C’est un membre actif de la « Ligue d’Action wallonne » (Liège). Il suit l’abbé Mahieu, devenu le président de la "Concentration wallonne", dans l’aventure du « Parti wallon indépendant » en 1939, ce sera un échec. Durant la guerre, il est résistant dans le groupe liégeois « Sambre et Meuse », une branche détachée de « Wallonie libre » où sa qualité de médecin se révèle fort utile. En 1957, il préside le C.A. de la Maison wallonne à Liège.
Robert Vanderlinden, médecin à Nassogne (Luxembourg belge), reçu en 1939. Réputé excellent orateur, il suit les traces de son confrère Fernand Grisar et rejoint l’aventure ratée de l’abbé Mahieu du « Parti wallon indépendant » en 1939.
Léopold De Hulster (1899-1944). Reçu en 1939. Voir la 3e partie de ce travail.
Le ‘Mouvement wallon’, divers, petit à petit se charge au sein de la Loge, de l'idée, non seulement autonomiste, mais résolument fédéraliste, plus même. La création de partis spécifiquement wallons et/ou régionaux, à une époque où les partis sont encore nationaux, est en gestation. L’échec d’une première tentative (1910 avec Hector Chainaye), puis d'une deuxième (1939 avec l'abbé Mahieu) ne semble que partie remise. Après guerre, d’autres tentatives et surtout finalement la séparation des partis traditionnels en deux composantes distinctes sur base régionale-communautaire, certes prendra du temps, mais se fera.
(Une partie de ces notices ont été tirée de l'Encyclopédie du Mouvement Wallon.)
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Que retirer de la présence de François Bovesse dans la franc-maçonnerie belge de l’entre-deux-guerres ? En très bref ! Il fut un franc-maçon relativement présent, par ailleurs fraternel, apprécié et convaincu (il le dit), cependant peu actif dans les organes de gestion de sa Loge (le Conseil). Par ailleurs, il utilisa la franc-maçonnerie, non pour lui-même, mais comme organe diffuseur de ses idées, en témoigne ses conférences, et partant de l’idée du "Mouvement Wallon". À l’inverse, il fut un des rares acteurs majeurs de ce "Mouvement Wallon" naissant à être franc-maçon (et qui ne le cachait pas) et dès lors la franc-maçonnerie wallonne et la loge namuroise en particulier, s’appuiera sur cette appartenance pour s’inscrire mieux dans l'idée du "Mouvement Wallon", chacun à des degrés et des facettes divers.
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1935. François Bovesse à l'Institut Agronomique de Gembloux, dans les pas de François Pieton, un membre important de la Loge de Namur de la première moitié du XIXe siècle. Ce dernier, maître des postes, avait racheté, durant l'époque française, le bien d'église, l'abbaye de Gembloux. Il en fit la donation pour la création de l'Institut. (Le Patriote Illustré, 4 août 1935, p13; archives de l'auteur)
Cette notoriété maçonnique, a-t-elle influé sur sa carrière ministérielle ? Peut-être. Au sortir de l’élection de 1936 avec la montée des extrêmes (gauche et droite) qui prirent 1/4 de l’électorat, voici ce qu’en dit Jean Vanwelkenhuysen dans son ouvrage « 1936 » : « Aux libéraux, trois portefeuilles sont accordés. La Justice va au Wallon François Bovesse. Son nom avait été avancé pour les Colonies. À l'examen, elles ont été laissées au démocrate-chrétien Rubbens. Déjà dans le cabinet démissionnaire, il détenait ce département qui a les missions dans ses compétences. Les confier à un franc-maçon notoire avait suscité des objections. En outre, donner une gestion africaine au poète militant wallon, dans une combinaison où Devèze cesse de figurer, aurait paru faire peu de cas des sensibilités du sud du pays, notamment en matière de défense nationale. Lui donner la Justice rectifie le tir dans le même temps où les aspirations du nord du pays sont prises en considération par le choix du Flamand Julius Hoste pour l'Instruction publique. Directeur-propriétaire du quotidien populaire Het Laatste Nieuws, qui a plus de deux cent mille lecteurs, non-parlementaire mais libéral incontestable, ses sentiments flamands sont nationaux et, homme calme, de bon sens, patriote loyal, il jouit d'une large sympathie. » On est effectivement en Belgique !
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1936, année d'élection législative. François Bovesse à Gand. Année difficile pour la Belgique, avec l'arrivée en force de Rex au parlement, de même que du VNV, nationalistes flamands, deux partis qui se révéleront proches des nazis et deviendront largement leurs supplétifs durant la seconde guerre. (Le Patriote Illustré, 12-4-1936, p5 ; archives de l'auteur)
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Remerciement
Comme à chaque fois que je m'adresse au CEDOM (Centre d'études et de documentation maçonnique belge) qui se trouve à Bruxelles et où se trouvent les archives de nombreuses Loges belges, du Grand Orient de Belgique et d'autres obédiences, ainsi que les archives dite de "Moscou" concernant la Belgique, centre ouvert aux chercheurs de tout bord, j'y trouve des documents de qualité et surtout de l'aide. Qu'il me soit permit ici de remercier David V. pour toute l'aide qu'il m'a apporté (et une pensée pour Frank L. qui l'a précédé et qui m'a tellement aidé aussi).
Références
Des références générales vous sont proposées en fin de 5e partie.
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