Rite Écossais Primitif (4) - Maître Parfait (4e degré)
Publié le 2 Juillet 2023
Le rituel complet de ce grade a été rajouté en fin d'article. Bonne lecture.
(La première partie de cet article a été largement publiée dans Renaissance Traditionnelle, n° 173-174, 2014.)
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Table de Matière
Première partie: présentation
Forêt du Liban, la continuité avec le 3e grade
Correspondance biblique de la légende des cèdres du Liban
Complémentairement à la première partie
Deuxième partie: discussions
"Maître parfait" & "Passed the chair" namurois
Décalque entre le Maître parfait namurois et des rituels apparentés de Maîtres Parfaits
Quels sont ses éventuels Passé-Maîtres correspondants ?
Du chaos rituélique, le ‘Carlile’ ...
Du chaos rituélique, le ‘Morgan’ ...
Le fonds maçonnique du Baron Goswin de Stassart
Troisième partie: le rituel
Références
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Introduction
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Ce qui est moins classique, c’est l’existence d’un 4e grade symbolique dans la série namuroise, le grade de « Maître Parfait ». (Remarquons qu’au REAA, c’est un « Maître Secret » qui se trouve à la 4e place : ce grade n’existe pas au REP.)
Dans son ouvrage [1], concernant le rite namurois, George Oliver le qualifie de : « Past master or Perfect master ». C'est effectivement un grade non hiramique de "Passé - Maître", pour sa partie rituélique et un grade de "Maître Parfait" pour sa partie instruction (catéchisme). Sa date de retranscription, vers 1812, le place parmi les plus anciens rituels de passé-maître non hiramique connus. Cela veut dire aussi que la correspondance biblique pour sa légende sera forte.
Le fait qu’il soit considéré comme un grade « bleu » nous fait penser au système du Royal Arch écossais archaïque du XVIIIe siècle. Il fallait être passé par la chaire pour accéder aux grades suivants. Ceci apporte de l'eau au moulin sur le fait que d'autres grades que les trois premiers étaient pratiqués durant une large partie du XVIIIe siècle, directement dans les loges de la Grande Loge d'Écosse, avant que des juridictions ad-hoc ne soient créées. D'autres exemples ont déjà été traité ici.
Pour ce qui concerne la partie « catéchisme », elle est tout à fait comparable aux instructions d'un Maître Parfait continental.
Le rituel de Namur fait donc le grand écart : c’est à la fois une cérémonie non-hiramique de « Master passed the chair » et un catéchisme « emblématique » (pour reprendre l'expression de J. Snoek), qui doit être très proche du grade « pré-hiramique » de Maître Parfait. Par exemple, comme dans la plupart des autres catéchismes de Maître Parfait, il n'y a qu'une question de l’instruction évoquant Hiram : « Qu'a vu le candidat au midi ? Le tombeau d'Hiram ».
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Examen du rituel
Le rituel commence ainsi :
« Le Très Sage frappe un coup répété par les Surveillants.
F∴ premier surveillant, qui êtes-vous ?
Le 1er surveillant répond: Très Sage, je suis Maître et j'ai eu le bonheur de passer à la chaire du Vénérable. »
Le candidat est introduit dans le temple, à reculons, la corde au cou. Il est interrogé sur ses connaissances maçonniques :
« Le T∴ Sage lui fait plusieurs demandes sur les trois premiers gr∴, et lui demande les mots sacrés. Tous les FF∴ doivent faire face à l'o∴ , et avoir leurs glaives nus à la main. Chaque fois que le récipiendaire ne répond pas exactement aux demandes qui lui sont faites, ils se retournent vers lui, et lui présentent la pointe de leurs glaives au corps, en même temps que le T∴Sage lui fait sentir son inconséquence de se présenter sans être suffisamment instruit dans les grades précédents.
Après que le T∴ Sage a ainsi réprouvé le candidat, il frappe un coup et dit :
'Fr ∴ 1er Surv ∴ faites avancer le Candidat au pied de l'autel par les pas de l'Appr∴ du Comp∴ et du Mtre∴ '
Lorsqu'il est parvenu au trône, le T∴ Sage lui dit :
' Mon F∴ engagez-vous envers nous, par une obligation solennelle, et répétez avec moi…’ »
Suit l'obligation, puis la consécration au grade :
« A la gl∴ du Gr∴ Arc∴ de l'U∴, au nom et sous les auspices de la Loge métropolitaine d'Edinbourg, je vous reçois et constitue Mtre parfait. »
Puis, c'est le passage effectif du candidat à la chaire du Vénérable :
« Le F∴ Sage frappe un coup répété par les Surv∴ et dit :
'Fr∴ 1er surv∴ , conduisez le candidat à l'occ∴ , et vous me le ramener ensuite par la marche du gr∴ '
La marche se fait par quatre pas égaux.
Le F∴ Sage se lève et remet le maill∴ au récipiendaire, lui donne l'accolade, et le serrant étroitement, il lui fait faire une volte, de manière qu'il se trouve au trône, à la place du T∴ Sage, celui-ci en dehors.
Le T∴ Sage descend les marches du trône, et dit :
'Mon F∴ , Adon Hiram, inspecteur des cèdres et des trav∴ qui se faisaient sur la montagne du Liban, étant rappelé à Jerusalem, après la mort d'Hiram, pour le remplacer dans l'inspection des trav∴ du temple, Salomon envoya les Mtres les plus instruits sur le Mont Liban, pour remplacer l'inspecteur Adon Hiram ; et comme les fendeurs qui exploitaient les cèdres, étaient divisés par bandes, il fut ordonné que chacune d'elles serait commandée par un passé Mtre [2].
Aujourd'hui, mon vénérable Fr∴ , que vous êtes revêtu de la dignité honorable de Mtre Parfait, je vous reconnais et proclame en cette qualité, et je vous salue, comme Mtre de ce resp∴ at∴ .
Il continue et dit :
'FF∴ 1er et 2è Surv∴ invitez les FF∴ qui décorent vos col∴ à venir reconnaître le ven∴ Fr∴ N., en sa qualité de Mtre parf, et le saluer comme Mtre de ce resp∴ at∴.'
Les Surv∴ font l'annonce.
Tous les FF∴ aiant les Surv∴ à leur tête se dirigent vers le trône, où ils saluent le nouveau reçu, en lui faisant une inclinaison. Le Mtre de Cérém. ferme la marche.
Cet ordre exécuté, le candidat ramené à l'occ, le Tr. Sage lui dit de se mettre à genoux, il lui pose la lame de son glaive sur la tête, et frappe quatre coups égaux, en disant :
‘A la gl∴ du gr∴ Arch∴ de l'Un., au nom et sous les auspices de la Loge métropolitaine d'Edimbourg, je vous reçois et constitue Mtre parf∴’
Le Candidat étant relevé, le F∴ Sage le revêt du cordon, et lui dit :
‘ la couleur de ce cordon symbolise l'espoir que vous devez concevoir de devenir parf∴ en pratiquant toutes les vertus qui vous seront enseignées.’
Il lui communique ensuite les Signes, paroles, et attouchement, il y a quatre signes. »
Suit un petit discours du nouveau Maître :
" T∴ Sage, FF∴ 1er et 2è Surv∴ , offs Dignit∴ et vous tous mes vén∴ FF∴ , je vous prie de daigner agréer les marques de ma vive gratitude, pour la dignité éminente à laquelle vous m'avez jugé digne d'être élevé, c'est à votre bienveillance fraternelle, c'est à vos soins généreux que je dois la fav∴ insigne de cette nouvelle promotion. Daignez mes vén∴ FF∴ , me continuer votre indulgence, en dirigeant mes pas dans la nouvelle carrière que j'ai à parcourir et vous T∴ Sage, veuillez ne point vous écarter de moi, afin qu'aidé de vos Lum∴ , je puisse arriver au terme de la carrière que j'ai entreprise. "
Il applaudit ensuite par la batt∴ du gr∴ , et fait la triple acclamation. Le T∴ Sage fait couvrir l'applaudissement.
Il frappe ensuite un coup de maill∴ répété par les Surv∴ , et fait l'instruction suivante… »
Note : la couleur du cordon est verte, et le bijou est un compas ouvert à 60° posé sur une portion de cercle gradué.
L'instruction est semblable à celles reprises par des grades similaires de Maître Parfait, à l'exception notable de la première demande-réponse :
« D : Fr 1er Surv∴ qui êtes-vous ?
R : Tr∴ Sage, je suis Mtre, et j'ai eu le bonheur de passer par la chaire du Ven∴ .
D : Connaissez-vous quelque chose de plus ?
R : Je connais le cercle et sa quadrature, de plus, le Gr∴ Jehova.
L'attouchement se fait en donnant la grippe de Mtre double, c'est-à-dire en se prenant les deux mains, les bras croisés. »
Pour la partie rituélique de passé-maître, le plus ancien rituel connu semble être celui rapporté par Albert Pike qui se trouve dans les archives de la Grande Loge de Louisiane ; il nous est parvenu par une copie certifiée par Huet de Lachelle, datant d’entre 1796 et 1801 [3]. Cette copie proviendrait des rituels du « Br∴ Four∴ », qui serait, selon Pike, le Frère Fourteau de la Loge La Réunion des Coeurs, à Saint-Domingue. Pike pense que le rituel de Fourteau devrait dater « d'avant 1796 ».
Bernard Dat le discute, puis il en fait une traduction, dont voici un extrait :
« … Alors il le fait asseoir dans la chaire du Ven∴ et tous les Frères passent quatre fois devant lui, le saluant par le signe de chaque grade l'un après l'autre, à chacun desquels il répond. Ceci fait, tous reprennent séance, le Vén∴ prend la place de l'Ex Ven∴. Les travaux étant achevés, le candidat ferme la Loge en la forme accoutumée. FINIS » [4].
Bernard Dat souligne la relative proximité du rituel « Pike » avec un autre rituel REAA de Passé-Maître (BnF FM4 55) (1821-1828). Il intitule son article de « Installation secrète du Maître de Loge », ce qui pourrait peut-être induire une erreur d'appréciation. Ce travail-ci se propose notamment d'examiner l'articulation entre deux concepts : le « Chair degree » et le « Passed the Chair », ce qui ne semble pas tout à fait la même chose, même si, historiquement, l'origine pourrait être la même.
Dans le rituel namurois, nous y découvrons également successivement la corde au cou, l'interrogatoire par le Vénérable Maître, le passage par la chaire (avec la volte [5]), la remise du cordon et enfin la reconnaissance du nouveau statut du candidat par l'ensemble des frères, mais sans les 4 tours comme chez Huet de Lachelle.
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Forêt du Liban, la continuité avec le 3e grade
Il n'y a pas d'autres éléments dans le rituel, sinon une légende qui évoque les forêts du Liban qui continue celle contenue dans le 3e degré. On retrouve également, par exemple, cette légende dans le rituel de Maître Parfait de Mirecourt [6] ou dans l’instruction d’un rituel appelé « Ancien Maître » du « Livre des Marchés », qui ressemble fort à un Maître Parfait [7].
Notons cependant que cette légende est succinctement évoquée au niveau du Perfect Master dans le Monitor de Thomas Smith Webb :
« The R.W. and respectable master represents the noble Adonhiram, being the first that was elected S.M. because S. chose him the first of the seven. He commanded the works of the temple before H.A. arrived at Jerusalem and afterwards had the inspection of the works at Mount Libanus » (Le Vénérable Maître représente le noble Adonhiram, étant le premier qui fut élu S.M. car S. l'a choisi le premier des sept. Il commanda les travaux du temple avant que H.A. ne soit arrivé à Jérusalem et ensuite il fit l'inspection des travaux au Mont Liban) [8].
La légende des bois du Liban est également évoquée de manière assez similaire à celle du « Monitor » dans le rituel de « Perfect Master » de Carlile (voir plus loin) [9]:
« The Thrice Puissant, Illustrious, Respectable, and Worshipful Master, who presides, represents the noble Adonhiram, the son of Abda, of the tribe of Dan, who conducted the works of the Temple, before the arrival of Hiram Abiff at Jerusalem. Afterwards, he was sent to mount Lebanon, to inspect the work that was there carrying on for the use of the temple. He was recalled on the death of Hiram Abiff, and had the honour of being the first of the seven that were substituted in his stead. » (Le Trois Fois Puissant, Illustre, Respectable et Vénérable Maître, qui préside, représente le noble Adonhiram, fils d'Abda, de la tribu de Dan, qui dirigea les travaux du Temple, avant l'arrivée d'Hiram Abiff à Jérusalem. Ensuite, il fut envoyé au mont Liban, pour inspecter les travaux qui s'y faisaient pour l'usage du temple. Il a été rappelé à la mort d'Hiram Abiff et a eu l'honneur d'être le premier des sept qui ont été remplacés à sa place.)
On retrouve succinctement cette légende dans de nombreux rituels de Mark Master, ce qui n'est pas anodin puisque ce degré a également été utilisé comme degré d'Installation du Maître en chaire [10].
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Correspondance biblique de la légende des cèdres du Liban
La correspondance biblique se trouve au Livre des Rois, chapitres V, VI, VII, mais aussi dans les Chroniques.
"Hiram, roi de Tyr, envoya ses serviteurs vers Salomon, car il apprit qu'on l'avait oint pour roi à la place de son père, et il avait toujours aimé David. Salomon fit dire à Hiram: tu sais que David, mon père, n'a pas pu bâtir une maison à l'Éternel, son Dieu, à cause des guerres dont ses ennemis l'ont enveloppé jusqu'à ce que l'Éternel les eût mis sous la plante de ses pieds. Maintenant l'Éternel, mon Dieu, m'a donné du repos de toutes parts; plus d'adversaires, plus de calamités! Voici, j'ai l'intention de bâtir une maison au nom de l'Éternel, mon Dieu, comme l'Éternel l'a déclaré à David, mon père, en disant: Ton fils que je mettrai à ta place sur ton trône, ce sera lui qui bâtira une maison à mon nom. Ordonne maintenant que l'on coupe pour moi des cèdres du Liban. Mes serviteurs seront avec les tiens, et je te paierai le salaire de tes serviteurs tel que tu l'auras fixé; car tu sais qu'il n'y a personne parmi nous qui s'entende à couper les bois comme les Sidoniens. Lorsqu'il entendit les paroles de Salomon, Hiram eut une grande joie, et il dit: Béni soit aujourd'hui l'Éternel, qui a donné à David un fils sage pour chef de ce grand peuple! Et Hiram fit répondre à Salomon: j'ai entendu ce que tu m'as envoyé dire. Je ferai tout ce qui te plaira au sujet des bois de cèdre et des bois de cyprès. Mes serviteurs les descendront du Liban à la mer, et je les expédierai par mer en radeaux jusqu'au lieu que tu m'indiqueras; là, je les ferai délier, et tu les prendras. Ce que je désire en retour, c'est que tu fournisses des vivres à ma maison. Hiram donna à Salomon des bois de cèdre et des bois de cyprès autant qu'il en voulut. Et Salomon donna à Hiram vingt mille cors de froment pour l'entretien de sa maison et vingt cors d'huile d'olives concassées; c'est ce que Salomon donna chaque année à Hiram." Rois V.
"Le roi Salomon fit venir de Tyr Hiram, fils d'une veuve de la tribu de Nephthali, et d'un père Tyrien, qui travaillait sur l'airain. Hiram était rempli de sagesse, d'intelligence, et de savoir pour faire toutes sortes d'ouvrages d'airain. Il arriva auprès du roi Salomon, et il exécuta tous ses ouvrages." Rois VII.
" Maintenant, envoie-moi un homme habile à travailler l’or, l’argent, le bronze, le fer, la pourpre rouge, le carmin et la pourpre violette, et connaissant l’art de la gravure ; il se joindra aux artisans qui sont près de moi en Juda et à Jérusalem, ceux que David mon père a préparés. [...] Maintenant j’envoie un homme habile et intelligent, appelé Houram-Abi ; il est le fils d’une femme originaire de Dane, mais son père est de Tyr. Il sait travailler l’or, l’argent, le bronze, le fer, la pierre, le bois, la pourpre rouge, la pourpre violette, le lin et le carmin ; il connaît l’art de la gravure et saura réaliser toute œuvre qui lui sera confiée, en collaborant avec tes artisans et ceux de mon seigneur David, ton père." Chroniques II.
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Mot « Liban »
Dans le rituel namurois, le Maître est également appelé « Très Sage », ce qui est commun à Mirecourt et au rituel de l’« Ancien Maître » du « Livre des Marchés » ; la batterie est de 4 coups égaux ; l'heure d'ouverture des travaux est à une heure et la fermeture à sept heures ; les mots sont « Liban » (mot de passe) et « Jehova » (mot sacré) ; il y a quatre signes [11], tout comme chez Mirecourt, ou dans le Maître Parfait irlandais (courrier de 1761 des frères de Metz aux frères de Lyon) [12].
Notons que, dans le rituel de Maître Parfait de « Saint-Domingue 1764 » (BnF Baylot FM2 15), il y a hésitation quant au mot de passe entre « Liban » et « Acacia ». Ensuite, dans les rituels Francken ou du REAA-1804 (Bibliothèque Kloss, disponible sur Latomia), le mot de passe est « Acacia » ; par contre, dans les rituels continentaux ultérieurs, il sera généralement, « Liban ».[13] Il est absent dans le rituel de Gages.
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La corde au cou
Dans le Ms Dumfries (ca 1710, écossais), plusieurs éléments, que l’on trouvera dans plusieurs « hauts » grades (et par exemple dans les grades formant la série « Royal Arch ») pourraient nous intéresser plus particulièrement Notamment, l'évocation de la corde au cou :
«Q hou were you brought in A shamfully wt a rope about my neck » (comment as-tu été amené dans la honte avec une corde autour du cou). D'autre part, il y a une amorce de la légende des bois du Liban : « [...] & yr was a king in tyre called Hiram who loved solomon weell & he gave to solomon Timber for his work & likewise send him an artist in whome was ye spirit of wisdom his mother was of ye tribe of naphtLie & his father a man of tyre his name was Hiram the world hath not peduced his equal to this day he was a master masson of exquisit knouledge & generositie & was master mason of all ye buldings & bulders of ye temple & master of all graven & carverd works in & [...] (& il était un roi de Tyr appelé Hiram qui aimait bien Salomon & il donna à Salomon du bois pour son ouvrage & lui envoya également un artiste qui possédait l'esprit de sagesse sa mère de la tribu de Nephtali & son père un homme de Tyr; il s'appelait Hiram, le monde n'a pas encore trouvé son égal à ce jour & ...)»[14].
Notons pour être complet qu'on y trouve également une « allusion » à la pierre rejetée : « [...] Christ is ye white marble without spot the stone ye builders r....d but god choised it out .... .... might be build » (Christ est le marbre blanc sans tache, la pierre que les constructeurs ont rejetée mais que Dieu a choisi .... .... pourrait être construit)[15], ainsi qu'au voile qui sépare Dieu des hommes : « What doth the vail signiffie The son of god our lord jesus Christ hanging Upon Ye alter of ye cross is ye trwe vaill that is put betwe god & us shadowing with his wounds and blood ye multitud of our offencess that so we may be made accaptable to his father » (Que signifie le voile? Le fils de Dieu, le seigneur Jesus Christ sur la croix qui se place entre Dieu et nous, masquant par ses blessures et son sang la multitude de nos offenses afin que nous soyons rendus acceptables à son Père).
Soulevons le rapprochement possible de cette pierre rejetée avec d'une part 1/le tronc de l' « arbre de vie » dans la « légende de la vraie croix » qui est rejetée pour la construction du Temple et servira finalement de potence à la crucifixion de Jésus [16] et 2/ à la pierre de Jacob qui lui servit d'oreiller lors de son sommeil visionnaire (et qui aurait été placée comme pierre de fondation du premier Temple par Salomon), légende qu'on retrouve dans un rituel archaïque français de Royal Arc (La Rochelle -fin du XVIII- [17]), rapporté par B Dat. (Voir également la photo et sa légende portant sur la "pierre du Destin: plus loin.) Le songe de Jacob portait sur l'échelle (de Jacob) qui relie la terre au ciel. La pierre représenterait le premier échelon, càd la pierre de fondation, ou comme cette vieille gravure le montre, la "Chaire" du Vénérable Maître.
Notons enfin le rapprochement fait entre des parties de ce manuscrit « Questions concerning the Temple » et des parties du Ms Sheffield vers 1780-90, 1er rituel manuscrit connu de Royal Arch « The mystical knowledge of the Temple » [18] (outre le rituel de Knight Templar déjà évoqué).
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Complémentairement à la première partie
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le mot du Maître en chaire, « Chibbulum » ou apparenté (« Giblin ») (voir The Three Distinct Knocks : the charge given to the Officers of a Lodge), n'apparaît nulle part dans le rituel.[19]
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ce grade semble ouvrir la voie vers d'autres « hauts grades » : « … en dirigeant mes pas dans la nouvelle carrière que j'ai à parcourir ... », ce qui est la fonction d’un Maître Parfait du REAA.
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Seconde Partie : Discussions
"Maître parfait" & "Passed the chair" namurois
Cette partie va essayer de répondre à deux questions :
- Ce rituel namurois a-t-il une origine écossaise, du moins dans sa partie rituélique ?
- Fait-il partie d'un plus grand ensemble de rituel de Passé-maître non hiramique ?
Les deux questions sont liées.
Une autre question se pose. Elle est intimement liée aux deux premières :
De quel Passé-Maître, parlons-nous ? Henry Wilson Coil résumait la question ainsi :
« The terme is applied both to one who has been elected and installed in the office of Master of a Lodge and has served and retired, and also to one who has received the degree of Past-Master in a Lodge of Past Master » (Le terme s'applique à la fois à celui qui a été élu et installé dans la fonction de Maître d'une Loge et a servi et est descendu de charge, et aussi à celui qui a reçu le diplôme de Past-Master dans une Loge de Past Master).
Il existe donc des « actual » et des « virtual » Passés-Maîtres.
La question est d'autant plus pertinente qu'il a existé des loges spécifiques de Passé-Maître dont la fonction était de réaliser l'Installation du Maître en chaire, et/ou des loges de Passé-Maître qui s'inscrivaient dans un système de grades, sans qu'il soit parfois possible de les distinguer. Notons que la pratique d’un rituel d’Installation du Maître en chaire est toujours un pratique généralisée chez les anglo-saxons [20].
C'était devenu un problème aigu à la Grande Loge de New-York, dont la vie fut mouvementée durant la 1ère moitié du XIXe. En effet, elle connut une nouvelle scission en 1848 à cause de cette double fonction et dont la résolution prendra 9 ans ! [21]
Nous devons aussi souligner que cela pouvait être une fonction au sein de la Loge symbolique, ainsi qu’en atteste ce courrier de 1756, qui affirme que lorsque le frère Jean Corneille Rademacher fut élu Grand-Maître des Francs-maçons de La Haye le 24 juin 1735, « Il créa aussitôt Jean Kuenen son député Grand-maître, Louis Dagran Maître de la Loge, Hermanus Van Loon Premier Surveillant, Jean Kraffort Second Surveillant, Daniel Friard Passé Maître, Etienne Verdety Secrétaire. » [22] Nous sommes probablement ici dans des usages anglais des premiers temps de la maçonnerie spéculative puisque la « Loge françoise » de La Haye (qui sera ensuite dénommé la Loge du Grand-Maître), créée en 1734, reçut patente de la Grande Loge de Londres en 1735 grâce au 2e duc de Richmond (celui qui fut Grand-Maître de la Grande Loge de Londres en 1724-5 et qui créa la loge d’Aubigny en France cette même année 1735), via le frère François Liégeois, membre fondateur de la loge et qui était au service du duc. Cette Grande Loge créa la seconde Loge de La Haye, « Le Véritable Zèle » en décembre de cette année 1735 avec Louis Dagran comme Vénérable Maître. D’autres loges suivront. Soulignons également que la charge « d’ex-Vénérable Maître », assis à la droite du Maître de la chaire, est restée une fonction importante des loges anglo-saxonnes, tout comme dans les loges du Bénélux, alors qu’elle peut être absente des loges de France. Il y a là une véritable différence de tradition.
En Écosse, cette tradition est renforcée par l’existence, également au côté du Vénérable maître (le Right Worshipful Master), à sa gauche, du Deputy-Master et du Substitute-Master. Ils sont également « installés dans la chaire » (communiqué par Pierre Noël).
Ou lors de cette demande de patente lors de la création de la Loge « Les Cœurs Unis » à La Haye en 1756, les premiers officiers désignés furent, dans l’ordre, un Vénérable Maître, un Passé-Maître, un Premier Surveillant, un Second Surveillant, un Secrétaire et un Trésorier [23].
Soulevons néanmoins le fait qu’on ne connaît pas les usages rituéliques proprement écossais du XVIIIe. Dès lors que le « Passed the Chair » namurois nous soit transmis non seulement au nom de la Grande Loge d'Écosse (sous le nom de Grande Loge métropoliaine d'Édimbourg), mais réellement par celle-ci, pourrait sembler séduisant, même si la pratique de l' « Installation du Maître en chair » (qui n'est pas nécessairement comparable à un grade de « passé-maître »), ne fut officiellement sous le contrôle de la Grande Loge d’Écosse, qu'en 1872 ![24][25] Les auteurs, parmi lesquels G Draffen, ajoutent en effet que : « This ceremony, which was termed variously 'Past Master', 'Master passed the chair' and 'Scotch Past Master' was worked clandestinely in a number of Scottish Lodges and was an essential qualification for all wished to become Royal Arch Masons in a Scottish Royal Arch Chapter. » (Cette cérémonie, qui a été appelée diversement 'Past Master', 'Master passed the chair' et 'Scotch Past Master' a été travaillée clandestinement dans un certain nombre de loges écossaises et était une qualification essentielle pour tous ceux qui souhaitaient devenir Royal Arch Masons dans un Chapitre de Royal Arch écossais.)[26]
La Loge de Namur fut créée par des membres de la loge « Union » (Grande Loge d'Écosse n°121), attachée au premier régiment, the Old, de la Scots Brigade au service des Provinces Unies (Hollande). La loge namuroise reçut sa patente de la Grande Loge d'Écosse (n°160) le 5 février 1770, sous le nom de « Parfaite Union » (elle changera de nom en 1777 en « Bonne Amitié »).
Les Écossais de la Scots Brigade (ils sont recrutés en Écosse depuis le XVIe siècle), qui ont fondé la loge namuroise ne sont pas catholiques. Au contraire, le 'papisme' y est interdit. Cette Scots brigade fut créée par les Provinces Unies durant la guerre civile et religieuse qui ravagea les Pays-Bas espagnols aux XVI-XVIIes siècles (1568-1648). Ils sont bien évidemment de la religion de ceux qui les ont engagé, c'est à dire calviniste (presbytérien), du moins pour la plupart [27].
On trouvera une description plus complète de l'histoire et des rituels pratiqués par cette loge dans la double publication « Les 250 ans du Rite écossais Primitif , dit de Namur » [28] [29].
Alors que les grades suivants ne sont plus conférés au nom de la Grande Loge d'Écosse, il existe un 4e grade symbolique dans la série namuroise du Rite écossais Primitif, puisque conféré au nom de la Grande Loge d'Écosse. Son nom est Maître Parfait.
Le fait même qu’il soit conféré au nom de l’obédience ‘bleue’ pointe vers le système de Royal Arch écossais du XVIIIe siècle dont il est question ici.
George Oliver [30], dans son ouvrage paru en 1855, le qualifie, concernant Namur, de : « Past master or Perfect master », ce qui le décrit parfaitement : pour sa partie rituélique la première qualification et pour le catéchisme la seconde qualification: on peut soupçonner qu'il a eu en main les rituels ou du moins un large résumé !
Rappelons que la date de retranscription du rituel par Marchot, aurait été réalisé vers 1812 Ceci le place parmi les premiers rituels de Passé-maître non hiramiques connus [31].
Ce rituel, pour sa partie « Passed the Chair » (« Passé-maître »), fait manifestement partie d'une famille rituélique spécifique de Past-master non hiramique dont le plus ancien connu semble être celui rapporté par Albert Pike qui se trouve dans les archives de la Grande Loge de Louisiane. Il nous est parvenu par une copie certifiée par Huet de Lachelle, écrite entre 1796 et 1801, mais dont l’origine évidemment est antérieure [32]. Nous savons que cette copie proviendrait des rituels du « Br:. Four:. » (antérieurs à 1796). Selon Pike, il s’agirait du frère Fourteau de la loge « La Réunion des Coeurs » de Saint-Domingue. Période très agitée pour Saint-Domingue qui aura connu, à partir de 1791, la révolte réussie des esclaves sous la conduite de Toussaint-Louverture. La franc-maçonnerie, perçue par les révoltés, comme proche des « grands blancs », fut malmenée. Les réunions ne reprendront que vers 1797 [33]. Accalmie, suivie de période de grande violence, en faveur ou contre le pouvoir français, Toussaint-Louverture se maintiendra jusqu’en 1801. Durant ces temps troublés, nombres de loge émigreront sous des cieux plus favorables. À Port-républicain (avant Port-au-Prince), depuis 1799, nous trouvons une loge issue de la fusion de deux loges : « La Réunion des coeurs franco-américains ». Elle provient d’une loge fondée en 1789 à Port-au-Prince par la Grande Loge de Pennsylvanie sous le nom des « Coeurs franco-américains » (qui rejoindra le GODF par la suite), et d’une loge « La Réunion des Coeurs », fondée à Jérémie en 1786. Dans le tableau de la Loge de 1799-1800, Etienne Fourteau y est mentionné comme membre honoraire affilié libre habitant Jérémie. C’est une loge de première importance dans la transmission du rite de perfection d’Etienne Morin. On y trouvera membre Le Barbier du Plessis, Haquet, Mathieu-Dupotet, Cerneau, ... (soit la filiation Cerneau sur Morin, via, complémentairement, Franken et le général-major Augustine Prevost [34]. Notons que Mathieu-Dupotet, très lié à la Grande Loge de Pennsylvanie, et Cerneau se retrouveront à Santiago de Cuba vers 1804 (Antoine Bideau s’y trouve aussi), avant que ce dernier n’aille à La Havane et puis à New-York à partir de 1807 [35].)
Il peut être intéressant de comparer ce rituel dont l'original est probablement fort ancien à son correspondant régional, c'est-à-dire celui repris dans la série des rituels du marquis de Gages, datant de 1763 ou 1767 (controverse sur le 3/7) [36]. Il s'agit d'un rituel placé également en 4ème position, et qui fait manifestement directement suite à la maîtrise. Il s'agit ici d'un grade hiramique. Cependant, on y retrouve l'interrogatoire sur les trois premiers grades, la corde autour du cou, les 4 voyages, les salutations au président de la Loge et le mot Jehova. Il n'y a pas de mot en « G ». Il existe un moment culminant en fin de rituel qui fait passer l'impétrant d'un état à l'autre :
« …, alors le Maître dit : mes frères que l'on se tienne prêt, vénérables frères surveillants faites passer ce frère sur le tombeau de notre maître et conduisez-le au Saint des Saints, ramenez-le à l'occident, puis faites le parvenir à l'orient selon les règles usitées. »
Ensuite, il prête son obligation et se voit décorer d'un « ruban vert où pend un compas sur un quart de cercle ».
Bien que ce soit un rituel précoce bien dans la veine des rituels continentaux, il s'en démarque notamment par la présence d'un seul « mot » :
« D : que signifie la lettre I:. qui est sur le milieu de la pierre carrée ?
R : Elle signifie la lettre ignitiano du mot sacré du maître parfait.
D : Prononce-le.
R : Jehova
D : Que signifie ce mot ?
R : Le nom sacré du Grand Architecte de l'Univers. »
Ceci conforte les observations de Paul Paoloni concernant le « mot » Jehova [37].
Un parallèle avec le rituel de Namur peut être fait. On peut considérer que le passage sur le tombeau d'Hiram puis le Saint des Saints trouvent sa correspondance dans le passage par la chaire du Maître. Ensuite, dans le rituel Gages, l'impétrant reçoit certains instruments du maître en chaire « qui dénote la victoire que remportèrent les maîtres sur les apprentis, compagnons et maîtres rebelles, ainsi que sur les profanes. ».
Si, effectivement, il n'y a pas de proclamation comme Maître en chaire, ceci est somme toute remplacé par la proclamation qu'il possède enfin le statut lui permettant de progresser dans les grades supérieurs (ce qui est également le but des rituels de Maîtres-passés, dont celui de Namur) : Q : pourquoi le vert est-il votre couleur ?
R : pour nous apprendre qu'étant mort au vil, nous espérons revivre par la vertu et par la montée aux derniers grades et parvenir aux sciences sublimes.
L'évocation de la couleur verte est intéressante. Si c'est devenu la couleur des « maîtres parfaits », le manuscrit archaïque « Le Copiale » (début des années 1740), dont ce rituel emprunte des éléments, nous apprend que le vert était la couleur des « maîtres écossais » allemands, alors que le rouge était celui des « maîtres écossais » français (voir section suivante).
Finalement très peu de différences de fond, à l'exception du meurtre d'Hiram, qui, par sa présence dans le rituel, en a modifié, non pas nécessairement l'objet, mais des manières de faire.
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Décalque entre le Maître parfait namurois et des rituels apparentés de Maîtres Parfaits
Il y a des similitudes spécifiques entre le rituel de Maître Parfait namurois et d’autres. (d’autres éléments généraux comme la couleur verte du sautoir/cordon, etc. n’est pas repris ici.)
Cela devrait permettre de dégager ce qui est relatif au Passé-Maître dans une sorte de décalque négatif de ce qui ne se trouve pas en commun.
Essentiellement 3 sources de rituel vont nous y aider :
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Celui de Mirecourt
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Celui du livre des Marchés
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Celui de la maçonnerie adonhiramite de Guillemain de Saint-Victor.
Il existe une légende des bois du Liban, relativement développée dans le rituel namurois de Maître Parfait :
'Mon F:., Adon Hiram, inspecteur des cèdres et des trav:. qui se faisaient sur la montagne du Liban, étant rappelé à Jerusalem, après la mort d'Hiram, pour le remplacer dans l'inspection des trav:. du temple, Salomon envoya les Mtres les plus instruits sur le Mont Liban, pour remplacer l'inspecteur Adon Hiram ; et comme les fendeurs qui exploitaient les cèdres, étaient divisés par bandes, il fut ordonné que chacune d'elles serait commandée par un passé Mtre [38].
On retrouve également, par exemple, cette légende dans le rituel de Maître Parfait de Mirecourt, très semblable au rituel namurois [39] :
« les fandeurs dans le mont liban etojent divisées par Bandes chacunes desquels etojent commandée par un maitre parfait le signe est en quatre tems le premier est de mettre la main droite sur le coeur le deuxieme de la lever vers le ciel le troisieme de la tendre horisontalement et le quatrieme de la laisser tomber sur la cuisse droite en la suivant de jeux lattouchement est la gripe de maitre double cest a dire de se prendre les deux mains en gripe les Bras croises le mot est j-e-h-o-v-a ancien mot de maitre avant la mort d’hiram le mot de passe est le mont liban »
Dans une autre partie des rituels de Mirecourt (l’exposé du rituel lui-même) [40], sont décrits quelques éléments semblables, bien que le rituel lui-même soit assez différent, tel le vote sur l’élévation des récipiendaires, les 4 signes, mais dans un ordre différent. On y trouve aussi la double grippe :
« L'attouchemant de parfait est le mesme que celuy de Mtre Macon double, cest a dire que L'on fait la mesme prise de la main gauche, que celle de la droite, en se prenant Reciproquemant de Lune a lautre main, mains dans mains, les quatre doigts Ecartés et a demie pliés, en forme de serre sur la jointure du poignet ... »
Concernant le mot de passe et son lien avec la légende, il rejoint la réponse trouvée dans le « livre des marchés » (voir ci-dessous) :
« Le mot de passe de parfait est le mont Liban dou on a tirezles cedres tous taillés, et prest a pour la construction du temple de jerusalem. »
On retrouve des éléments semblables (nom du président de la loge, mot de passe) dans l’instruction d’un rituel appelé « Ancien maître », qui ressemble fort à un Maître Parfait. Ce rituel fait partie d’une suite de rituels, ceux du « Livre des Marchés » (Archives de la ville de Bordeaux), retranscrit vers 1780. Ce sont des rituels archaïsants. [41] :
D : Quel est le mot de passe ?
R : Mont Liban ou simplement Liban.
D : Que signifie-t-il ?
R : C’est le nom des montagnes où la levée sous Adonhiram coupait les cèdres pour la construction du Temple.
D : Comment s’appelle celui qui préside à la loge d’ancien maître ?
R : Le Très Sage.
D : Pourquoi ?
R : Parce qu’il représente Salomon.
Nous devons rapprocher ces deux rituels de celui de Maître Parfait de la maçonnerie Adonhiramite de Guillemain de Saint-Victor qui donne des éléments assez similaires :
Nom du président de la loge des Maître Parfait : Très Sage.
Batterie : 4 coups à distance égale.
Le récipiendaire est introduit la corde au cou. Il est interrogé sur ses connaissances des grades précédents.
Les participants ont l’épée à la main face au Très Sage et se retournent vers le récipiendaire lors de mauvaises réponses, en lui présentant l’épée au coeur.
Ensuite le fait parvenir au trône par les pas d’apprentis, de compagnon et de maître.
Le catéchisme reprend des données communes à Namur : 4 signes dans le même ordre.
Le mot incommunicable Je-ho-va.
La parole de passage : Mont-Liban.
Notons l’aspect archaïque de terme Adonhiramite, puisque la substitution de nom Hiram par Adoniram est ancienne et date de la première divulgation française du catéchisme des Maîtres maçons en 1744 : « Le Catéchisme des francs-maçons » par Louis Travenol (disponible sur Google livre) [42]. On retrouve ce même archïsme dans le rituel du « Livre des Marchés ».
Il apparaît que le mot de passe est lié à la légende, bien que cette dernière ne soit pas nécessairement exposée complètement (cf par exemple la maçonnerie Adonhiramite). Mais clairement, là où le mot de passe Mont Liban n’est pas utilisé, cette légende ne s’y trouve pas.
Si nous faisons la synthèse des parties communes ces 3 rituels avec celui de Namur, et que nous en défalquons les contenus, on peut penser que l’on se trouve devant des éléments spécifiques de Passé-Maître d'une autre origine, très probablement provenant de la tradition écossaise de la loge.
Quels sont-ils :
En décalque, reste essentiellement le passage à la chaire avec la volte, l’utilisation des outils du vénérable maître et la reconnaissance par la loge du nouvel état de l’impétrant. Manque le mot secret du Maître en chaire (Giblim ou dérivé). Nous avons probablement là l'apport spécifique écossais à ce grade pratiqué à l'époque à Namur.
Et on retrouve en commun avec les rituels de Passé-maître et ceux de Maître Parfait : le mot secret Je-ho-va, la corde au cou, couleur verte, l’interrogatoire sur les connaissances (éventuellement au travers de 4 voyages), le vote de la loge. Ici, c'est l'apport vraissemblablement plutôt continental à ce grade namurois: on est dans la transition.
En effet, la suite des grades sera essentiellement continental. D'ailleurs ils ne seront plus donnés au nom de la Grande loge métropolitaine d'Edimbourg (Grande loge d'Écosse), mais au nom des pouvoirs conférés, c'est à dire ceux de l'Ordre Intérieur de Stricte Observance (templière) qui chapeaute le rite. Nous verrons cela dans des publications ultérieures.
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Quels sont ses éventuels Passé-Maîtres correspondants ?
De façon intéressante, une petite partie du rituel namurois se retrouve dans le Copiale [43], un manuscrit codé qui fut déchiffré récemment, en 2011. Il daterait du milieu des années 1740.
Il traite dans sa seconde partie des « maîtres écossais », en faisant la différence entre le maître écossais français et le maître écossais allemand. Le descriptif rituélique est non hiramique, tout au plus le maître Hiram est parcimonieusement mentionné, au côté de la mer d'airain soutenue par 12 boeufs, de l'arche de Noé, de l'arche d'alliance, des tables de Moïse. C'est le « maître écossais » allemand qui nous intéresse ici. La couleur dominante est le vert (elle est rouge pour la variante française). Le candidat rentre dans la loge avec une corde au cou. Il est ensuite interrogé sur son parcours maçonnique et notamment le fait d'avoir été maître en chair auparavant. Si ses réponses sont satisfaisantes, il sera reçu. Il fait 4 voyages. Le motif central est 4 cercles et 4 carrés reposant sur 4 colonnes brisées couchées en croix de Saint-André. Nous sommes devant un schéma archaïque, peut-être un rituel de maître en chaire avant que n'apparaissent la légende du meurtre d'Hiram, qui va manifestement s'implanter dans des grades existants ou inspirer d'autres grades, et que l'on retrouve en partie dans le grade namurois. Intéressant également, ce maître écossais évoque le mot « perdu » Adonai et Iehova. On retrouvera le second notamment dans le rituel de Maître Parfait namurois, et les deux noms dans le rituel de « Past Master » se trouvant dans les archives du Baron de Stassart (voir plus loin).
Pierre Mollier compare et fait la synthèse entre ce manuscrit et deux manuscrits (l'un se trouvant dans la collection Kloss du Grand Orient des Pays-Bas [44] et l'autre dans les archives du Grand Orient de France [45]) concernant la Loge Union de Berlin, fondée en 1743. Cette synthèse donne un éclairage nouveau sur ce grade archaïque et fait la relation avec les loges de « maîtres écossais » d'Angleterre des années 1730 en terme de possible filiation [56]. Nous trouvons là, dans ce maître écossais, probablement une partie des éléments sources des rituels de Huet de Lachelle et namurois.
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Du chaos rituélique, le ‘Carlile’ ...
Le début du XIXe siècle peut nous être instructif parce que c'est le moment où une volonté apparaît plus nettement de mettre de l'ordre dans la masse des rituels et systèmes les plus divers qui sont nés au XVIIIe. Les rituels sont certainement encore très proches de ce qui a été fabriqué au siècle précédent. Ils sont en cours de structuration dans des ensembles (les rites) mais beaucoup d'instabilité subsiste, certains grades sont rejetés, d'autres conservés, et comment faire la part entre rituels qui portent le même nom mais dont les contenus sont différents, ou l'inverse !
A la fois les rituels et cette instabilité peuvent nous apporter des éléments pour notre quête.
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Le recueil de rituels de Richard Carlile (1790-1843) [47] porte sur la maçonnerie anglaise, la première édition date de 1825, c'est-à-dire l'année de sa sortie de prison (où il aurait lu ‘des centaines’ de livres), mais aussi une dizaine d'années après l'Union des deux Grandes loges rivales, et 25 ans environ avant l'implantation en Angleterre du REAA. Carlile (1790-1843), parfois dénommé le « devil's freemason », n'était apparement pas franc-maçon, fit plusieurs fois de la prison pour ses écrits radicaux, matérialistes, anti-chrétiens (« The Bible is nonsense, everything religious is nonsense ») et anti-royaliste ; il fut par exemple à la pointe du combat pour le contrôle des naissances, etc. Il était l'éditeur du journal « The Republican » qui publia la première édition de sa compilation de rituels, livre réédité de façon constante tout au long du XIXe et du début du XXe. Il s'agit en fait d'un ouvrage anti-maçonnique, reprenant assez rigoureusement les rituels de l’époque, et qui connut un véritable succès dans les milieux maçonniques, comme référent, durant un bon siècle ! [48].
Ce recueil comporte trois parties.
La première concerne les 3 premiers grades (rite anglais).
La deuxième porte sur le « Past-Master, suivi par le « Royal Arch » (il n'y a pas de degré de la Marque). Le Royal Arch se prolonge dans un « Knight Templar », composé de différentes courtes parties ( Templar, Malta, Red Cross, ...). Ce « Knight Templar » est dans la continuité du manuscrit de Sheffield (vers 1780-90) dont le contenu est radicalement différent de la tradition continentale (on le désigne parfois sous le vocable de « Pilgrim's rite » ou rite du Pèlerin : c’est le choix que nous faisons), même si l’un et l’autre sont novo-testamentaires [49].
La troisième partie comporte une série importante de degrés (23), débutant par deux rituels de « la Marque », pour se terminer par une « Description of the Rosicrucian or ne plus ultra degree », en passant par des degrés chevaleresques en ce compris templiers. Il n'y a pas de Royal Arch dans cette partie, qui apparaît présenter une inspiration continentale plus prononcée ?
On trouve dès lors dans le recueil de Carlile deux rituels de « Past-master » et un rituel de « Perfect Master ».
Le degré de Perfect Master se trouve dans la troisième partie à la 7ème place entre le « Secret Master » et l' « Intimate Secretary ». Ce rituel montre une parenté avec ses cousins « Maîtres parfaits » continentaux, il porte sur le cercle et sa quadrature : « I have seen the circle and the square enclosing the two columns. ». Il possède un caractère hiramique nettement accentuée, son mot de passe est « acassia », le mot sacré est « gave ». Le candidat est introduit avec une corde de soie verte autour du cou dont la fonction est expliqué ainsi : « I draw you from your vicious life, ». Il fait quatre tours et doit montrer ses connaissances aux grades précédents face au tombeau d'Hiram. Il n'y a pas de passage à la chaire du Maître en chaire. Le Maître de la Loge est appelé «Thrice Puissant, Illustrious, Respectable, and Worshipful Master ». Il n'y a qu'un surveillant (ou Inspecteur) qui représente Stolkin. Il n'y a pas de remise de cordon-médaille. L'heure d'ouverture est 4 heure et celui de la fermeture 5 heure. La batterie est de 4 coups.
Pour ce qui concerne les deux rituels de « Past-master » du Carlile, le premier se situe avant le long continuum rituélique de « Royal Arch » (partie II) et le second se trouve repris dans la partie III et est placé entre l' « Intendant of the Buidings or Master in Israel » et l'« Excellent Masons », lequel est suivi du « Super-excellent Masons » puis deux grades successifs « des Neuf ». Ils sont différents l'un de l'autre, tous deux sont non-hiramiques, leur mot de passe est le même : « Giblum or Chibbelum ».
Seul le premier, celui qui fait partie du corpus Royal Arch – Knight Templar, montre une parenté avec le rituel namurois. En effet, après que l'impétrant élu fut entré et prêta son serment en embrassant 4 fois la Bible (« The Bible to be kissed four times. »), il prend la place du Maître en chaire. L'ensemble des frères le saluent dans cette fonction. Le Maître descendant lui transmet alors, symboliquement les instruments de sa fonction (the Holy Writings, the Square, the Compass, the Rule or Gauge, the Line, the Gavel). Ce rituel, tel quel, nous dit Carlile, peut également servir de rituel d'Installation du nouveau Maître en chaire. Dans ce cas, deux obligations complémentaires apparaissent : l'élu Maître en chaire se présente avec le livre des constitutions. Ensuite on lui met en main le règlement de la loge qu'il est chargé d'exécuter avec prudence et ponctualité.
Voici comment se déroule l'ensemble « Royal Arch » repris dans la deuxième partie du Carlile : Le Past Master débute. Il est isolé du reste. Nous avons vu qu'il peut remplir deux rôles selon les circonstances. Il comporte une instruction portant sur 6 emblèmes de sa fonction. (Le Morgan/Bernard/Duncan, -voir plus loin-, comporte l'énumération des 15 devoirs du Maître en chaire. On retrouve cette même énumération des 15 devoirs dans le rituel d'Installation du Maître en chaire repris par Jeremy L Cross [50]). Ensuite vient le rituel propre au Chapitre Royal Arch qui se réalise d'un seul mouvement : il commence par l'obligation et l'exaltation de l'impétrant comme Royal Arch. Cette exaltation se poursuit par la cérémonie de « Passing the Veils » laquelle est complétée de 5 courtes sections de D-R qui portent à la fois sur le premier et le second temple (le Chapitre est présidé par « Zerubbabel »), en ce compris la légende spécifique « Royal Arch ». La section se termine par l'ensemble « Knight Templar ».
Pour notre propos, le Carlile nous apprend en ce début du XIXe siècle, pour l'Angleterre, d'une part l'existence d'un Past-master préalable à la cérémonie du Royal Arch anglais, qui possède des similitudes avec le rituel namurois de Maître parfait, mais d'autre part qu'il existe également un Past-master (3ème partie du Carlile), distinct et indépendant, ce rituel-là se retrouvant en compagnie notamment de rituels chevaleresques. L'un et l'autre sont non-hiramiques. En outre, de façon également autonome, nous avons un rituel de « Maître Parfait », hiramique, dont le nom, la place et le contenu apparaissent flottant avant 1825 pour les Îles britanniques. Notons enfin que les degrés de la Marque ne font apparemment pas partie de la tradition anglaise du Royal Arch, ni du Knight Templar, ils sont « à côté ».
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Du chaos rituélique, le ‘Morgan’ ...
Captain William Morgan (1775-1826), originaire de Virginie, était un new-yorkais. Il était très probablement franc-maçon au vu des nombreuses visites qu'il effectua en loge, mais on ne connaît pas son parcours maçonnique [51]. Apparemment assassiné, cela provoqua un scandale monstre qui mit réellement sous éteignoir la franc-maçonnerie américaine, tant l'opprobe populaire fut profonde. Lors de la reprise maçonnique américaine, les cartes furent redistribuées notamment au niveau des Suprêmes Conseils rivaux (REAA). Il avait écrit une divulgation de rituels, la cause apparente de sa disparition en 1826, publiée quelque temps après celle-ci, c'est-à-dire en 1828, « The misteries of Freemasonry ». Parmi ceux-ci on trouve un « Past Master degree » et un « Perfect Master ». Le « Past-Master » se trouve dans la première section comprenant : les trois grades symboliques ; ensuite le Mark Degree ; Past-Master ; Most Excellent Master's degree ; Royal Arch degree ; Knights of the Red Cross ; Knight Templar, and Knight of Malta ; Knights of the christian Mark, and Guards of the Conclave ; Knights of the Sepuchre ; the Holy and Thrice Illustrious Order of the Cross, called a Council. Remarquons que sont réunis en un seul rituel Templar et Malta, il s'agit du « Pilgrim's rit ». Le « Past Master » n'est pas hiramique, il comporte l'énumération des 15 devoirs, puis la remise au nouveau maître en chaire des outils du Maître en chaire et ensuite, lorsque l’ancien se retire après avoir fait allégeance, le désordre s'installe sur les colonnes. Le mot de passe est « Giblem » et il n'y a pas d'évocation de la quadrature du cercle.
Quant au « Perfect Master », il est placé dans une autre section, celle de « The Lodge of Perfection : comprising the Eleven ineffable Degrees of Masonry. » Il se trouve après le « Secret Master » et ne comporte pas la thématique de la quadrature du cercle. L'ouverture est à 4 heures, la batterie est de 4 coups, et le candidat porte une corde verte au cou. Le thème principal est une procession pour les funérailles de Hiram Abiff qui se réalise par 4 tours de la loge par l'ensemble des membres avant de s'arrêter devant le cercueil. Le mot de passe est accacia. Le mot mystérieux est Jeva (NB : Joppa est le mot de passe repris dans le rituel de Mark Master du Morgan/Bernard).
La séquence des degrés de la seconde partie est particulière. Les 11 degrés ineffables se terminent par « The Philosophical Lodge ; or, the Key of Masonry : Being the Degree of Knights Adepts of the Eagle or Sun ». Ensuite vient le Prince de Jerusalem ; le Chevalier de l'Est et l'Ouest ; le Souverain Prince, Maître ad-Vitam, Vénérable Grand Maître des Loges symboliques ; le Prince du Royal Secret ; et enfin le Souverain Grand Inspecteur Général « on the part crossing the breast is a delta, with rays traversed by a poinard, and in the midst the figure « 33 »). Il n'y a pas de Rose-Croix. Nous sommes probablement devant une sorte de réinterprétation du REAA qui venait de s'implanter aux USA.
Ces rituels seront largement repris par DK Bernard -1829-, « Light on Masonry » : il y a de façon identique une première partie avec un « Past-Master » qui est strictement le même.
Par contre la seconde partie est une évolution de la seconde partie de l'ouvrage précédent. Elle comporte des rituels identiques, d'autres qui sont modifiés, et d'autres qui ne s'y trouvaient pas (au total 25 degrés auxquels il faut ajouter les 3 degrés symboliques). On y trouve une sorte de Rose-Croix, mais toujours pas de « Grand Juge Commandeur ». On n'y trouve pas également, ni l'Écossais de Saint-André, ni le Noachite (idem Morgan) , ce qui correspond aux rituels manquants du REAA d'origine selon le comte de Saint-Laurent, au niveau de ses « Nova Instituta Secreta »[52]. De même ne s'y trouve pas le chevalier d'Orient. Par contre ces grades se trouvent, du moins pour les deux derniers (Noachite/Orient), dans une troisième partie intitulée « Detached Degrees », avec par exemple l'Élu de Perignan, le Compagnon écossais et le Maître écossais.
Il trouve également un autre « Perfect Master » dans cette troisième partie, il est différent et assez court. La quadrature du cercle y est évoqué « I have seen the circle and the square placed on the top of the two crossed colomns ». Le mot secret est A __ .
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Le fonds maçonnique du Baron Goswin de Stassart
Il existe dans le fonds maçonnique du Baron Goswin de Stassart (1780-1854), déposé à l'Université catholique de Louvain en Belgique, notamment deux rituels manuscrits en français, le premier s’intitulant « Past Master [sic]. 4ème Degré du Rit d'York » (BUCL-Arch HSS-4311), et le « Mark Maçon [sic]. 5ème Degré du Rit d'York. » (BUCL-Arch HSS-4312) [53]. Le système comporte ensuite ceux d' « Excellent Macon » et de « Royale Arche ». Nous aurions dès lors une inversion entre le degré de la Marque et celui de Past-Master par rapport à un classique « Rit de York » (manifestement ce terme s'applique au système américain, qui est très proche du système écossais, voir les rituels namurois de 1845 traduits à l’époque des rituels correspondants du Grand Royal Arch Chapter of Scotland, dénommé « Rit de York »).
Le rituel du degré de la Marque est ici très pauvre et succinct, il ne contient pas de légende ; par contre il fait référence au degré de Past-master et donc sa place n'est pas une erreur (« D : Qu'êtes-vous en Maçonnerie ? R : Past Master (Passe-Maître) ».
Cette inversion n'est pas unique. La première mention de la transmission d'un degré de la Marque dans l'État du Massachusetts aux États-Unis, au chapitre St-Andrew de Boston, date de 1793 et précise : « to confer the degree only on Pasts Masters » [54].
Turnbull et Denslow rapporte une organisation semblable (Past-Master, puis Mark Master, « fifth degree of the Masonry of York, Ancient Rite ») au sujet d'un ancien rituel apporté en Louisiane vers les années 1796 : il s'agit très probablement de ceux repris par Albert Pike qui portent les mêmes mentions [55] [56].
Le rituel du « Past-Master » du fonds Stassart est par contre surprenant, car il ne ressemble pas aux Past-Master, ni du Duncan, ni du Carlile. En fait, c'est un rituel de « Perfect Master », qui se rapproche partiellement du Perfect Master du Carlile. Il comporte en outre des parties/éléments que l'on trouve notamment dans les rituels de Maître Parfait continentaux. Il donne l'impression d'être à cheval sur le Channel ! Il porte également sur le cercle et sa quadrature : « D : Etes-vous Past-Master ? R : J'ai vu le cercle et la quadrature dans le Saint des Saints. ». La corde au cou est ici rouge (cf plus haut, La Copiale dont le rouge est propre aux écossais français) dont la fonction apparaît la même que chez Carlile mais en nettement plus accentué : il doit se défendre de l'accusation d'avoir assassiné le maître Hiram, face à son tombeau. Les connaissances du candidat ne sont pas investiguées, néanmoins l'évocation successive des 3 grades symboliques fait partie des voyages. Le candidat fait également 4 tours. Le Maître de la Loge est appelé « Grand Maître » ou « Illustre Excellent Past-Master ». Il y a deux surveillants qui sont appelés « Excellent Past-Master ». Le mot de passe est « Nabil-tnom » (Mont Liban à l'envers) et le mot sacré est « Janoda » (Adonai à l'envers). Notons que Jehova est repris, à l'envers, dans le catéchisme. L'heure d'ouverture et de fermeture sont les mêmes que pour le Perfect Master de Carlile (4 et 5 heures), la batterie est de 4 coups. Il n'y a pas de passage à la chaire du Maître. Par contre, nous avons la remise du cordon-médaille (comme à Namur) et de façon surprenante, l'attouchement est proche de celui de Namur avec sa double grippe : « L'attouchement est la double Grippe faite en se croisant les deux mains, on les élève trois fois au dessus de la tête en prononsant alternativement trois fois le mot Sacré. » Notons que le mot de passe est ici Liban comme pour d’autres rituels de Maître Parfaits continentaux du XVIIIe (en ce compris celui de Namur) et non Acacia.
Le manuscrit est probablement tardif au vu de la manière de former les lettres (entre 1830 et 1850 ?). C'est une traduction très probable d'un rituel en langue anglaise, dont l'ouverture montre qu'il s'agit d'une tradition des « ancients » ou post-Union (la place du 2ème Grand Surveillant est au sud « Pour mieux observer le soleil à son méridien, »). Le nom de ce degré, sa place dans le système, font penser à un rituel datant d'une époque où les choses n'étaient pas encore clairement fixées tant dans la gradation d’un rite, dans la typologie rituélique que dans le contenu de chaque type. De ce point de vue, le rituel original anglais devrait être antérieur à 1825, époque de la parution du 1er Carlile qui va jouer un rôle relativement similaire au Pritchard, d'homogénéisation de rituels au vu de ses très nombreuses rééditions. Selon cette logique, il serait possible que la source soit contemporaine de l'apparition du grade Master Mark, soit autour des années 1770-80 ?
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En bref
On comprend bien la place du passé-maître namurois comme 4e grade symbolique par sa continuité avec le 3e grade, mais aussi parce qu'il est un rappel fort du rituel du maître en chaire d'une loge symbolique. Mais il y a plus: degré non-hiramique, il introduit très logiquement la séquence des grades de Royal Arch dont il est le premier. Les rituels du Chapitre de Royal Arch namurois, plus tardifs, en sont un fort rappel. Mais aussi tout aussi logiquement, il introduit la longue séquence des rituels du Rite Écossais Primitif namurois. Il est à sa place, probablement bien plus qu'un 'maître secret' du REAA dont le rôle est d'être également un grade introductif. En effet, il maintient l'usage des "ancients" d'un passage obligatoire par la chaire ('passed the chair') pour pouvoir accéder aux grades qui suivent.
Pour ce qui est de la comparaison avec le Carlile, maçonnerie anglaise d'inspiration composite pour cette époque, mais plutôt basée sur les « ancients », ainsi que le Morgan, maçonnerie d'origine écossaise/irlandaise, nous y trouvons des similitudes et des différences.
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Une des différences se trouve dans la place accordée aux grades de la Marque, qui apparaissent simultanément en Écosse et en Angleterre, mais dont l'origine opérative apparaît clairement écossaise [57].
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L'un et l'autre recueils de rituels placent dans un même ensemble cohérent le Royal Arch et le Knight Templar. Ce ne sera, ensuite, plus le cas.
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Les « Passé-Maître », qui font partie de cet ensemble spécifique, sont non-hiramiques (sauf celui des archives de Stassaert) et montrent des parentés avec le Maître Parfait namurois.
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Le Carlile nous indique une parenté étroite du Maître Parfait namurois avec le rituel d'Installation du Maître en chaire.
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L'intérêt des rituels « Stassaert », se situe probablement, à la fois, dans le syncrétisme qu'il suggère et par la précocité d'un système encore instable de Royal Arch, tel qu'il se présentera en Écosse. Notons qu'il utilise le nom de Past-Master alors que c'est un « Perfect Master », ce qui démontre une fois de plus les nombreux tâtonnements des faiseurs de rite de la fin du XVIIIe et/ou du début du XIXe siècle.
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Et enfin, la racine de ce grade de « Maître fonctionnel » (Installation ou Passé Maître) est illustré par le manuscrit Copiale.
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Rit Écoss∴ Prim∴
4e degré
Maître Parfait (4e)
Ouverture
Le Très Sage frappe un coup répété par les Surv∴.
« F∴ premier surveillant, qui êtes-vous ? «
Le 1er surveillant répond : « Très Sage, je suis maître et j'ai eu le bonheur de passer à la chaire du vénérable. »
D. Connaissez-vous quelque chose de plus ?
R. Je connais le cercle et la quadrature, et de plus, le Gr∴ Jehovah.
D. Quel âge avez-vous ?
R. Un an pour ouvrir, et sept pour fermer.
D. A quelle heure avons-nous coutume d’ouvrir nos trav∴ ?
R. À une heure.
D. F∴ 2d Surv∴, quelle heure est-il ?
R. Une heure.
Le T∴Sage dit : « Puisque c’est à pareille heure que s’ouvrent nos Trav∴ FF∴ 1er et 2d Surv∴, avertissez les Vén∴ FF∴ qui décorent vos Col∴ respectives, que je vais ouvrir les trav∴ de Mtre parf∴ par les signes et batt∴ d’usage, après avoir fait circuler le mot sacré par les trois syllabes. »
Les Surv ∴ font l’annonce.
Le T∴ Sage dit : « Debout et à l’ordre. »
Les Surv∴ vont ensuite chacun sur leur Col∴, en commençant par le haut, recevoir le mot sacré de chaque F∴, ceux qui sont placés à l’Or∴ vont aussi le donner au T∴ Sage.
Ce travail exécuté, et les Surv∴ rendus à leurs places, le 2d Surv∴ frappe un coup, et dit : « F∴ 1er Surv∴, le mot est juste. »
Le 1er Surv∴ frappe un coup, et fait la même annonce au T∴ Sage.
Le T∴ Sage frappe quatre coups égaux 0000 .
Les Surv ∴ répètent.
Le T∴ Sage dit : « Les travaux de Mtre parf∴ sont ouverts. »
Les Surv∴ répètent l’annonce.
Tous font les signes, l’applaudissement par 0000, et la triple acclamation, huzzai, huzzai, huzzai (on prononce Houzzé).
Le T∴ Sage dit : « Prenez place, mes FF∴ »
La planche des derniers trav∴ étant lue, approuvée et sanctionnée, on fait introduire les visiteurs s’il s’en trouve.
Réception
Tout étant disposé, le Mtre des cérémonies va reprendre le récipiendaire qui a dû être conduit dans la ch∴ des réflexions et l’amène à la porte de la L∴, à laquelle il frappe quatre coups égaux.
Le F∴ Couvreur dit : « F∴ 2d Surv∴, on frappe à la porte du temple. »
Le 2d Surv∴ frappe un coup, et fait la même annonce au 1er Surv∴ qui après avoir aussi frappé un coup, la transmet au T∴ Sage.
Le T∴ Sage frappe un coup et dit : « F∴ 1er Surv∴, faites voir qui frappe ? »
Le 2d Surv∴, sur l’ordre qu’il reçoit du 1er Surv∴, dit : « F∴ Couvreur, faites votre office. »
Le F∴ Couvreur va à la porte, l’entrouvre, et demande : « Qui frappe ? »
Le Mtre∴ de Cérémonie ayant répondu, le F∴ couvreur referme la porte et va dire au 2d Surv∴ : « C’est le F Mtre de cérémonie qui amène le récipiendaire. »
Cette réponse transmise au T∴ Sage, en la manière accoutumée, celui-ci dit : « Faites entrer le récipiendaire. »
Les Surv∴ transmettent cet ordre.
Le F∴ Couvreur va ouvrir la porte, le Mtre de Cérémonie introduit le candidat, une corde au col, le dos tourné à l’Or∴. Le 2d Surv∴ va le prendre et le place à l’Occ∴.
Le T∴ Sage lui fait plusieurs demandes sur les trois premiers gr∴, et lui demande les mots sacrés. Tous les FF∴ doivent faire face à l'Or∴, et avoir leurs glaives nus à la main. Chaque fois que le récipiendaire ne répond pas exactement aux demandes qui lui sont faites, ils se retournent vers lui, et lui présentent la pointe de leurs glaives au corps, en même temps que le T∴ Sage lui fait sentir son inconséquence de se présenter sans être suffisamment instruit dans les grades précédents.
Après que le T∴ Sage a ainsi réprouvé le candidat, il frappe un coup et dit :
« Fr ∴ 1er Surv ∴ faites avancer le Candidat au pied de l'autel par les pas de l'Appr∴ du Comp∴ et de Mtre∴ »
Lorsqu'il est parvenu au trône, le T∴ Sage lui dit : « Mon F∴ , engagez-vous envers nous, par une obligation solennelle, et répétez avec moi : »
Obligation
« Je renouvelle ici toutes les promesses que j’ai faites dans les gr∴ précédents, et je proteste d’y être fidèle, sous toutes peines que j’ai reconnues devoir être infligées à tout faux F∴ et parjure à la Maçrie ; et pour marquer le désir que j’ai d’arriver à la perfection, je promets de plus, en présence du Gr∴ Arch∴ de l’Un∴ et devant les Maç∴ Éclairés qui m’entendent, de pratiquer, dans tous les temps, et avec humilité, toutes les vertus que les lois de la maçrie prescrivent ; et qui doivent caractériser les membres de notre ordre. En cas d’infraction, je consens à être banni de la Société des hommes, et à être traité comme un lâche, indigne de conserver le titre et les droits d’un maç∴. Ainsi que Dieu me soit en aide. »
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Le T∴ Sage frappe un coup répété par les Surv∴, et dit : « Conduisez le candidat à l’Occ∴, et vous me le ramènerez ensuite par la marche du gr∴ ».
Cet ordre exécuté, le candidat ramené à l’Or∴, le T∴ Sage lui dit de se mettre à genoux, et lui pose la lame de son glaive sur sa tête, et frappe quatre coups égaux en disant : « À la gl∴ du Gr∴ Arch∴ de l'Un∴, au nom et sous les auspices de la Loge métropolitaine d'Édimbourg, je vous reçois et constitue Mtre parfait. »
Le candidat étant relevé, le T ∴ Sage le revêt du cordon et lui dit : « Mon F ∴, la couleur de ce cordon symbolise l’espoir que vous devez concevoir de devenir parf ∴, en pratiquant toutes les vertus qui vous seront enseignées. »
Il lui communique ensuite les signes, paroles et attouchement. Il y a quatre signes. Le premier se fait en étendant la main comme pour les poser sur l’évangile. Ce signe symbolise la sûreté de nos engagements. Le deuxième se fait en posant la main sur le cœur : il nous fait souvenir que nous devons toujours garder nos secrets dans le cœur, le troisième se fait en levant le doigt index et les yeux au ciel : il nous annonce que nous devons admirer et respecter les décrets de la providence. Le quatrième se fait en marquant la terre avec le même doigt et en y portant les yeux : ce qui nous annonce que tout mortel sort de la terre et qu’il y rentre.
L’attouchement se fait en se donnant la grippe de Mtre double, c’est-à-dire en se prenant les deux mains, les bras croisés.
Le mot de passe est le Mont Liban.
Le mot sacré est Jehova.
La marche se fait par quatre pas égaux.
Le F∴ Sage se lève et remet le maill∴ au récipiendaire, lui donne l'accolade, et le serrant étroitement, il lui fait faire une volte, de manière qu'il se trouve au trône, à la place du T∴ Sage, celui-ci en dehors.
Le T∴ Sage descend les marches du trône, et dit : « Mon F∴, Adon Hiram, inspecteur des cèdres et des trav∴ qui se faisaient sur la montagne du Liban, étant rappelé à Jérusalem, après la mort d'Hiram, pour le remplacer dans l'inspection des trav∴ du temple, Salomon envoya les Mtres les plus instruits sur le Mont Liban, pour remplacer l'inspecteur Adon Hiram ; et comme les fendeurs qui exploitaient les cèdres, étaient divisés par bandes, il fut ordonné que chacune d'elles serait commandée par un passé Mtre.
Aujourd'hui, mon vénérable Fr∴, que vous êtes revêtu de la dignité honorable de Mtre Parfait, je vous reconnais et proclame en cette qualité, et je vous salue, comme Mtre de ce Resp∴ At∴ ».
Il continue et dit : « FF∴ 1er et 2d Surv∴, invitez les FF∴ qui décorent vos Col∴ à venir reconnaître le Vén∴ F∴ N., en sa qualité de Mtre parf∴, et le saluer comme Mtre de ce Resp∴ At∴ ».
Les Surv∴ font l'annonce.
Tous les FF∴ ayant les Surv∴ à leur tête, se dirigent vers le trône, où ils saluent le nouveau reçu, en lui faisant une inclinaison. Le Mtre de Cérémonie ferme la marche.
Tous les FF∴ ayant repris leurs places, le T∴ Sage frappe un coup et dit : « FF∴ 1er et 2d Surv∴, invitez, je vous prie, les FF∴ qui décorent vos Col∴, à témoigner, par leurs applaudissements, sa satisfaction que l’At∴ éprouve d’avoir un nouveau Mtre. »
Les Surv ∴ frappent un coup et font l’annonce.
Tous font l’applaudissement et la triple acclamation.
Le nouveau Mtre prend la parole et dit : « T∴ Sage, FF∴ 1er et 2d Surv∴ , offs Dignit∴ et vous tous mes Vén∴ FF∴, je vous prie de daigner agréer les marques de ma vive gratitude, pour la dignité éminente à laquelle vous m'avez jugé digne d'être élevé, c'est à votre bienveillance fraternelle, c'est à vos soins généreux que je dois la fav∴ insigne de cette nouvelle promotion. Daignez mes Vén∴ FF∴, me continuer votre indulgence, en dirigeant mes pas dans la nouvelle carrière que j'ai à parcourir et vous T∴ Sage, veuillez ne point vous écarter de moi, afin qu'aidé de vos Lum∴, je puisse arriver au terme de la carrière que j'ai entreprise. »
Il applaudit ensuite par la batt∴ du gr∴, et fait la triple acclamation. Le T∴ Sage fait couvrir l'applaudissement.
Il frappe ensuite un coup de maill∴, répété par les Surv∴, et fait l'instruction suivante :
Instruction
D. Fr 1er Surv∴, qui êtes-vous ?
R. Tr∴ Sage, je suis Mtre, et j'ai eu le bonheur de passer par la chaire du Vén∴ .
D. Connaissez-vous quelque chose de plus ?
R. Je connais le cercle et sa quadrature, de plus, le Gr∴ Jehova.
D. Que signifie ce mot ?
R. Le nom incommunicable, interprété immensité -Je montre le passé ; ho le présent ; et vah l’avenir. C’est ce qui a été, qui est, et qui sera. Enfin, c’est la parole de Mtre qui n’a jamais été perdue.
D. Que demandez-vous ?
R. À pénétrer dans le sanctuaire du temple, pour y recevoir la récompense due à la perfection.
D. Comment me prouverez-vous que vous êtes digne de cette faveur ?
R. En vous assurant que je connais le cercle et la quadrature.
D. Comment êtes-vous parvenu à cette perfection ?
R. Par les trois deg∴ d’Appr∴, de Compag∴ et de Mtre.
D. De quelle manière avez-vous été introduit en L∴ ?
R. La corde au cou.
D. Pourquoi ?
R. Pour nous apprendre que nous ne devons pas rougir des épreuves que l’on nous fait faire, pour nous rendre parf∴ .
D. Qui avait-il au milieu de la L∴ ?
R. Une grande pierre carrée sur laquelle étaient quatre cercles et quatre carrés.
D. Que représentent les quatre cercles ?
R. L’existence, l’immensité, la puissance et l’unité du G∴ Arch∴ de l’Un∴.
D. Que représentent les quatre carrés ?
R. Les quatre parties du monde sur lesquelles l’être suprême étend sa puissance.
D. Par quelle porte êtes-vous entré dans le temps ?
R. Par celle du Sud.
D. Pourquoi ?
R. Pour nous apprendre que ce n’est qu’en nous écartant des routes vulgaires, que l’on peut parvenir à la perfection.
D. Que vîtes-vous à la porte du Sud ?
R. Le tombeau de notre R∴ Mtre Hiram.
D. Enfin, quelle preuve certaine me donnerez-vous, pour me convaincre que vous êtes Mtre parf∴ ?
R. Une preuve incontestable, qui est le mot Sacré, la parole, le signe et les attouchements qui nous distinguent de tous les autres.
D. Quel est le mot ?
R. Je-ho-vah
D. Que signifie-t-il ?
R. Le Seigneur, en hébreu, un des noms de Dieu.
D. Quel est le mot de passe ?
R. Le mont Liban.
D. Combien avez-vous de signes ?
R. Quatre.
D. Expliquez-les-moi.
R. (On les donne et on les explique)
D. Combien y a-t-il d’attouchements ?
R. Quatre, la reconnaissance, la paix, l’amitié et l’égalité.
D. De quoi vous a-t-on décoré ?
R. Du cordon vert.
D. Pourquoi ?
R. Pour me démontrer l’espérance que je devais avoir pour devenir parf ∴, en pratiquant toutes les vertus qu’on m’enseignerait.
D. Après vous avoir décoré du cordon, qu’est-ce que le T∴ Sage fit de vous ?
R. Il me fit prendre le mail∴, mobile et régulateur de nos trav ∴ et en me donnant l’accolade, il me mit à sa place me reconnaissant pour Mtre de l’At∴, et me fit reconnaître par tous les FF∴ dans cette honorable dignité.
D. Que fîtes-vous alors ?
R. J’implorai l’indulgence de mes FF∴, je suppliais le T∴ Sage de ne pas s’écarter de moi, enfin qu’aidé de ses Lum∴, je puisse arriver au but que je m’étais proposé.
D. Quelle était l’intention du T∴ Sage quand il vous fit prendre sa place ?
R. Il m’apprit que le gr∴ De Mtre parfait était la perfection de la Maçrie, et il m’en donna l’explication.
Suite des Travaux
Le T∴ Sage frappe un coup et dit : « FF∴ 1er et 2d Surv∴, annoncez aux FF∴ qui décorent vos Col∴ que s’ils ont quelques observations à proposer, soit pour le bien-être de l’Ordre en général, soit pour celui de la L∴ en particulier, la parole leur sera accordée. »
Les Surv∴ frappent un coup et font l’annonce.
Le T∴ Sage fait circuler le sac aux propositions et la boite aux secours.
Il frappe un coup et dit : « F∴ Secrét∴, veuillez donner lecture de l’esquisse des travaux du jour. »
La lecture achevée, le T∴ Sage dit : « FF∴ 1er et 2d Surv∴, annoncez aux FF∴ qui décorent vos Col∴ que s’ils ont des observations à proposer sur l’esquisse dont ils viennent d’entendre la lecture, la parole leur sera accordée. »
Les Surv∴ font l’annonce.
Le T∴ Sage fait sanctionner l’esquisse par la batt∴ du gr∴ et la triple acclamation.
Clôture
D. F∴ 1er Surv∴, quel âge avez-vous ?
R. Un an pour ouvrir et sept pour fermer.
D. À quelle heure avons-nous coutume de fermer nos trav∴ ?
R. À sept heures.
D. F∴ 2d Surv∴, quelle heure est-il ?
Le T∴ Sage dit : « Puisque c’est à pareille heure que se ferme nos trav∴, FF∴ 1er et 2d Surv∴, avertissez les Vén∴ FF∴ qui décorent vos Col∴ respectives que je vais fermer les trav∴ de Mtre parf∴ par les signes et batt∴ d’usage, après avoir fait circuler le mot sacré par les trois syllabes. »
Les Surv∴ font l’annonce.
Le T∴ Sage dit : « Debout et à l’ordre. »
Le mot Sacré se donne de la même manière qu’à l’ouverture de la L∴. Les Surv∴ annoncent que le mot Sacré est juste.
Le T∴ Sage frappe quatre coups égaux 0000.
Les Surv∴ frappent le même nombre de coups.
Le T∴ Sage dit : « La L∴ de Mtre parf∴ est fermée. »
Les Surv∴ répètent l’annonce.
Tous font les signes, l’applaudissement par 0000 et par la triple acclamation.
Le T∴ Sage frappe un dernier coup et dit : « Mes FF∴, les trav∴ sont terminés, retirons-nous. »
Note
Le cordon de ce gr∴ est un large cordon vert, porté en sautoir, au bas duquel pend le bijou qui est un compas ouvert à un angle de 60 degrés posé sur une portion de cercle gradué. Le tablier est blanc, bavette verte, dans le milieu du tablier sont décrits trois cercles, à distance égale, au centre desquels est une pierre carrée sur laquelle on voit la lettre J∴
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Références
- George Oliver. The historical Landmarcks and other evidences of Freemasonry ; explained in a series of practical lectures, with copious notes. 2 volumes. New-York, 1855, II, p. 66.
-
Bible, Livre des Rois, I, 5 (13-14) : « Le roi Salomon leva sur tout Israël des hommes de corvée; ils étaient au nombre de trente mille. Il les envoya au Liban, dix mille par mois alternativement ; ils étaient un mois au Liban, et deux mois chez eux. Adoniram était préposé sur les hommes de corvée. »
-
Albert Pike. Reprints of rituals of Old Degrees. 1879, p. 45-52.
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Bernard Dat. Un rituel oublié du REAA. : l'installation secrète du maître de Loge. Renaissance Traditionnelle n°138-139-140, 2004, pp. 221-272, réalisant une re-traduction du rituel français, trouvé et traduit en anglais par Albert Pike.
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P Paoloni. Quatre grades et cinq mots. Renaissance Traditionnelle n°175, 2014, pp 154-155.
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Disponible sur Latomia. Ces rituels sont anciens. Certains sont réputés être antérieurs à 1860.
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Les rituels du « Livre des marchés », vers 1780, sont repris sous la cote MS 2098 aux archives de la Ville de Bordeaux. Ils sont disponibles sur Latomia.
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Thomas Smith Webb. The Freemason's Monitor, or illustrations of Masonry. 1ère édition en 1797.
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Richard Carlile. Manual of Freemasonry. Première édition en 1825. Ce livre va connaître de très nombreuses rééditions, XXe siècle inclus.
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NB Cryer. The Arch and the Rainbow. Lewis, 1966.
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Outre un catéchisme très proche de celui de Namur, on retrouve ces éléments dans le rituel tronqué de Maître Parfait, repris dans certaines éditions du « Recueil précieux de la Maçonnerie Adonhiramite » de Guillemain, par exemple l'édition de 1785.
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Steel-Maret. Archives secrètes de la franc-maçonnerie. Rééditions Slatkine, 2012, pp 72-73.
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Paul Paoloni. Un rituel primitif de Maître Parfait. Renaissance Traditionnelle, n°170-171, 2013, pp. 119-126.
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Idem, p 62 & 55-6.
-
C'est ce que P Langlet propose dans sa traduction du Dumfries, et cela semble se tenir : « [...] la pierre que les bâtisseurs [ont rejetée] mais que dieu a choisie [pour que le temple] soit construit ». Les Textes fondateurs de la franc-maçonnerie », Dervy, 2006, p 233.
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G Meigniez, Hiram au quattrocento. Renaissance Traditionnelle n°159, 2010.
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B Dat. Recherche sur les origines du rituel de Royal Arc. Renaissance Traditionnelle n°179, 2015, pp 130-201.
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René Desaguliers. Les pierres de la maçonnerie. Annexe II. Renaissance Traditionnelle. 1991, n°87-8, pp 275-6.
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Deux textes pré-Pritchard (1730) évoque un mot en « G » : il s'agit 1/ du « The Whole Institutions of Free-Masons Opened » de 1725, qui après Jachin et Boaz et ensuite Magbo et Boe, propose « Gibboram, and Simber signifies the Gibonites » ; 2/ du « The Grand Mystery Laid Open » de 1726, qui propose après Jachin et Boaz, « Gibboam and Gibberum » et ensuite « Thimbulum and Timbulum ». Le premier texte est irlandais, le second est d'une origine non connue. Ils se trouvaient l'un et l'autre dans la même collection, celle du Frère Broadley. Notons que la première mention d'un système en trois grades se trouve dans le Ms The Trinity College de Dublin de 1711, le mot du 3e grade est en « M » (Matchpin), sans indication de son contenu. Knoop, Jones, Hamer. The Early Masonnic Catechisms. 2d Edition, Manchester University Press, 1963.
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Je remercie ici Pierre Noël pour ses précisions concernant cet aspect.
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Coil's Masonic Encyclopedia, 1961.
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W Kat. Een Grootmeestersverkiezing in 1756. Édition de la Loge « La Bien-Aimée », Amsterdam, 1974, p 127.
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Idem, p 129.
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General Grand Chapter Royal Arch Masons, USA (Turnbull-Denslow) : History of Royal Arch, 1956, p 104.
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G Draffen. Discussion in H Carr, The Evolution of the Installation Ceremony and Ritual. AQC n°89. 1976, p 48. (Traduction française par René Désagulier dans Renaissance Traditionnelle n°85 et suivant, 1991)
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George Oliver. The historical Landmarcks and other evidences of Freemasonry ; explained in a series of practical lectures, with copious notes. 2 volumes. New-York, 1855,II, p. 66.
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C de Brouwer. 1ère partie, 2013, déjà cit.
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Albert Pike. Reprints of rituals of Old Degrees. 1879 (Reprints The Book Tree, 2010), p. 45-52.
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Georges Odo. La franc-maçonnerie dans les colonies 1738-1960. Edimaf, 2015, p50.
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Notons la loge de perfection « Ineffable » d’Albany dans l’État de New-York, fondée par Franken en 1767, où l’on trouve notamment Prevost comme grand secrétaire (il sera élevé par Franken, Député Grand Inspecteur, en 1775). Alain Bernheim. Bicentenaire des Grandes Constitutions de 1786. Essai sur les cinq textes de références du Rite Écossais Ancien et Accepté. Renaissance Traditionnelle n°68, 1986, p274.
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Agnes Renault. D’une île rebelle à une île fidèle. Les Français de Santiago de Cuba 1791-1825. Éditions PURH, 2012.
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P Paoloni. Quatre grades et cinq mots. Renaissance Traditionnelle n°175, 2014, pp 154-155.
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Bible, livre des Rois, I, 5 (13-14) : « Le roi Salomon leva sur tout Israël des hommes de corvée; ils étaient au nombre de trente mille. Il les envoya au Liban, dix mille par mois alternativement; ils étaient un mois au Liban, et deux mois chez eux. Adoniram était préposé sur les hommes de corvée. »
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Disponible sur Latomia. : document 35.
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Disponible sur Latomia : document 79.
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Les rituels du « Livre des marchés » sont repris sous la cote MS 2098 aux archives de la ville de Bordeaux. Ils sont disponibles sur Latomia. Voir aussi: http://sog1.free.fr/Articles/ArtMainguy-ColloqueLyon.pdf
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Roger Dachez. Les origines de l’Installation secrète, en Grande-Bretagne, en Irlande, et sa diffusion en France, du XVIIIe siècle à nos jours. Renaissance Traditionnelle n°100, 1994, p 233.
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Pierre Noël. Le plus ancien rituel connu de Maître écossais ? Le rituel de la loge écossaise l'Union dans les années 1740. Renaissance Traditionnelle n°170-171. 2013, pp 75–93.
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Pierre Mollier. L' »Ordre écossais » à Berlin de 1742 à 1751. Renaissance Traditionnelle n°131-132. 2002, pp 217-27.
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Jacques H. m'a fait découvrir ces deux rituels, qu'il en soit remercié.
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Coil's Masonic Encyclopedia, 1961, p 189.
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Albert Pike. Reprints of rituals of old Degrees. 1879. (Reprints The Book Tree, 2010).
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