François Bovesse franc-maçon, un poète, certainement -partie 1-

Publié le 2 Juillet 2025

Liminaire : je me propose de réaliser une quintuple publication, afin d'éviter une lecture unique trop fastidieuse.

1. François Bovesse franc-maçon, un poète, certainement.

2. François Bovesse franc-maçon et la Bonne Amitié à l'Orient de Namur.

3. François Bovesse franc-maçon, tel un Hiram.

4. François Bovesse franc-maçon, complot sur le nom de la loge.

5. François Bovesse franc-maçon et le « Fait Wallon ».

Le Mouvement Wallon au sein de la loge namuroise La Bonne Amitié.

 

Ces textes seront susceptibles de modifications, au gré de nouvelles recherches/découvertes/apports. Si vous avez des pièces d’intérêt peu ou pas connues couvrant cette période, svp, pouvez-vous les scanner et me les envoyer (cdb301@gmail.com). Je vous en serais très reconnaissant.

 

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1. François Bovesse franc-maçon, un poète, certainement

 

"Les Lettres Mosanes" est une revue créée par François Bovesse et ses amis en 1938. C'est son fidèle collaborateur Robert Hicguet qui en fut la cheville ouvrière. Il n'y eu que quatre numéros, celui-ci est le deuxième. Après guerre, la revue continua pour quelques temps. (archives de l'auteur)

 

Avec cette introduction, mon but n'est pas d'écrire une biographie de l'homme, mais de souligner quelques traits afin précisément d'introduire la partie maçonnique (deuxième et quatrième parties surtout).

 

En effet, écrire un article sur François Bovesse, un de plus, peut sembler assez futile et tout compte fait arrogant aux regards de celles et ceux, peu nombreux heureusement, qui en ont fait leur pâtée personnelle.

Tant ce personnage fut utilisé, instrumentalisé, mouliné à toutes les sauces, sur le plan politique bien sûr, mais aussi sociologique, sinon sociétal. Que de flagorneries n’ont-elles pas fleuri, encore de nos jours, par quelques idiots qui s’en pourlèchent pour se grandir eux-mêmes.

Déjà, trente ans après sa mort, André Dulière notait, à Namur, que « un élève sur dix (au grand maximum) est capable de donner une indication qui, sans être fausse, est insuffisante, tandis qu’un seul élève par classe -en moyenne- donnera, d’emblée, une réponse parfaite ».[Dulière, 1974]

Alors aujourd’hui … Dans ma recherche bibliographique, on trouve sur internet, dans les boutiques, concernant François Bovesse quasi tout, à des prix « vide grenier », c’est à dire trois fois rien. C’est l’indication solide que cela n’intéresse plus.

Bien sûr, le nom flotte encore : les fêtes de Wallonie, en septembre, moments de réjouissances et de chansons pour les sans grades (comme moi), moments touristiques financièrement bien utiles aux commerçants de la Ville, moments de rengorgements et pèteries pour certains gradés politico-sociaux du coin. Elles furent mises en place en 1923 par notamment François Bovesse. Retenez l'année, c'est celle de son entrée en franc-maçonnerie. De nombreuses rues portent son nom dans le namurois et plus loin. Le vieil athénée de Namur (ancien régime) a pris le nom de celui-ci en 1980, ce qui est assez tardif. Plus précoce fut l’ancienne loge namuroise (également d’ancien régime) « La Bonne Amitié » qui s’était chargé du nom de son membre décédé, déjà en 1945 (?), dans l’émotion du moment et de manière pour le moins curieuse. Comme le nom véhicule une connotation positive, cela continue d’enchanter. Mais savent-ils ce qu’il signifie ? J’ai les plus grands doutes !

De fait, avec le temps qui passe, l'homme, décédé il y a plus de 80 ans, petit à petit, sombre dans l'oubli de la plupart de nos contemporains, sauf de petits cercles namurois dédiés, une sorte d’écosystème, et encore. Le temps des historiens véritables va commencer pour essayer de cerner au plus juste cet homme politique avec ses travers et ses qualités, en décapant le fatras qui lui est collé par les années, en dégageant au mieux son projet, à la fois politique à la fois social à la fois culturel.

 

François Bovesse à 12 ans. (archives de l'auteur)

 

 

Le parcours de l’homme? Je réfère le lecteur intéressé vers l’ouvrage d’Arnaud Gavroy qui est actuellement central de ce point de vue [Gavroy], vers un mélange intéressant biographique et de témoignages de Robert Hicguet, un ami de longue date qui fut son secrétaire et chef de cabinet lorsqu’il était gouverneur, livre écrit à la hâte dans les jours qui suivirent son assassinat, en février-mars 1944 [Hicguet, 1944], vers le large chapitre qui lui est consacré dans l'ouvrage d'André Dulière de 1974 et vers l’ouvrage collectif « Namur et les années sombres » (1990). Mais d'autres travaux ne sont pas moins intéressants.

 

Attardons-nous sur son enfance, tant il est vrai que cette période forge l’homme en devenir.

Il est né le 10 juin 1890 dans une maison de la rue du Président, au cœur du vieux Namur. Son grand-père paternel était maître bottier installé à la rue des Brasseurs, son entreprise était florissante. Son père rejoignit l’administration des finances dont il devint directeur des contributions directes.

 

"Le Ballet du Printemps" de François Bovesse écrit en captivité, mis en musique par Ernest Montellier. La plaquette a été publiée à Saint-Gilles (Bruxelles) en 1942. (archives de l'auteur)
 

Ce que fut cette enfance , à la fois studieuse, mais aussi chahuteuse et joyeuse, parfois chef de bande : le témoignage d’un ami d’enfance, Ernest Montellier, nous le restitue :

« C'est vers 1910 que j'ai bien connu François Bovesse. C'était un jeune étudiant plein de fougue et d'humour, qui était en quelque sorte le meneur, le chef de bande d'un groupe qui arpentait souvent la rue de Fer. Je ne retrouve plus tous les noms, mais il y avait, je crois, Fabry, Souffret, Berger, Dandoy. De temps à autre, on y voyait aussi René Barbier qui était le moins entreprenant et se montrait parfois gêné par les blagues racontées par les gens de la "bande" ou les facéties qu'ils infligeaient aux bourgeois. Pour le punir, un jour que Barbier était arrivé coiffé d'une grande casquette à carreaux qui lui dissimulait presque tous les cheveux, et qu'il manifestait un peu de réticence devant les joyeux éclats de voix de ses camarades, François s'écria, de sa voix de stentor, "Mais non, messieurs, mais non, qui se cache sous cette casquette à carreaux, ce n'est pas René Barbier, mais non !". On devine la confusion de l'intéressé et les rires des compagnons de plaisanterie. Ceux-ci ne manquaient pas d'ailleurs, lorsque la promenade était trop calme, de réclamer une chanson : "Vas-y, François, chante quelque chose". Et le François de s'exécuter et de faire tonner en pleine grand-rue "J'aimerais mieux voir mourir ma femme que voir mourir mes bœufs" ou "Le temps des cerises". C'était terrible, s'il chantait au coin de la rue Mathieu (avenue de la Gare), on l'entendait jusqu'aux Quatre Coins. J'étais le plus jeune et je suivais avec passion ces chahuteurs, mais je n'étais pas à l'université. François déclara que cela ne faisait rien. Alors je clamai : "Si vous m'acceptez comme je suis, je serai avec vous jusqu'à la gauche. ", ce qui fit bien rire. Les fantaisies de ces étudiants n'étaient pas bien méchantes, elles n'avaient pour but que de déranger un peu les bourgeois qui "montaient" la rue de Fer d'un côté pour la descendre ensuite. Le carrefour de la rue Mathieu et de la rue de Fer, la rue du cinéma Eden (rue des Dames blanches) étaient les théâtres principaux des chahuts et des plaisanteries de la bande à François. Il se postaient longuement devant le portier du cinéma, en bel habit galonné, qui proclamait à qui voulait l'entendre : Venez voir "La voix brisée", venez tous voir "La voix brisée", six parties ! Il suffisait d'un petit "en" pour faire rire les badauds. Un jeudi saint,alors que toutes les vitrines des commerçants étaient artistiquement décorées, les Namurois, qui s'exclamaient sur la beauté des saindoux enrubannés, des cochonnets piqués de fleurs en papier crépon, virent un attroupement devant l'étalage du marchand de frites qui siégeait face à la fameuse rue des Dames blanches, celle du cinéma de Monsieur Rouch. C'était la bande des étudiants qui poussaient des "Ah !" et des "Oh !". Quand les plus curieux s'approchèrent et formèrent à leur tour un groupe, ils purent constater que cette admiration allait à l'unique et traditionnel bocal de harengs, imperturbable au milieu des sachets de frites. Que dire encore des commentaires qui interrompaient les films et que François était souvent le premier à lancer, ou des remarques concernant l'accent terriblement namurois du pauvre Monsieur Rouch ! Qu'on nous pardonne d'évoquer aussi prosaïquement les plaisanteries bien innocentes de cette jeunesse qui ne savait pas que, quatre ans plus tard, elle allait payer cher la défense de cette petite ville-forteresse, bien trop calme à son gré. » (Le Guetteur Wallon. Fascicule 3, 1990, p69-70 : ce numéro est essentiellement consacré à François Bovesse.)

Ajoutons que Montellier était un musicien, violoniste et chef d'orchestre, devenu compositeur et avait d’ailleurs mis en musique l’un ou l’autre poème de Bovesse.[Collectif: Ernest Montellier] Quant à ce dernier, avec sa belle voix de baryton, il voulait être chanteur d’opéra. Naturellement ces deux là étaient fait pour s’entendre. Mais son père lui fit suivre des études de Droit à l’université de Liège (à cette époque, d’une durée de 4 ans), dont il sorti en juin 1914, il avait 24 ans. Cela peut sembler tardif pour obtenir son diplôme, mais entre-temps, ceci explique cela, il avait réalisé son service militaire, en 1910, comme soldat au 14e régiment de ligne.

 

Juliette et François, mariage. (archives de l'auteur)

 

Dès ses études universitaires entamées, il s’était marié, le 14 septembre 1912, avec un amour de jeunesse, Juliette Bilande qui avait un an de plus que lui (née le 15 mai 1889 à Namur). Mariage solide dont sont issus quatre enfants. Le premier, également né durant la période studieuse à Liège en 1913, trépassa en bas âge, à l’âge de 13 mois, en juillet 1914. Deux mois plus tard la guerre éclatait.

Notons que François Bovesse apparaît comme traditionnel quant à la place des femmes : « La femme belge se moque du droit de vote comme un poisson d’une pomme. La femme belge est avant tout la gardienne du foyer ; le monde pour elle au plus souvent n’a point d’autres limites : son mari, ses enfants, voilà la préoccupation essentielle, sa raison d’être : sa maison, voilà ce qu’elle désire administrer : rarement ses ambitions vont plus loin. » (extrait d’un article "Le vote des femmes" paru dans « La Province », le 5 janvier 1925.) Par contre il voulait modifier la loi pour redresser les injustices dont elles souffraient, comme la sauvegarde de leur patrimoine contre un mari indélicat.[Kesteloot et Gavroy]

 

1912 est également l'année où François Bovesse crée la "Revue Sambre et Meuse", revue de jeunesse qu'il veut déjà (il le dit) comme un organe d'exaltation et de défense de la Wallonie, ainsi que répandre la culture française et se garer de l'influence germanique. Bien que disparaissant dès le début de la guerre en 1914, la revue contribue et se place sur chemin de l'appropriation culturelle wallonne. Parmi ses fondateurs, on trouvera Jean Chalon, membre de la loge namuroise. Des personnalité comme Jules Destrée, Maurice des Ombiaux, Maurice Barres prêteront leur concours.

 

La suite, vous la connaissez. Rappelé sous les drapeaux, il fut sérieusement blessé durant les engagements entre Malines et Anvers ; les choses s’aggravant, il est finalement déclaré inapte au combat et est versé à l’auditorat militaire à Calais comme commis. Il y prit ensuite les charges de greffier-adjoint et enfin de substitut de l’Auditeur. 

Notons que durant cette période de guerre, il collabora, au côté d'Émile Jennissen, Albert Mockel et bien d'autres, à l'Opinion Wallonne, journal créé Raymond Colleye, suite à l'interdiction d'un premier essai "La Wallonie" par le gouvernement belge du Havre parce que jugé trop rattachiste.[Dejardin, 1924 & Herremans, in Collectif, 1978]

Ajoutons que François Bovesse, dans son ouvrage [Histoire d'un autre temps]  nous évoque cette période de jeunesse et de guerre à travers de multiples souvenirs, racontés avec verve et chaleur.

 

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Archives de l'auteur

La guerre finie, François Bovesse reprend ses activités au sein du 'Mouvement Wallon' (terme générique) et notamment participe, le 21 août 1920, à la cession de l'Assemblée Wallonne dont il est membre, -qualifié de vice-président de la Ligue Wallonne de Namur-, tout comme, à cette époque, Jules Destrée qui démissionne en 1923 après une dure controverse, et pourtant ce fut son œuvre en 1912. Ce mouvement, important/essentiel durant l'avant-guerre pour le Mouvement Wallon, va s'essouffler progressivement après-guerre, maintenant des thèses assez dépassées d'unitarisme e.a. linguistique face aux avancées du Mouvement Flamand.

Les noms des participants sont repris dans ce numéro d'août 1920 de "Défense Wallonne (qui se présente encore sous la forme d'un Bulletin mensuel; voir la partie 5 de ce travail). On y trouve, par exemple, outre celui de François Bovesse, celui de Léon Walravens-père. Ce dernier sera président de la Loge dans les suites immédiates de l'initiation de François Bovesse en mars 1923, par ailleurs année de la mise en place des fêtes de Wallonie à Namur, également par Bovesse. Voir la partie 2 de ce travail. Par contre, on ne retrouve pas dans cette liste, le premier, décédé avant-guerre, et le second pour une raison que j'ignore, deux membres de la loge namuroise qui furent fondateur de l' Assemblée Wallonne: Eugène Hambursin (1859-1912), reçu par la loge en 1901, député libéral de Namur, et Grégoire Horlait (1856-1933), reçu par la loge en 1902, député du POB de Dinant-Philippeville.[Delforge, 2013]

 

Rappel: L'introduction du projet de loi sur l'emploi des langues dont question ici, par le catholique flamand Franz Van Cauwelaert, suit de quelques jours la modification officielle de l'article 47 de la constitution (septembre 1919), adoptant le suffrage universel pur et simple (pour les hommes). La balance électorale avait changée: si les catholiques avaient perdu leur majorité absolue (obtenue grâce au vote plural), les Flamands, majoritaires, l'avaient acquise; d'autre part, les gouvernements de coalition devenaient la règle. Une nouvelle réalité émergeait pour les Wallons:  Émile Jennissen en mai 1921 "quoi que les Wallons fassent, les députés flamands sont majoritaires".  Ce dernier se retira de l'Assemblée Wallonne avec Jules Destrée en 1923 et fonda l'importante Ligue d'Action Wallonne de Liège. (voir notamment: Paul Delforge, 2013.)

 

Cette loi sur l'emploi des langues en matière administrative, venait d'être votée à la Chambre (début août 1920), par une majorité flamande (et bruxelloise) contre une majorité wallonne (et cela se répétera, cf en partie 5, la loi sur l'emploi des langues en justice). Bien entendu, les conséquences de ce vote furent centrales dans les discussions au cours de cette cession de l'Assemblée Wallonne, d'autant que le texte devait encore passer au Sénat, ce qui sera fait définitivement en juillet 1921.

 

(NB. L'université de Gand deviendra unilingue néerlandophone en 1930. La loi linguistique de 1932, établissait l'unilinguisme administrative des Régions, sauf Bruxelles et les communes linguistiquement partagées: loi votée sous le gouvernement Renkin, avec le soutien des 2/3 dans les trois régions: 82,5% des députés flamands; 68,2% de ceux de Bruxelles et 65,1% de ceux de Wallonie. Sur ces matières, une décennie plus tard, on peut donc constater l'évolution de François Bovesse, membre du gouvernement Renkin.)

 

Archives de l'auteur

 

François Bovesse se retire apparemment en 1927 de l'Assemblée Wallonne, mais a-t-il démissionné nommément? Il n'aimait pas les divisions au sein du 'Mouvement Wallon'. En effet, on retrouve son nom comme membre dans le livre (1939) de Joseph-Maurice Remouchamps, ancien président, qui a rempli, peu de temps, le vide laissé par le décès de Marcel Grafé, avec la dérive que l'on sait, bien que de courte durée (et participant à ces ambiguïtés que l'on retrouve avec ce qui vient après: cf. d'Hervé Hasquin, 2004). Dans ce livre, on y trouve également les noms de Walravens Léon-père, Sasserath Léon et Guilmin Georges, pour la loge de Namur, tout comme Hiernaux Jules ou Engel Raoul, martyrs des nazis. Par contre FB sera actif au sein de la "Concentration Wallonne"* -1930 et ensuite-, ce qui marque manifestement un approfondissement dans son engagement wallon vers un réel décentralisme (de type provincial surtout et précurseur d'un fédéralisme), l'unilinguisme régional et son éloignement franc de l'unitarisme linguistique basé sur le français comme langue véhiculaire pour l'ensemble du pays qu'il défendait une petite décennie auparavant. Il sera également actif aux "Ligues Wallonnes"*, et plus particulièrement celle de Namur.

 

*La "Concentration Wallonne" (1930-1939) est issu principalement de la 'Ligue d'Action wallonne' (Liège, créée en 1922). François Van Belle (Tilleur-Liège,1881-1966, socialiste) la présida jusqu'en 1937. Elle avait pour but de rassembler toutes les composantes du 'Mouvement Wallon', sur une base fédérative; elle eut du succès. Plus radicale et mieux adaptée aux réalités que l' "Assemblée Wallonne", elle s'engagea notamment dans le décentralisme, sinon  l'idée fédéraliste qu'elle adoptera assez vite comme ligne sans cependant en donner de contenu précis, du moins dans ses débuts. Le dernier congrès de la Concentration, en 1937, fut une réussite et un échec. Elle était à ce moment présidé par l'abbé Jules Mahieu, réunit un grand nombre de participants, mais elle perdait quasi un quart des associations qui la soutenaient, et des personnalités comme Auguste Buisseret ou Maurice Firket, signant l'éloignement de la Ligue d'Action wallonne liégeoise, puis sa rupture. Lorsque l'abbé Mahieu décida de créer un parti politique wallon en 1939 (auquel deux membres de la loge namuroise participèrent), c'en était fini de la Concentration Wallonne outre l'échec de ce nouveau parti aux élections. (voir Fernand Schreurs,1960). L'abbé partira alors en France et collabora avec le régime de Vichy comme le montre Hervé Hasquin, 2004).

 

*L' "Assemblée Wallonne", fut créée avant la 1ère guerre dans le même but rassembleur par Jules Destrée en 1912 (démissionnaire en 1922). Cela fit suite à un congrès wallon réalisé en juillet 1912, où la "séparation administrative" apparaît comme l'enjeu central. Déjà en avril de cette année, la lettre au Roi de Jules Destrée avait posée les bases des revendications wallonnes. Ses débuts furent prometteurs, plusieurs membres de la loge namuroise en firent partie dès l'origine. L'assemblée n'adhérera jamais à la Concentration Wallonne, mais collaborera par moment. Le décès de Marcel Grafé en 1936, directeur de 'Défense Wallonne' dès 1933, son organe de presse, fit perdre sa rigueur à une Assemblée Wallonne en déclin. En effet, Grafé était un rempart efficace contre les dérives, ce qui arriva ensuite, pour une courte période en 1936, dans un ambiguïté mal assumée avec le rexisme, et qui se renouvellera pour l'élection de 1939, signait en quelque sorte une fin assez misérable de l'Assemblée Wallonne, qui, rappelons-le, fut une institution essentielle au réveil wallon dans ses débuts -surtout la période Jules Destrée- (voir L. Génicot & P. Destatte, pp 137-146.)

 

*Les "Ligues Wallonnes", où les questions linguistiques-culturelles (e.a. artistiques et historiques) sont centrales, chaque ville avait la sienne; elles sont généralement considérées comme les premières formes du Mouvement Wallon, trouvant leurs racines dans le dernier quart du XIXe siècle.  Celle de Namur va monter en puissance à partir de 1931. Elle possédait une base solide avec "Le Comité Central de Wallonie" (1923) organisateur des fêtes de Wallonie à Namur créé(es) par François Bovesse, ou la revue "Le Guetteur wallon" (1924) qui deviendra plus "politique" à partir de 1930. Bovesse, déjà un membre ancien, devenu ministre, bien qu'un peu éloigné, néanmoins soutient et participe.

 

In JM Remouchamps. L'assemblée Wallone 1912-1937. Éditions Défense Wallonne, 1939.

 

Le rayonnement de François Bovesse ne se limite évidemment pas à une lutte "linguistique" contre la flamandisation et/ou supposée volonté* de flamandisation du pays (sud compris) par la majorité nord de celui-ci.

 

*Cette supposée volonté pour le sud est également et peut-être surtout liée à la forte émigration d'ouvriers du nord sur fond de marasme et de quasi famine, vers le sud, durant le XIXe et premier tiers du XXe siècles, pour travailler dans les mines notamment: cela représenta jusqu'à 1/3 de la population à certains endroits, les estimations varient, mais on semble d'accord pour penser qu'au moins 1/2 million de personnes ont émigré du nord au sud -certains vont jusqu'à plus d'1 million avec les regroupements familiaux-, surtout les bassins de Liège, La Louvière et Charleroi, pour une population wallonne d'environ 3 millions de personnes en 1930. Et évidemment accompagné des mêmes peurs d'insécurité et autres que cela suscite dans la région d'accueil: "Les Flaminds c'n' èst nén dès djins", pouvait-on entendre à cette époque. (sur cette question, par ex. Guido Fonteyn, 1997.) De même, les tentatives du Boerenbond (association des paysans flamands, pilier du Mouvement flamand) de mettre en place des associations paysannes au sud du pays qui leur soient favorables avec l'aide des évêchés de Wallonie. Un échec, également financier avec le scandale majeur qui accompagna la banqueroute de la Middenkredietkas, la banque du Boerenbond, en 1934 (précédée de celle de la 'Banque belge du Travail' -socialiste-), où le gouvernement dû intervenir financièrement, et dont François Bovesse était le ministre de la justice (ceci fut utilisé lors des attaques virulentes contre lui par Rex). (Leen Van Molle)

Coupures de journaux d'époque. Au-dessus, réunion de paysannes du Boerenbond en 1928. En-dessous, réunion du Boerenbond en 1935. Les images parlent d'elles-mêmes, le Boerenbond est une association paysanne étroitement liée à l’Église catholique flamande. (archives de l'auteur)

 

Le beau portrait que brosse de lui, Maurice des Ombiaux, écrivain, l’infatigable défenseur de l'art wallon, en 1937, montre sa large humanité: "Parfois on lui a reproché ses attitudes familières, parfois on lui a reproché son manque total de sectarisme. En souriant je l’ai entendu répondre : les titres passent et l’amitié reste. Ou bien encore, pourquoi l’homme libre que je suis ne comprendrait-il pas qu’au nom de cette mème liberté que je revendique d’autres hommes pensent autrement que moi. Ce qui importe c’est la sincérité, ce qui importe c’est le sentiment de la fraternelle solidarité entre les citoyens d’un mème pays." [Maurice des Ombiaux]

 

Ou lorsqu'on lit ses discours de 1935 compilés par son secrétaire André Broze, alors qu'il était ministre de l'Instruction publique, il montre une large palette d'intérêts, structurant l'essentiel de l'accessoire, tout à fait remarquable et dont tout ministre actuel de l'Instruction (ou de l'Éducation comme on bêle actuellement) ferait bien de lire pour en prendre de la (bonne) graine.

 

 

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Il fut donc avocat (1919 …), conseiller communal à Namur (1921- 1929), échevin (1927-9), député (1921-25, puis 1929-1937). 

Comme ministre. 

  • Période 1931-1932: -PTT/Jaspar-Renkin-; [puis élection 1932, il décline la proposition]; 
  • Période1934-1935: [Remaniement] -Justice/Brocqueville-Theunis-; 
  • Période 1935-1936 -Instruction publique/Van Zeeland-; 
  • Période 1936-1937 [élection 1936 avec l'arrivée de Rex au parlement] -Justice/Van Zeeland-). 

 

Les nouveaux venus du dernier remaniement (1934) du gouvernement de Broqueville III (1932-1934), avec François Bovesse qui y devient ministre de la justice. Il avait refusé la proposition pour entrer dans ce gouvernement, 1ère mouture de 1932. (Il est le deuxième à partir de la gauche, entre Van Zeeland et de Broqueville.)

Het Laatste Nieuws du 13 juin 1934 (archives de l'auteur).

Le commentaire du journal Het Laatste Nieuws est vraiment intéressant et montre que François Bovesse est le représentant par excellence de la partie wallonne du pays au yeux du nord: (traduction)"M. Bovesse, qui a précédemment exercé au sein d'un ministère, notamment celui des Postes, Télégraphes et Téléphones, est un Wallon pur sang, un «Wallon 100 % de chez nous», comme on dit aujourd'hui. Les Wallons le considèrent, avec quelques autres, comme leur porte-parole par excellence, et il y avait de fortes chances que le comte de Broqueville l'ait inclus dans son cabinet, même en l'absence de crise ministérielle. C'est d'ailleurs ce que les libéraux wallons ont vivement préconisé, surtout depuis l'arrivée de M. Van Cauwelaert au gouvernement".

 

Membre fidèle du parti libéral, dans le gouvernement Jaspar/Renkin, il fut donc ministre des PTT (Postes, Télégrammes et Téléphones), de la Justice dans le gouvernement de Broqueville prolongé par celui "des banquiers" Theunis (qui prévit la dévaluation du franc belge, menée d'entrée de jeu par le nouveau gouvernement Van Zeeland en mars 1935), et, dans le gouvernement Van Zeeland, de l'Instruction publique. Puis après l'élection de 1936 (où Rex entre en force au parlement, tout comme le VNV, au détriment essentiellement du parti catholique dont ils prennent un gros tiers des voix), à nouveau ministre de la justice.

 

Il décide de quitter le marigot politique le 15 avril 1937 en devenant gouverneur de la province de Namur. Il avait en effet repoussé au 'lendemain' de l'élection partielle à Bruxelles du 11 avril, qui a vu la défaite de Degrelle et de Rex, précisément pour soutenir Van Zeeland qui se présentait contre Degrelle. Bien sûr l'attrait de Namur était resté entier et ce fut son choix. Mais on peut également penser que, membre du gouvernement, comme "Wallon 100%", il dut avaler couleuvres après couleuvres et ce fut donc un soulagement. Nous avons donné l'exemple des scandales de la 'Banque belge du Travail' suivie de la 'Middenkredietbank-Boerenbond en 1934 où le gouvernement dut intervenir financièrement et couvrir dans la mesure du possible pour maintenir une certaine stabilité politique. Autre exemple, le 14 octobre 1936, la Belgique s’autoproclama "neutre" rompant ainsi l'alliance défensive avec la France, en écho du "los van Frankrijk" des Flamands. Cette décision était radicalement contraire au combat de longue date du Mouvement wallon cherchant au contraire le rapprochement avec la France et la défense des frontières de l'Est. D'ailleurs Auguste Buisseret, libéral, futur ministre après-guerre, un franc-maçon de Liège, réagit vivement dans le journal "L'Action Wallonne" en titrant: "La Belgique a choisi Berlin | La Wallonie choisira Paris" (15-11-1936). Dans son article, il épargne Bovesse, bien plus, la page suivante de l'hebdomadaire montre le malaise de celui-ci face à un Van Cauwelaert (catholique flamand) triomphant. En effet, suite aux élections de mai 1936, la déstabilisation du parti catholique avait été profonde. Son aile flamande, devenue le KVV (Katholieke Vlaamse Volkspartij), dans un premier temps essaya un rapprochement avec le VNV (parti nationaliste flamand anti-belge, futur collaborateur du nazisme), lequel avait également 'gagné' les élections en Flandre. Des gages "germanophiles" furent donnés. (Lacroix-Riz 1924, pp 369 & 505-6 & 665-6) (De Wever, 2007). Ou la guerre civile d'Espagne (1936-9) qui le plaçait entre deux feux, actualité brûlante que je traite ici. Notons que quelques mois plus tard, en octobre 1937, le gouvernement Van Zeeland tombait sur l'affaire de "la cagnotte" de la Banque Nationale, un scandale financier lié notamment à la rémunération des cabinets ministériels qui visait précisément Van Zeeland, ancien vice-président de la Banque Nationale. (Notons en outre, pour l'entre-deux-guerres, l'instabilité politique majeure où les gouvernements ne survivaient guère plus d'une année.) (Perrin)

 

Hebdomadaire "L'Action Wallonne" du 15 novembre 1936 (KBR)

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On le voit donc ensuite comme gouverneur de "sa" province (1937-1940). Puis délégué du gouvernement à Sète pour les réfugiés (1940). Il fut révoqué comme gouverneur par l'occupant nazi, avocat, ensuite prisonnier (1941-2), otage sur les trains (1943), assassiné (1944).

 

Une des tâches principales, oh combien difficile, du délégué au gouvernement, François Bovesse, en France, fut d'essayer de réunir les familles jetées sur les routes devant l'avancée allemande en 1940. Ils furent 8 à 10 millions, nationalités confondues. La tâche était donc immense. Dans l'exemple ici, carte postale issu d'un carnet à souche, dépliable, de petite taille (11x7 cm; on le voit à la taille relative des timbres). Noter que tout est écrit au crayon (le stylo à plume est peu pratique dans ces circonstances et le stylo-bille n'existait pas), car le faire à l'encre et à la plume nécessitait un matériel que les réfugiés n'avaient généralement pas pris dans leurs maigres bagages. (archives de l'auteur)

 

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Le témoignage de son passage comme ministre de l’Instruction publique, des Lettres et des Arts (1935-1936) par Marion Coulon*, est probablement très caractéristique de la bonhommie malicieuse du personnage :

« François Bovesse ! A ce seul nom toutes les faces d'ici s'éclairent encore et sourient. N'était l'horrible fin toute proche de ce beau et jovial tribun de Wallonie assassiné, comme Jules Hiernaux d'ailleurs, par des tueurs rexistes, on n'aurait jamais fini de s'esbaudir sur son compte. Et la chose était bien de son goût. Ce brave homme, en vérité, nous fut un vrai ministre d'opérette ayant toujours l'air de sortir effaré, bedonnant et barytonnant du couvent aux mousquetaires. Le véritable abbé Bridaine de notre Instruction publique, poussant la romance à ravir et tournant le compliment ou le discours que c'en était pour chacun une véritable délectation! Naturellement, il ignorait tout du fonctionnement général ou particulier de notre instruction (...) Mais très malicieux et avisé sous ses airs bon enfant, il eut le talent de s'entourer de techniciens résolus qui, profitant de son insigne bonne volonté, lui firent décréter dare-dare des réformes énormes qui en d'autres moments eussent pris des années de discussions et qui, dans la précipitation en cours, se muèrent en pavés de l'ours, pour un personnel peu préparé à les recevoir. Ce disant, nous songeons par exemple, au fameux Plan d'études primaires, à l'arrêté-loi sur la prolongation de la scolarité, à la circulaire sur les délassements intellectuels... à tant de mesures dont les intentions étaient excellentes mais dont la mise en application sera à reconsidérer entièrement pour l'avenir avec un peu plus de précautions. Leur souvenir restera néanmoins pour nous rappeler que, là comme ailleurs, François Bovesse sut nous donner la mesure de son admirable générosité. » [Arnaud Gavroy, pp 97-8]

 

* Marion Coulon est sorti en 1934 de l’ULB en philologie romane. Défenseur de la francité, il fut un pédagogue novateur reconnu avec son ouvrage en 6 volumes, écrit de 1940 à 1948 : Jeunesse à la dérive (tome 1 où se trouve cet extrait). Il était devenu directeur général de l’Instruction publique en 1972.

 

Il est vrai que "Le Plan d'Étude de 1936" de François Bovesse était révolutionnaire par bien des aspects. Il est l’œuvre principalement des inspecteurs de l'enseignement Léon Jeunehomme (un libéral wallon) et Leo Roels (un catholique flamand). L'instruction était devenue obligatoire depuis la dernière guerre, la population qui fréquentait l'école s'était diversifiée. Les défis nouveaux étaient multiples. François Bovesse en était certainement conscient, comprenait la nécessité d'une évolution pédagogique assez radicale et sera attentif durant son année de ministère à l'Instruction publique de mettre en œuvre celle-ci  L'École doit s'adapter à chaque enfant et non l'inverse, cela passe par l'étude du milieu grâce à l'observation directe, l'étude de la langue pour que chacun puisse émettre et recevoir, en se faisant comprendre et en comprenant l'autre, etc. En somme favoriser le 'développement naturel de l'esprit' de l'enfant, lui permettant de se prendre en charge.  Il faut donc rendre l'école active au sens que Ovide Decroly (1871-1932) lui a donné. La réalisation du plan, sur le terrain, on le comprend, se fera progressivement, avec de nombreux grognements et obstructions ... Je ne peux que conseiller, pour celles et ceux qui désirent approfondir le sujet, toujours très actuel, les actes du colloque consacré à 'François Bovesse et l'éducation' qui eut lieu à Namur en 1990, et rassemblés par René Poupart.

 

Archives de l'auteur

Ensuite, après à la 'fameuse' élection de 1936, à nouveau ministre de la Justice (1936-37) dans le deuxième ministère Van Zeeland, et enfin comme Gouverneur de la province de Namur (à partir de 1937).

 

Le timbre de sa voix devait être en effet remarquable, et apparemment il savait en jouer. Voici ce qu'en dit le journal satyrique flamand Pallieter, dans son numéro du 17 avril 1927, qui lui consacre deux pages pleines et mordantes: (traduction) "C'était une voix grave et grondante qui s'en échappait, comme la réverbération d'un coup sur une peau d'âne tendue au-dessus d'un tonneau gigantesque. Tout le monde leva les yeux lorsqu'il commença. Et Bovesse en était fier ; il essaya de jouer des basses encore plus graves, confiant dans l'effet."

 

François Bovesse
1923. (Sur l'écharpe: Au président d'honneur Monsieur Fr Bovesse, puis l'écu de Namur)

(archives de l'auteur)

 

Parcours exemplaire durant les deux guerres qui lui coûteront d’ailleurs la vie, car sous des airs matois, il était courageux. Entre ces deux horreurs absolues, une belle réussite en tant que politicien, bien qu'il n'appréciait apparemment que modérément ses charges ministérielles, pour atterrir, selon son souhait, comme gouverneur de sa chère province, ce qui lui donna enfin le temps de se consacrer à ce qu’il aimait, à l’écriture notamment, ce qu’il fera durant cette courte période, sortant livres, pièces de théâtre, poèmes, ... Alors qu’il espérait une vingtaine d’année de calme, l’horloge de la guerre s’était remise au tic tac.

Voici le témoignage de Robert Hicguet (repris de son livre sur Bovesse) : « Et François Bovesse devint gouverneur de la province de Namur. Comme le héros de son cher Daudet, il allait pouvoir de temps à autre déposer l’habit doré, le bicorne et l’épée, pour écouter siffler les merles et encore, étendu dans l’herbe haute, aux bords de Meuse, regarder, amoureusement, couler son fleuve. Son vieil ami Henry Bodart l’emmène dans son atelier. « Nous sommes restés tous deux de grands enfants, a écrit François Bovesse, aussi émus qu’au premier jour devant des choses qu’ensemble nous nous sommes pris à aimer, et c’est à travers ces choses qu’Henry Bodart et moi nous nous comprenons chaque jour un peu plus ».

« Il y a, à Namur, des écrivains qui se cherchent, se rencontrent rarement, travaillent isolément, ont vraiment besoin d'un homme qui les groupe, les stimule, les galvanise. Et c'est François Bovesse qui, chaque mercredi, les réunit dans un local privé; on lit des œuvres inédites; on discute la chose littéraire; et une émulation salutaire remet tout le monde à l'écritoire. Parfois, le cercle s'élargit.

Ce soir-là 30 novembre 1938 nous étions conviés à entendre la lecture de Zante l'Aimable, un récit en prose, et d'un lever de rideau en vers, La Grand'route, que François Bovesse venait de terminer. Il y avait Jean Grafé, Henry Bodart, Ernest Montellier, le romancier en dialecte wallon Joseph Calozet, Louis Deghelt, un amateur dilettante, et les futurs équipiers des Lettres mosanes encore en gestation alors, Max Defleur, A.-P. Dohet et Fernand Tonnard. François Bovesse lut ses œuvres; et la lecture finie, chacun de nous eût été incapable de donner un avis objectif, car nous étions sous le coup de l'émotion vive que, par la magie de sa voix, l'auteur nous avait communiquée. On se défiait toujours de lui quand il lisait. Il lisait trop bien. Et nous aurions laissé passer bien des scories, sous le charme de son éloquence. Puis, on discuta quelques points de l'œuvre, et notamment la difficulté de rendre en français des traits savoureux en wallon, déflorés par la traduction. Et d'un mot à l'autre, la conversation effleura cent sujets divers. Le gouverneur, évoquant alors non sans émotion un habitué de ces réunions qui venait de mourir, son fidèle ami Emile Berger, nous raconta des souvenirs de leur jeunesse Nous aurions passé la nuit à l'écouter. Et il devait être très tôt quand la lune narquoise nous regarda qui nous séparions sur le pont de Sambre rentrer chez nous. De telles soirées se répétaient environ chaque mois. Cependant François Bovesse écrivait sans relâche. Sa fécondité nous étonnait. On eût dit qu'il voulait rattraper le temps perdu. Il ne pouvait pressentir alors, le pauvre ami, le tragique destin qui clorait si vite sa carrière littéraire... » (Hicguet, pp 157-8) Faut-il ajouter que ni l’auteur de ces lignes, ni aucun des personnages cités ne firent partie de la loge namuroise, ni d'ailleurs d'autres non cités comme Felix Rousseau, un ami véritable, historien "pionnier dans l'exploration du passé wallon" (Genicot dans André Joris, 1966, p120): Bovesse fait la part des choses.

 

Pour montrer la largeur des relations de François Bovesse bien au-delà de Namur, citons Robert Goffin (1898-1984), dans ses souvenirs de jeunesse (ancien de l'ULB, avocat, militant wallon mais aussi poète et écrivain, animateur des Cahiers du Nord, participant à La Lanterne sourde de Vanderborght ou au Disque vert de Franz Hellens (voir 5e partie), etc.) [de Nola]: "... puis je retrouve les élèves en casquette ou en berêt fréquentant la maison si accueillante qui fut ouverte au Palais d'Egmont et où tous les soirs Moerman, Vanderborght, Plisnier, Jean Bastien, Purnal, Michel, Leborne, Van Bastelaer étaient les fidèles. Souvent l'un ou l'autre se joignait à nous. C'était parfois Odilon-Jean Périer ou Eric de Haulleville; souvent Habaru ou Houba était des nôtres; Pierre Bourgeois dont les parents devaient habiter Bruxelles, ne venait qu'aux grandes circonstances; Bob Claessens déjeunait parfois le midi, car le soir il retournait à Anvers; Dongrie et Marcel Lecomte étaient des invités épisodiques. Souvent François Bovesse et Adolphe Houba se retrouvaient à nos réunions avec Geo Libbrecht ..."

ou "Je rencontrai Ernest Moerman à une conférence du Professeur Boisacq et je ne sais quel pouvoir des pointes nous amena à travers une amitié quotidienne à collaborer à l'Action wallonne où je retrouvai François Bovesse, Raymond Colleye et Charles Plisnier". 

Les années 1920 furent une époque d'effervescence littéraire tout à fait remarquable à laquelle François Bovesse participait.

 

Archives de l'auteur

 

Mais est-ce que ceci suffit pour faire de lui le héro de sa loge, de sa ville et de sa province ? Selon mon opinion, non. En effet beaucoup de famille sont chargées du souvenir vivant de véritables héros, également morts pour leur patrie et pourtant, ceux-là sont aux oubliettes de l’histoire. Il y a autre chose et la saga de l’adjonction de François Bovesse au nom de la loge de Namur en est l’indication (je vous conterai cette saga en partie 4).
 

Ce qui rend François Bovesse spécial, c’est -terme générique- le « Mouvement Wallon » de l’entre-deux-guerres dont il fut un rouage majeur et dans toutes ses dimensions : politique, sociale, artistique, linguistique, éducationnel, … Il les a toutes embrassées. Cependant, un Luc Javaux (1911-1943), namurois, un autre chantre de la Meuse wallonne, peut certainement revendiquer, certes autrement, ces honneurs. Ce qui distingue François Bovesse, est qu’il est tout cela et qu’il était franc-maçon, MAIS SURTOUT (selon mon opinion) la force des liens d'amitié et de fidélité: comme l'expliquait Ernest Montelier (voir plus haut), "la bande à François" ne sont pas de vaines paroles. En effet, fidélité semble être un maître mot pour lui, ce ne dut être ni facile, ni toujours agréable pour lui et les autres, car les "fidélités" peuvent être contradictoires. Dans le désordre: fidélité familiale, politique, maçonnique, culturelle, au mouvement wallon, à ses idées, à son cercle d'amis, ..., en faisant systématiquement la part des choses, il n'y avait aucun sectarisme chez lui. Ceci sera développé au fur et à mesure des articles à venir.

 

Premier numéro des Lettres mosanes (archives de l'auteur)

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Les références générales vous sont proposées en fin de 5e partie.

 

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Rédigé par Christophe de Brouwer

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