La loge namuroise au temps des Français (1792/4-1814)
Publié le 22 Mars 2024
Table des matières
- Introduction
- La franc-maçonnerie des départements belges
- La Loge de Namur : la période non-obédientielle, de 1786 à 1808
- La Loge de Namur : la période obédientielle, de 1808 à 1814, introduction
- Fonctions officielles de membres de la loge
- Les trois présidents de la Loge durant les 6 années au Grand Orient de France
- Quelques personnalités
- Les liens familiaux
- En ce qui concerne le Chapitre
- L'Écossisme namurois
- Les rapports entre la maçonnerie namuroise et l’Église
- Lieu de réunion
- La vie de la Loge
- Conclusion
- Références
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Liste des représentants provisoires du peuple souverain de la Ville libre de Namur en 1792. (Archives de l'État de Namur)
Introduction
Les Pays-Bas autrichiens vont devenir français durant une vingtaine d'années.
Petite histoire. Au tout début de cette période, en 1792, les troupes françaises s’apprêtaient à envahir les Pays-Bas encore autrichiens. L’armée de la Meuse était alors commandée par le marquis de La Fayette (initié dans une loge régimentaire à Metz vers 1775). Sentant le vent tourner à ses risques et périls et son arrestation proche, il décida de se réfugier en Hollande. (C’est à la suite de cet épisode que Dumouriez prend le commandement de l’armée d’invasion.) Il quitta subrepticement ses troupes et essaya de traverser le pays. Il fut arrêté à Rochefort le 19 août, puis déféré à Namur dont la citadelle était commandée par le marquis Jean-Gabriel du Chasteleer, qui avait été membre de la loge l’Heureuse Rencontre à Bruxelles, ainsi que membre honoraire de la loge namuroise. C’est avec une grande courtoisie, selon les écrits de La Fayette, que les deux marquis se rencontrèrent. Après diverses tribulations carcérales, La Fayette fut finalement enfermé au château d’Olmütz en Moravie. Sa détention, dans des conditions souvent pénibles, dura 5 ans. Et c’est encore le marquis du Chasteler qui, toujours avec la plus grande courtoisie, mena les négociations pour sa libération qui intervint effectivement en 1797.[1]
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Monument Lafayette, place Lafayette, Rochefort, province de Namur, Belgique. Ce serait l’endroit où il aurait été arrêté. Collection "Rochefort sur Internet".
La citadelle de Namur perd, durant la période française, son intérêt stratégique, la Meuse n’est plus un fleuve militaire car les frontières furent progressivement repoussées jusqu’au Rhin. Elle est laissée à l’abandon, les visiteurs parcouraient les imposants vestiges comme des témoins du passé. N’oublions cependant pas que le premier destructeur de Namur, place forte, fut Joseph II qui ordonna le démantèlement de celle-ci en 1782 suite au départ des Hollandais. La période française a simplement laissé se dégrader un peu plus les choses subsistantes, déjà en fort mauvais états. Les murs termineront leurs courses dans les fossés à l’orée de la période hollandaise qui va reconstruire beaucoup, heureusement. Namur vivait largement sur sa fonction militaire, celle-ci disparue, l’époque française sera une époque de pauvreté relative pour la ville. Le département de Sambre et Meuse est peu peuplé et compte environ 157 000 habitants faiblement urbanisé. La ville de Namur reste à ses niveaux d’Ancien Régime avec environ 15 000 habitants. La ville de Dinant, 2e ville en importance, n’en compte que 3 000. En comparaison, la population globale des neufs départements belges (qui débordaient sur les Pays-Bas d'aujourd'hui) est d’environ 3, 3 millions d’habitants. [2][3]
Le département de Sambre et Meuse (Namur), par rapport au comté de Namur, sera géographiquement bien différent. Ce département, divisé en quatre sous-préfectures, par rapport à la situation d’Ancien Régime, perd des parties très industrialisées grâce au charbon, comme Charleroi et la Basse-Sambre (précisément pour ce motif)[4]), subit quelques réaménagements vers la Meuse en aval, et absorbe toute la Meuse « belge » en amont, dont Dinant (avant Principauté de Liège). Elle grignote largement sur le Luxembourg avec notamment Marche-en-Famenne et Saint-Hubert (terre abbatiale). Cependant la région de Philippeville et Mariembourg, tout comme le duché de Bouillon, reste au département des Ardennes. Le nouveau département devient donc beaucoup plus rural, agricole. Lors de la création du Royaume uni des Pays-Bas, la nouvelle province sera redéfinie avec un perte sur l’ouest, c’est à dire les sous-préfectures de Marche-en-Famenne et de Saint-Hubert au profit de ce qui sera la 'province' de Luxembourg, sauf notamment Rochefort, Beauraing et Gedinne, et un gain avec toute la partie Philippeville et Mariembourg-Couvin (et pour la 'province' de Luxembourg, le duché de Bouillon), grâce à la négociation menée par Guillaume 1er. C’est cette situation, avec quelques modifications mineures, que nous connaissons aujourd’hui.
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Carte du département de Sambre-et-Meuse, par P.-G. Chanlaire (1802). Image wikicommon.
La première arrivée des Français chez nous en 1792 ne fut certes pas agréable, mais n’a pas trop pesé sur les populations. Il n’en ira pas de même lors de la seconde arrivée en 1794. Pillage systématique, répression sans pitié, régime d’exception, il fallait plier. Le nouvel ordre politico-économico-judiciaire fut imposé par la force. Le pauvre pays n’en finissait pas de payer pour sa nouvelle prospérité retrouvée avec Marie-Thérèse. D’abord Joseph II, et puis ça !
Dumouriez s’était présenté en libérateur en 1792, rien de tel avec Pichegru et Jourdan en 1794, après la bataille de Fleurus du 26 juin. C’est en vainqueur qu’ils imposent l’exploitation sans vergogne du pays conquis. La terreur se terminait en France le 27 juillet avec la fin de Robespierre, elle s’abattit sur nous, avec son cortège de profiteurs venus de France. Au chaos et à la violence débridée, notamment anti-religieusese, se substitue graduellement une administration qui met en place l’exploitation et le pillage systématique du pays qui devait payer pour sa conquête. Le vol des œuvres d’art atteint des proportions inouïes. Des sommes pharamineuses sont imposés notamment à l’Église et pour garantir son paiement, la politique des otages sera largement utilisée : par exemple, l’évêque de Namur Albert de Lichtervelde fera des aller-retours entre les conciergeries de Namur et Mons, avant de s’éteindre, il est vrai à 81 ans, en 1796. Le siège épiscopal restera vacant de longues années, jusqu’au concordat, nous y reviendrons.[5]
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Mortalité à Verviers durant l'hiver 1794-95 (x6). Et c'est ainsi dans tout le pays.[6]
La débâcle économique se conjugue avec une mortalité jamais vue durant l’hiver rigoureux de 1794-5. Le pays s’effondre, l’indigence profonde et la famine éclate pour une large partie de la population, des familles entières disparaissent d'inanition, forcément des troubles s’en suivent : ils n’ont plus rien à perdre, ayant déjà tout perdu. Le bouleversement est profond, l’humiliation à chaque coin de rue, la méfiance absolue, l’administration ne réussit pas à recruter. On exige un serment de haine à la royauté, aux fonctionnaires de l’État, suite à un arrêté du directoire exécutif du 6 mai 1796 pour nos régions. Par exemple, une liste est dressée des notaires qui refusent et ceux qui acceptent. Pour Anvers, une petite moitié refusent. Brutalement la profession se raréfie : pour Namur de 51 officiers publics en 1774 (ce qui est manifestement trop pour cette petite ville), il ne sont plus que 11 en 1801 et 7 en 1815.[7] C’est par décret, le 1e octobre 1795, que la Belgique devient française, elle avait déjà été divisée en août en départements, la frontière avec la France disparaissant. On eut la sagesse de faire coïncider, grosso-modo les départements avec les anciennes provinces, préservant ainsi le statut des villes, piliers de la vie sociale et économique dans nos provinces depuis les États bourguignons. Ceci facilita les choses pour la suite. En 1796, la réorganisation législative-administrative, énorme tâche, se fait au pas de charge, tout le passé est balayé en un an. C'est un certain Louis Ghislain Bouteville, un messin, qui en fut chargé, un homme plutôt intègre dans cet océan de haine, de suspicion, de violence et de corruption. L’étonnant est que ce qui fut fait durant cette année 1796, existe encore aujourd’hui pour une large part. Le 21 mars 1797, pour la première fois, des élections (censitaires) sont organisées dans tout le pays, la participation des citoyens rentraient dans les mœurs, avec une victoire écrasante … des adversaires de la République (qualifiés de fanatiques, royalistes, créatures des prêtres, …). La République n’avait pas gagné les cœurs et pour cause. Que faire, d’autant que le Directoire apparaissait lui-même peu gouvernable ? Le coup d’État du 18 fructidor de l’an 5 (4 septembre 1797) signe la fin des espoirs de paix civile. Le pouvoir se durcit à nouveau, les élections sont cassées dans certains départements, l’arbitraire et l’anticléricalisme semblaient revenus, on déporte les prêtres, on confisque les derniers biens qui restent. La contribution qu’on impose à nouveau est énorme et, par exemple, le chapitre de la cathédrale de Namur est contraint de vendre en 1797 entre autre chose son carillon et ses cloches séculaires (1648) à un marchand inconnu, Pierre-Joseph Dupierreux. La cathédrale, elle-même, fut-elle en danger de disparaître ? Sans doute oui, mais je n’ai pas trouvé de documents tangibles soutenant cela.[8] En octobre, les populations rurales flamandes et luxembourgeoises bougent. La guerre des paysans débute (Boerenkrijg et Klüppelkrieg), la répression sera féroce. Fin de l’année les choses semblent rentrées « dans l’ordre ». La guillotine fonctionnera à bon régime jusque fin 1799.
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Boerenkrijg. Aquarelle de Louis Geens. Musées de Bruges.
La paix de Campo-Formio intervient le 17 octobre 1798 où l’Autriche renonce aux territoires belges. Ce sera définitif.
La délivrance de la Belgique française vient avec le coup d’État du 18 brumaire de l’an 8 (9 novembre 1799). Le soulagement semble réel, l’acceptation du nouveau régime, de ses lois, de son administration, peut enfin se réaliser progressivement, les populations sont petit-à-petit apaisées, bien que restant méfiantes. En quatorze ans, de 1800 à 1814, les Belges deviendront peut-être plus impériaux que les Français eux-même. Cette courte période est perçue de manière généralement positive dans nos régions, apparemment plus que la période suivante de durée équivalente, il suffit de voir le nombre de marches de l’entre-Sambre et Meuse utilisant toujours les uniformes de cette époque pour s’en convaincre. La Belgique devient le poumon industriel du Consulat puis de l’Empire ; Anvers, avec les énormes financements consentis, redevient le premier port d’Europe, après plus de 200 ans d’absence ; le retour à la stabilité religieuse est également réalisée avec le concordat de 1801. Contrairement à la France, saignée par les guerres, les Belges gardent un souvenir plutôt positif de l’époque de Napoléon, sans doute plus au sud qu’au nord du pays. Néanmoins, lors du passage imposé de la France à un Royaume uni des Pays-Bas par le congrès de Vienne, notons qu’il n’y eut aucun mouvement d’humeur, aucun soulèvement. La Belgique restera passive. En effet, dans la balance, la conscription qui fait fuir les jeunes, les impôts et autres contributions forcés pour soutenir entre autre l'effort de guerre et le sort réservé au domaine religieux provoquèrent des réactions. Ronvaux nous en donne un aperçu dans son étude, avec des placards anonymes affichés à Namur dénonçant la conscription : « c’est nous conduire à la boucherie comme des veaux, c’est nous arracher du sein de nos familles »[9]
Ce n’est donc pas tellement l’Empire qui était plébiscité, mais plutôt la nouvelle organisation qui avait finalement réussi à s’imposer et à surclasser définitivement celle d’Ancien Régime. Cette attirance culturelle « française » sera un défit mal relevé par le pouvoir hollandais qui succédera en 1814.[10][11]
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Très beau diplôme de Grand Officier du Grand Orient de France, Grande Loge Symbolique, de 1807, pour Nicolas Joseph Caillez (1770 - ?), habitant Fumay en France (à côté de Couvin dans le Namurois). Comme on peut le constater, les trois chambres du Grand Orient sont cosignataires: à gauche la Grande Loge Symbolique, au centre la Grande Loge d'administration et à droite le Grand Chapitre général, les trois reliées par un ruban vers le sceau central en argent, représentant le Grand Orient de France.[12] (coll. privée)
Détails
La franc-maçonnerie des départements belges
La franc-maçonnerie de nos provinces avait été laminée par Joseph II et la période révolutionnaire n’avait rien arrangé. En 1786, seules trois loges pouvaient encore fonctionner, uniquement à Bruxelles, une des trois survivra, les Vrais Amis de l’Union. Elle profitera d’ailleurs d’affiliations de francs-maçons de loges supprimées. En province, certaines loges essayeront de survivre sous le manteau. Mais même pour celles-là, la situation était mauvaise et le nombre de leurs membres se réduira à peau de chagrin.
Presque tout était à refaire au sortir de 1794, année où nous entrons sous domination française. L’importance des loges régimentaires, dans ce renouveau, est important.
Clavel nous explique ceci : « Il [le gouvernement] avait ainsi encouragé la formation de loges militaires et il y avait peu de régiments auxquels ne fut attaché un atelier maçonnique. Quand les troupes prenaient possession d'une ville, leur loge y faisait choix d'un local, et s’appliquaient à donner l’initiation à ceux des habitants qui leur paraissaient exercer le plus d’influence sur la population. Ceux-ci, à leur tour, ouvraient des loges et les faisaient constituer par le Grand Orient de France. »[13] Ceci résume bien la création des Amis Philanthropes de Bruxelles en 1798.
Nous pouvons suivre José Orval lorsqu’il écrit : « En fait, le bonapartisme se révèle comme un stimulant de la Franc-Maçonnerie continentale, non seulement le nombre de foyers qu’il allume partout où il étend son emprise mais, moins spectaculairement et, sans doute, dans des sens qui échappent parfois à ses intentions, par le changement de caractère qu’il imprime à l’institution maçonnique. Celui-ci, sous l’Ancien Régime, témoignaient d’un caractère élitiste et cosmopolite. La voici désormais bourgeoise et si elle demeure cosmopolite, ce n’est que dans le sens de l’extension de l’Empire napoléonien, et comme celui-ci, en dépit des motivations mégalomanes de son meneur, annonce la naissance d’un nouvel ordre pour une nouvelle Europe, il peut apparaître comme le lointain vecteur d’un cosmopolitisme maçonnique européen dépourvu d’élitisme de classe. »[14]
Seulement cinq Loges purent traverser cette période troublée, et par exemple, la loge de Namur devait être à un étiage profond à ce moment. Seules et en urgence des affiliations et de nouvelles initiations pouvaient les sauver de la disparition durant ces années troublées, c’était certainement le cas pour Ostende, Tournai ou Namur.
En reprenant Wargny[15], source fiable de ce point de vue puisque, non seulement contemporain des événements, mais aussi dans une fonction maçonnique qui lui permettait d’avoir accès à l’information (notamment grand orateur de la Grande Loge d'administration méridionnale durant la période hollandaise), il s’agit, par ordre d’ancienneté de constitution, de : Namur (La Bonne Amitié, 1770), Tournai (Les Frères Réunis, 1770), Liège (La Parfaite Intelligence, 1775), Bruxelles (Les Vrais Amis de l’Union, 1782) et Ostende (Les Trois Niveaux, 1784). Ces loges ne devaient pas être très vaillantes à cette époque. Elles se remplumeront progressivement. Elles prirent cependant leur temps pour rejoindre officiellement le Grand Orient, soit durant le Consulat : 1801 pour les Trois Niveaux d’Ostende, 1802 pour les Vrais Amis de l’Union et 1803 pour les Frères Réunis de Tournai, soit durant l’Empire : 1805 pour La Parfaite Intelligence de Liège (reprise de liens puisque déjà patentée par le Grand Orient de France en 1775)[16][17]et 1808 pour la Bonne Amitié de Namur.
La reprise vigoureuse de la maçonnerie apparaît en réalité assez tardive et cela se comprend fort bien : la période du Comité de Salut public (les dernières années) et du Directoire sont des périodes sombres, troublées, dures pour les nouveaux territoires français, qui subirent le pillage et la violence, la brutalité religieuse, puis une exploitation en règle, sans vergogne, durant les années 1794 à 1798, sous des lois d’exception (en partie levées en 1796), avec des mouvements de résistance et des révoltes noyés dans le sang comme la « guerre des paysans » (de boerenkrijg) de 1798 (qu’on appelle parfois la Vendée belge). Beaucoup de rues/avenues portent d’ailleurs ce souvenir, boerenkrijglaan ou boerenkrijgstraat, dans de nombreuses villes ou villages flamands. La méfiance est la règle. Même si Henri Conscience, l’auteur du « Leeuw van Vlaanderen » avait immortalisé cette époque pour les départements flamands[18], n’oublions pas que des cantons wallons furent de la partie. Non seulement dans le Luxembourgeois (département des Forets), autre centre de la révolte, mais aussi dans une moindre mesure le Liégeois et le Brabant wallon, au contraire du Namurois, tout comme le département de Jemappes-Mons, qui resta plutôt calme.
Monument en mémoire des victimes de la Boerenkrijg à Overmere (Flandre orientale), où débuta la révolte. Image wikicommon. Merci à B.N. pour ses conseils et apports.
Sur le plan maçonnique, nous gardons des traces de vie maçonnique durant cette période révolutionnaire, par exemple à Namur (voir plus loin). L’exemple des Trois Niveaux d’Ostende montre que la survie de la loge était sur le fil (une initiation connue en 1791 et une autre en 1792, et cela semble tout jusqu’en 1799)[19]. La ville et sa maçonnerie était en réalité très dépendante du commerce maritime, tout comme Namur et sa loge de la fonction militaire. Lorsque Napoléon décréta les blocus, cela fit mal à la ville d'Ostende et à sa loge qui se retrouva sur le fil en 1806. À nouveau en 1810, mais malgré tout réussit à se maintenir.
À Bruxelles, la Loge Les Vrais Amis de l’Union revendique la reprise officielle de ses travaux en 1796. Elle semble avoir cessé ceux-ci de 1794 à 1796. Cependant, nous explique Duchaine, elle reprit le travail par « des dîners, des mastications, quelques initiations ». Pas de vague, d’ailleurs la police ne s’en inquiétait pas. Loge « opportuniste » (comme on appelait les ‘rares’ sympathisants du régime de l’époque), elle venait de recevoir en 1796 Nicolas Rouppe (1768-1838), commissaire du département de la Dyle. Son initiation semblait irrégulière, mais peu importe, cela permettait à la loge de fonctionner. Ce personnage politique important, maire de Bruxelles entre 1800 et 1802, sera le premier bourgmestre de la ville de Bruxelles de la Belgique de 1830, également membre du Congrès national. Comme les autres, la loge se montra méfiante et ne s’affiliera au Grand Orient de France qu’en 1803.[20][21]
Il faudra attendre 1799, c’est-à-dire la fin du Directoire et le début du Consulat (suite au coup d’État du 18 brumaire de l’an 8 : 9 novembre 1799), pour que la situation s’apaise réellement. Les populations des départements belges, jusque là largement réfractaires au nouveau régime et pour cause, vont, bien que méfiante, progressivement accepter leur nouvel environnement. Depuis un an, une nouvelle loge s’était créée sous l’égide du Grand Orient de France, à partir d’une loge régimentaire française, il s’agit des « Amis Philanthropes » de Bruxelles (1798). Là se trouve l’impulsion de la maçonnerie pour nos contrées durant la période française.
Duchaine rapporte une série de courrier qui démarre du commissaire de police de Bruxelles Hansony, fort inquiet de cette nouvelle loge qui s’était installée au couvent des ci-devant « carmelitesses » (sic). Il écrit et demande instruction le 9 vendémiaire de l’an 7 (30 septembre 1798) au commissaire du Directoire du département de la Dyle, Mallarme, lequel s’empresse de demander à son tour instruction au ministre de la police Cochon, par courrier du 18 vendemiaire de l’an 7 (9 octobre 1798), expliquant l’existence d’une loge à Bruxelles composée « à près de trois cent individus de la classe la plus aisées » d’autant, ajoute-t-il « que les réceptions sont coûteuses. » La réponse du ministre Cochon est de les laisser en paix tant que l’ordre public n’est pas troublé.
La Franc-maçonnerie, de tolérée, et encore, sous Marie-Thérèse, puis largement interdite sous Joseph II, est enfin libre de se développer. Ce n’était jamais arrivé. Devant le chiffre étonnant (et suspect) de 300 membres de la classe la plus aisée se réunissant au ci-devant couvent des « carmélitesses », on comprend que l’impulsion maçonnique donnée par la loge bruxelloise « Les Amis Philanthropes » était puissante. C’est par ailleurs une loge qui gardait un caractère très français par ses membres, même après la chute de l’Empire. On ne doit donc pas s’étonner que la maçonnerie, chez nous, sera, sinon jacobine, du moins proche des nouvelles idées et favorable au nouveau régime.
Ensuite, les créations sous l’égide du Grand Orient de France vont se succéder. Notons cependant que les loges belges voulurent recréer une Grande Loge provinciale bien à eux : ceci fut refusé par le Grand Orient de France. Lorsque, à leur tour, les Sept Provinces Unies furent annexées à l’Empire en 1812, le Grand Orient de France voulut également forcer les loges à se placer sous son autorité. Elles résistèrent et l’année suivante l’obédience n’insista plus d’autant que la retraite catastrophique de Russie était en cours et la suite n’exhalait plus un parfum de victoire.
Nouvelle loge (1804), La Candeur à Bruxelles (diplôme daté de février 1811). (Coll. privée)
Détail. Notons la signature d'un Joseph Crumpigen, très probablement le fils de Joseph Henri Ambroise Crumpigen (1737-1809), le conseiller d'État et de Guerre de Joseph II.
Le sceau est de qualité. Il permet de répondre à certaines interrogations concernant celui-ci. La femme (la Candeur, Minerve ?) tient dans sa main droite un cœur. Sur le bouclier, se trouve une tête rayonnante (comme pour le GOdF). Derrière probablement un olivier et en-dessous, on peut spéculer sur l'animal. Je pencherais pour une biche (ou peut-être un chevreuil).
Nouvelles loges :
Durant le Consulat : La Concorde à Mons (1800), Les Disciples de Salomon à Louvain (1802), La Paix à Bruxelles (1802), L’Amitié à Courtrai (1803), Les Enfants de la Concorde fortifiée à Luxembourg (1803), La Réunion des Amis du nord à Bruges (1803), Les Amis du Commerce à Anvers (1804).
L’Indivisible à Spa reprend ses travaux en 1803 après, nous dit le tracé du bicentenaire, une décision de mise en sommeil prise (?) vers 1790.[22] En 1791, il y eut une tentative de reprise, nous dit Froidcourt, et fin 1795 ou début 1796, deux initiations eurent peut-être lieu.[23] Cependant, la situation n’est pas claire : il n’y a pas de dossier spécifique de cet orient à la BnF, mais bien quelques courriers lors de la création de la loge de Verviers en 1809 (‘scission’ de la première). Et elle n’est pas reprise dans les loges de la partie méridionale du royaume uni des Pays-Bas en 1818, mais y a été agréé en 1820 : « La RL L’Indivisible … qui avait depuis long-temps cessé ses travaux, demande à les reprendre » (travaux de la GL d’Administration Méridionale, 29 juin 1820).[24]
Durant l’Empire : La Candeur à Bruxelles (1804), L’Espérance à Bruxelles (1805), La Félicité Bienfaisante à Gand (1805), L’Amitié à Bruges (1805), La Liberté Constante à Ruremonde (1806), La Parfaite Amitié à Bruxelles (1807), Les Vrais Amis à Gand (1807), Les Amis Discrets à Nivelles (1807), Les Élèves de Thémis à Anvers (1807), La Constance à Louvain (1808), Les Vrais Philanthropes à Boussu (1808), Les Amis de la Parfaite Intelligence à Huy (1809), La Concorde à Malines (1809), L’Étoile de Chaud-Fontaine à Liège (1809), Les Philadelphes à Verviers (1809), L’Aurore à Audenarde (1809), Les Amis de la Vertu à Charleroi (1809), Le Septentrion à Gand (1811), L’Accord Parfait à Lokeren (1813).
Quatre Loges ne passeront pas la transition de régime de 1814-15 : Les Élèves de Thémis à Anvers (qui reprendra plus tard), La Constance à Louvain (qui reprendra plus tard), Les Vrais Philanthropes à Boussu et Les Amis de la Vertu à Charleroi. De plus, il en est apparemment de même pour la loge de Spa, mais il est possible qu’elle ait arrêté ses travaux peu de temps après la création de la loge de Verviers, une scission. La loge de Liège, La Parfaite Égalité, qui aurait repris ses travaux vers 1806, en tout cas disparaît en 1814.
Asselbergh a parfaitement raison lorsqu’il avance que la maçonnerie belge trouve sa source réelle surtout dans l’époque française (et non dans le XVIIIe siècle, même si notre franc-maçonnerie y fut paradoxalement assez brillante).[25] C’est une vraie différence avec la Hollande, qui, elle, avait réussi à conserver ses nombreuses loges d’Ancien Régime.
Nouvelle loge (1803): La réunion des Amis du Nord, à Bruges. (Le diplôme est un peu plus tardif, de 1819). C'est la loge qui initia en 1804 le célèbre auteur de livres maçonniques, Jean-Marie Ragon de Bettignies (1781-1862), dont par exemple l'Orthodoxie Maçonnique de 1853 ou le Tuileur général de ~1861. (coll. privée)
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La Loge de Namur : la période non-obédientielle, de 1786 à 1808
Cette période s’étend sur 22 ans. Elle se décompose en plusieurs parties :
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La période autrichienne de 1786 à 1792.
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La période de chaos de 1792-1794/5.
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Le Directoire de 1794/5 à 1799.
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La période du Consulat et de l’Empire, de 1799 – 1808.
Il n'existe que très peu d’éléments pour la période non-obédientielle et c’est bien normal, les membres encore actifs, et ils devaient être peu nombreux, sont discrets, tant dans leurs comportements que dans leurs écrits.
Nous possédons un témoignage global, signé de deux contemporains des événements, de Gavre (initié en 1774-5) et Walter (affilié en 1795), et d’un troisième qui n’a pas connu cette époque qui a duré 22 ans, c’est-à-dire Marchot-père, initié en 1811 à l’Espérance à Bruxelles :
« La Maçon :. primitive se trouvait dans l’état le plus florissant à l’Or :. de Namur, lorsque les commotions politiques qui commencèrent à agiter la Belgique vers 1789, paralysèrent sa marche et ses progrès. Les Trav :. devinrent moins fréquens, l’avancement moins rapide, les initiations plus rares. »[26]
Déclaration qui possède en soi toute son importance, et dont on peut espérer trouver des traces effectives. Il y en a, même si elles sont peu nombreuses.
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Wenceslas Antoine, Prince de Kaunitz-Rietberg (1711-1794). Image wikicommon.
1. Période autrichienne : 1786-1792.
En 1786, le 9 janvier, Joseph II interdit les loges en Belgique sauf trois à Bruxelles. Remarquons qu’il s’agit là d’une décision de demi-mesures qui incitent à la désobéissance. Toujours est-il que la mesure est suspendue, que le marquis de Gages réalise un mémoire pour essayer de rendre la mesure plus cohérente et donc plus acceptable. Rien n’y fait, par une apostille, Joseph II maintient sa décision et un nouvel édit est pris le 15 mai.
Bien que le Conseil Privé et le ministre plénipotentiaire Belgiojoso ne soient pas favorable à la réforme, Kaunitz, dans son rapport à Joseph II du 14 mars, proposait de maintenir l’édit du 9 janvier, mais estimait que : « Quant à la nomination d'un commissaire spécial du gouvernement, il lui parut ‘que ce serait attacher trop d'importance aux affaires de la franc-maconnerie’ ». Cela ouvrait bien des portes !
Voici l’apostille de Joseph II prise suite au rapport de Kaunitz : « J'approuve entièrement ce que vous proposés ici sur la voye par laquelle les loges auront à porter le tout à la connoissance du gouvernement ; et, pour ne point se départir en rien de l'édit émané, la franc-maçonnerie aux Païs-Bas sera confinée dans la seule ville de Bruxelles : cependant il pourra y en avoir deux ou même trois loges. Toute autre association et assemblée des maçons dans quelconque autre ville ou endroit hors la capitale sera donc censée un conventicule, qui doit être puni conformément à la loi nouvellement prescrite, à l'exécution de laquelle le gouvernement aura à veiller avec la plus grande exactitude et à punir toute contravention, sans aucune considération personnelle et sans employer aucune forme judiciaire. Les listes des Frères doivent être envoyées, ici, pour être portées à ma connoissance. Quant aux trois loges militaires, je fais passer les ordres au conseil de guerre, pour qu'elles soient levées entièrement. »[27]
« Pas de commissaire spécial » ; « Sans employer aucune forme judiciaire » … qu’est-ce que cela signifie ?
Ceci se réalise dans un cadre général partagé par la franc-maçonnerie impériale sous Joseph II avant sa suppression définitive en 1795. En effet, avec la création d’une Grande Loge de Vienne (1784) sous laquelle celle de Gages devait se placer, par un édit du 11 décembre 1785, Joseph II opéra une réduction drastique des loges là-bas.
Il semble que ceci fut provoqué par le soupçon, probablement vrai, que certaines loges étaient des foyers de résistance à ses réformes, et qu’il fallait donc les surveiller.
Pour les Pays-Bas autrichiens, il fallait un édit particulier pour que cela se fasse. Il vient début 1786. Mais hésitation, forte résistance, ce n’est que le 15 mai que cela s’appliquera.
Pour nos contrées, cela s’inscrit également dans un mouvement vers l’uniformisation (l’édit sur les kermesses -fêtes de village- date du 11 février 1786 : la désobéissance fut générale), vers la mise sous tutelle des institutions diocésaines en 1787 qui provoqua des émeutes très violentes, ou la suppression des corporations, également en 1787. Toujours est-il que le pays devint de plus en plus instable, des troubles extrêmement graves éclatèrent dès 1787, comme en Hongrie, prélude à la révolution brabançonne de 1789.[28]
C’est donc dans un contexte relativement laxiste et de plus en plus troublé que cette interdiction des Loges de provinces fut réalisée. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que, les formes étant respectées, le reste n’intéressait personne, la police avait bien d’autres soucis : beaucoup continuèrent à travailler sous le manteau. C’est le cas de Namur.
D’ailleurs, Charles-Alexandre de Gavre ne rejoignit pas la loge de son père, gouverneur de la province de Namur et membre de l’Heureuse Rencontre à Bruxelles, loge autorisée. Or cela n’aurait véritablement causé aucun problème. Ce n’était donc pas nécessaire. D’ailleurs, je n’ai pas connaissance d’actions de police ou judiciaire contre des franc-maçons qui se seraient réunis hors le prescris légal durant cette période.
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Pamphlet de dénonciation des 'joséphistes' (ceux qui sont favorables aux réformes proposées par Joseph II). Livret manifestement de la plume des "statistes", c'est à dire de ceux qui auraient pris part à, ou sont sympathisants de la révolution brabançonne de 1789. On y trouve dans les dénoncés, des noms de membres de la loge ou de proches parents. (Google livre)
Pour la Principauté de Liège, il n’y eut, ni restriction, ni interdiction. Et n’oublions pas que le comté de Namur est réellement imbriqué dans la principauté de Liège (je vous reporte aux aventures de Fabre d’Églantine, racontée par Georges de Froidcourt[29]). Il suffit de parcourir deux, trois kilomètres hors les murs de Namur pour se retrouver en sûreté dans une petite enclave du pays de Liège au village de Malonne!).
On peut donc penser que la loge de Namur La Bonne Amitié a fonctionné à cette époque assez régulièrement, bien que discrètement, sans extériorisation et donc sans grande possibilité de recrutement. Il faut également concéder que nous étions entrés dans une période d’agitation, de désordres et parfois de violence. C’est comme cela qu’il faut comprendre la notice reprise des « Annexes » (voir plus haut) qui explique que les choses deviennent difficiles pour la loge « vers 1789 », et non pas depuis 1786. On en a une indication avec l’élévation de Charles-Henri Serome (le fils) comme Commandeur de l’Intérieur le 12 décembre 1786.[30] Cela montre que l’Ordre Intérieur namurois de type templier est toujours bien vivant, mais aussi que la suite se prépare. Charles Sérome est la personnalité phare de la loge durant ces années particulières et peut-être que cette accession au dernier échelon du système namurois, le nec plus ultra, représente une passation de flambeau des anciens vers l’avenir, car Serome-fils est l’avenir (Serome-père est un membre probablement fondateur de la loge, bien que non cité dans la charte de février 1770).
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Le général Jean-Baptiste Jourdan (1762-1833), vainqueur de Fleurus en 1794. Image libre de droit.
2. La période du chaos 1792-1794/5.
C’est assez simple. Aucune loge n’a fonctionné, pas même Les Vrais Amis de l’Union à Bruxelles.
Pour l’ancienne Principauté de Liège, il en est de même. Il semblerait cependant que la loge liégeoise d’Ancien Régime, « La Parfaite Égalité », ait fonctionné jusqu’en 1795, avant de disparaître pour apparemment réapparaître temporairement en 1808-9 et disparaître définitivement en 1814.
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An IV, soit 1795-6. Musée Carnavalet - Paris.
3. La période du Directoire, 1794/5 – 1799.
C’est 1er octobre 1795, la Convention votait l’annexion des ci-devant provinces belgiques, ainsi que la principauté de Liège, à la France.
Sauf les Vrais Amis de l’Union de Bruxelles qui reprirent apparemment des travaux de façon plus régulière et assez officiellement, il n’y a pas d’autres exemples de ce type.
De rares loges survivantes se réunissent, du moins celles qui ont réussi à initier l’un ou l’autre membres, à affilier de même, probablement très peu mais cela leur permettait de survivre durant cette période, en usant de discrétion, sinon de secret. La résistance à l’occupant français est très réelle, l’époque reste dangereuse, notamment en province. À Namur, comme ailleurs. La guerre des paysans de 1798-9 nous le rappelle. D’ailleurs Namur redevient alors pour un temps un carrefour militaire pour mener une répression sanglante contre les bandes venant du département de la Dyle (Brabant) ou du département des Forêts (Luxembourg).
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Le général hanovrien comte Louis von Walmoden-Gimborn (1767-1862) présidait la loge régimentaire anglaise où Joseph Walter a été initié à la franc-maçonnerie en 1793. Image wikicommon.
Pour Namur, nous avons deux indications solides : une affiliation et une initiation.
- L’affiliation est celle de Joseph Walter (1773-1845). Deux sources. Elle intervient dès la fin du chaos, le 20 mars 1795, il a 22 ans[31] : « Aussitôt que le pays fut pacifié et qu’il eut renoncé à suivre la carrière militaire, il s’occupa avec ardeur de rétablir sur des bases solides la L:. de Namur ».[32] Il avait été initié dans une loge régimentaire le 13 avril 1793, à Tournai, présidée par le comte de Walmoden-Gimborn, un général hanovrien, au nom du duc d’York, 2e fils de George III, au service de l’Autriche. On est dans la campagne militaire de reprise du pays par les Autrichiens suite à leur victoire de Neerwinden sur les Français du 18 mars de cette année-là.
- L’initiation est celle de Pierre Darrigade (1768-1836), le 2 avril 1797. Médecin formé à Paris, originaire des Landes en France (où les « Darrigade » prospèrent toujours), il était venu avec l’armée du nord en 1792, puis en 1794 et s’installe définitivement en 1796. Il fera carrière et fortune à Namur, s’y marie sur le tard, en 1805 à 37 ans, et fonde famille. Son épouse Agnès (1773-1829) est la fille d’André Ackerman (1743-1824), elle a 31 ans. Le beau-père, dont la famille est implantée à Namur depuis au moins deux générations, est un membre de la loge de l’Ancien Régime. Son fils, Jules Darrigade, né en 1808, fera également les beaux jours de la loge de Namur. Fait curieux, lors du retour des armées autrichiennes en 1793, il est capturé fin mars par l’armée du duc d’York, qui, semble-il, viendra le saluer : « J’ai même reçu beaucoup d’honnêtetés du duc d’York, qui est le fils du roi d’Angleterre ». Cette armée est précisément celle de Joseph Walter. S’y sont-ils entrevu, connu ? Il est libéré 2 mois plus tard, fin mai. [33][34]
Ceci montre que la loge a repris son activité dès fin 1794 début 1795, certes petitement, mais elle survit.
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La conscription par tirage au sort est un problème ralentissant l'intégration des populations dans l'Empire et ce problème ira en croissant pour devenir aigu en fin de période française. Document de 1802 provenant de la bibliothèque de la ville d'Andenne (province de Namur).
4. La période du Consulat et de l’Empire, de 1799 – 1808.
La maçonnerie dans nos régions recommence à respirer. Avec la création des « Amis Philanthropes » à partir d’une loge régimentaire française, en 1798, la création de nouvelles loges va se faire pas à pas à partir de 1799. De même, quelques rares anciennes vont revenir à la lumière.
Pour Namur et sa loge La Bonne Amitié, durant cette période d’une dizaine d’année, nous avons plusieurs indications intéressantes. La loge remonte peu à peu à la surface. La méfiance est de mise, la loge de Namur, bien que manifestement proche du pouvoir en place, du moins certains de ses membres, reste prudente. Elle sera la dernière, parmi les quelques loges d’Ancien Régime, à demander son affiliation au Grand Orient de France en 1808. Elle sera donc « reconstituée », sur base nommément de ses patentes écossaises de février 1770.
Avec peu de membres, elle se réunissait au domicile de l’un ou l’autre. Ce n’est que lorsque le nombre de membres deviendra plus conséquent, soit en fin de période française, qu’elle louera un local rue des Brasseurs qui rapidement deviendra étroit.
Joseph Walter, affilié en 1795, continue son parcours maçonnique. Il devient Rose-Croix en 1802 et Préfet de l’Intérieur en 1804.
De même Pierre Darrigade le suit de près. Initié en 1797, il devient Rose-Croix en 1805 et Préfet de l’Intérieur en 1806.[35]
Ceci montre que Namur, durant cette longue période incertaine, fut un des rares ateliers qui pratiqua de façon continue les Hauts Grades écossais qu'elles pratiquaient déjà durant l'Ancien Régime.[36]
Selon Clement (qui ne connaît pas les travaux de Froidcourt au moment où il écrit son histoire de la loge de Namur), plusieurs membres furent initiés durant la période 5786 à 5808 : « citons entre autres de Gaiffier de Tamison, de Ponty, Louis Walter, Joseph Walter, Dupont d’Ahérée, Wasseige, Darrigade, De Monoit d’Hestroy, Th. Fallon, etc. »[37]
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Image google livre.
Une histoire assez cocasse apparue dans l’excitation de la campagne électorale de 1839, débute en 1806. Le chanoine de Hauregard fut le doyen du Chapitre de la cathédrale de Namur. Il était dans sa jeunesse, avocat au barreau de Namur et les mauvaises langues le prétendent divorcé. Puis il entra en religion et fut admis à la prêtrise par l’évêque Pisani de la Gaude en 1819. Il est très honorablement connu pour ses actions en faveur des hospices et pour l’amélioration des conditions d’incarcération dans les prisons de l’époque.
En 1806, il essaya d’entrer à la loge de Namur et entreprit pour cela Xavier Wasseige-père, membre de la loge. Refus. Il réussira néanmoins à se faire initier peu après à la loge La Parfaite Égalité de Liège, cette même année.[38] Et reviendra par la suite à Namur.
Ses articles (en réponse à la liste) parus dans L’Ami de l’Ordre en 1839 (journal catholique namurois qui commençait ses parutions, ancêtre de "Vers L'Avenir") où notre chanoine ment par omission, provoquèrent une réponse pamphlétaire publiée par les Amis Philanthropes de Bruxelles qui s’empressa de raconter les mésaventures maçonniques du chanoine ![39][40]
Voici le premier article du chanoine de Hauregard dans L’Ami de l’Ordre , du 21 novembre 1839, deux autres suivront les 23 et 26 novembre.
« On a répandu avec profusion à Namur une prétendue liste des francs-maçons de cette ville, et entr'autres noms on y voyoit celui d'un prêtre.
L'Ami de l'Ordre a reçu à ce sujet la lettre suivante :
Namur , le 21 novembre 1839.
Monsieur le Rédacteur
Un imprimé anonyme, distribué dans notre ville, m'est tombé aujourd'hui sous la main, et j'y lis entr'autres choses les mots suivants : Les personnes dont les noms suivent ont été reçues ou affiliées aux loges de Namur, et la plupart en font encore partie et habitent notre ville. Et dans une liste de noms qui fait suite, j'y trouve le mien. Je déclare, monsieur, que rien n'est plus faux (du moins pour ce qui me concerne) et que depuis trente-sept ans que j'habite cette ville, je n'ai jamais été ni reçu ni affilié, ni mis les pieds d'une manière quelconque, par curiosité, ou tout autrement, dans aucune de ces loges.
Agréez, etc. ,
DE HAUREGARD, Chanoine de la cathédrale depuis 1818, Prêtre depuis 1819, Chanoine titulaire depuis 1820, âgé de 54 ans. »[41]
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Il s’y passe des choses à Namur ! Le même chanoine de Hauregard nous raconte une histoire délicieuse, et qui montre que l’Église officielle faisait bon ménage avec le régime mis en place.
Un certain Jardrinet, réfugié en Angleterre, revient à Namur dans le sillage d’une famille. Homme de lettre, il occupa des fonctions de l’ordre civil, de défense de prévenu, de juge de paix et autres, fonctions qu’il remplit, semble-il, à la satisfaction de ceux qui ont fait appel à ses services. C’est lui qui rédige les « Statistiques du département de Sambre et Meuse » officielles en 1801, dont il sera question en fin d’article. Quelle ne fut pas la stupéfaction des Namurois de découvrir, lors de la prise de fonction de l’évêque de Bexon en 1802, que ce Jardrinet était en réalité un abbé de la congrégation de Saint-Sulpice à Paris. Promotion express, Louis Jardrinet du Coudray deviendra presque immédiatement vicaire général, mais se révéla un opposant de l’évêque et fut partie prenante du départ précipité de celui-ci à la retraite l’année suivante. Il s’accorda par contre fort bien avec le nouvel évêque Pisani de la Gaude. Avec le second vicaire général de Clety, il s’attela à la tâche de réformer le diocèse qui se trouvait dans un état lamentable, en bonne intelligence avec les autorités du moment. L’organisation que nous connaissons aujourd’hui est, grosso modo, celle qu’ils ont mis en place, leur travail fut apparemment de qualité.[42][43]
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Faïence réalisée par Jacques Richardot (originaire de Lunéville), en 1804, à Andenne "dans la fabrique du sieur Wouters". Il meurt dans cette petite ville mosane en aval de Namur (département de Sambre et Meuse) en novembre 1806, apparemment dans l'indigence.
Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles.
Dans la mesure où des réunions maçonniques semblent avoir été reprises rapidement pour l’époque, on peut avancer l’hypothèse d’une loge proche des idées issues de la Révolution française, puisque plusieurs des hommes mis en place par le nouveau pouvoir en sont. On en a une indication, tardive il est vrai, avec l’incident du prêtre de type ‘steveniste’*, en 1808, en chaire de la cathédrale de Namur, qui réalisa une charge contre la franc-maçonnerie, où les autorités départementales firent un front commun, Joseph Walter, secrétaire (il en deviendra le président) de l’assemblée départementale, membre de la loge et le préfet Emmanuel Pérès de Lagesse : cet incident est relaté plus loin.
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Première page du tableau de 1808 de la loge namuroise. BnF F2 556-Namur
La Loge de Namur : la période obédientielle, de 1808 à 1814, introduction
La période obédientielle au Grand Orient de France est en réalité très courte, 4 ans, plutôt que 6 ans. Car 1813, c’est la retraite de Russie, suivie par la bataille de Leipzig (octobre) et la reconquête de la Belgique par les troupes coalisées. Et 1814 est une année de guerre dans nos contrées et de changement de régime.
La loge de Huy, les Amis de la Parfaite Intelligence, a gardé ses tracés de l’époque : crée en 1809 par la Grand Orient de France, elle compte déjà 49 membres en 1810 et 58 membres en 1812, pour une petite sous-préfecture mosane de 5 000 habitants (département de l’Ourthe, mais à 26 km à vol d’oiseau de Namur). C’est une vraie différence avec la loge de Namur, qui est manifestement beaucoup plus restrictive et élitiste dans ses recrues.
Cette loge aura réalisé 34 réunions en 1809 et une seule en 1814.[44]
Dans le tableau des membres de la loge de Namur La Bonne Amitié envoyé au GOdF en 1808 [45] avec la demande d’affiliation,
21 membres apparaissent :
6 sont apprentis,
2 sont compagnons,
5 sont maîtres,
Les 8 autres sont dans les hauts grades, dont trois relèvent de l’Ordre Intérieur templier (Serome, Walter, Darrigade). Notons que Charles-Alexandre de Gavre est réputé Rose-Croix sur ce tableau. Il est mentionné comme Chevalier de l’Intérieur dans celui de l’année suivante où déjà 30 noms apparaissent.
Relevant de l’Ancien Régime, Clement propose à juste titre : Serome, Gavre, Ackerman, Corneille Bauchau. Froidcourt y rajoute les noms de Nicolas Dufaur (tableau de 1783 et liste de 1786) et Alphonse-François Chapelle (tableau Cordier)[46][47]. Ceux-ci apparaissent sur le tableau de 1808.
Clement cite dans cette liste également ‘Raymond’ Mathieu, avocat (à ne pas confondre avec la famille Raimond également présente dans les tableaux), mais il n’apparaît pas dans les tableaux qui se trouvent à la BnF (1808-9-10) : il pourrait d’ailleurs s’agir d’Ignace Mathieu (et non pas de Raymond), effectivement avocat d’Ancien Régime à Namur et père d’un Felix (Maximilien) Mathieu, qui, lui, est repérable notamment sur le Livre d’or avec son prénom et démissionnaire de la loge en 1822 (registre des noms, archives de la loge). En effet, pour l’Ancien Régime, un Mathieu, avocat (sans prénom) pour la loge de Namur apparaît dans le « tableau-Cordier » et sur la liste des noms transmis à la chancellerie lors de l’interdiction des loges en province en 1786.
Autre exemple de filiation : Léopold de Labeville (frère de Justin, membre du congrès national en 1830), initié le 1er décembre 1808, se trouve sur le tableau de 1809. On trouve un de Labeville, avocat, échevin de Marche-en-Famenne sur le tableau de la loge « La Constance » de cette petite ville semi-rurale de moins de 1500 habitants (qui devient sous-préfecture), loge qui disparaît avec l’édit de Joseph II de 1786. Ce tableau date d’avant 1783 selon Clement. Il s’agit de son père, Guillaume Ignace de Labeville, échevin de la ville, avocat au conseil provincial de Luxembourg.[48]
Un vingtaine de membres locaux en 1808, c’est à peu près le même nombre pour ceux repris dans les tableaux de la loge de 1777 et 1783 qui reprennent surtout les membres permanents, locaux, de la loge, mais pas seulement.[49] Le tableau manuscrit de 1776 mentionne 46 membres, séparés entre membres constituants et membres agrégés. En comparant avec les autres tableaux, les membres constituants apparaissent être les membres permanents -les locaux- (une bonne vingtaine) et les membres agrégés sont les membres de régiments qui sont temporairement attachés à la loge le temps de leur séjour militaire à Namur, à quelques exceptions près.[50] Dans la même veine, Cordier propose un tableau de la loge de Namur Ancien Régime non daté où l’on trouve 40 noms, reprenant les membres locaux et les membres de régiments.[51]
Cette période ‘non-obédientielle’ fut couverte par Charles-Henri Serome (1755-1813), qui avait été secrétaire du Conseil provincial sous l’Ancien Régime, fonction importante; il était par ailleurs le Grand Maître du Rite écossais primitif (SOT) et du ‘Grand et Sublime Chapitre de l’Intérieur du Temple’.
Établissement d'une correspondance officielle entre les loges "La Bonne Amitié" de Namur et "Les Disciples de Salomon" de Louvain (1802), déjà en septembre 1808. Archives de Moscou. CEDOM, Bruxelles.
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La tentation de Saint-Antoine par Félicien Rops, 1878, gouache sur papier. L'artiste était membre de la loge de Namur. Image wikicommon. Notons qu'une exposition temporaire sur la thématique "L’Album du Diable. Les tentations de Félicien Rops" aura lieu au Musée Rops à Namur, dans le tournant de l'année 2024-5.
La loge de Namur pratiquait à ce moment là un système (rite?) manifestement particulier, basé sur la séquence: grades symboliques - Rose-Croix - Ordre Intérieur templier. Elle tarda à demander sa reconnaissance au Grand Orient de France (GODF), et ne le fit qu'en 1808. Elle demanda à ce moment son « affiliation », alors que ses travaux avaient effectivement repris depuis fin 1794 ou début 1795. Elle sera effectivement « reconstituée » sur base nommément de la patente de la Grande Loge d’Écosse de février 1770 et « aggrégée » au GOdF.[52]
Philippe Libert [53] a donc tort lorsqu’il avance pour Les Vrais Amis de l’Union : « Le 18 octobre 1802, la nouvelle arrive enfin : la loge est affiliée et seule reconnue comme existante depuis l’Ancien Régime ; elle est donc « reconstituée », constituée une deuxième fois, ayant reçu une deuxième constitution (=reconnaissance par une obédience). Les autres Ateliers sont soit considérés comme nouvelles Loges ayant repris le nom de Loges d’avant 1786, soit nés sous un autre nom. » Péché véniel d’orgueil, mais qui conforte l’antiquité de la loge de Namur.
Pourquoi une demande aussi tardive ?
Par prudence. Ils ne voulaient pas perdre le bénéfice de leur rite templier particulier. Du moins, c’est la raison invoquée : « D’un autre côté, il n’existait en France aucune autorité Maçonn:. qu’il put considérer comme Sup:., ou même égale à la sienne, relativement au rite qu’il professait. Il dut donc user à cet égard de la même réserve qu’il avait employée précédemment vis-à-vis de la G:. L:. des Pays-Bas Autrichiens, sauf néanmoins qu’il annonça et se fit reconnaître par le G:. O:. de France, comme Souv:. Chap:. de R:. C:. X:. »[54] Et de fait, la loge demanda la reconnaissance de son chapitre Rose-Croix qu’elle obtint en 1810 de manière curieuse (voir plus loin).[55]
N’oublions pas que le prince de Gavre, membre de la loge, était à Paris à ce moment, d’ailleurs rejoint par Bauchau et Wasseige-père. Une note plus exhaustive sur Gavre se trouve ici et ici. Il avait pris ses fonctions de chambellan de l’Impératrice Joséphine en 1805 dans la nouvelle Cour où il avait été créé comte d’Empire, avant de l’être pour l’empereur Napoléon. Manifestement, il était actif sur le plan maçonnique, notamment à la loge Les Militaires réunis de Versailles (où il était par ailleurs préfet), loge qui pratiquait le Rite écossais Philosophique, et qu'il présidait assez souvent [56]. Il deviendra d’ailleurs Grand Officier d’honneur du Grand Orient de France en 1810. Il pouvait donc certainement, à la fois apaiser les craintes namuroises et faciliter les choses auprès de l’Obédience. Tout se passa bien.
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Costume des membres de la Cour de Cassation à Paris sous l'Empire.
Fonctions officielles de membres de la loge
En 1812, le préfet Peres de Lagesse avait établi une liste de 60 personnes les plus marquantes de son département, parmi lesquels les fonctionnaires militaires et civils les plus distingués, les propriétaires les plus considérables, les hommes issus des familles les plus illustres peuvent être choisis pour occuper des fonctions importantes. On y trouvera quelques membres de la loge, comme Walter, De Gaiffier, de Labbeville, mais aussi des parents proches comme Louis-Augustin Fallon, père des deux Fallon membres de la Loges ou François-Joseph (receveur général), fils d’André Ackerman.
On comprend ainsi que les membres de la loge se recrutaient dans les rangs des supports au nouveau régime. Ce qui rend d’autant plus paradoxal la demande tardive d’affiliation : ce n’était pas une méfiance vis à vis de l’autorité, mais bien une méfiance quant à l’acceptation du rite templier professé, ainsi qu’ils l’écrivent. Une grande partie d’entre eux, en effet, ont, eurent ou auront des fonctions dans l’appareil politico-administrativo-judiciaire du pouvoir en place à Namur [57][58][59][60] :
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Deux présidents du Conseil général du département Sambre et Meuse : Wasseige-père et Walter.
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Membres du Conseil général du département de Sambre et Meuse : Wasseige-père, Walter, de Ponty, de Gaiffier, Lambiotte. (Secrétaire du Conseil général : de Labeville.)
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Les 3 conseillers de préfecture Sambre et Meuse : Dubois, Pretot, Walter.
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Un préfet du département de Seine et Oise (Versailles) : Gavre
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Un sous-préfet du département de Sambre et Meuse (St Hubert) : Dewez
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Un secrétaire général du département : Bauchau (peu de temps) (ce secrétariat général de préfecture fut surtout tenu par Louis Augustin Fallon le père des deux Fallon membres de la loge, et non leur frère aîné Augustin qui reste proche des Autrichiens.)*
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Deux maires de la ville de Namur : Bauchau, de Gaiffier
Note : De Ponty encadre ceux-là : dernier Grand Mayeur de l’Ancien Régime et dernier maire désigné par l’armée russe lorsqu’elle ‘libérera’ la ville début 1814. -
Adjoints au maire: Lemielle, Walter, de Labeville (son père est procureur impérial ad interim au tribunal de Namur à partir de 1811)*, Lecocq (? deux Lecocq sont possibles dont un est membre de la loge)
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Conseillers communaux: Darrigade, Manderbach, Pieton, Walter.
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Un président du Conseil d'arrondissement: Nicolas-François Buydens (il a également été secrétaire communal de la ville de Namur).
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Un membre de la Cour de cassation à Paris : Bauchau
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Un membre du Corps Législatif à Paris : Wasseige-père
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Plusieurs procureurs impériaux : Marchot (Nivelles), Mathieu (Namur), Asseline (Dinant), Esmanjaud (St Hubert). 1er Substitut procureur de Namur : Isidore Fallon.
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Présidents de tribunal de 1er Instance : Bauchau (Namur, après avoir été maire, avant sa montée à Paris), Dufaur (Dinant).
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Autre membres des tribunaux de 1er instance : Dubois, Wasseige-père, Wasseige-fils, Chapelle-père, Lion.
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Tribunal du commerce: juges : Manderbach, Zoude, Raimond ; juge suppléant : Nicolas François Buydens (notaire impérial, dont le fils Michel Charles Nicolas Buydens, également notaire, sera un membre important de la loge).
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Président de Collèges électoraux d’arrondissement : Lambiotte (sous-préfecture de Marche-en-Famenne)
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Un directeur des contributions : Michel.
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Etc. (je ne garantis pas l’exhaustivité de cette liste)
*(Entre parenthèse-italique) : ne fait pas partie de la loge.
Par ces quelques noms de membres de la loge attachés à des fonctions officielles, on comprend que la loge n’avait rien à craindre, au contraire, elle faisait en quelque sorte partie du cercle du pouvoir mis en place. La petite loge de Namur pouvait croître en toute quiétude.
D’autre part, aucun office militaire n’apparaît. Les militaires ne reviendront dans la loge qu'avec la période hollandaise qui remilitarise la citadelle de Namur. Et de fait, Namur démilitarisé par Joseph II, puis par les Français, la loge n’en accueille plus sinon d’anciens militaires ayant établi leurs pénates à Namur ou réformé comme Perpète Dupont d’Ahérée (1778-1857) d’une famille dinantaise, pour cause de blessure à la bataille d’Eylau en 1807 : « [le prince Murat] Tu es brave autant que modeste, mon cher Henri, et tu es bien digne de porter la croix de la Légion d’honneur ; mais tu m’as laissé ignorer ce que j’ai appris par d’autres, que, le 15 février, jour du hourra des Cosaques, tu as, par ta bravoure, délivré le lieutenant Dupont, qui était blessé à la figure d’un coup de lance, ce qui lui a fait perdre un œil. Cet accident empêchait le lieutenant de conduire son cheval et il eut infailliblement partagé mon sort, si Henri ne s’était attaché à sa personne pour le retirer de la mêlée. C’est vrai, me dit Henri ; je suis bien content d’avoir été utile à cet officier, qui était aimé et chéri dans le corps et qui est maintenant un bon maître de forges à Dinan, en Belgique. Il a exigé, en quittant le régiment, que j’acceptasse 600 francs, ce que je n’ai pu lui refuser, car j’étais sûr, par mon refus, de lui causer beaucoup de peine. »[61]. Perpète Dupont d’Ahérée (ou du Pont d’Ahérée, famille éteinte au XXè siècle), né en 1778, sera sénateur de la nouvelle Belgique de 1830, sera fait baron et décédera en 1857 à Mettet. Sa lignée dans le nom s'éteindra en 1931 avec Alfred Marie du Pont d'Ahérée, qui, mort assez jeune, n'aura qu'une fille. (Celle-ci a une descendance nottamment dans ma famille avec des cousins issus de germains de mon père.)
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Tiré de l' Armorial général de la Noblesse belge par Fernand de Ryckman de Betz (cf référence).
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Registre des noms de ~1808 à ~1880. Archives de la loge de Namur.
Les trois présidents de la Loge durant les 6 années au Grand Orient de France
1. Charles-Henri Sérome qui avait manifestement repris cette présidence dès les troubles terminés (1794-5), probablement avant, dès son accession comme Commandeur de l’Intérieur le 12 décembre 1786, c’est-à-dire 7 mois après la confirmation de l’édit d’interdiction des loges de province du 9 janvier, confirmé le 15 mai de cette année par Joseph II : il y a là peut-être une relation de cause à effet.
Discours de Philippe-Casimir Marchot, prononcé lors de la fête funèbre du 12-9-5821, concernant Serome : « Et vous FF∴ qui m’écoutez et qui travaillâtes avec lui à relever nos colonnes dans ce sanctuaire des vertus, vous nous direz avec quel zèle et quel dévouement il concourut à la réorganisation de la L∴ ! Vous nous direz l’activité qu’il déploya dans cette grande œuvre ! Et vous, F∴ Louis Walter, qui eûtes l’inappréciable bonheur de posséder auprès de vos dieux pénates l’étoile flamboyante avant qu’elle n’éclairât cette enceinte, vous pourrez nous dire tout ce qu’à fait le F∴ Serome pour la prospérité de cette L∴ ; vous pourrez nous dire ce qu’il a fait pour le maintien des statuts généraux de notre Rit∴ ; ... ».[62]
Il l’est encore au moment de l’agrégation de la loge au GOdF durant l’année 1808-1809. Ce fut sans doute son dernier travail de président de loge et il le mena manifestement avec son compère de très longue date, Charles-Alexandre de Gavre, qui se trouvait à ce moment à Paris.
Le (premier) tableau de l’année 1808 voit notamment l’apparition de Louis Walter (élu des 15, frère de Joseph), Jean-Baptiste Xavier Wasseige-fils (élu du 15), Pierre-Joseph de Gaiffier de Tamison (maître) et Victor Zoude-Mazure (maître), dont il sera question ci-dessous. Manifestement, ils sont membres depuis quelque temps déjà.[63]
C’est à cette époque, en 1809, qu’un passionné de franc-maçonnerie, collectionneur de hauts grades, qui venait d’être admis à la retraite, en 1808, comme colonel des dragons et membre de la légion d’honneur, René Joliet, un maçon d’Ancien Régime initié en 1780 à la loge Saint-Jean des Arts d’Auch, continua à visiter les loges, cette fois dans l’est. Il se rendit d’abord à celle de Metz, puis celle de Thionville, ensuite celle de Luxembourg. Il termina son périple par Namur, où il rendit visite plusieurs fois à la Bonne Amitié qui lui réserva, écrivit-il, un banquet d’honneur.[64] Ceci montre que l’intégration effective de la loge dans le concert des loges de la région fut immédiate, dès son « affiliation » au GODF.
2. Joseph Walter. Puis, en 1810, c’était le comparse des années révolutionnaires, Joseph Walter qui assuma la présidence de la loge, ainsi que la reconnaissance du Chapitre par ce même GOdF, qui eut lieu également en 1810.
Carrière fulgurante durant cette époque puisque ce dernier, de secrétaire en 1806, devint président du Conseil général du département de Sambre et Meuse en 1811. Mais l’enseignement était devenu une partie importante de sa vie puisqu’il s’occupa de son organisation dans le nouveau département et qu’il continuera dans cette voie durant la période hollandaise. Une notice plus exhaustive se trouve ici. (Détail curieux : la famille Ackerman semble d’origine alsacienne, selon Cécile Douxchamps-Lefèvre. Il se pourrait bien que la famille Walter (Walther, Valder) aussi, même si les deux familles sont à Namur depuis plus d’une génération. Toujours est-il qu’on trouve dans ce qui deviendra le département du Haut-Rhin, plusieurs alliances entre les deux patronymes au XVIIIe siècle.)
3. Jean-Baptiste Xavier Wasseige.*
*Je reprend ici les deux Wasseige mais c’est le premier qui nous intéresse en rapport à la rubrique.
Il y a deux Jean-Baptiste Xavier Ghislain Wasseige, le père (JB Xavier Joseph Ghislain : 1762-1823) et le fils (JB Xavier Ghislain ; 1785-1827). Ils furent, l’un et l’autre, membre de la loge de Namur.
Ils sont d’ailleurs repris sur le tableau de 1823, l’un et l’autre, comme Commandeur de l’Intérieur, dernier grade du rite primitif, le premier comme Commandeur de Corinthe et le second comme nouveau Commandeur d’Aquilée. Ce qui montre que l’un comme l’autre furent réellement actifs au sein de la loge de Namur.
3a : Xavier Wasseige-père est repris sur le tableau de 1808 (BnF). Il ne semble pas avoir été un franc-maçon d’Ancien Régime. Reçu bourgeois de Namur en 1785 et avocat, il occupa une série de fonctions en accord à son statut social (grande bourgeoisie). C’était un début de carrière prometteur. De tendance Joséphiste, très tôt, il épousa la cause française, mais avec circonspection. Il sera ainsi représentant provisoire de Namur (cf le tableau des notables de 1792 -1ère figure-) et échevin pensionnaire de la ville. Toujours est-il que, dès le Consulat, il sera premier conseiller à l’Assemblée générale du département, il en assumera peu de temps après la présidence (1807). Il sera une des rares personnalités namuroises à assister au sacre de Napoléon à Paris en 1804, avec ses frères de loge, Corneille Bauchau, mais aussi Ackerman, Dewez et Lambiotte.[65] Ensuite, toujours en 1807, il est élu membre du Corps Législatif à Paris représentant le département jusqu’à la fin de l’Empire. Durant le régime hollandais, il sera représentant des États namurois à la Deuxième Chambre et s’investira dans l’organisation de la nouvelle « Société Générale », enfant chéri de Guillaume 1er, créée en 1822 dont Wasseige est membre fondateur. Nous ne savons pas quand il fut initié, mais il occupait la charge d’orateur en 1808 lorsque la loge demanda son affiliation au Grand Orient de France. Il termina la période française comme Vénérable Maître, de 1811 à 1814.[66][67]
3b Xavier Wasseige-fils. La date d’entrée dans la loge est peu visible sur le registre des noms (archives de la loge) : 1812 semble-t-il. Toujours est-il qu’il devient Rose-Croix en 1816 et 2e Surv. en 1818. Par ailleurs, il avait investi dans l’industrie renaissante de la région (les cristalleries de Vonèche -Beauraing-), mais surtout au rachat du bien national et à la mise en place des Cristalleries du Val-Saint-Lambert (près de Liège), avec Ackerman-fils et Pierre Darrigade, cela se passe après la période française. Par ailleurs, il sera juge suppléant à la Cour de 1ère instance de Namur de 1813 à 1827. Membre du conseil communal de 1820 à 1827, il sera également représentant des États de Namur de 1818 à 1827. Il meurt assez jeune, à 41 ans, et le subrogé tuteur de ses enfants est précisément Pierre Darrigade, un associé, un ami et un frère maçonnique de longue date. Ceci montre, tout comme pour Walter ou de Gavre, un passage du régime français vers celui des Pays-Bas réunis qui se passa bien, à l’exemple de beaucoup d’autres loges et d’ailleurs de la franc-maçonnerie en général de nos régions.[68]
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Tableau de la loge de 1818. Il n'existe pas de tableau connu (à ma connaissance) de la loge entre celui de 1809 et celui-ci. On peut voir l'évolution de la loge sur ces 10 années, de 31 membres à 55 membres, et les militaires sont revenus.
Dans Wargny, tome 3, op. cit.
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Quelques personnalités
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Château de Suarlée, construit au milieu du XVIIIe siècle, résidence de Philippe de Ponty. Sur cette carte postale, les armoirie des Ponty sont reprises au-dessus de la fenêtre du premier étage au niveau du fronton.
Image wikicommon, recolorisé.
Philippe François Joseph de Ponty, baron de Suarlée (1741 Temploux – 1824 Namur).
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Membre récent de la loge puisqu’il apparaît sur le tableau de 1809 et pas sur celui de 1808, on parle peu de lui. Pourtant il fut là lorsque la ville de Namur eut besoin de lui. En effet, partisan de la révolution brabançonne, il devint Grand Mayeur de la ville de Namur en 1792, quelques mois avant l’arrivée de l’armée de Dumouriez et le redeviendra lors de la restauration autrichienne en 1793. Pourtant, il s’adaptera parfaitement au régime français. Conseiller au Conseil général du département, il est repris comme « Grand Notable » acquis au régime sur la liste réalisée par le préfèt Peres en 1812. Curiosité : alors qu’il était seigneur et baron de Suarlée et Temploux durant l’Ancien Régime, il sera le maire-chatelain de Suarlée durant la période française. Il deviendra non seulement (pour peu de temps) maire de Namur en 1814, lorsque les armées russes ‘libéreront’ la ville, mais présidera également à ce moment l’éphémère administration provisoire du département de Sambre et Meuse, notamment avec son frère de loge Xavier Wasseige-père.[69] Durant la période hollandaise, il assurera la fonction de député permanent de la nouvelle province de Namur jusqu’à son décès. [70][71] Comme on le voit, le passage du régime autrichien vers le régime français puis au régime hollandais, se fait souplement avec lui, il assure la transition -ce sont des moments délicats- au bénéfice de tous. Il fait partie de ces personnalités probablement plutôt effacées mais qui sont présentes à des moments particuliers où peu se mettent en avant.
(Portrait de Philippe de Ponty, signé Jacquin, 1808, recolorisé à partir de [72])
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Placard de février 1814. L'armée russe a "libéré" Namur. Archives de l'État à Namur. Repris de [69]
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Façade à rue de l'Hôtel de Gaiffier de Tamison (puis pour un descendant de Gaiffier d'Hestroy) à Namur. Image wikicommon. Actuellement Musée des Arts Anciens - Trema.
Il en ira de même pour Pierre Joseph Baudoin de Gaiffier de Tamison ou de Maharenne (1757-1823), maire très apprécié de la ville de Namur de 1803 à 1813. Il reprendra sa fonction, cette fois comme bourgmestre de Namur en 1818-19. Durant l’Ancien Régime, après des études de droit à Louvain, il devint échevin noble de Namur. Plutôt Joséphiste, il prit néanmoins part à la révolution brabançonne de 1789 (Vonckiste semble-t-il), mais avec beaucoup de tiédeur. Il rejoindra dès décembre 1789 sa femme (opportunément?) malade à Givet. Il collabore avec les Français de 1792, puis à nouveau avec les Autrichiens de 1793. Au retour des Français, il prend la tête de l’administration centrale du département de Sambre et Meuse, mais démissionne peu après, encore en 1794. Le premier diplôme de noblesse pour cette famille (pour autant que de besoin) date de 1635. En 1808, il aurait été fait baron d’empire.[73] Toujours est-il qu’en 1820, PJB de Gaiffier reçoit concession du titre de baron transmissible par primogéniture, ce qui démontre son excellente adaptation au Royaume uni des Pays-Bas. Il apparaît pour la première fois sur le tableau de la loge de Namur en 1808, puis les suivants connus de cette époque.[74][75][76]
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Buste de Louis Dewez se trouvant à l'Académie "thérésienne".
Louis Dieudonné Dewez (1760 Namur – 1834 Bruxelles) fut un proche des idées révolutionnaires de la première heure. André Dulière nous offre une notice à son sujet, une rue de Namur porte son nom.[77] Ce n’est pas comme sous-préfet de Saint-Hubert qu’il est connu, mais comme historien. Né à Namur, il devint professeur de rhétorique au collège de Nivelles pendant 10 ans sous l’Ancien Régime. Il épouse d’ailleurs une nivelloise, Augustine Kaieman (ou Kaiman, ou Cayman, famille devenue bourgeoise où l’on trouve notamment un juge et un médecin). Durant la période française, il occupa des fonctions administratives. D’abord comme commissaire exécutif du Directoire auprès des tribunaux à Nivelles, puis à Namur, sorte de fonction de surveillance élargie dont il devait faire rapport : contributions, répression de la désertion et du brigandage, émigrés, vie économique et travaux publics, agriculture, mœurs, instruction publique, ... Il devint ensuite sous-préfet de Saint-Hubert, en 1800, jusqu’à la fin de la période française. Il est repris parmi les personnalités qui ont assisté au sacre de l’empereur en 1804 (en tant que sous-préfet).[78] C’est durant cette période qu’il écrivit son « Histoire générale de la Belgique depuis la conquête de César » en 7 volumes, premier ouvrage connu du genre qui ouvre la voie, notamment à Henri Pirenne et sa monumentale Histoire de Belgique. À la fin de la période française, il s’installe à Bruxelles et revient à ses amours premières d’enseignant. Il devient inspecteur général des Athénées et des Collèges du Royaume uni des Pays-Bas (un peu comme Joseph Walter). D’autres publications suivront. Il rejoindra Charles-Alexandre de Gavre à l’« Académie Royales des Sciences et des Lettres » (dite la "Thérésienne"), l’un comme président, lui comme secrétaire perpétuel à partir de 1821, durant à peu près la même période. Je n’ai pas trouvé, en ce qui le concerne, ni pour son épouse, de liens familiaux avec les autres membres de la loge. Il apparaît être l’exemple de l’ascenseur social qui s’était remis à fonctionner, les blocages d’Ancien Régime ayant disparu. Sur le plan maçonnique, il est repris sur le tableau de 1808 comme apprenti et 1809 comme compagnon. Mais il n’est pas repris, ni sur le tableau de 1818, ni sur le registre des noms (archives de la loge), ce qui semblerait indiquer qu’il aurait quitté la loge vers 1814 (pour s’affilier peut-être ailleurs).
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Corneille Bauchau, tiré de l'ouvrage consacré à la famille Bauchau (ref suivante)
Corneille Joseph Bauchau (1755 Namur – 1835 Louvain) est une de ces personnalités hors normes de la loge. C’était un Joséphiste notoire, avocat, membre du conseil provincial de Namur sous l’Ancien Régime. Très proche des idées révolutionnaires, il devient administrateur de la ville puis maire en août 1794. Il est nommé juge au tribunal de 1e instance. Il monte à Paris où il devient conseiller à la Cour de cassation de 1805 à 1814. Il reçoit le titre de chevalier d’empire en 1809. Un de ses deux fils est tué lors de la campagne de Russie en 1812. [79]
Ancien Régime. Dès son diplôme acquis à Louvain de ‘licencié ès lois’, il commence sa carrière d’avocat comme pensionnaire à la cour des Ferons. C’est probablement à ce moment qu’il devient membre de la loge de Namur. Il apparaît en tout cas sur le tableau de 1783. Trois ans plus tard, en 1785, il entre au Conseil provincial, c’est un Joséphiste notoire. Il devient échevin de la ville de Namur en 1788. Suite à la révolution brabançonne de 1789 qu’il combattit, dans un but d’apaisement, il est mis de côté.
Nouveau Régime. Il temporise en 1792 et ne monte dans le train révolutionnaire qu’en 1794, où il occupe la place de juge à la jointe criminelle. Toujours cette même année, il devient maire de Namur. L’année suivante on le trouve juge au tribunal civil de Sambre et Meuse. Il donne sa démission de ses fonctions en décembre 1796. Après une éclipse de trois ans, il revient comme secrétaire-général de la préfecture de Sambre et Meuse début 1800, puis à nouveau juge. Enfin, il monte à Paris, d’abord, semble-il, pour occuper la même fonction au département de Seine et Oise. En 1804, il est nommé par le premier Consul, Napoléon Bonaparte, conseiller à la cour de Cassation, et ce jusqu’à la fin de l’époque française, en 1814. Tout aussitôt, il assiste, comme ses frères de loge, Ackerman, Bauchau, Lambiotte, Dewez et Wasseige, au couronnement de Napoléon en 1804.[80] Entre-temps, devenu porteur de la légion d’honneur, en 1809 et par lettre patente, il reçoit le titre de chevalier d’Empire, titre transmissible par primogéniture.
Il se retire de la vie publique durant toute la période hollandaise. Il décède au début de la Belgique indépendante.
C’est un maçon d’Ancien Régime, de même son frère Guillaume. Ils sont repris sur le tableau de 1783, lui comme « avocat, conseiller aux pensionnaires de la Cour des maîtres de forges de la province ». Il apparaît également sur la liste pour la Chancellerie de 1786, ainsi que sur le « tableau Cordier » (op. Cit.). Corneille Bauchau est repris sur le tableau de 1808, comme membre de la Cour de Cassation à Paris et « écossais », il fait le lien entre l’ancienne époque et la nouvelle.
Il est le 10e enfant de ses parents. De sa première épouse, Stienon, il a 7 enfants dont 3 atteindront l’âge adulte. Deux fils et une fille. Le premier fils, Joseph, dit de Londres, s’enfonçant dans une situation de dettes et de gênes, n’aura plus de liens avec son père. Sa sœur Stéphanie, du premier lit, épouse de Charles Jacmart, dont postérité, qui était médecin, professeur et recteur à l’Université de Louvain, continuera à l’aider en cachette. Il n’y a pas de postérité connue de ce premier fils. Le second fils, Jean-François, dit Gustave-Joseph, est tué lors de la campagne de Russie suite à une blessure, également sans postérité. De son second mariage avec Reynckink (origine hollandaise) naît une fille Cornélie, dont descendance. Il n’y a donc pas de postérité mâle.
Un descendant de son frère Jean-François, Pierre, relèvera le titre (chevalier transmissible par ordre de primogéniture) et les armoiries de Corneille par lettre patente de 1973, entrant ainsi dans la noblesse belge.
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Vous remarquerez une petite erreur: les étoiles sont ici à 5 rais, alors qu'elles devraient être à 6 rais.
Tiré de l'Héraldique napoléonienne [81]
Curieuse histoire que ces armoiries : la famille Bauchau (avant Bauchard) possède de vieilles et belles armoiries bourgeoises connues depuis le XVe siècle, qui subiront certes des altérations aux cours des siècles suivants (« de gueules à trois émanches d’argent en chef, accompagnés de trois besants rangés de même »). Pour une raison inconnue, Corneille Bauchau adoptera d’autres armoiries dès la fin du XVIIIe siècle, mais en gardant la même devise « Dieu vous garde ». Par certains côtés, ces armoiries ‘personnelles’ ressemblent vaguement à celle de l’Ordre Intérieur de la loge namuroise. Mais en réalité, il s’agit des armoiries d’un de ses ancêtres, celles de la famille Jenico, qui seront par la suite augmentées de la bordure rouge des Chevaliers d’Empire et chargé au chef de la croix de la légion d'honneur. Hervé Douxchamps pense qu’il y a eu confusion d'armoirie pour Corneille. Peut-être que les étoiles à 6 rais (et non 5 comme d’usage et dans celle de Jenico) sont un apport maçonnique (sceau de Salomon). (« d’azur à un croissant accompagné de trois étoiles à six rais, le tout d’argent, à la bordure de gueules »)
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Les liens familiaux
Regardons pour l'exemple la famille Bauchau. Un rapide coup d'oeil sur les sites généalogiques nous montre des liens avec la famille Wodon en ascendant, ou par son frère Jean-François, et de là avec les Wasseige, Manderbach, Ackerman et Bodart, par son épouse Stienon également avec les Wodon, ou par son frère Guillaume qui épouse une soeur Stienon : on s’y perd tellement c’est touffu et croisé.
Pour montrer la difficulté : il y a un Wodon qui signe le livre d’or durant les années impériales, mais qui n’apparaît ni sur les tableaux (1808-1810) de la BnF, ni sur le registre des noms (archives de la loge) : qui est-ce ? Est-il d’ailleurs membre de la loge ? Serait-ce le mari (Benjamin) de la nièce, fille de Guillaume Bauchau, un membre d’Ancien Régime de la loge, et de plus dont la mère est aussi une Bauchau, sœur de Corneille ? Ceci a été avancé. Cela aurait pu rester une hypothèse, car d’autres possibilités subsistent. Par exemple, on trouve un Wodon de Sorinnes dans la liste des « Notables » de 1792 (voir figure) : il pourrait s’agir de Leonard-Joseph, seigneur de Sorinnes, oncle du précédent, ce qui ouvre d’autres perspectives. Heureusement, en 1817, lors de la (re-)signature du bail, trente deux FF:. locaux de la loge signent, dont, nommément Binjamin Wodon. Le même apparaît sur le tableau de 1818. L’indication est ici fiable, c’est bien le neveu de Corneille Bauchau.
Il serait fastidieux de faire les liens familiaux entre les membres de la loge et/ou avec des membres de la loge d’Ancien Régime, tant ils sont nombreux.
Par exemple:
- Deprez, Mahy, Barbaix, Chapelle, Raymond (et plus tard Manderbach) et Bauchau avec les Wasseige;
- Dautrebande, Manderbach, Barbaix avec les Bivort;
- Mahy, Dubois avec Douxchamps;
- Wodon et Bauchau;
- de Labeville, Misson, Dupont et Dautrebande avec Lamquet;
- Sérome avec les Fallon par sa mère et de là avec les Zoude, mais également par son épouse Bodart avec les Wodon;
- André Ackerman qui épouse en première noce une Wodon et de là notamment vers les Manderbach (beau-frère) ou vers Pierre Darrigade (beau-fils) et en seconde noce une des sœurs de Corneille Bauchau;
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De nombreuses alliances familiales horizontales (même génération) et verticales (sur plusieurs générations), qui se croisent et se recroisent entre membres de la loge, courraient durant l’Ancien Régime, elles se continuent tout simplement à la génération suivante, sans aucune césure. C’est à l’étude de ces liens que l’on comprend qu’il n’y a pas de nouvelle loge, mais bien l’ancienne qui se continue sur sa lancée quasi familiale, c’est à peine caricatural.[82]
Durant l’Ancien Régime, on surnommait les réunions des « ferons » namurois, d’« assemblée de Francs-Maçons ».[83] Et en effet, beaucoup de membres de la loge étaient liés à l’industrie du fer et du cuivre (mines de fer et/ou de charbon, maîtres de forge, derle -terre réfractaire-, propriétaires forestiers, tribunal des Ferons, etc.), outre des liens familiaux (l’un provoquant sans doute l’autre et vice versa).
On peut répertorier les familles qui furent Maîtres de Forges, dont des rejetons sont membres de la loge (Ancien Régime et/ou nouveau Régime) :[84]
Bauchau, Bivort, D’Autrebande, Dubois, Dupont, Gavre, Misson, Dumont, Moreau, Puissant, Raymond, Wasseige, Zoude, … À cela s’ajoute des familles qui furent investies dans cette industrie, comme les Lamquet (Derle=terre réfractaire) ou des avocats travaillant à la Cour des Ferons (Ancien Régime), comme Corneille Bauchau ou des familles de négociants comme Ackerman.
Tout cela est vrai, mais on peut voir autrement : Namur est petit et la loge d’Ancien/Nouveau Régime[85] recrute dans un milieu essentiellement de bourgeoise fortunée et petite noblesse : en réalité c’est un milieu restreint où des liens familiaux proches, sur plusieurs générations, se réalisent : pour ainsi dire, tout le monde est ‘cousin’, on est ‘entre soi’, même si, en réalité, c’est moins homogène qu’il n’y paraît.
Exemple de seigneuries tenues par des familles dont des rejetons sont membres de la loge (Ancien Régime et/ou nouveau Régime) : les Barbais et les Gaiffier : seigneur de Bonnine ; les Bivort, seigneur d’Arbre et de Rivière ; les Dupont (ou du Pont) -vicomte d’Ahérée-, seigneur de Vèves ; chevalier de Labeville -Marche en Famenne- ; les Lamquet, seigneur de Wagnée ; les Maloteaux, seigneur de Fooz et de Wépion ; les Misson, seigneur de Wayaux ; les Moniot, seigneur de Lustin ; les Moreau, seigneur de Bioul ; les Raymond, seigneur de Bois-de-Villers et Lesve ; les Ponty, baron et seigneur de Suarlée et Temploux ; les Wodon, seigneur de Sorinnes et d’Assesse ; les Zoude, seigneur de Courrière ; les Gavre, notamment seigneur (marquis) d'Aiseau; …
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Collection de la Grande Loge de France
On peut également mesurer l’investissement des membres de la loge dans le nouveau régime :[86]
Sur les 60 « Grands Notables » répertoriés par le préfet Peres de Lagesse sur le département de Sambre et Meuse en 1812, 12 sont membres de la loge : Asseline, Bauchau, de Ponty, Dewez, Dubois, Dupont, Esmanjaud, de Gaiffier, de Labeville, Lambiotte, Moniot d’Estroy, Walter. (Wasseige Xavier-père ne s’y trouve pas car en sont exclus ceux qui ont déjà été élus; de même de Gavre, préfet ailleurs.) (D’autre part, des parents proches en sont comme Ackerman-fils ou Fallon-père.). Soit la moitié de la loge.
Durant l’époque française, l’aspect industriel s’estompe très partiellement pour les transformer en « hommes d’affaire », alors que les liens familiaux restent et continuent à se développer, avec l’apport de membres d’origine française (par ex. Loche, Darrigade) et de membres « ascenseur social époque révolutionnaire » (par ex. Dewez, Marchot). La loge n’est en réalité pas immobile, elle évolue.
Une caractéristique commune réunit cependant l’ensemble des membres de la période française et la distingue de l’Ancien Régime : tous ont pris la mesure et se sont inscrits dans le nouveau Régime, soit par conviction, soit par opportunisme, soit en gestion et agrandissement du patrimoine. Certains ont acheté des biens nationaux comme Zoude-Masure ou Wasseige ou Darrigade ou Ackerman, etc. D’autres furent récompensés, par exemple : Dupont d’Ahérée, vicomte d’Ancien Régime, devint membre de la Légion d’honneur et chevalier impérial. Il avait embrassé la carrière militaire dans les armées de Napoléon et fut blessé grièvement à la bataille d’Eylau (1807). Ou de Gavre, prince d’Ancien Régime qui devient comte impérial et membre de la légion d’honneur.
La loge de Namur s’inscrit dans une idéologie apparemment assez généralisée des loges impériales, même si des caractéristiques sociales locales très marquées, manifestement familiales-élitistes, peuvent être relevées.[87]
La mission dévolue à la Franc-Maçonnerie tel que la concevait Napoléon, était en accord avec les comportements apparents portées par les membres de la loge namuroise.
Dès lors, comme beaucoup de loges de l’Empire, la fête réalisée en l’honneur de la naissance de l’Aiglon sera l’objet de réjouissances solemnelles. Elle cadre avec les sentiments du moment partagés par les membres de celle-ci. Cela se passait le 6 mai 1811, c’est-à-dire un an avant l’affiliation de Philippe-Casimir Marchot :
« A la Gloire du G∴ A∴ de l’U∴
Sous les auspices du G∴ O∴ de France.
Le 6eme jour du 3eme mois de l’an de la V∴ L∴ 5811,
La R∴ L∴ Écossaise et Chap∴ de St Jean, sous le titre distinctif de la bonne amitié à l’O∴ de Namur, régulièrement convoquée et fraternellement assemblée sous le point géométrique connu des seuls enfans de la V∴ L∴, dans un lieu très éclairé, très régulier et très fort où règnent le silence, la paix, l’équité et l’harmonie.
Midi plein
Les trav∴ ont été ouvert à l’or∴ par le T∴ Vble fr∴ Wasseige, G∴ Mtre et à l’occ∴ par les VV∴ ff∴ Victor Zoude et Prétot*. Les TT∴ RR∴ ff∴ Joseph Walter orat∴ et Louis Walter secrétaire siégeant à leur banc ».
*Jean Prétot est conseiller de préfecture, il apparaît comme maître sur le tableau de la loge en 1809.
Ce début, qui est une simple répétition des introductions de tous les tracés de réunions de la loge (on la retrouve quasi à l’identique en 1860), confirme ce que nous savons, la loge-chapitre se place parmi les loges écossaises du Grand Orient de France, ce qu’affirme également le tableau de loge de 1809.
Suit un long panégyrique, dans lequel il est fait mention d’un courrier adressé à la loge par le « T∴ C∴ et V∴ F∴ De Gavre, préfet de Seine et Oise, Vénble d’honneur de cet at∴, par laquelle, en le priant d’assurer ses ff∴ de la bonne amitié de son attachement éternel, il les prie en même tems de le considérer, particulièrement en cette occasion, comme étant, de coeur et d’intention, au milieu d’eux pour la célébration d’une fête aussi chère ; les applaudissemens les plus vifs ont couvert cette lecture ... ».
Ceci montre, non seulement l’attachement de Charles-Alexandre de Gavre à sa loge première, mais aussi une articulation entre celle-ci et ce personnage qui s’inscrit dans les centres du pouvoir napoléonien à Paris.
La bienfaisance est également à l’honneur durant cette fête, puisqu’il est décidé de distribuer la totalité du tronc des pauvres aux indigens, augmenté d’une somme de neuf cent francs prise sur les fonds de la L∴.
Tout ceci se termine par un banquet où une cantate du F∴ Louis Walter est exécutée par les frères artistes.
Le premier couplet :
« Maçons, buvons à la santé / du petit Roi de Rome / Maçons, buvons à la santé / du petit désiré / Saisissons au plus vite / et de coeur et d’esprit / le seul instant licite / de l’appeler petit / Maçons buvons à la santé / du petit Roi de Rome / Maçons buvons à la santé / du petit désiré. »
Le dernier couplet :
« Le second à la mère / du précieux rejeton et le troisième au père / du nouveau louveton / très chers frères, que la santé / portée au Roi de Rome / soit en même tems la santé / du trio bien aimé ».
Il est sans doute intéressant de remarquer que le roi de Rome est considéré comme un louveton, c’est-à-dire qu’aux yeux des membres de la loge, Napoléon (« au père du nouveau louveton ») est un des leurs.
Le tracé se termine ainsi :
« Les FF∴ ont exécuté divers morceaux qui n’ont fait qu’ajouter au plaisir de l’heureux moments.
La L∴ a été fermée à une heure convenable aux cris répétés de Vive Napoléon, Vive Marie-Louise, Vive leur enfant chéri. »[88]
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BnF FM2 - 556 - Namur (dernière page des minutes de cette réunion particulière).
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Examen de la demande de reconstitution du Chapitre namurois et réponse-décision du Grand Chapitre général du GOdF. BnF FM2-556-Namur.
En ce qui concerne le Chapitre
Faute d’avoir pu produire les patentes anciennes, dixit des membres de l'époque, il a été recréée (lettres capitulaires) au sein du GOdF en 1810 en qualité de Chapitre Rose-Croix, l’histoire se répète.
Mais c’est plus subtil que cela (voir figure), c'est un compromis : c’est non à l’affiliation (et donc de nouvelles lettres capitulaires sont nécessaires) et oui à l’existence d’un ancien chapitre (et donc celles-ci sont accordés faisant office d'une reconstitution et en conséquence sans autre frais que les déboursés): « Lettres capitulaires accordés comme reconstitution » ("comme" est souligné). Ce chapitre peu nombreux en 1810, comprenait notamment Charles Serome, Joseph Walter, Pierre Darrigade, JB Xavier Wasseige-père dont il vient d’être question, Louis Walter, secrétaire de la commission des hospices de Namur (frère de Joseph), Victor Zoude-Mazure maître des forges à Samson et Pierre Joseph Baudoin de Gaiffier de Tamison, maire, puis bourgmestre-président de la ville de Namur et conseiller général du département de Sambre et Meuse (conseil présidé par Joseph Walter).
Charles Sérome est le Grand Maître du rite. Il décède en 1813. Ce n’est que durant la période hollandaise que Charles-Alexandre de Gavre lui succède, précisément en 1818.
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Tableau du Chapitre de 1810. BnF FM2-556-Namur.
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L’Écossisme namurois
10 articles ont été publiés sur le sujet en 2023, j’y reporte le lecteur, il représente le coeur de la matière.
Le projet maçonnique de la Bonne Amitié semble avoir été, dès sa naissance, de pratiquer des Hauts grades. Pour preuve, le certificat Roquet de 1768.
Cette pratique semble s’inscrire, également très précocement, dans un triple cadre : 1. les 4 premiers grades fournis par la Grande Loge d’Écosse : c’était la seule loge des « Ancients » dans les Pays-Bas autrichiens. 2. Le Rose-Croix. 3. Un ou des grades templiers comme nec plus ultra. Pour preuve, le certificat Pyman de 1776, mais déjà avec le certificat Roquet, on peut le soupçonner.[89]
De façon constante, les maçons namurois du début du XIXe siècle, soit une quarantaine d’année après la création de la loge, certains sont cependant contemporains de l’époque, certifient deux choses :
a. Une pratique templière précoce, peut-être dès les origines de la loge.
b. L’existence d’un Ordre Intérieur, sous forme d'un Chapitre de l’Intérieur du Temple, (donc templier de type Stricte Observance), dès 1776. (Notons que le Grand Chapitre général du GOdF reconnaît explicitement l’existence d’un Chapitre ancien à Namur ; voir plus haut).
Ceci fut largement discuté dans les 10 articles susmentionnés, je vous y reporte.
Que des grades intermédiaires se soient insérés dans le triptyque, c’est une évidence, selon l’évolution des pratiques dont ils avaient connaissance. Et qu’au bout du compte, cela fasse une belle masse dans laquelle il a fallu mettre de l’ordre et les agréger sous forme d’un rite à part entière, cela n’est pas anormal. En tout cas, c’est ce qui apparaît dès l’époque française.
Toujours est-il qu’à l’orée du XIXe siècle, les membres de la loge demandent l’affiliation de leur loge au Grand Orient en usant de leur grade acquis au sein de l’Ordre Intérieur templier de type Stricte Observance.
Nous savons que le GOdF n'était pas favorable à un autre écossisme que le sien, avant l'arrivée en 1804 du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA). En effet, suite à l'affaire Abraham, il avait déclaré irrégulière le 10 juin 1803, pour « cause » d'écossisme différent, la loge La Réunion des Étrangers à Paris.[90] Ceci ne devait pas encourager la loge namuroise à demander son affiliation au GOdF !
Signature au bas du règlement de 1809 de 505 articles (!). On y voit, pour plusieurs d’entre eux, accolé à leur signature, leur grade, ceux de l’Ordre Intérieur semblent les plus nombreux, bien que, par exemple, un "chevalier de l’aigle noir" (27e) y soit présent. Livre d'Or, archives de la Loge.
Mais avec l’arrivée du REAA, la voie semblait libre pour d'autres rites, tel le Rite Primitif des Philadelphes (demande de reconnaissance en 1806). Le Rite Écossais Rectifié, émannation de la Stricte Observance, demande sa reconnaissance en 1808. Y a-t-il cause à effet, toujours est-il que nos namurois, probablement prudents, vont attendre que leur « représentant » à Paris soit bien en place pour agir. C’est d’autant plus vrai, que le rite namurois, en tant que tel, ne sera pas agrégé au Grand Orient, une exception, probablement la seule pour une loge-chapitre du Grand Orient de France, ce qui a certainement nuit à la diffusion du rite. Ce représentant est précisément le prince Charles-Alexandre de Gavre.
« D’un autre côté, il n’existait en France aucune autorité maçon:. qu’il put considérer comme Sup:., ou même égale à la sienne, relativement au rite qu’il professait. Il dut donc user à cet égard de la même réserve qu’il avait employé précédemment vis-à-vis de la G:. L:. des Pays-Bas Autrichiens, sauf néanmoins qu’il annonça et se fit reconnaître par le G:. O:. de France, comme Souv:. Chap:. de R:. C:. X:. »[91]
Pourquoi Gavre était-il là ? À l'occasion de l'échange de révolutionnaires de haut rang contre Mademoiselle Royale (la fille de Marie-Antoinette, Marie-Thérèse Charlotte) intervenu à Bâle en 1795, suite à une négociation menée par le prince François-Joseph-Rase de Gavre père (1731-1797). Hugues-Bernard Maret, prisonnier échangé et futur duc de Bassano, s'était apparemment pris d'amitié pour Charles-Alexandre. Il le fait venir à la cour de l'Empereur, où il devient chambellan de l'Impératrice (1 février 1805), soit 2 mois après le couronnement de Napoléon 1er (2 décembre 1804), et le lendemain de la nomination des grands dignitaires (les princes de la famille impériale, Murat, Cambacérès, etc. intervenus le 31 janvier). Une Cour impériale se met en place. À la même époque, le 5 décembre 1804, un Concordat est signé entre le Grand Orient de France et la « Loge Générale Écossaise » de Grasse-Tilly. Laurence Chatel de Brancion montre le souci du nouvel empereur d'utiliser la maçonnerie comme un outil d'intégration de son empire qui comprenait à ce moment 130 départements, intégrant la Belgique, le Nord de l'Italie et de l'Allemagne. La « Loge Générale Écossaise » avait du succès auprès d'anciens émigrés qu'il fallait réintégrer sans à-coup dans la nouvelle société issue de la Révolution. Soit, l'intégration maçonnique des « écossais » dans le corps maçonnique se réalisait, soit l'Empereur supprimait la Loge Générale Écossaise, ce qui en soi n'était pas un problème. C'est la première solution qui prévalut, probablement sous l'influence de Cambacérès. De ce point de vue, un prince d'Ancien Régime, franc-maçon, provenant des nouveaux départements devait paraître sans doute utile dans ce type de politique.[92]
Rapidement la fortune sourit au prince de Gavre ; Napoléon lui confiera la préfecture de Seine et Oise (Versailles) le 7 août 1810, dont l'importance administrative est évidente.
On le sait « autrichien », il porte d'ailleurs toujours le titre de chambellan de l'Empereur autrichien. Il est d'esprit réellement libéral, dans la ligne de l'Empire français de ses débuts. Il convenait parfaitement dans les tâches qui lui sont confiés en 1810, année du mariage de Napoléon avec une petite-fille de l'Impératrice-Reine Marie-Thérèse de Habsbourg, Nous sommes à une des rares époques de paix pour la France (1810-11) qui voit la dissolution du mariage de Napoléon avec Joséphine, puis son re-mariage avec Marie-Louise de Habsbourg en mars 1810 à Vienne par procuration et en avril pour la France. C'était l'année de la promulgation de la dernière mouture du ‘Code civil Napoléon’ (la 4e version dont la première, toujours sous l'égide de Cambacérès, date de 1793). Ce mariage habsbourgeois était soutenu par Maret, Talleyrand et Eugène de Beauharnais. Cambacérès aurait préféré une alliance avec la sœur du Tsar, plus sécurisante pour l'Empire français, car les Habsbourgeois à cet instant précis de l'histoire, ne pesaient plus grand-chose, contrairement à la Russie.
C'est probablement dans ce cadre qu'il faut comprendre les promotions de 1810 du prince de Gavre qui devint par ailleurs Comte d'Empire dans la nouvelle Cour.
Cambacérès, véritable patron de la maçonnerie française de cette époque, allait continuer à utiliser l'institution pour intégrer des personnalités de régions proches ou même annexées à l'Empire [93], comme, par exemple, les enfants du duc de Saxe-Weimar, un ami de Grasse-Tilly.
C'est également le 9 mars 1810 que Charles Alexandre de Gavre devient Grand Expert au sein du Grand Chapitre du GOdF.[94]
Charles-Alexandre de Gavre était devenu membre de plusieurs loges parisiennes, et, en 1811, il fut reçu Vénérable Maître d'honneur de la loge « les Militaires Réunis » de Versailles où il va résider comme préfet du département de Seine et Oise. Il y fut fort actif.[95]
Nous avons la chance d'avoir des documents qui permettent de comprendre l'organisation qui se met alors en place dans la Loge namuroise : il s'agit d'une part du dossier de la « Bonne Amitié » qui se trouve à la BnF (FM2 556), et d'autre part du « Livre d'Or » de la loge qui démarre en 1809.
Ce précieux Livre débute par la retranscription de la Patente accordée par la Grande Loge d'Écosse en 1770 (troisième transcription connue, l'original étant perdu ), elle est en latin, tout comme celle de la loge amsterdamoise également créée par la Grande Loge d'Écosse, Concordia Vincit Animos.[96] Notons que la plus vieille copie connue de cette patente en latin est celle recopiée dans le Commonplace Book du capitaine Cunningham lui-même, daté de 1771, document conservé dans les archives de l’Université St Andrews en Écosse (Individual Manuscripts and Small Collections, msPN6245.D71).
Suit la nouvelle patente de la Grande Loge Provinciale des Pays-Bas autrichiens, et ensuite celle du Grand Orient de France, qui fut signée par Cambacéres et qui décida l’ « agrégation » de la loge au Grand Orient de France, sur base de la patente de la Grande Loge d’Écosse. Immédiatement après, nous trouvons l'étonnant Règlement de 505 articles, destiné à la loge symbolique. L'ensemble a été retranscrit par Charles-Henri Serome lui-même.
Les règlements, les tracés du secrétaire et les Livres d'Or du Chapitre Rose-Croix et du Grand et Sublime Chapitre de l'Intérieur du Temple ont été perdus. Par contre, une partie des minutes du « Comité Supérieur » se trouve dans les archives de la loge (1821 - 1864).
Il nous reste également quelques bribes reprises dans la « Circulaire et autres pièces émanées du Chef-d'Ord∴ du rite Écoss∴ dit primitif pour les Pays-Bas », datées de 1818.
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Première page de la demande d'affiliation de la loge au Grand Orient de France. Elle fait référence, tant à la Grande Loge provinciale du marquis de Gage, qu'à la "Grande et Mère Loge d'Écosse à Édimbourg". Celle-ci sera acceptée sur base de la charte délivrée par cette dernière en février 1770. BnF, FM2-556-Namur [97]
« À l'Or∴ de Namur le 5ème jour de la 3ème semaine du 6è mois de l'année mac∴ 5808, 24 juin 1808 S∴ Vulg∴
Les Frères de la Loge de St∴ Jean, sous le titre distinctif de la Bonne Amitié à l'Orient de Namur.
Aux T∴ T∴ C∴ C∴ T∴ V∴ V∴ T∴ H∴ H∴ T∴ E∴ E∴ T∴ S∴ S∴ T∴ I∴ I∴ et T∴ P∴ P∴ F∴ F∴ Grand-Maître, 1er et 2d Surveillants, officiers dignitaires & membres composants le Grand Orient de l'Empire Français.
Salut, Joye & Prospérité.
Gémissant depuis longtems dans une certaine obscurité occasionnée par l'impossibilité de continuer nos travaux dans les circonstances du tems, privés d'un autre côté, par la mort du T∴ I∴ F∴ Marquis de Gages, Grand-Maître Provincial des Loges des Pays-Bas autrichiens, dont nous faisions partie, d'une correspondance utile et toujours nécessaire, et ayant aujourd'hui réactivé nos travaux, nous nous adressons à Votre illustre Orient, pour le prier de vouloir nous y affilier.
Persuadés qu'il ne peut partir de vos foyers que des rayons bienfaisants, nous vous supplions de nous en communiquer des reflets, quelques minces qu'ils puissent être ; la correspondance que vous nous accorderez, sera toujours un de nos plaisirs les plus exquis, surtout qu'il nous est impossible de l'entretenir avec la Grande Loge d'Écosse, à Édimbourg, de laquelle nous tenions notre Constitution sous le titre de la Parfaite Union, qui fut converti, lors de notre affiliation à la susdite Loge Provinciale, en celui de Bonne Amitié, sous lequel nous travaillons à présent, témoin les lettres de Constitution de la Grande Loge d'Écosse, en copie authentique ci-jointe.
A l'appui de ces titres, fort d'ailleurs de la régularité de nos travaux qui furent toujours couverts de l'applaudissement général des Loges de la Correspondance, nous espérons que vous daignerez favorablement accueillir notre requête, et sceller de votre approbation les statuts particuliers de notre Loge que nous vous soumettons.
Puisse le jour où vous exaucerez nos vœux, être d'un heureux présage, puisse le Grand Architecte de l'Univers favoriser nos démarches, couronner nos entreprises, bénir enfin les travaux qui sortiront de vos mains, et ajouter, s'il est possible, un nouvel éclat à la Lumière qui naît toujours de votre réunion.
Nous avons le précieux avantage d'être par les nombres Mystiques, et les honneurs qui vous sont dus,
T∴T∴ C∴ C∴ T∴ V∴ V∴ T∴ H∴ H∴ T∴ E∴ E∴ T∴ S∴ S∴ T∴ I∴ I∴ et T∴ P∴ P∴ F∴ F∴ [98]
Vos très humbles, très obéissants et zélés frères
Le Maître en chaire et 1et et 2d Surv∴ de la Loge de la Bonne Amitié à l'Or∴ de Namur.
C. Serome, Mtre en Chaire, Commandeur de l'Intérieur
J. Walter, 1er Surv, Chevalier de l'Intérieur
Darrigade, 2ème Surv, Chevalier de l'Intérieur »
Cette demande d'affiliation de la loge namuroise « La Bonne Amitié » est envoyée à Paris le 24 juin 1808. Écrite sur du papier à en-tête utilisé par la loge au XVIIIe siècle, elle est signée par les trois lumières de la loge qui utilisent leurs titres de la « Stricte Observance », bien que le système utilisé apparaît hétérodoxe.
Le même courrier est directement adressé à Cambacérès, archichancelier.
La demande d’affiliation, était complétée par une copie de la patente latine délivrée par la Grande Loge d'Écosse.
À cela s’ajoute l’ancien Règlement portant le titre de
« Statuts et réglemens particuliers de la Loge de St Jean, sous le titre distinctif de la Bonne Amitié à l'orient de Namur : du Souverain Chapitre et du maître », sous l’autorité de la Grande Loge (termes repris par ce règlement : il s’agit donc de la Grande Loge provinciale des Pays-Bas autrichien).
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Début de la charte (copie) où le nom de Cunnigham est cité en premier. Suivront plus bas, les noms des constituants. BnF FM2-556-Namur
La réponse du GOdF est positive :
« N° 5806. Reconstitution Pour la R∴ L∴ de la Bonne Amitié à l’O∴ de Namur.
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers sous les auspices du Grand Maître.
Le Grand Orient de France à tous les Maçons Réguliers
Union, Force, Salut.
Sur le demande présentée le dix huitième jour du cinquième mois de l’an de la vraie Lumière cinq mille huit cent huit (i8 Jr 1808, ere V) par les frères composant la Loge de la Bonne Amitié à L’orient de Namur, à l’effet d’obtenir l’aggregation et une Reconstitition pour leur loge, sous ledit titre, vu la décision de la G∴ L∴ simbolique Générale du sixieme Jour du dixieme mois de ladite année.
Nous avons aggrégé et aggregeons, à perpétuité, par ces présentes à L’orient de Namur (Sambre et Meuse) une Loge de Saint Jean sous le titre distinctif de la Bonne Amitié. L’autorisation pour continuer à se livrer aux travaux d l’art mçonque à la charge par elle de se conformer exactement aux statuts et réglemens faits et à faire à notre Grand Orient et être inscrite sur le tableau des Loges régulières de France avec rang du vingt quatrieme jour du quatrieme mois de l’an de la vraie Lumière cinqu mil huit cent huit, époque de la demande en aggrégation, appuyée de la copie collationée de ses lettres de Constitution expédiée à Edinbourg les nones de fevr 1770 de l’Ere chne en foi de quoi lui avons délivré ces présentes qui ont été expédiées au Grand Orient de France, scellées et timbrées des sceau et timbre de l’Ordre, signées de Nous et contresignées par notre Secrétaire Général le dix neuvieme jour du dixieme mois de l’an de la vraie Lumière cinq mille huit cent huit. Signé Cambacerès Gd, Roettiers de Montaleau R. P. du G Mt. Grande Loge Simbolique Gle. signés Kienlin, G. Petitbon, Milliet Gtilliere, trivaux, Hauger père, Mabille, Delaunay.
Timbré et scellé par Nous Garde des sceaux et timbres du Grand Orient en sa Grande Loge simbolique Gle. Signé Fustier-D’Ot. Au côté gauche était, enregistré en la Gde L∴ simbolique Gle, à la date du 20e jour du 10e mois de l’an de la Vraie Lumière cinq mil huit cent huit signé Herbert. Grande Loge d’administion Gle. signés Houssement, Mercadier, Thiébault, Lafon, Jaquotot, Frevilliers, Villette, Gaume, honre.
Vu par Nous trésorier du G∴ Or∴ de France signé de Baurepaire, timbré et scellé du Grand sceau, par Nous Garde des sceaux et timbré du G Or∴ signé Dubin. Par mandement du G∴ Or∴ de France, signé G de Beaumont Secrétaire Gal∴, et au bas, registré sur le registre des expéditions du Grand Or∴ de France en la Grande L∴ d’administration n° 5806, Grand Chap∴ Général, signé Haquet, président, Letricheux, Foraise, Faivre, Coquart, Ch. G. Peschier, Gaillard-Laferrière, timbré et scellé par nous Garde des sceaux et timbré du Grand Or, en son Gr∴ Chap∴ Géal signé. Au côté droit, enregistré au Grand Chap ∴ Général à la date du 21e jour du dixième mois de l’an de la Vraie Lumière cinq mil huit cent huit. Signé Thory ».[99]
Ceci signifie aussi que le Grand Orient de France reconnaît : 1. comme authentique la charte latine de constitution de la Loge par la Grande Loge d’Écosse. 2. que le loge actuelle est bien celle issue de cette patente, (elle ne doit donc pas être installée comme une nouvelle loge : cf La Concorde de Mons qui est installée comme nouvelle loge). Cette situation est similaire à celle rencontrée, par exemple, pour les Vrais Amis de l’Union à Bruxelles ou pour les Trois Niveaux à Ostende, également reconstituées sur base de leur patentes anciennes.
Reconstitution de la loge namuroise au Grand Orient de France, première page - 1808.
Livre d'Or, archives de la Loge.
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Les rapports entre la maçonnerie namuroise et l’Église
Ils n’étaient pas mauvais, du moins avec les responsables ecclésiastiques officiels.
Durant l’Ancien Régime, même si les franc-maçons namurois avaient une tendance anti-cléricale surtout dans le sens anti-ultramontaine, ils n’en étaient pas moins catholiques pour les « permanents » ou protestants pour les membres attachés aux régiments des Provinces Unies qui occupaient la citadelle de Namur. Dans la mesure où les condamnations papales contre la franc-maçonnerie n’avaient pas cours chez nous, les relations étaient généralement bonnes, d’ailleurs de nombreux ecclésiastiques fréquentaient les loges, en ce compris Namur. Le Concordat de 1801 va changer cela, puisque les décisions papales en matière de doctrine s’appliquèrent dès lors quasi d’office, nonobstant les articles organiques qui accompagnent le Concordat et qui modèrent cela. Les tensions entre la Franc-maçonnerie et l’Église vont croître progressivement, pour devenir franche en 1837 avec la prise de position officielle des évêques belges. Les ecclésiastiques vont quitter les loges dès la période française.
Revenons au concordat de 1801. Il ne fut pas bien perçu dans le diocèse de Namur lors de sa mise en application. Suite à l’arrêté de préfecture en juillet 1802, sous l’autorité du préfèt Pérès de Lagesse, établissant l’obligation de signer la soumission au concordat, 311 prêtres s’y refusèrent. S’en suivi une répression, des emprisonnements, des exils. L’agitation monta. Le mécontentement persista durant toute la période française.[100] Corneil Stevens, vicaire capitulaire très apprécié, poursuivi mais jamais arrêté, était l’âme de la rébellion. En effet, comme le siège épiscopal avait été laissé vacant suite au décès de l’évêque de Lichtervelde, de 1796 à 1802, il en avait assuré la fonction à la satisfaction de ses administrés. Ensuite, réfractaire à la soumission, il avait pris « le maquis » !
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Allégorie du Concordat. Peint en 1802 par le namurois Pierre Joseph Célestin François (Namur 1759 –Bruxelles 1851). Musées de France (Malmaison). Image wikicommon.
C’est dans ce cadre , qu’il faut replacer cette histoire notamment sous la plume de Clement et de Lauzac de Laborie dans une version légèrement différente. Cela se passait en 1808, au moment de l’agrégation de la loge au GOdF. Voici la première relation de cet incident qui se trouve dans la notice nécrologique concernant Joseph Walter de 1846 (probablement la source de Clement) :
« Un prêtre du diocèse de Namur avait prêché en chaire contre la maç∴ et ses adeptes. Le F∴ Walter en fut informé. Il alla aussitôt trouver l’évêque Pisani de la Gaude qui était homme d’esprit et fort éclairé. Il plaida avec chaleur la cause dans laquelle il était partie intéressée ; l’évêque fut aisément convaincu de la justesse de la réclamation et il censura sévèrement le fanatique desservant qui s’était permis de calomnier une institution dont les préceptes étaient si avouables. Mais le F∴ Walter ne se contenta pas de cette punition indirecte : l’injure avait été publique, il voulut que la rétractation le soit aussi. Il retourna chez l’évêque et fut tellement entraînant, tellement persuasif que le prélat se rendit à cet accent de vérité, à cette effusion du cœur qui débordait chez le F∴ Walter. Le desservant reçut l’ordre de faire amende honorable en présence de ses paroissiens et il dut s’exécuter ».[101]
Selon Lanzac, l’histoire est un peu différente : « vers la fin 1808, le curé de la cathédrale avait jugé à propos de lire au prône une bulle de Benoît XIV contre la franc-maçonnerie », c’est Emmanuel Pérès de Lagesse [102], alors préfet du département de Sambre et Meuse « qui eut l’audace d’exiger, et l’évêque Pisani de Gaude la faiblesse de permettre que le curé remontât en chaire un des dimanches suivants pour faire une rétractation, c’est-à-dire sans doute pour critiquer le document pontifical ».[103]
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Gisant de l'évêque Pisani de la Gaude. Cathédrale de Namur. Image wikicommon.
On peut penser que Joseph Walter, qui était depuis 1806 secrétaire du Conseil général du Département de Sambre et Meuse, s’adressa au préfet Emmanuel Pérès, dont les positions anti-cléricales étaient connues, pour faire taire cette voix désagréable, qui se plaçait dans la ligne « Stevens » et qu’ils s’entendirent.
Cependant, il ne faut voir, dans cet incident, que l’expression de la volonté de paix entre les différents éléments de la société de cette époque, que mettait en danger le schisme de l’abbé Corneille Stevens, et ses disciples, nombreux en province de Namur, dont le commun dénominateur était leur refus du concordat. Car la recherche d’un apaisement civil était bien le but du concordat, 7 ans plus tôt, qui réintégrait les prêtres réfractaires dans leur ministère sous la condition de paix sociale et du respect de l’État. Il y avait encore un serment à prêter, de type administratif, très différent du serment précédent qu’on avait appelé le ‘serment de la haine’. Même si les couteaux ne furent jamais rengainés, en ce qui concernait la maçonnerie, cette paix de façade dura, en Belgique, jusqu’en 1837, date où l’archevêque Sterckx de Malines, avec les autres évêques, sortit sa lettre pastorale condamnant fermement la franc-maçonnerie.
Une histoire très semblable à celle-ci est rapportée pour Verviers en 1810. Là aussi le curé ira de diatribes en diatribes contre la franc-maçonnerie en chaire de vérité. Le président de la loge locale, Les Philadelphes, s’adressa au préfet du département de l’Ourthe, également franc-maçon, qui s’adressa à l’évêque de Liège. Sans succès. Il faudra que le ministre des cultes (à Paris) s’en mêla pour que le curé cessa son tapage anti-maçonnique.[104]
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* Corneille Stevens (1747-1828), né à Wavre, fut un insermenté (réfractaire) actif et tenace, pamphlétaire de qualité, prenant contact avec les prêtres pour les empêcher de prêter le serment constitutionnel ; ensuite il devint le chef de file des adversaires du concordat. Lors du décès d’Albert-Louis de Lichtervelde en 1798, évêque de Namur, suivi par celui de son vicaire capitulaire, le chapitre-cathédrale ne put proposer un successeur. Le pape Pie VI demanda à l’archevêque de Malines, le cardinal de Frankenberg, lui-même exilé depuis 1797, de désigner celui-ci. Son choix se porta sur son ami l’abbé Stevens qui se fit appeler depuis le grand-vicaire de l’évêché de Namur. Stevens provoqua un schisme dans l’église namuroise au moment du concordat, et l’évêque concordataire de Namur, Joseph Pisani de la Gaude, fut précisément désigné en 1804 pour essayer de résoudre cela, avec un succès partiel. Stevens fut un des fondateurs de la « Petite-Église » qui subsiste encore en France.
Plusieurs mandats d’arrêt furent lancés contre lui, mais il ne fut jamais pris, bien protégé, semble-t-il, par une population qui le respectait. Il a vécu une grande partie de la période française en clandestinité. L’évêque Pisani se réconcilia avec lui au début de la période hollandaise, il fallait faire front contre un nouvel « ennemi ».
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Restaurant Le Temps des Cerises. Rue des Brasseurs. Avec l'aimable autorisation du "Temps des Cerises".
Lieu de réunion
Durant la période française, la loge La Bonne Amitié se réunissait dans un premier temps chez Louis Walter (cf l’extrait du discours funèbre repris ci-dessus), qui est le frère de Joseph Walter, ou éventuellement chez d’autres membres de la loge.
Ce n’est qu’ensuite que la Loge eut un local propre, et ce dès le 15 août 1808.[105]
Mais où le local maçonnique se situait-il exactement ?
C’est une véritable enquête policière à laquelle je vous convie.
Pour le contrat de renouvellement de 9 ans de la location passée le 15 avril 1817 et prenant cours le 24 juin suivant (solstice d’été), nous savons que le local maçonnique se trouvait : « dans un quartier de maison en la rue des Brasseurs, formant le derrière de la maison qui est occupée par le Sieur Vanesse, caffetier ». Le début de la location, sur une base de 9 ans, se situerait donc en 1808, ce que confirme Clement, voir référence précédente.
Extrait du contrat entre André Ackerman et la loge de Namur: poursuite de la location sur une durée de 9 ans; début de la nouvelle période, le 24 juin 1817 (solstice d'été). Archives de Moscou, CEDOM (Bruxelles).
1ère étape, où se trouve le café du sieur Van(n)esse ?
Nous savons qu’il se trouve sur la « Grande Place » (ou Marché Saint-Remy ou place Saint-Remy), aujourd’hui disparue suite au bombardement de Namur de 1914 par les troupes allemandes.
Par exemple, un rapport de police du 12 frimaire an 14è (3 décembre 1805) nous apprend ceci : « Nous, commissaire de police de la ville de Namur, rapportons que dans notre tournée d’inspection de la ville, dans la nuit du jour d’hier onze à ce jour douze frimaire présent, nous aurions, vers l’heure neuf heures trois-quarts du soir, trouvé la porte de la maison et cabaret du nommé Vannesse, demeurant Grande place, grande ouverte et ce en contravention à l’arrêté du maire concernant la fermeture des portes des habitations et allées de la ville ». Nous connaissons aussi le nom de ce cabaret : « dans le cabaret du nommé Vannesse à l’enseigne des quatre fils Aimond, » (sic ).[106] Cependant on trouve également un Van Esse pour le Café du Commerce, Grande Place (Guide de 1858).
Notons que, lors de la reconstruction du quartier suite au bombardement et incendies de 1914 avec réaffectation des espaces au sol (cf la figure superposant l'ancien plan et l'actuel, ci-dessous), -cela se fit dans les années 1920-, on construisit un hôtel à l'angle de la rue de Marchovelette (au n°39) et de la rue du Bailly, à l'enseigne "Hôtel des IV fils Aymond". Est-ce la continuation de l'établissement dont question, déplacé au bout de l'ancienne Grande Place devenue rue de Marchovelette. Certainement, mais ce déplacement devait être déjà ancien puisque sur le plan de la ville de 1863, l'espace délimité par la taverne de Vanesse et son extension occupée par la loge était devenu l'hôtel de l'Industrie. En effet, dans une publicité, l'hôtel des quatre fils Aymond indique "fondé en 1742".[107] Aujourd'hui l'hôtel n'existe plus, mais le bâtiment reconstruit lui, est toujours là.
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CP. Vue de l'ancienne Grand'Place en 1908, vers la rue de l'Ange. À l'extrême droite, un bout de l'ancien hôtel de ville. Un peu en avant, avec ses deux 'tourelles' était l'emplacement de l'ancien casino de Namur. Ce qu'on voit a été détruit en 1914. Il s'agit de l'emplacement où le sieur Vanesse tenait sa taverne au début du XIXe siècle. À l'époque de la photo, l'enseigne est devenue un magasin de mode "À la ville de Paris" (Achille Salmon-Charue), entre l'imprimerie Woitrin, à gauche de la photo, et la taverne Saint-Jean, à droite. L'enseigne "À la ville de Paris" avait été créée en 1880 à la rue de L'Ange, pour déménager ici, puis se retrouver sur la nouvelle place d'Armes lors de la reconstruction du quartier, de même que la taverne Saint-Jean.
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CP. Vue de l'ancienne Grand'Place, même époque, vers rue Bas de la place. À droite, on voit le départ de la rue du Pont et à gauche l'hôtel de ville détruit en 1914. Rien n'y a été reconstruit, actuellement c'est la "Place d'armes".
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La devanture du magasin, de style "Art Nouveau", de Salmon-Charue (anciennement la taverne de Vanesse, puis l'hôtel de l'Industrie), a été refaite autour des années 1900 par Paul Hankar et/ou son équipe, selon Claire Dumortier. Tiré de son article [108], qui reprend l'illustration de R. Dejollier.
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Plan de la ville de Namur de 1863. Délimitation de l'hôtel de l'Industrie, qui correspond aux anciennes possessions d'André Ackerman dans cet îlot d'immeubles.[109]
Nous savons donc avec certitude que le local maçonnique se trouvait dans le quartier délimité par les rues (est-ouest) du Pont et du Bailly et les rues (actuelles, nord-sud) de Marchovelette et des Brasseurs, donnant sur cette dernière.
La loge quittera cet espace, cependant étriqué et mal aéré selon les témoignages, après une occupation d'une trentaine d'année, pour le local de la loge militaire -époque belge- dont la vie sera assez brève (~20 ans), appartenant à l’armée (peut-être l'ancien temple protestant qui s'y trouvait, qui existait toujours mais réaffecté). En quittant ce dernier havre qu'elle occupa durant environ 25 ans, elle se retrouva en 1858 dans un bouge, également attenant à un cabaret, toujours à la rue des Brasseurs, peu conforme à sa vocation.[110] Ceci a été relaté ici.
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Plan Debarsy et Leroy ~ 1840. Les numéros de police selon AM. Goffin ont été rajoutés pour les maisons bordant la Grande Place.
Mais où se situait le cabaret Les quatre fils Aymond ? Par un très gros travail, AM. Goffin, sur base de numéros de police appliqués au plan de la ville dressé par Debarsy et Leroy vers ~1840, a recherché les actes passés sur chacune des maisons de Namur de cette époque.[111] La numérotation part du coin entre la Grande Place avec la rue du Pont (471), qui débute pour la Place par le numéro 472 et se termine par le numéro 487 au coin de la rue du Bailly. La numérotation est régulière. Dans cet espace, Akerman-père possède deux maisons, les numéros 474 et 477. Goffin (déjà cit.) nous montre des actes passés dès 1795 pour ces deux maisons, donc la temporalité est correcte.
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Autre vue. En reprenant la carte et les numéros (369, 370, 1239 et 1236) des maisons appartenant à Ackerman, selon F. Jacques [112], nous constatons qu'entre les numéros 369 et 370 de la rue des Brasseurs, il y a un espace où les maisons qui s'y trouvent font partie des maisons situées sur la place Saint-Remy (Grande Place), sous la réserve que c'est un plan reconstitué de 1784 à partir du plan Denis de 1810-12.
Mais qu’en est-il vers 1810 ? Un autre important travail, réalisé par F. Jacques, sur base du plan de la ville dressé par Denis (moins précis) entre 1810 et 1812, réalise une approche très similaire.[112] Bien que les numérotations ne sont pas les mêmes, elles suivent un rythme identique. Ici les habitations appartenant à Akerman-père portent les numéros 1236 et 1239. Ils correspondent parfaitement à ceux déjà proposés : 1236=474 et 1239=477.
Lorsqu’on compare les plans de ~1810 et ~1840, on voit que les maisons bordant la rue du Pont ont été réaménagées, sur une profondeur englobant les biens 471 à 474, et notamment la partie rue des Brasseurs pour le 1236/474. Cela nous permet de nous concentrer sur le n°1239/477.
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Autre vue. Archives de l'État numérisées. Cadastre de Namur, section C, Namur sud, 1830-1833.
Penchons nous sur le plan de 1830-1833 qui se trouve aux Archives de l’État de Namur. La numérotation des maisons est différente de celle retenue par AM. Goffin, elle courre de 842 à 857. On voit que les unités entre les deux plans sont les mêmes, ce qui fait que le n°1239/477 = 847.
À partir de là, cela devient facile. Le 1239/847 se prolonge sur la rue des Brasseurs par un quadrilatère, de taille certes encore modeste, mais néanmoins assez vaste pour accueillir un 'local' maçonnique d’une cinquantaine de membres. C’est le seul espace de cette taille dans le quartier.
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Vers 1890. Le bâtiment où se trouvait durant le premier tiers du XIXe siècle la loge namuroise avec une façade mosane typique. Extrait d'une photo de la collection "Adolphe Dupont, Panorama de Namur, c.1890, tirage contemporain à partir d'une plaque de verre. Collection Archives photographiques en Namurois, asbl". Musée Rops.
Nous savons donc où se trouve le temple maçonnique au temps des Français, des Hollandais et du début de la Belgique. On peut imaginer: un bâtiment à deux plateaux: le rez-de-chaussé pour l'entrée et les banquets, l'étage pour le temple. La cuisine est tenue par Vanesse, cabaretier. En somme, une organisation très banale.
Notons que sur le plan « Jacques », cette partie donnant sur la rue des Brasseurs ne porte pas de numéro, les immeubles font partie de leur correspondant sur la Grande Place, alors que sur le plan des Archives de l’État, quelques années plus tard, le quadrilatère a été individualisé sous le numéro 836, contrairement à ses voisines.
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Superposition du plan AEN-1830 et celui, actuel, proposé par [113]
Mais où se situe ce local dans l’actuelle rue des Brasseurs, le quartier ayant été très largement reconstruit à partir de 1920 sur base d’une occupation au sol modifiée. Cette occupation rencontrait cependant, dans la mesure du possible, le souhait des propriétaires, réunis en association. Chacuns voulaient obtenir un lot compensatoire correspondant grosso modo en superficie à ce qu'ils possédaient, selon un plan de lotissement qu'ils avaient proposé, évitant ainsi l'expropriation et la vente aux enchères. Les Autorités communales acceptèrent. On en a profité pour rectifier le tracé de la Grand Place qui devient pour cette portion la rue de Marchovelette, et pour élargir la rue des Brasseurs en reculant les façades jusqu’au moins au niveau du retrait que l’on peut constater sur les vieux plans et où se trouvait l’ancien local de la loge, de même pour la rue du Pont.[113]
Une superposition du plan de 1830-3 et d’un plan actuel (ref. précédente) montre que le restaurant Le Temps des Cerises occupe la partie ouest de ce quadrilatère (836), et que si l’orientation du temple maçonnique est d’est en ouest, alors ce restaurant en formerait surtout le parvis.
Vue de la rue des Brasseurs vers la rue du Pont, ~ 1900. Au fond la maison Eugénie Wasseige (qui existe toujours). On y voit le retrait en regard du bâtiment où se trouvait la loge et l'étroitesse de la rue sur sa sortie rue du Pont. Tiré de [113]
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Début de la rue des Brasseurs depuis la rue du Pont. Le restaurant Le temps des Cerises se trouve au numéro 22. Extrait tiré de [113]
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La vie de la Loge
Nous ne pouvons qu’imaginer. Par beaucoup de côté, la loge La Bonne Amitié continue sur sa lancée d’Ancien Régime. Elle est construite de façon relativement pyramidale, même si l’esprit égalitaire (républicain) se doit d’être respecté. Au sommet, son Ordre Intérieur de type Stricte Observance, accompagné de grades préparatoires. Autre niveau important, le chapitre Rose-Croix, seul reconnu par les obédiences successives (Grande Loge provinciale et Grand Orient de France) et les multiples grades qui lui sont classiquement rattachés durant l’Ancien Régime. Enfin 3+1 grades symboliques dont l’origine est écossaise malgré de multiples défigurations. La majorité des rituels de 1812 nous sont parvenus. L’ancien (BnF) et le nouveau (Livre d’or, archives de la loge) règlement montrent que ces différents étages étaient intégrés dans la loge qui existait comme un tout.
Sur le plan « sociologique », mais aussi familialement, elle continue sur la lancée de ce qui existait durant l’Ancien Régime avec des apports propres au nouveau Régime: familles de souche française, familles ayant pris l’ascenseur révolutionnaire. C’est une loge dont les membres sont aisés, sinon fortunés. N’oublions pas qu’à cette époque, l’acceptation d’un nouveau membre se faisait à l’unanimité par vote secret, ce qui favorise une certaine « endogamie » familiale, sociale et de conviction.
Déjà la loge comportait, sous l'Ancien Régime, des membres « Joséphistes » avérés. Celle-ci, dans son ensemble (ou quasi) va poursuive sur cette lancée spécifique et devenir des soutiens francs du nouveau Régime, par conviction et/ou par opportunisme et/ou pour accroissement de la fortune. De fortes personnalités qui ne se sont pas cachées, car de 1789 à 1792, il ne faisait pas bon être Joséphiste, et sous le régime français, du moins jusqu’en 1799, c’était encore plus violent et dangereux de se mettre en avant.
La loge comptait peu de membres (~30-40), par rapport aux « grosses mécaniques » bruxelloises où, pour Les Vrais Amis de l'Union ou pour Les Amis Philanthropes, les membres se comptent par centaine.
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La seconde santé d'obligation est celle des deux Grands Orients de France et d'Écosse. Règlement de 1809. Livre d'Or. archives de la Loge.
À partir de là on peut imaginer la vie en loge namuroise[114] : de multiples cérémonies d’initiation, à cette époque toujours individuelles, et d’avancement de grades devaient occuper la toute grande majorité des réunions à caractère ésotérique (les « tenues »). N’oublions pas que le niveau moyen de compréhension ésotérique et symbolique de ces cérémonies, pas encore très éloignées de leur création, est « infiniment » meilleur que ce qu’on peut constater aujourd’hui. Ce qui veut dire que les jugements à l’emporte pièce que l’on peut lire de-ci delà sur « comme ce devait être ennuyeux, sans intérêt à cette époque », est le fait d’ignorants. Parfois un morceau d’éloquence de l’orateur, c’était dans la tradition, comme on peut le voir avec le tracé de la fête donnée pour la naissance de l’aiglon [115] (et pour l’Ancien Régime, un discours de Lamquet nous est parvenu).
Comme aujourd’hui, nous pouvons penser que le chapitre Rose-Croix se réunissait parcimonieusement, soit pour des élévations de grades intermédiaires, uniquement selon les besoins de candidats peu nombreux à l’époque, et surtout une fois l’an pour sa fête annuelle, celle de la Rose-Croix (22è), peut-être déjà le jeudi saint.[116] Il n’y avait pas de césure, comme au Rite Écossais Ancien Accepté (REAA) français, entre une loge de perfection (inconnu chez nous, encore aujourd'hui: ce n'est pas la tradition) et le chapitre Rose-Croix. Pour ce qui concerne les grades de la Haute Science (23-29), cela devait se concentrer sur le 26è grade pour ceux voulant accéder à l’Ordre Intérieur et sur le 29e grade, le plus vieux grade templier connu à ce jour. Pour l’Ordre Intérieur, il en allait de même : parfois des réunions. L’important, c’est la structuration, unique dans les départements belges, que ceci donnait à l’ensemble, et on voit bien que lors de crises de la loge (Ancien Régime-Nouveau Régime ; Hollande-Belgique), c’est l’Ordre Intérieur, les anciens, qui maintient un semblant de vie à la loge jusqu’à ce que nouvelles forces insufflent une nouvelle dynamique.
Les « affaires de famille », comme on dit aujourd’hui, étaient certainement présentes : par exemple l’acceptation d’un profane se réalisait à l’unanimité, et nécessitait parfois plusieurs votes pour atteindre le consensus. On ne parlait ni de politique, ni de religion, c’était, en soi interdit, mais surtout ce comportement était souhaité : un havre de paix où ces questions étaient oh combien brûlantes à cette époque dès les portes du temple franchies vers l'extérieur. Les membres devaient apprécier ces moments au calme où l’on pouvait se rencontrer sans arrière pensée. C’est bien dans l’esprit de l’ancienne devise de la loge : « Amicitia Pares invenit aut facit » (L’Amitié invente et réalise l’Égalité).
Le règlement de 1809 nous apprend l’existence d’un « Comité supérieur » qui réunit les forces vives des trois pôles : loge symbolique, Rose-Croix et Ordre Intérieur. Dans les archives de la loge se trouve encore un cahier de tracés de ce Comité qui couvre les années 1821 à 1864. L’examen de ceux-ci montre que le Comité supérieur s’occupait surtout de la gestion « profane » : gestion financière, location, entretien, coûts de fonctionnement, du matériel, etc.
À cette époque, la loge de Namur, comme les autres, était obstinément discrète, n’extériorisait pas. D’ailleurs son but n’était pas là. Elle recherchait la fraternité et l’entraide entre ses membres, ce qui, dans ces temps troublés avaient tout son sens. Les visites aux frères malades, les naissances, mariages, les décès soulevaient l’intérêt et l’action des membres, en somme l’élévation morale de chacun, et pas seulement à travers les grades, tout cela sous un vocable générique, incantatoire, d’amélioration de l’humanité. D’autre part, la plupart de ses membres sont des personnes réellement engagées à des hauts niveaux de responsabilité dans la société namuroise ou plus largement, et pour l’époque, c’était manifestement signifiant.
Ensuite venaient les banquets, partie essentielle diront certains, de la vie maçonnique. Le nombre de barriques de vin éclusées était manifestement important (on en a une petite idée lors de certains achats dont nous avons connaissance). L’interdiction de discussions politiques ou religieuses s’étendait-elle à ces moments conviviaux ? Sans doute non, mais une réserve de bon aloi devait y être observé. (Plus près de nous, lorsque François Bovesse dansait et chantait le temps des cerises sur les tables du banquet de la loge namuroise dont il était membre, -les anciens, aujourd'hui tous disparus, qui avaient connu cela nous le racontaient, nous les jeunes d'il y a ~ 45-50 ans-, ce n'est pas pour autant qu'il était en campagne électorale, évidemment non, c'étaient des moments de liberté, de détente et de plaisir.)
Et n’oublions pas une dernière partie qui a toujours été une facette importante de la vie maçonnique namuroise au XIXe siècle : la bienfaisance. Celle-ci atteindra des sommets à l’époque de Proudhon et les quelques années qui suivirent.[117] Mais on en a un exemple avec la fête (6 mai 1812) pour la naissance de l’Aiglon : 900 fr pour les « indigens » tirés directement du fonds de la loge augmenté du ‘tronc des pauvres’ (on ne disait pas à cette époque, « tronc de la veuve »), somme respectable à ce moment pour une petite loge.
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Que la loge de Namur se réunisse dans l'arrière cour d'une taverne (cabaret) n'est que suivre la tradition de l'époque. La première loge connue se réunissait à Londres dans la "Taverne de l'Oie et du Grill" (Goose and Gridiron), ou en France au "Louis d'Argent et chez "Debure" à Paris, etc. Image wikicommon.
Pour se donner une comparaison, les revenus annuels indiqués sur la liste des Grands Notables à Namur, se situent entre 600 fr et 50 000 fr de l’époque pour le plus riche. Cependant quelle est la réalité derrière cela ? Pour des membres de la loge, ce qui est indiqué : Pierre Baudoin de Gaiffier montre un revenu du 26 000 fr, Léopold de Labeville, un revenu de 17 000 fr. Corneille Bauchau se situe dans une bonne moyenne avec 8 000 fr. Louis Dewez, sous-préfet de Saint-Hubert, dispose d’un revenu de 1 600 fr, tandis que Jean-Joseph Lambiotte, percepteur fiscal à Barvaux, un revenu de 2 000 fr.[118] Napoléon, pour la naissance de son fils, l’aiglon, donna 11 000 francs au département de Sambre et Meuse pour l’organisation de réjouissances. La rémunération d’un ouvrier de forges, ou de fonderies fer/laiton, ou de coutellerie est de 1 fr par jour, les gages d’une fille de service à la campagne sont de 50 fr avec la nourriture, la passe avec une fille publique 50 centimes*, le peket (genièvre) 45 centimes le litre, la bière 8 centime le litre, le double dans un cabaret.[119][119]
*N’oublions pas que la loge se réunissait en quelque sorte dans l’arrière boutique d’un cabaret. Or ces lieux, à cette époque à Namur (et Namur ne fait certainement pas exception), pouvaient être des lieux de racolage, comme le montre l'étude de Sarah Auspert [120].
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Sur la carte des lieux de prostitution à Namur pour cette époque, établie par Sarah Auspert [120], j'ai indiqué le lieu où se situerait la loge namuroise, rue des Brasseurs, depuis 1808 jusque ? environ 1840.
Conclusion
La très longue période non-obédiencielle de la loge La Bonne Amitié doit être regardée comme préparatoire à la courte période au sein du Grand Orient de France.
Car sinon, comment comprendre que cette loge, qui garde ses caractéristiques sociologiques, familiales et rituéliques d’Ancien Régime quasi intactes, entre dans l’Obédience presque instantanément comme une des loges les plus distinguées, les plus intégrées, les plus représentatives des loges de l’Empire des ci-devant départements belgiques.
Et donc ce n’est pas 22 ans de déshérence mais bien 22 ans d’observation et d’adaptation aux nouvelles règles qu’il faut considérer. Le pays avait changé brutalement, la loge, en s’adaptant, mais en voulant farouchement conserver ses caractéristiques, put continuer à servir sa région. Lors de la période suivante, hollandaise, sans doute la plus belle période de sa longue existence, tout ce qui fut acquis durant cette période-ci sera le socle de sa réussite de cette période-là, mais aussi de sa survie lors du passage difficile à la Belgique (en effet des anciens, apparus durant la période française et qui furent souvent critiques de la période hollandaise, ont été à la manœuvre du sauvetage de la loge en 1836).
Très sincèrement, en débutant l’étude de la période française pour la loge namuroise, il y a déjà plusieurs années, je ne m’attendais pas à cette conclusion, mais elle est évidente.
Pour terminer, un sourire. Le département de Sambre et Meuse est devenu, par son découpage, surtout une région rurale !
Les « cultivateurs » sont décrit ainsi par Jardrinet du Coudray que nous avions rencontré plus haut, nous sommes en 1801. Statistiques du Département : « Leur taille est avantageuse, leur tempérament robuste, leur nourriture saine : du pain de seigle ou d’épeautre, avec du beurre ou du fromage maigre qu’on fait dans le pays, quelque peu de viande salée, et beaucoup de légumes, surtout de pommes de terre, voilà leur subsistance ordinaire. Leur boisson est la bière, et l’eau-de-vie de grain appelée genièvre. Il serait à désirer qu’ils fissent moins usage de la seconde, et qu’ils corrigeassent, hommes et femmes, de l’habitude qu’ils ont contractée depuis une vingtaine d’années seulement, de boire du café plusieurs fois par jour. »[121]
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En Belgique, il ne reste quasi plus d'arbre de la liberté. Celui de Hyon (Mons, Hainaut) en est un authentique. C'est un magnifique tilleul planté à la fin du XVIIIe siècle. Image google-map.
Références
-
Fernand Clement. Contribution à l'Histoire de la RL « La Bonne Amitié » à l'Orient de Namur. Bulletin du GOB, 1924, p 185.
-
Jules Borgnet. Promenades dans Namur. Westmael-Legros, Namur, 1851-1859.
-
Marc Ronvaux. Une histoire du Namurois. Tome 3 : l’époque contemporaine. Éditions Martagon, 2016.
-
Collectif. Libre-sur-Sambre. Charleroi sous les révolutions 1789-1799. Crédit Communal, 1989.
-
Th Poodt. Albert-Louis Comte de Lichtervelde, l’Héroïque Évêque de Namur 1779-1796. Éditions Algo, Gand, sd.
-
Nicole Haesenne-Peremans. La pauvreté dans la région liégeoise à l’aube de la révolution industrielle. Un siècle de tensions sociales (1730-1830). Presses universitaires de Liège, 2020, pp 147-70. (source de l’image A.É.L., R.P., Verviers, 28-29.) https://books.openedition.org/pulg/6790
-
Collectif. Révolutions et mutations, 1789-1814. Vues et vécues par les notaires de nos régions. Exposition. Bibliothèque Moretus Plantin, Namur, 27 septembre-12 octobre 1989.
-
Idem, p 302.
-
Ronvaux. Op. Cit., p 12.
-
Henri Pirenne. Histoire de la Belgique. Tome 6, 1926. Réédition Renaissance du livre, tome 3, 1950.
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BnF. FM2-556-Namur (La Bonne Amitié).
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Notons que le fils Jean-François Chapelle sera membre affilié de la loge vers 1813, il était contrôleur des contributions à Luxembourg -tableau de 1818 et registre des noms-.
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Le tableau de la loge dit « tableau Cordier » est non daté, probablement copiant en partie celui de l’époque de Lamquet, alors président de la loge, soit les débuts de la loge à la Grande Loge provinciale, de 1777 à 1782. Il comporte 40 noms. En effet, les 20 premiers noms sont identiques, dans leur ordre et dans leur formulation au tableau de 1777 repris dans Duchaine (op. Cit.) qui ne comporte que 20 noms. Cordier a-t-il fait une compilation de deux tableaux ou plus ? Cela pourrait être le cas puisqu’on retrouve des noms nouveaux apparus sur le tableau de 1783 selon Duchaine. A Cordier. Histoire de l’Ordre Maçonnique en Belgique. Mons, 1854, p 390-1.
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Fernand Clement. Contribution à l'Histoire de la RL « La Bonne Amitié » à l'Orient de Namur. Bulletin du GOB, 1924, pp 170-1 & Cécile Douxchamps-Lefèvre et Georges Hansotte. Les grands notables du premiers empire, Sambre Meuse et Ourthe. n°22-23, Publication du CNRS, 1995.
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A Cordier. Histoire de l’Ordre Maçonnique en Belgique. Mons, 1854, p 390-1 (tableau-Cordier : c’est celui repris par Clement dans son histoire de la loge).
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Philippe Libert. Les Vrais Amis de l’Union et du Progrès réunis. Éditions du Grand Orient de Belgique, 2007, p 56.
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BnF. FM2-556-Namur (La Bonne Amitié).
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Dans les archives de Moscou, au GOdF à Paris, se trouvent les minutes de cette loge pour l’époque où l’on voit de Gavre très actif.
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Recueil des Circulaires, Instructions et autres Actes émanés du ministère de la Justice ou relatif à ce département. Selon les années. http://www.digithemis.be/index.php/ressources/legislation (vu le 15 mai 2024).
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Jacques Logie. Les magistrats des tribunaux du département de Sambre-et-Meuse : notices biographiques. In Annales de la Société archéologique de Namur, n°72, 1998.
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Cécile Douxchamps-Lefèvre. Notables namurois à la charnière des XVIIIe et XIXe siècle. In Histoire de Namur, nouveaux regards. Presses Universitaires de Namur, 2005.
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Cécile Douxchamps-Lefèvre et Georges Hansotte. Les grands notables du premiers empire, Sambre Meuse et Ourthe. n°22-23, Publication du CNRS, 1995.
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Commandant Parquin. Souvenirs et campagnes d’un vieux soldat de l’Empire. 2e édition, 1892, pp 140-1. (première édition 1843)
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Fernand Clement. Contribution à l'Histoire de la RL « La Bonne Amitié » à l'Orient de Namur. Bulletin du GOB, 1924, p 225.
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Jean Bossu. Maçons d'autrefois : le Frère Joliet et le Frère L'Étendard. Cahiers de Villard de Honnecourt, n°6, 2e série, 1983, p 191.
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Proces-Verbal de la cérémonie du sacre et du Couronnement de LLMM l'empereur Napoléon et de l’impératrice Joséphine. 1805, p 71 ; (Ackerman, p 109 ; Lambiotte, p 75)
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Cécile Douxchamps-Lefèvre. Notables namurois à la charnière des XVIIIe et XIXe siècle. In Histoire de Namur, nouveaux regards. Presses Universitaires de Namur, 2005, pp 205-220.
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Cécile Douxchamps-Levère. Jean-Baptiste Xavier Joseph Ghislain de Wasseige. Nouvelle biographie nationale, tome 3, Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, 1994, pp 347-50.
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Cédric Istasse. Un mois sous l'autorité provisoire de l'armée russe: le département de Sambre et Meuse en janvier-février 1814. In Namur de la conquête française à Waterloo (1792-1815). Les Amis de la Citadelle de Namur - Société royale Sambre et Meuse. 2015, pp 179-90.
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Cécile Douxchamps-Lefèvre et Georges Hansotte. Les grands notables du premiers empire, Sambre Meuse et Ourthe. N°22-23. Publication du CNRS, 1995.
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Recueil des Circulaires, Instructions et autres Actes émanés du ministère de la Justice ou relatif à ce département. Selon les années. http://www.digithemis.be/index.php/ressources/legislation (vu le 15 mai 2024).
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Cécile Douxchamps-Lefèvre. De Gaiffier, Pierre Joseph Baudoin. In Nouvelle Biographie Nationale, tome 3, Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, 1994, pp 104-7.
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Cécile Douxchamps-Lefèvre. Notables namurois à la charnière des XVIIIe et XIXe siècle. In Histoire de Namur, nouveaux regards. Presses Universitaires de Namur, 2005, pp 205-220.
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Fernand de Ryckman de Betz. Armorial général de la Noblesse belge. Éditions Dessain, Liège, 1957.
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J. Capelle. La famille de Gaiffier. Études d’histoire généalogique et sociale d’une famille namuroise. Annales de la Société Archélogique de Namur, n°26, 1906, pp 21-172.
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André Dulière. Les fantômes des rues de Namur. Imprimerie Vers L’Avenir, 1956, pp 143-8.
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Proces-Verbal de la cérémonie du sacre et du Couronnement de LLMM l'empereur Napoléon et de l’impératrice Joséphine. 1805, p 82.
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Une large notice, largement utilisée ici, sur cette personnalité peut être trouvée dans le livre consacré à cette famille réalisé par Hervé Douxchamps : La Famille Bauchau. Office Généalogique et Héraldique de Belgique, 2003.
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Proces-Verbal de la cérémonie du Sacre et du Couronnement de LLMM l'Empereur Napoléon et de l’Impératrice Joséphine. 1805, p 11.
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Philippe Lamarque. L’héraldique napoléonienne. Éditions du Gui. 1999.
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On peut s’en convaincre à la lecture du livre très dense consacré à la famille namuroise Douxchamps qui donna quantité de personnalités de robe à la ville durant l’Ancien Régime, mais aussi au nouveau Régime, et dont un membre fut fondateur de la loge d’Ancien Régime : Corneil-Joseph (il est cité dans la charte de la Grande Loge d’Écosse). On y voit défiler quasi toute la loge de cette époque, d’une manière ou d’une autre. Hervé Douxchamps. La Famille Douxchamps. UGA, 1973.
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Anne-Marie Bogaert-Damin. L’industrie du fer du XVIe siècle à 1815. Cacef et Duculot, 1977, p 43.
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José Douxchamps. Nos anciens Maîtres de Forges. Wépion, 2001.
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La loge compte une vingtaine de membres en 1808, une trentaine en 1809. Peut-être une cinquantaine en 1812. Ensuite viennent les deux années de chute, 1813 et surtout 1814 : la reprise est bonne puisque le tableau de 1818 montre 59 membres dont déjà 12 militaires d’active qui sont revenus dès la remilitarisation de la citadelle par le nouveau Royaume unis des Pays-Bas, mais seulement trente deux membres locaux cités (sans les militaires) dont 25 signent le renouvellement du bail en 1817.
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Cécile Douxchamps-Lefèvre et Georges Hansotte. Les grands notables du premiers empire, Sambre Meuse et Ourthe. N°22-23. Publication du CNRS, 1995, pp 81-85.
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Jean-François Brun. Le Franc-Maçonnerie, instrument de cohésion du régime Napoléonien en Haute-Loire. In Sous la direction de Pierre Mollier. La Franc-maçonnerie sous l’Empire. Un âge d’or ? Éditions Dervy, 2007, pp 189-240.
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BnF, FM2-556 Dossier de la Bonne Amitié.
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Christophe de Brouwer. Les 250 ans du Rite Écossais Primitif, dit de Namur, 1e partie. Renaissance Traditionnelle n° 172, 2013.
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Pierre Mollier. Naissance et essor du Rite Écossais Ancien Accepté en France. In Deux siècles de Rite Écossais Ancien Accepté en France. Dervy, 2004, pp 71-80.
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Auguste de Wargny. Annales chronologiques, littéraires et historiques de la maçonnerie des Pays-Bas à dater du 1er janvier 1814. tome 3. Presses des Frères Walhen et Compagnons, Bruxelles, 1824, p 500.
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Laurence Chatel de Brancion. 3 décembre 1804 : distribution des tabliers à des européens. In Sous la direction de Pierre Mollier. La Franc-maçonnerie sous l'Empire : un âge d'or ? Éditions Dervy 2007, pp 79-91.
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Laurence Chatel de Brancion. Cambacérès. Éditions Perrin 2001.
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P Mollier, PF Pinaud. L’État-major maçonnique de Napoléon. A l'Orient. 2009.
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André Hanou. Concordia Vincit Animos. Namenlijst (1755-ca 1825). Éd. Astraea, 2011.
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BnF. Dossier Bonne Amitié. FM2 556.
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C'est la suite qui me semble la plus logique, mais je ne garantis pas l'exactitude de cette transcription d'initiales.
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Le fac simile d’une partie du texte de l’agrégation a été repris dans : Christophe de Brouwer. Les 250 ans du Rite Écossais Primitif, dit de Namur, 1e partie. Renaissance Traditionnelle n° 172, 2013, p 267.
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Marc Ronvaux. Une histoire du Namurois. Tome 3 : l’époque contemporaine. Éditions Martagon, 2016, pp 14-5.
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Annuaire maçonnique du Gr∴ Or∴ de Belgique. 5846. Notice nécrologique sur le Fr∴ J. Walter, Grand Maître du Rite Écossais Primitif de Belgique, pp 94-5.
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Emmanuel Pérès de Lagesse (1752-1833) fut un révolutionnaire. Issu de la Haute-Garonne (Toulouse), il avait été membre (tiers état) de la Convention dès 1789 ; il ne vota pas cependant la mise à mort de Louis XVI en 1792. Membre des Cinq-Cents, il sera ensuite président du Conseil des Anciens. Concernant les prêtes réfractaires, il fut fort actif dans leur condamnation comme ennemi de la chose publique et leur maintient en déportation. Il occupa la fonction de préfet du département de Sambre et Meuse de 1800 à 1814. C’est en 1810 qu’il fut fait baron d’empire. À la restauration, il retourna chez lui et ne participa plus à la vie publique. Il ne semble pas avoir été franc-maçon (Michel Taillefer. La Franc-Maçonnerie toulousaine. Paris, 1984, réf 720).
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L. de Lanzac de Laborie. La domination française en Belgique. Tome II, Librairie Plon, Paris, 1895, p 110-1.
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Roger Desmed. La Franc-Maçonnerie. In sous la direction d’Hervé Hasquin, La Belgique française. Crédit Communal, 1993, pp 356-7.
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Fernand Clement. Contribution à l'Histoire de la R.L. La Bonne Amitié, op. cit., p 190.
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Antoine Renglet et Axel Tixhon. Un commissaire de police à Namur sous Napoléon. Le registre de Mathieu de Nantes (10 vendémiaire an XII - 28 août 1807). Presses universitaires de Louvain, 2013.
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Jacky Marchal. Hôtels, restaurants et cafés à Namur du XVIIe au XXe siècle en ville et à la Citadelle. Les Amis de la Citadelle de Namur, 2017, p 107.
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Claire Dumortier. Des carreaux en céramique et la décoration intérieure d'une maison namuroise, témoins de la fin de l'Art Nouveau conservés aux Musées royaux d'Art et d'Histoire. Bulletin des Musées royaux d'Art et d'Histoire, n°64, 1993, pp 113-128.
-
René Dejollier. Rues de Namur. Éditions Érasme, 1991, p 357.
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N’oublions pas que les cabarets de l’époque pouvaient être des lieux de débauche et de prostitution. Voir Sarah Auspert. La prostitution à Namur sous le régime français (1795-1813). In Namur de la conquête française à Waterloo (1792-1815). Les Amis de la Citadelle et Société Royale Sambre et Meuse, 2015, pp 133-144.
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André-M Goffin. Documents relatifs au patrimoine immobilier de Namur intra muros. AGR, 2003, n°956 et 1010.
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François Jacques. Namur en 1784. Presse universitaire de Namur, 1980.
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Collectif. Namur: la ville ancienne et la rue des Brasseurs, un problème d'avenir. Ministère de le Culture française, 1972.
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Adrien Lhomme. Si ma Loge m’était contée. Cercle d’Étude Joseph Lebeau. 2009, pp 57-9.
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BnF. Dossier Bonne Amitié. FM2 556.
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Ils auraient difficile d’imaginer la situation d’aujourd’hui où l’antique chapitre Rose-Croix de Namur est le chapitre, en nombre de membres, le plus important de Belgique. Autre époque, autre réalité !
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Christophe de Brouwer, Raphael Lagasse. Joseph Proudhon et l’Université libre de Bruxelles, un double anniversaire. Éditions de l’UAE, 2013.
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Cécile Douxchamps-Lefèvre et Georges Hansotte. Les grands notables du premiers empire, Sambre Meuse et Ourthe. n°22-23, Publication du CNRS, 1995.
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Louis Jardrinet sous les yeux du préfet Peres. Statistique du département de Sambre et Meuse. 1801.
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Sarah Auspert. La prostitution à Namur sous le régime français (1795-1813). In Namur de la conquête française à Waterloo (1792-1815). Les Amis de la Citadelle & Société Royale Sambre et Meuse, 2015, pp 133-144.
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Louis Jardrinet sous les yeux du préfet Peres. Statistique du département de Sambre et Meuse. 1801, p 63.
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La montée des soldats de l'armée de Bonaparte, 1er consul, par les chemins escarpés du col du Grand-Saint-Bernard en 1800. Tableau peint par Louis David entre 1800 et 1803, version Malmaison. Image wikicommon.
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