François Bovesse franc-maçon, tel un Hiram -partie 3-
Publié le 17 Juillet 2025
Liminaire : je me propose de réaliser une quintuple publication sur François Bovesse franc-maçon, afin d'éviter une lecture unique trop fastidieuse.
1. François Bovesse franc-maçon, un poète, certainement.
2. François Bovesse franc-maçon et la Bonne Amitié à l'Orient de Namur.
3. François Bovesse franc-maçon, tel un Hiram.
4. François Bovesse franc-maçon, complot sur le nom de la Loge.
5. François Bovesse franc-maçon et le « Fait Wallon ».
Le Mouvement Wallon au sein de la loge namuroise La Bonne Amitié.
La connaissance appelant la connaissance, ces textes seront bien évidemment susceptibles de modifications, au gré de nouvelles recherches/découvertes/apports.
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3. François Bovesse franc-maçon, tel un Hiram
Je ne vais pas ici essayer de dégager une "vérité" sur ce décès, mais seulement dégager quelques traits qui me tiennent à coeur. En effet, parler de la mort de François Bovesse est délicat, tant celle-ci a été instrumentalisée, icônisée sinon déïfiée ("devenu immortel" peut-on lire).
Fondamentalement, pour la loge (le collectif) de l'époque (1945), faire référence à la disparition de François Bovesse, ainsi que celle d'Armand Detaille et de Léopold De Hulster*, ce n'est pas tant célébrer trois franc-maçons namurois résistants, chacun à sa façon, tombés sous les coup de la barbarie nazie, mais les milliers qui sont ainsi disparus, à travers eux. Nous examinerons cela dans le chapitre prochain "complot sur le nom de la Loge".
*Léopold De Hulster (1899, Seraing - 1944, Mauthausen, Autriche). Sur sa vie, je vous reporte à la page du blog "Mo(t)saïques" de feu Jean-Émile Andreux, qui était un homme debout comme il y en a peu. Cette page est bien faite, elle reprend une palette large de la personnalité de Léopold De Hulster et de ce qu'il a réalisé. Durant la guerre, il officiait principalement comme journaliste au journal clandestin "Le Peuple", ainsi qu'à d'autres feuilles clandestines. Sur le plan maçonnique, il a été reçu le 12 mars 1939 à la loge de Namur, c'est à dire parmi les derniers initiés d'avant-guerre. C'est donc vraisemblablement en apprenti qu'il décède à Mauthausen. La seconde loge portant le nom "La Bonne Amitié" à Namur (créée en 1969) s'est chargée de son nom.[voir également: Maison de la Laïcité de Namur. Léopold de Hulster]
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Quatre pages reprenant quelques noms de la très longue liste de martyrs de la Résistance (environ 5000 noms). Sur ces quatre petites pages, le nom de deux de mes oncles et des trois francs-maçons de la Loge de Namur repris ci-dessus. Sur une autre page se trouve le nom de George Honinckx (fils), fils unique de Georges Honinckx qui fut président de la Loge namuroise dans les années 1920. En effet, il n'y a et ne peut y avoir aucune différence, aucune discrimination entre un martyr et un autre. Ils sont sur le même pied, un nom, un prénom, un lieu de vie, un lieu de mort. (Collectif. Le livre d'or de la résistance, pp 369-420.)
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Il y a quelques années, je reçus, d'un ami franc-maçon qui se savait condamné et, pour cette raison, allait mettre fin à sa vie, une enveloppe contenant, me dit-il, quelques papiers (pas beaucoup) de et sur François Bovesse. Ceux-ci n'ont par ailleurs aucun caractère maçonnique. Sur l'enveloppe elle-même son nom (il est le destinataire) et au coin supérieur gauche, le nom de l'envoyeur. Il n'y a donc aucune hésitation quant à l'origine et la qualité de ces papiers qu'il avait lui-même reçu bien des années auparavant. Ils ont été collationnés au départ, d'une relation amicale bruxelloise de François Bovesse (du moins c'est ce qu'il ressort de ces courriers), complètement passée sous silence dans toutes les biographies et pourtant.
Il m'a demandé d'en faire le meilleur usage possible.
Je remplis donc mon devoir dans cet article-ci et surtout dans la 5e et dernière partie, qui, elle, sera véritablement originale, où j'exposerai plus largement le contenu de ces quelques lettres, le manuscrit d'un article qui fut publié (mais apparemment oublié), et plus largement les publications de François Bovesse liées d'une manière ou d'une autre à cette connaissance.
Concernant le décès de François Bovesse, voici le tract rexiste (souvent cité) distribué lors de sa mort et plutôt en bon état, ainsi que les deux morceaux découpés, à l'époque, dans des journaux, l'un rexiste (nazi), l'autre clandestin. Ces trois objets se trouvaient dans l'enveloppe. Rien qui ne soit déjà connu, mais gardons à l'esprit qu'il ne s'agit pas d'un collationnement namurois, mais celui de cette connaissance amicale bruxelloise.
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Tract distribué lors du décès de François Bovesse (1 février 1944) par les Rexistes:
"Avis à la population. L'ex-ministre franc-maçon et insulteur du Roi ? François Bovesse est mort inopinément. En tant que membre du gouvernement, il collabora activement à la banqueroute honteuse du pays. Il y a cependant des gens suffisamment payés ou bernés pour vouloir faire de sa disparition du deuil national. Nous signalons à leur attention que si, par hasard, les funérailles de François Bovesse revêtaient un quelconque aspect de manifestation politique, ils auront à supporter les conséquences brutales et implacables de leur attitude."
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Le "Pays Réel" du 2 février 1944. Il s'agit du journal rexiste de Léon Degrelle. Le narratif rexiste se met en place avec toutes ses invraisemblances, mais cela passe certainement bien pour son lectorat convaincu. Il est saisissant de mettre le recto et le verso de cet arrachage à l'à-peu-près, de l'article du journal, côte à côte. Notons, et ce n'est certainement pas un hasard, si le décès d'Edgard Gignot est annoncé au-dessus de celui de François Bovesse. La cause déclarée du meurtre de François Bovesse est la vengeance pour l'assassinat de celui-là. (Pour mieux comprendre les tenants et aboutissants, lire: Francis Balasse. 1er février 1944, mort de François Bovesse: un assassinat test? )
Vous pouvez retrouver le journal complet sur le site de la KBR: Belgicapress.
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Il s'agit ici d'un extrait découpé avec plus de soin dans un journal (ou tract) clandestin. Je ne sais pas lequel. (Si quelqu'un le sait, qu'il m'en fasse part, merci.) N'oublions pas qu'en février 1944, nous subissons toujours l'occupation brutale nazie, d'autant plus que les choses se passent de plus en plus mal pour eux.
Notons que les 7 noms cités dans ce billet sont francs-maçons (outre François Bovesse, il s'agit donc de Georges Pètre assassiné à Saint-Josse-ten-Node en 1942, Émile Lartigue assassiné à Bruxelles en 1943, Eric Sasse assassiné à Anvers en 1943, Raoul Engel assassiné à Ixelles en 1943, Désiré Horrent assassiné à Liège en 1943, Henri Boinem assassiné à Liège en 1943). Certains de ceux-ci furent tué parce que hauts responsables franc-maçons (Pètre, Engel ou Jules Hiernaux assassiné à Mont-sur-Marchienne le 29 juillet 1944), ce qui n'est pas le cas de la très grande majorité des franc-maçons tués/assassinés durant cette guerre. Ils le furent principalement durant la campagne des 18 jours, pour faits de résistance ou de participation à la guerre ou pour leur position sociale et politique.
De là à penser que l'auteur du billet soit également franc-maçon.
Verso du feuillet:
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La Belgique est largement libérée des forces barbares nazies dans la première quinzaine du mois de septembre 1944 (l'offensive dans les Ardennes de Von Rundstedt se réalise à la mi-décembre). La presse "libre" peut reprendre son travail empêché quatre ans auparavant.
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La Meuse du 11 février 1944 (archives de l'auteur). Sous le nom de 'Mericourt' se cache Émile-Edouard Terwagne, journaliste à La Meuse, mais aussi à La Province de Namur et d'autres journaux. Il était proche des idées de François Bovesse et un ami. Il fut notamment délégué au conseil de la Concentration wallonne en 1932. Et par exemple, le boerenbond qui voulait mettre la main sur la vallée de la Semois et les planteurs de tabac trouva en lui un adversaire résolu. Bref, c'était un protagoniste convaincu et actif du "Mouvement wallon" (archives de l'auteur).
Transcription du texte:
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Un crime odieux des rexistes
Comment fut assassiné FRANÇOIS BOVESSE
Gouverneur de la province de Namur
C'était le 3 février 1944 [ndr: lire 1er fevrier], à 6 heures 45 du matin. Une auto stoppa devant le n° 2 de l'avenue Cardinal Mercier, à Namur. Cinq hommes portant l'uniforme allemand en descendirent. Ils s'approchèrent de la porte d'entrée. Sur celle-ci, une plaque de cuivre avec ces mots: François Bovesse, avocat. Ils sonnèrent.
La servante descendit, vit, par le judas, les cinq hommes en feldgrau. Se conformant aux ordres qu'elle avait reçus, elle refusa d'ouvrir.
Si vous n'ouvrez pas, nous enfonçons la porte!
La servante courut prévenir son maître. François Bovesse se leva, hésita un moment. Mais, depuis qu'il n'exerce plus ses fonctions de gouverneur de Namur, il a repris son métier d'avocat. Il y a quelque temps, il a plaidé pour deux patriotes, deux membres de ce qu'on appelait alors l'Armée Blanche, qu'un fermier avait abattus froidement. La salle d'audience était pleine à craquer et l'on frémissait aux accents de la voix profonde du défenseur qui osait clamer son admiration pour les héros du maquis L'affaire ne pouvait pas ne pas venir aux oreilles de l'« autorité occupante ». Ces policiers allemands, François Bovesse attendait leur visite en quelque sorte...
Ouvrez! dit-il, et il s'habilla certain qu'on allait l'emmener.
Les cinq hommes s'engouffrèrent dans le hall d'entrée pénétrèrent dans la chambre à coucher et ordonnèrent à François Bovesse de les suivre, sans même lui laisser le temps de terminer sa toilette.
Alors, il comprit.
Vous n'êtes pas de vrais policiers allemands, leur dit-il. Montrez-moi vos papiers!
Suivez-nous! Et pas de résistance!
Ils l'empoignèrent et l'entraînèrent au rez-de-chaussée. Mme Bovesse et la servante les suivaient. Arrivé devant la porte. François Bovesse se cabra, distribua quelques coups, voulut fuir. Un coup de feu claqua -la balle alla se loger dans un mur -; puis un second, qui l'atteignit au visage et lui fracassa la mâchoire. Une course atroce commença alors dans l'appartement. Pivotant sur lui-même, François Bovesse retraversa le hall et courut dans la salle à manger. Le blessé, dont le sang coulant en abondance jalonnait la course, avait, de la salle à manger, gagné un couloir et atteint la porte du jardin. Mais cette issue était gardée par un autre bandit! Il revint sur ses pas, pénétra dans la cuisine et, là, il s'effondra. Ses poursuivants le rejoignirent. L'homme au pistolet se pencha sur lui. vit qu'il respirait encore et l'acheva d'une balle dans la poitrine.
Aussitôt, les assassins regagnèrent leur auto et disparurent.
Cinq minutes plus tard, François Bovesse expirait.
Il était 7 heures à peine.
Ce crime odieux, voulu, machiné, exécuté par les rexistes, ne restera pas impuni.
On se réjouira d'apprendre que les assassins du regretté gouverneur de Namur sont connus et que l'un d'eux est déjà sous les verrous. Il s'agit d'un individu, Canadien d'origine, qui était interprète à la Kommandantur.
Puissions-nous, le jour où nous inaugurerons, sur la tombe de François Bovesse, le monument qui lui sera érigé par souscription publique, avoir la consolation de penser que ses assassins ont expié leur crime infâme...
MERICOURT.
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"Quelque dix mille personnes assistèrent aux funérailles, alors que, selon l'ordre de la Kommandantur, l'enterrement devait se dérouler dans la plus stricte intimité: dix mille personnes silencieuses (escortées de feldgendarmes armés de mitrallette) et qui avaient le sentiment de vivre, en ces minutes-là, ce que de Gaulle appellera, un peu plus tard, un de ces miracles de la conscience nationale. Parmi les centaines de gerbes, on voyait celle du roi mêlée à celles venues des plus humbles quartiers de la ville."
(repris de André Dulière, 1979, pp 31-4.)
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Le vent tire les nuages
par les cheveux
sous prétexte qu’ils sont bohèmes
tandis que sur les roms
fulgure la foudre
un seul arbre ose protester
un ruisseau peint la scène
avant qu’elle ne s’efface
comme si c’était la dernière
quels sont ces oiseaux
traversant les rêves des migrants
pour réanimer leurs mystères ?
les épouvantails ne sont pour les gitans
que des promesses de mises à sac
de leurs terrains vagues
un seul hasard
et l’horizon accouchera
d’autres rafles de tziganes
les paupières de la nuit
se font lourdes
pour protéger une double peine
au cadran fragile des étoiles
il sera bientôt minuit
les voyages restent éphémères
(Jean-Émile Andreux, 3 octobre 2011)
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Des références générales vous sont proposées en fin de 5e partie.
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