Le Mouvement Wallon au sein de la loge namuroise La Bonne Amitié.

Publié le 1 Février 2026

Avant-propos. Cet article était, à l'origine, écrit pour être publiée dans une revue. Le projet dut être abandonné. Cela me donne l'occasion de vous le proposer ici, avec une iconographie renouvelée.

Cet article est une variation des 5 articles précédents, portant sur François Bovesse, donc quelques parties sont communes, mais vues autrement. Car ce qui est important ici, c'est le point de vue, différent: centré sur le Mouvement Wallon

Notons que l'année 2025, pour moi, fut essentiellement consacrée à cet objet complexe. Un voyage -une recherche- assez fabuleux. Ceux qui l'ont parcouru m'ont dit tout l'intérêt que ces travaux ont suscité chez eux et, j'espère, de même pour vous, chers lecteurs fidèles de ce blog.

 

1. François Bovesse franc-maçon, un poète, certainement.

2. François Bovesse franc-maçon et la Bonne Amitié à l'Orient de Namur.

3. François Bovesse franc-maçon, tel un Hiram.

4. François Bovesse franc-maçon, complot sur le nom de la Loge.

5. François Bovesse franc-maçon et le « Fait Wallon ».

 

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Concert offert par les Loges namuroises pour les 150 ans du Grand Orient de Belgique. Ces loges sont toutes, d'une manière ou d'une autre, issues de La Bonne Amitié François Bovesse. La continuité maçonnique est au rendez-vous. (archives de l'auteur)

 

Introduction

 

Le Congrès wallon des 20 et 21 octobre 1945, au sortir de la guerre, est un moment clé dans l’histoire du Mouvement Wallon §. Tout ce qui précède l’a construit, tout ce qui vient après sera différent. Longuement préparé dans la clandestinité, il rassemble plus de 300 personnalités du Mouvement Wallon et plus d’un millier de participants. En quelque sorte, il fait la synthèse à la fois des frustrations et des espoirs wallons. Il est marqué par ce vote à bulletin secret, dit sentimental, révélant la volonté, 61 % des 1048 votants, d’une séparation de la Wallonie de la Belgique (46 % rattachement à la France ; 15 % indépendance). Un second vote à main levée, dit de ‘raison’, choisit à la quasi unanimité l’autonomie, (il y eut un troisième vote qu’on évoque rarement, par assis-debout et/ou mains levés, en faveur d’un fédéralisme [Raxhon, 1995]). Le gouvernement minimisa, traita les membres de groupuscule non représentatif, déclara « l’incivisme de quelques séparatistes sans mandat », et mettre les meneurs en prison, etc. Il n’empêche, il fallut bien en débattre au parlement. La Question royale, si elle est représentative du sentiment wallon, montra que la population du sud du pays, avec Bruxelles (et Anvers), mais à l’exception de la province de Luxembourg, en votant majoritairement contre le retour du Roi, était derrière ce mouvement qui n’était plus seulement linguistique, mais aussi et peut-être surtout économique. Le déclin de la Wallonie était en marche.

1945 est l’année où la loge namuroise « La Bonne Amitié » (unique à cette époque pour les provinces de Namur et Luxembourg) posait les jalons de sa modification de nom en « Bonne Amitié François Bovesse », mais également l’année où deux figures centrales du Mouvement Wallon de l’après-guerre étaient reçues en son sein : André Genot (1913-1978) et Jean Pirotte (1912-1978).

Le premier, secrétaire général du Mouvement Populaire Wallon, succéda à sa présidence au décès d’André Renard en 1962, puis devient secrétaire général de la FGTB ; le second, secrétaire général, devient président du mouvement Wallonie Libre au retrait de Maurice Bologne en 1966. Ces organismes sont deux des quatre composantes du Bureau Permanent regroupant les forces vives du Mouvement Wallon d’après-guerre (les deux autres sont : Mouvement Libéral Wallon et Rénovation Wallonne -catholique-). Bien d’autres membres, peu ou prou actifs au niveau du « Mouvement Wallon », les rejoindront au sein de la loge après la guerre, mais examinons seulement ce qui s’est passé avant cela.

Nous allons donc essayer de répondre à cette question de recherche apparemment simple : existe-t-il une relation entre la maçonnerie namuroise d’avant la dernière guerre et le Mouvement Wallon qui pourrait expliquer le changement de nom de la loge avec l’ajout François Bovesse, ainsi que l’arrivée de telles personnalités au sein du collectif La Bonne Amitié dès 1945 ?

 

§ Définir le Mouvement Wallon est malaisé, tant a été dit et son contraire. Ainsi que je le vois en très bref et sans prétention ! Le français, comme langue véhiculaire dans la Belgique de 1830, tant au niveau administratif, que culturel, intellectuel ou économique, est en recul face à la montée du Mouvement Flamand. C’est à Bruxelles, ville francisée, que l’inquiétude est la plus forte et que les premières réactions au XIXe siècle sont apparues. Elles s’étendront à la Flandre. Pour ce qui est de la partie romane du pays, aujourd’hui la Wallonie, la réaction est plus complexe, plus lente et plus profonde, touchant également la classe ouvrière. Un double mouvement est visible : une défense linguistique d’une part, et d’autre part une émancipation culturelle puis économique dont le caractère identitaire devient prépondérant pour le sud du pays. François Bovesse symbolise, à mon sens, très bien ce double mouvement. D’abord une défense du français dans l’ensemble du pays, ensuite à la fois un repli sur les parties majoritairement francophones du pays, et à la fois une émancipation culturelle « romane » (français, wallon), débordant la Wallonie en se tournant résolument vers la France (cf note « Mockel). L’aspect économique deviendra prégnant avec la Seconde Guerre mondiale.

 

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Namur - Pont sur la Sambre - Vers 1860-65 - En arrière le grand moulin de Sambre, détruit par un incendie en février 1865, et à droite sous l'arche, l'écluse de l'époque. À gauche, le quartier "la sarrase" célébré par François Bovesse dans son livre "Histoire d'un autre temps", depuis démoli. En fond, la citadelle de Namur (photo licence Alamy)

 

Section 1 : les prémisses

 

Pour la Loge namuroise, la fête du centenaire, en 1870, de son intégration (patente) dans la Grande Loge d’Écosse (9 février 1770 sous le numéro d’Ordre 160) marque, en quelque sorte, le début de son histoire au sein du Mouvement Wallon. Louis Delisse (1839-1899) faisait office d’orateur à cette occasion. La loge allait mal, le nombre de membres actifs s’amenuisait, la question sociale devenait pressante. La mutation sociologique de la loge était en cours, d’une sociologie de haute bourgeoise à une sociologie de classe moyenne.

La Wallonie était devenue une région principalement de charbonnages, d’industries métallurgiques, verrières et chimiques. Le prolétariat, misérable, en quittant les campagnes, se regroupait dans de nouveaux centres urbains comme Charleroi ou Verviers. Le contraste avec la Flandre ne pouvait être plus frappant. Cette dernière restait encore largement agricole, et ses travailleurs encore plus pauvres, subissaient une émigration économique vers le sud, avide de bras, de grande ampleur.

 

Louis Delisse, reçu par la loge en 1867, est l’exemple de cette nouvelle génération de francs-maçons namurois. Issu d’un milieu modeste, fils de batelier, par l’étude et la volonté, il devient officier (commandant) d’artillerie. Franchement anticlérical, il est reçu par la loge namuroise en 1867. Très investi dans la question sociale, il créa différentes institutions : maisons sociales pour travailleurs, banque populaire, société d’alimentation ouvrière, le premier ‘Cercle artistique et littéraire namurois’ (dont son ami en loge Jules Trepagne, fonctionnaire, reçu en 1874, s’occupera activement). Il s’engagea sur le plan politique en se présentant comme un libéral progressiste de façon à faire avancer la question sociale : « La question ouvrière, si palpitante, si intimement liée au progrès social, si digne enfin de la sympathie de nos législateurs, semble fatalement reléguée au dernier plan, dans toutes les professions de foi qui vous sont adressées » (1872).[Société archéologique de Namur] Parmi les figures marquantes des années 1860-70, citons également le colonel Jean Defrance, reçu en 1862, qui s’investit dans la création de la crèche de Namur laquelle existe toujours. Ou Lucien Namèche, reçu en 1844, qui lutta avec succès, avec d’autres membres de la loge, contre l’application de la convention d’Anvers de 1854. Elle permettait à l’évêché d’interférer dans les programmes scolaires, et en l’occurrence à l’Athénée royal de Namur (aujourd’hui Athénée royal François Bovesse), une institution qui plonge ses racines dans l’ancien régime. L’un et l’autre recevront la médaille d’honneur du Grand Orient de Belgique pour leurs actions. Sur le plan artistique, nous pourrions bien sûr évoquer l’artiste Félicien Rops, reçu par la loge en 1861. Un musée à Namur lui est consacré.

 

Certes, il manque encore l’ « idée » d’un Mouvement Wallon, mais, sauf l’idée, les actions sont celles que l’on retrouve dans le Mouvement Wallon qui viendra peu après, tout y est, tant sur le plan politique, que social, économique ou artistique : « Jointe à la langue, cette spécificité économique et sociale des régions romanes n’était certes pas suffisante pour faire éclore une conscience collective wallonne mais elle y prédisposait ». [Hasquin, 1996, p 193]

Quasi contemporain, le Mouvement Wallon, aux contours encore très flous, démarre à Bruxelles, certainement en réaction au Mouvement Flamand dont on craignait l’emprise sur Bruxelles qui s’était francisé très rapidement depuis la période française, nonobstant la tentative de néerlandisation administrative de la ville sous Guillaume Ier.

 

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Coll. privée

 

Section 2 : le congrès wallon de 1905

 

La première « Ligue Wallonne » naît à Ixelles (Bruxelles) en 1877, elle suit de peu l’adoption par le parlement de la première loi permettant aux tribunaux d’utiliser le néerlandais et précède d’un an une nouvelle loi introduisant le bilinguisme dans l’administration en pays flamand. Notons qu’une première pétition (« Het Vlaams petitionnement »), très suivie en Flandre, portant les griefs flamands, date de 1840.

D’autres Ligues verront le jour par la suite à Bruxelles, en Flandre et bien sûr à Liège dont l’importance dans le Mouvement Wallon ira en s’intensifiant. En 1885, apparition du Parti Ouvrier Belge, dans les suites des Internationales. Bien que la dénomination « Wallonie »§§  ne semble pas encore dans les mœurs maçonniques namuroises, la poussée culturelle du nord du pays n’était pas ignorée : je pointe par exemple une conférence intitulée « Le mouvement flamingant » donnée dans la loge namuroise en 1883. Les membres de la loge de cette époque s’intéressent surtout à la question du suffrage universel qu’ils appellent de leur vœux. Ils sont alignés sur le Grand Orient de Belgique. Le mouvement s’accéléra avec les grandes grèves, surtout en Wallonie, mais aussi en Flandre, de 1886. C’est en 1888 qu’une coordination entre associations wallonnes se fera, donnant naissance aux premiers congrès wallons de 1890 à 1893 ; cette dernière année est celle de l’adoption du suffrage universel tempéré qui verra l’avènement de gouvernements catholiques uniformes stables, dominés par les bourgeois (francophones) du nord, défendant des intérêts du nord, vus de Wallonie. Les participants à ces congrès, qui ne dépasseront pas 250 personnes, sont des personnes des classes moyennes : avocats, médecins, fonctionnaires, officiers, instituteurs-professeurs, somme toute la sociologie d’une loge de cette époque, sans pour autant faire aucun amalgame. Ces congrès n’eurent pas de suite immédiate. En effet, le nouveau mode de scrutin bouleversait le concept de société, puisque les sans voix, la majorité de la population, en avait enfin une, si petite soit-elle : ceci permit au Parti Ouvrier Belge de s’inscrire fermement dans le champ politique du pays, essentiellement au sud de celui-ci (ainsi que Gand et Anvers).

Et donc très naturellement la loge namuroise, « La Bonne Amitié », sur sa nouvelle lancée sociologique, va accueillir en son sein des personnalités importantes pour la région, anticléricales et wallonisantes, très opposées aux nouveaux gouvernants. Faut-il pour autant opposer un Mouvement Wallon anti-clérical dans lequel la loge s’inscrirait, à un Mouvement Flamand catholique, comme le propose l'historien [Lode Wils] ? Il existe plus que des nuances, mais pour la loge de cette époque, le combat contre une ‘société’ catholique traditionnelle, à Namur ou ailleurs, était sans doute très important. De ce point de vue, les conférences en loge concernant la nouvelle loi « cléricale » sur l’enseignement, la loi Schollaert de 1895, sont nombreuses. Mais aussi la situation des ouvriers : « Le socialisme » (1885), ou « Revendication des classes ouvrières » (1887), ou « Union avec le parti ouvrier », « Minimum de salaires, maximum d’heures de travail », « création de cercles ouvriers » (1893), etc.

 

Compte-rendu du Congrès wallon de 1905 [Delaite], avec un extrait du Rapport sur la situation morale et matérielle des provinces wallonnes par Laurent Dechesne. (archives de l'auteur)

 

Le Congrès wallon de 1905, organisé par la Ligue wallonne de Liège à l’occasion de l’exposition universelle dans cette ville, constitua un moment important dans la progression du Mouvement Wallon. La Gazette de Liège (catholique) parle de congrès des francs-maçons. Ce fut un succès. Outre les sociétés littéraires et artistiques représentées de façon collective, on y vit également des industriels, des universitaires, des parlementaires, des mandataires publics, à l’exemple du bourgmestre Ernest Melot de Namur ou d’Adrien Oger (vice-président du Comité organisateur) conservateur du musée archéologique de Namur. Notons qu’Oger avait été co-fondateur avec François Bovesse et Jean Chalon (voir plus loin), de l’éphémère revue Sambre et Meuse créée en 1912 à Namur. Cependant, la toute grande majorité des participants était issue de la province de Liège (Liège et Seraing surtout). C’est d’ailleurs la première fois que l’identité wallonne est proclamée de manière forte : « Nous sommes wallons avant tout », nonobstant la présence d’Henri Pirenne. Vingt deux rapports furent présentés exprimant différentes facettes de la Wallonie, portant essentiellement sur la culture, très centrée sur Liège. Seuls deux rapports sortent du lot, à la fois intéressants et arrogants par bien des égards, l’un comparant le socio-économique entre nord et sud et l’autre sur l’enseignement, tous montrant la supériorité du sud. On comprend mieux, à la lecture du compte rendu très complet réalisé par [Julien Delaite], l’âpreté de la lutte flamande et une certaine indolence wallonne. Des vœux et des souhaits furent émis, mais cela reste véritablement très en-deça de la lettre au Roi de Jules Destrée de 1912, lequel d’ailleurs n’y fut pas présent. Cependant, ajoute [Schreurs, 1960] « Tous ces rapports concluaient à l’existence d’une Wallonie bien différenciée de la Flandre, distincte aussi de cette Belgique officielle et bruxelloise dans laquelle on essayait de la noyer. »

Les Namurois sont en petit nombre à ce Congrès : j’ai compté 16 participants pour toute la province. Le Cercle artistique et littéraire de Namur, création de Louis Delisse en 1869, avec notamment Jean Chalon (voir plus loin), que Jules Trepagne animait, et bien connu de Félicien Rops, y était apparemment représenté collectivement par la « fédération littéraire et dramatique de la province de Namur. » Je n’ai pas relevé de membre de la Loge parmi ces 16 présents, mais.

 

§§ On doit sans doute à Albert Mockel (1866-1945), écrivain, d’avoir introduit le mot « Wallonie », non plus seulement dans un sens géographique un peu vague (c’était, avant cela, un adjectif : wallon.ne), mais dans un sens culturel puis politique régional. Sa revue « La Wallonie », fondée à Liège en 1886, il a 20 ans, dernier numéro en 1892, s’inscrivait dans le mouvement symboliste et se voulait une passerelle entre la France et la Belgique : (exergue du 1 numéro de la revue) « À nous les jeunes, les vaillants, tous ceux qui ont à cœur l’achèvement littéraire de notre patrie et surtout de notre Wallonie aimée. » En tout état de cause, le terme, nouveau, fut rapidement repris, par exemple, par Jules Destrée, et s’imposa. [Destatte, p 32] La réussite littéraire de cette revue à la vie assez courte est assez étonnante, attirant les auteurs francophones belges (Maeterlinck, van Leerberghe, Lemonnier, Rodenbach, Mauss, Picard, des Ombiaux, Destrée et bien d’autres), mais aussi français comme André Gide avec lequel Mockel entretint une correspondance suivie et passionnante qui dura plus de 45 ans, ou Stephane Mallarmé, Paul Valery, Paul Verlaine, Barbey d’Aurevilly, José-Maria de Heredia, etc. [Vanwelkenhuyzen] [Encyclopédie du Mouvement Wallon]

 

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Jules Destrée, (avocat, parlementaire du POB, ministre) marqua un véritable tournant dans le Mouvement Wallon, il ne fut pas franc-maçon. Carte Postale. (Archives de l'auteur, colorisé)

 

Section 3 : l’assemblée wallonne, 1912

 

Nouvelle étape importante, nous la devons à Jules Destrée, un carolorégien. C’est la lettre au Roi du 15 août 1912 qui exposait les griefs wallons : cela reste un document majeur, aujourd’hui encore, du Mouvement Wallon. Dans la foulée, en octobre, il créa avec d’autres l’Assemblée Wallonne qui réunissait l’ensemble des forces wallonnes de l’époque, y compris bruxelloises. La séparation administrative semblait l’enjeu principal du moment. Cette assemblée, qui s’éteindra en 1940, a toute son importance dans les quelques années d’avant-guerre, et immédiatement après. Mais lorsque Jules Destrée en démissionna en 1923, elle perdit progressivement de son importance, ne parvenant plus à s'adapter aux nouvelles réalités.

Parmi les constituants de cette Assemblée wallonne, nous y trouvons deux membres de la loge namuroise [Delforge, Paul] :

 

Grégoire Horlait, né à Chaussée-Notre-Dame-Louvignies (Soignies-Hainaut) en 1856 et décédé à Bruxelles en 1933. Il est reçu dans la loge namuroise en 1902. Son père, Charles-François Horlait, était boucher. En 1885, il est conseiller communal à Gilly (Charleroi), cette même année il participe à la création du Parti Ouvrier Belge (POB). Sa première épouse décédée, il se remarie avec Esther Dullier en 1899 et s’installe à Moustier sur Sambre dans le Namurois. Il y fonde une usine de fabrication d’essences fines -clère-chènes-. Ses activités au Parti Ouvrier Belge ne cessent pas, il est élu député à la chambre des représentants pour l’arrondissement de Dinant-Philippeville, de 1900 jusqu’à la Première Guerre. Grand ami de Jules Destrée, il fut élu à la constituante de l’ « Assemblée Wallonne » en 1912.

 

Eugène Hambursin, né à Seneffe en 1859. Ingénieur agricole de Gembloux et docteur en droit de l’ULB, il fut conseiller communal de Namur ainsi que député libéral dès 1894. Enthousiaste de l’idée wallonne, il fut un des constituants de l’Assemblée wallonne, membre de son collège des présidents (10 membres), où il était chargé des questions agricoles. Son décès prématuré, encore en 1912 à Isnes, l’empêcha de développer ses idées. Une rue de Namur porte son nom. Il est reçu dans la loge en 1901.

 

Horlait et Hambursin furent des membres très actifs au sein de la loge, proposant conférences, et parfois passes d’armes, courtoises s’entend : par exemple la thématique « Positivisme, Libre Pensée et Socialisme » sera traitée durant plusieurs réunions. Pour Grégoire Horlait : « le socialisme ne comporte pas la poursuite d’un idéal philosophique, sa doctrine purement sociale veut le redressement des conflits économiques. Il estime que l’incompatibilité entre le socialisme économique et le socialisme religieux n’est qu’apparente. Il est très difficile d’apprécier l’état d’esprit actuel des ouvriers qui constituent presque à eux seuls le parti socialiste, c’est par la persuasion que l’on parviendra à leur faire comprendre l’inutilité de l’église et à lui démontrer ses erreurs ; dès que le cerveau de l’ouvrier sera libéré au point de vue économique, il deviendra libre-penseur. »

Pour Eugène Hambursin : « La trilogie : libre-pensée, positivisme et socialisme n’est pas si connexe, ni si inséparable qu’on se plaît à le dire. La libre-pensée n’implique comme conséquence ni le positivisme en matière philosophique, ni le socialisme en matière d’économie politique. La libre-pensée n’est que le droit de juger librement, en-dehors de toute entrave, sauf celle de la conscience et de la raison, les faits politiques, philosophiques et économiques, et ne doit nullement mener fatalement à une évolution déterminée dans ces trois sphères. »

 

Ces petits exemples, tirés du rapport réalisé par l’orateur pour l’année maçonnique 1902, (Hambursin et Horlait venaient d’être reçus), montrent le contexte dans lequel le Mouvement Wallon est perçu au sein de la loge.

 

(archives de l'auteur)

 

D‘autres membres furent actifs dans la nébuleuse ‘Mouvement Wallon ‘de cette époque :

 

Jean Chalon, né à Namur en 1846. Il est reçu dans la loge en 1900. Il décède en 1921. C’est une personnalité complexe, botaniste de formation, il s’intéressait à tout ce qui constitue son environnement, physique et humain. Ses publications, livres et articles, sont nombreuses, et touchent de multiples domaines, scientifiques, médicaux, moraux, philosophiques, artistiques, etc. Un homme éclectique. Il accompagna, dès sa fondation en 1869, et en tiendra le secrétariat, Louis Delisse (voir plus haut) et son Cercle artistique et littéraire de Namur où il présenta de nombreuses conférences. Il fut par ailleurs très actif en loge dès son entrée. Si le terme Wallon ou Wallonie ne semble pas faire partie de son langage courant, néanmoins, il collabora avec la revue mensuelle « Jeune Wallonie » , éditée à Charleroi de 1906 à 1914, visant la défense de l’art et des lettres en Wallonie : «…  s’occupe exclusivement de la race et de l’intellectualité wallonne ». À partir de 1910, la revue accueille des articles traitant de la question linguistique : « Appel aux Wallons ». On lui attribue, sans certitude, un article paru en 1911 : « contre le flamingantisme », sous la signature de Jean de Namur. [Hiernaux] Pierre Wuille, ci-après, collabora également à cette revue. Chalon figure dans l'[Encyclopédie du Mouvement wallon] car il fut co-fondateur de la revue créée par François Bovesse en 1912 : « Sambre et Meuse » dont les publications s’arrêteront aussi en 1914. En quelque sorte, il représente le chaînon entre Louis Delisse et François Bovesse.

 

Léon Walravens -père (Bruxelles 1872- Uccle 1944). Industriel et conseiller communal à Tillier (Fernelmont, Namurois), ainsi que conseiller provincial et député permanent de Namur. Dès la fin de la Première Guerre, il est membre de l’Assemblée wallonne, de 1919 jusqu’à la fin en 1940. En 1938, il sera de l’aventure du Congrès culturel wallon aux côté d’Émile Fonck et de Léon Sasserath (voir plus loin). Il est reçu en 1906 à la loge. C’est sous sa présidence (1923-1925) que François Bovesse fera ses premiers pas en franc-maçonnerie.

 

Pierre Wuille, 1885 (Namur) - 1915 (Arlon), reçu en 1914. Journaliste, critique littéraire, c'est un homme de lettres, engagé dans le combat wallon. Compagnon d'initiation de Marcel Grafé dont nous parlerons plus loin, il le fut aussi au "Roseau Vert" dans ses jeunes années à l’ULB. [Jules Destrée, 1923] dans son livre 'Wallons et Flamands': "Il (Hector Chainaye) dirige avec M. Jennissen, de Liège, du 14 novembre 1907 au 1er juin 1908, un hebdomadaire, 'Le Réveil Wallon', fondé pour réunir les différentes tendances du mouvement [wallon]: antiflamingants, annexionistes, séparatistes, antiprussiens, patoisants et autres. Ses collaborateurs sont MM. Ach. Chainaye, Mockel, A. du Bois, Louis Piérard, Oscar Colson, Vrindts, J. Delaite, J. Roger, Guilbart, Wilmotte et Wuille. Malgré cette brillante pléiade, le journal a peine à vivre." Il décède durant la guerre à Arlon en 1915, à l'âge de 30 ans, probablement encore apprenti franc-maçon. Directeur du journal « Le Progrès » d’Arlon, il participa à l’Assemblée Wallonne en 1912. [Becquet, 1977]

 

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La défense des frontières de l'est est une vieille revendication wallonne, présente déjà avant la 1ère guerre de 14-18. L'Histoire lui a, malheureusement, donné raison. (archives de l'auteur)

 

Section 4 : la guerre 14-18 et l’immédiat après-guerre

 

La période couverte par la Guerre 1914-18 est, à la fois un éteignoir et un accélérateur du Mouvement Wallon. Première surprise, la Belgique résiste, tant le sud que le nord, elle démontre une réelle cohésion. Sur cette base, les plans de l’envahisseur durent être modifiés, et d’une sorte d’annexion pure et simple, l’occupant se mit à casser le pays en deux, avec une certaine réussite au nord, en ce sens que, par exemple, la flamandisation de l’université de Gand, la mesure la plus ‘réussie’ de l’occupant, même si, sur le terrain, ce fut raté, rencontrait une revendication déjà ancienne portée notamment par les représentants belges flamands, tel que Franz Van Cauwelaert, réfugié aux Pays-Bas. Ce dernier, parlementaire flamand catholique, chef de file du Mouvement Flamand d’après guerre, prépara durant cette guerre un programme avec ses amis, fidèles à la Belgique, pour faire avancer les revendications flamandes, (on retrouvera cela, pour le Mouvement Wallon, durant la Seconde Guerre 40-45 avec le mouvement de résistance « Wallonie Libre », mais pas durant la Première Guerre).

 

Quoi qu’il en soit, la Belgique de 1918, en tant que nation unitaire, avait résisté et en sortira renforcée, apparemment au détriment du Mouvement Flamand et certainement celui Wallon. Cependant, la politique allemande de séparation en deux de la Belgique va laisser de profondes traces, au nord du pays qui fera avancer la question flamande à grands pas durant l’entre-deux-guerres, d’autant que l’adoption du suffrage universel masculin pur et simple lui donnait la majorité dans le pays, contrebalancée par la liberté syndicale qui va donner du poids aux mouvements ouvriers (socialiste et catholique). Les catholiques perdent leur majorité absolue et des gouvernements de coalition deviennent la règle. Dans cette nouvelle configuration, le sud se sent petit à petit isolé et singularisé au niveau des populations. Et même si le Mouvement Wallon perdit en cohésion politique au niveau de ses élites, encore largement anti-cléricales, il n’en va pas de même au niveau de la population qui se sent de plus en plus romane-wallonne ce qui est une nouveauté. Cela explique sans doute que des catholiques ‘de gauche’, comme Elie Baussart (1887-1965), son père est ouvrier dans la métallurgie (Hainaut), se rapprochèrent du Mouvement Wallon. Il créa en 1919 la revue « Terre Wallonne ». D’une manière générale, l’efflorescence littéraire des années 1920 et 30 sera tout-à-fait remarquable.[Franz Hellens dans de Nola]

L’évolution d’un François Bovesse est caractéristique de celle du Mouvement Wallon. Dans un premier temps, il était farouchement opposé à une flamandisation, même partielle, de l’université de Gand en 1923 contre laquelle, jeune parlementaire, il fera feu de tout bois ; c’est l’année où il est reçu à la loge namuroise. Cependant, rapidement il intégra une compréhension et l’inévitabilité des revendications du Mouvement Flamand (c’est un homme politique dans le sens plein du terme) et se battra pour, non seulement une large autonomie des régions, chacun chez soi, mais petit à petit pour un fédéralisme. C’est ainsi qu’il s’éloignera en 1927 de l’Assemblée Wallonne dont il était membre, assemblée restée très unioniste, pour se rapprocher et collaborer avec la « Concentration wallonne », organisme visant à remplacer l’Assemblée déclinante et unifier les forces wallonnes dans une perspective fédéraliste : après les lois linguistiques de 1932 (surtout celle sur l'unilinguisme dans la fonction publique du 28 juin 1932), François Bovesse, alors ministre, déclarera au Congrès de la Concentration de cette année-là « Le bilinguisme est mort, personne ne le ressuscitera ». [Destatte, p117] La Concentration wallonne avait été créée en 1930 par la Ligue d‘Action wallonne (liégeoise). Les thèses fédéralistes qu’elle défendait, ne feront que s’approfondir au cours du temps. Elle eut du succès, avant de se pervertir à l’approche de la Seconde Guerre, consacrant une rupture avec ce qui l’avait créé, la Ligue d’Action wallonne de Liège, avant de disparaître tout comme l’Assemblée. La Ligue d’Action, restée, elle, bien vivante, fut à la source du mouvement de résistance « Wallonie Libre »§§§ durant la Seconde Guerre dont l’importance est essentielle pour comprendre le Mouvement Wallon d’après 1944.

 

§§§Le nom, « Wallonie libre », fait référence à l’appel du général De Gaulle du 18 juin pour une « France libre ». C’est d’ailleurs ce jour-là, le 18 juin 1940 que le mouvement de résistance naît officiellement. Rappelons que le 18 juin est également la date de la bataille de Waterloo (18 juin 1815), l’aigle blessé, lieu de pèlerinage du Mouvement Wallon jusqu’au début de cette guerre.[Raxhon, 1995]

 

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Carte postale (vers 1916) visant à soutenir le projet. 

La construction de la tour de l'Yser à Dixmude, lieu de rassemblement du Mouvement flamand (pèlerinage de l'Yser), fut conçue dès 1916. Le terrain, à la limite du petit morceau de la Belgique non occupée, est acheté en 1924. La construction est entamée en 1928 et terminée en 1930. Elle vise à célébrer les soldats flamands tombés face à l'ennemi allemand durant la première guerre, avec l'inscription à son sommet AVV VVK (en français: tout pour la Flandre, la Flandre pour le Christ).  Cette première tour haute de 50 mètres fut dynamitée en sortir de la seconde guerre, les ruines "religieusement" conservées, une nouvelle tour de 84 mètres cette fois, fut construite une centaine de mètre en arrière des ruines. Le monument reste dans le top 10 des monuments les plus visités en Flandre. ( archives de l'auteur)

 

Section 5 : la loge dans ses relations avec des loges flamandes durant l’entre-deux-guerres

 

Comment la loge namuroise La Bonne Amitié a-t-elle traversé le maelström de l’entre-deux-guerres ?

 

Outre les conférences de François Bovesse sur la question linguistique, présentées à la loge de Namur, ainsi que dans d’autres loges du pays, la Bonne Amitié s’intéressait à l’évolution institutionnelle du pays. Pour mieux appréhender cette dimension, relevons quelques éléments, notamment dans les relations de la loge avec des loges flamandes néerlandophones [tiré, selon l’année de « Bulletin du Grand Orient de Belgique »] :

 

  • 1929 : Une conférence sur « La question linguistique » exposant deux opinions différentes : «  … à une controverse d'actualité brûlante sur la question ·linguistique » entre François Bovesse et Maurice Peremans, médecin, membre dirigeant du Willemsfonds, actif au sein de la « Centrale der Vrienden van het Officieel Onderwijs » d’Anvers dont il prendra la présidence en 1933 etc. : « De sleutelfiguur achter deze ontwikkeling was zonder enige twijfel Maurits Peremans, een Antwerpse arts en Willemsfonds militant die begin de jaren 1930 Achtbare Meester was van Marnix van Sint-Aldegonde. In zijn eigen werkplaats liet Peremans in 1930 verstaan dat een gepaste reactie op de vernederlandsing van de Gentse hogeschool vereist was. In Vlaanderen zou de vrijmetselarij Vlaams zijn of niet zijn, zo stelde Peremans. Tijdens de daaropvolgende jaren bezocht hij als Achtbare van Marnix alle werkplaatsen van het land, inclusief de Waalse, om er de noodzakelijke oprichting van nieuwe Nederlandstalige loges te gaan bepleiten. » (traduction) « La figure clé de ce développement était sans aucun doute Maurits Peremans, médecin anversois, militant du Willemsfonds et président de la loge Marnix van Sint-Aldegonde au début des années 1930. Peremans affirma dès 1930, au sein de sa loge qu'une réponse appropriée à la néerlandisation de l'université de Gand s'imposait. En Flandre, la franc-maçonnerie devait être flamande ou ne pas être, argumentait-il. Les années suivantes, en tant que président de la loge Marnix, il visita toutes les loges du pays, y compris en Wallonie, afin de plaider pour la création de nouvelles loges néerlandophones » (Jeffrey Tyssens. Vrijmetselarij. Encyclopedie van de Vlaamse beweging). Notons que l’Université de Gand devient unilingue flamand en 1930.

  • 1931. La question de l’inscription au tableau de l’Ordre de la loge néerlandophone Balder de Bruxelles suscite des réactions au sein de la loge namuroise : « Cette année un seul sujet, venu du G:. O:., aurait pu donner lieu à quelques débats tonifiants; la question de la reconnaissance d'une L:. flamande· assez spéciale. Mais l'unanimité fut rapidement acquise; la B. A. voit se développer avec joie la Maç. dans toutes les Vallées de la Belgique; mais elle s'opposera par tous les moyens à l'introduction du bilinguisme au G:. O:., nouveauté prononçant, en pratique, l'exclusion contre les FFF:. Députés des LLL:. wallonnes, ce qui conduirait tout droit à la Sécession ».

 

Centres d'intérêt de la Ligue Wallonne de Charleroi en 1933-34. La question linguistique, bien que présente, n'est qu'un des aspects débattus par cette ligue. (Fascicule de 1934 concernant l'abbé Mahieu; archives de l'auteur)
  • En 1934, deux conférences dont la première est peut-être de François Bovesse : « La Vie Sociale et Économique et Politique : sur le Plan De Man » et « La Réforme de l’État et la franc-maçonnerie » par un franc-maçon d’Anvers.

  • En 1938, une double tenue commune précisément avec la loge Balder : « Aspirations flamandes, aspirations wallonnes » avec deux conférenciers dont François Bovesse : (Balder) « Een zeer bijzondere vermelding verdienen de twee gemeenschappelijke Zitt:. die we het geluk hadden met onze Zusterl:. «La Bonne Amitié» te mogen houden. Daar werd een Maç:. geest het zoo ergerende taalvraagstuk besproken, met het gevolg dat dit geschil, ver van ons te verdeelen, ons dichter bij elkander bracht. » (traduction :  Les deux réunions communes méritent une mention toute particulière. Nous avons eu la chance de pouvoir les organiser avec notre sœur « La Bonne Amitié ». L'esprit maçonnique y a permis de discuter de la question linguistique si épineuse, avec pour résultat que ce différend, loin de nous diviser, nous a rapprochés)

Soulignons que, dès la seconde guerre finie, la loge Balder fut la première à porter secours à la Bonne Amitié de Namur, dont le bâtiment fut dévasté par les rexistes et éventré par les bombardements alliés.[Boulle, Jacques]

 

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L' "Assemblée Wallonne" en 1919. Colorisé. (Musée de la vie wallonne, Fonds d'histoire du Mouvement wallon)

 

Section 6 : nouveaux membres wallonisants avant 1923

 

Durant cette période, la loge accueillit de nombreux membres qui d’une manière ou d’une autre se sont investis dans le Mouvement Wallon. Deux membres sortent du lot, ils encadrent la période de guerre 14-18 : d’une part Marcel Grafé, reçu en 1914, en même temps que Pierre Wuile et d’autre part Paul Beaupain, reçu en 1920.

 

Marcel Grafé est né à Namur le 5 août 1884 et décédé à Lustin le 8 juillet 1936 (quelques mois après le décès de Jules Destrée). À l'image de François Bovesse que de solides complicités unissaient, il est sorti de l'athénée royal de Namur, puis a fait des études de droit à l'ULB. Il sera homme politique, et avocat (il sera bâtonnier de Namur), mais aussi homme de lettres, de dessins et journaliste. "... pour l'avoir beaucoup approché, ... [...] Cent fois avec lui je suis monté sur des tréteaux, ..." écrit François Bovesse dans « Le Souvenir » - [Terres Latines, n°52, février 1938]. Entre eux, c'était l'amitié, la confiance, ils étaient sans doute des confidents, certainement des camarades de lutte dans le « Mouvement Wallon », outre leur proximité franc-maçonnique.

Il est le fils de Joseph Grafé, membre fondateur de l'Assemblée Wallonne en 1912 et député wallon de Namur. Par sa mère, Marie Lecocq (une des quatre sœurs), il est le cousin de Georges Honinckx (un avocat qui fut également bâtonnier de Namur, et qui fut président de la Loge namuroise).

Ses liens avec la France, renforcés depuis la Première Guerre où il s'était réfugié, à Paris, et où il plaida pour l'État français, le mena à mettre en place à Namur "Les Amitiés Françaises" en 1920, auxquelles François Bovesse participa, puis l' "Union Franco-Belge" (idem). Il sera conseiller communal libéral quasi en même temps que François Bovesse, ainsi que conseiller provincial. En toute complicité, il collabora avec ce dernier au journal La Province de Namur (quotidien libéral de Namur qui disparut en 1940) pour la rédaction hebdomadaire de Notre carnet. On le retrouve également journaliste à la Nouvelle Gazette de Charleroi (même tendance).

En 1933, Marcel Grafé reprend la direction de la 'vieille' publication "La Défense wallonne", organe de l'Assemblée Wallonne, qui retrouve avec lui de la vigueur. Mais une maladie foudroyante l’emporte 3 ans plus tard, en juillet 1936; il a 52 ans. C'est l'année de la montée en puissance de Rex.

 

Paul Beaupain (Verviers 1885 – Bruxelles 1936). Reçu en 1920. Il est conseiller communal à Namur à la même époque que François Bovesse et Marcel Grafé. Journaliste, il préside l’association des journalistes libéraux du Hainaut-Namur. Il fut le directeur de La Province de Namur où ses deux compères Bovesse et Grafé le rejoignirent. Durant la Première Guerre, il est à Paris: « Il fonde, dans un immeuble à moitié abandonné de la rue Vivienne, le Club Belge, une sorte de coopérative où les réfugiés se rencontraient et retrouvaient la cuisine nationale à des prix ‘défiant toute concurrence’. Et cela dura jusqu'à l'armistice ... » (Pourquoi Pas?, 17 janvier 1930). Bien évidemment, Marcel Grafé devait être de la partie. Revenu à Namur, peut-être avec hésitation, il reprend son travail au sein de La Province. S’amuser, manger, il aimait. Voilà que le journal Pourquoi Pas?, en 1929, propose aux Namurois de fêter la bataille des « Éperons d’Or » (Courtrai, 1302), haut fait d’armes devenu le symbole d’une Flandre conquérante sur la francité. Oui mais, le comte Jean de Namur, avec ses hommes d’armes, y prirent une belle part. L’occasion était trop belle de se payer une tranche de bonne humeur sur le flamingantisme. On prépara une belle fête sous l’égide du journal qui lança l’affaire. Des discours, et surtout des agapes préparées par, bien entendu, Paul Beaupain. Plus de 160 convives, que du beau monde, en tête le bourgmestre de Namur Golenvaux avec à ses côtés celui de Liège, et bien sûr Marcel Grafé qui fit un discours au nom des Amitiés françaises (qu'il avait créées), François Bovesse et bien d’autres. On y chanta entre autres La Marseillaise, Li Bia Bouquet, et Bovesse, dans un grand jour, sortit : « Li vî clotchî d'Sint-Djan » et quelques chansons osées bien dans la tradition étudiante [Le Guetteur Wallon, 2, 1990].

Puis, Beaupain partit diriger le vieux journal bruxellois, L’Étoile belge ; c’était une consécration de son talent. Il fut délégué de Bruxelles à l’Assemblée Wallonne de 1934 à 1936 (c’est-à-dire à peu près la période où Marcel Grafé est directeur de la « Défense Wallonne »). Sa notoriété était grande, et lors de son décès, la même année que Marcel Grafé et Jules Destrée, décidément !, le journal Le Figaro de Paris se fendit d’un avis nécrologique le 18 novembre 1936 (en page 2).

 

La couverture du recueil de poème "Filles de l'Onde" (1954) de Robert Goffin est dessinée par Paul Delvaux. Robert Goffin fut très actif au sein du mouvement "La Lanterne Sourde", un moment littéraire très particulier et important de la vie littéraire francophone belge en 1921 avec Paul Vanderborght comme meneur. La durée de vie officielle du mouvement fut brève (environ 1 ans), alors que ses implications furent importantes.[Alfano] Je vous renvoie à la 5e partie du travail sur François Bovesse Franc-maçon: "L'art wallon existe-t-il ?". (archives de l'auteur)

 

D’autres nouveaux membres, acteurs du ‘Mouvement Wallon’, sont entrés dans la loge, citons-les simplement :

 

René Wodon est reçu en 1903. C’est un médecin. Il est membre du comité de rédaction de « L’Opinion Wallonne » en 1920 et l’un des délégués à l’Assemblée Wallonne (1914, 1919-23).

 

Jean Rosel (Malines 1849- Namur 1935), est reçu en 1905. Conseiller communal libéral avec Marcel Grafé, il crée en 1911 la Ligue Wallonne de Namur, qui eut une durée de vie brève. Cela faisait suite à l'assemblée à Namur des Ligues Wallonnes, unies pour la circonstance, qui réunit un millier de personnes. La Ligue Wallonne de l’arrondissement de Namur prit la relève de cette première ligue, en 1913, à laquelle François Bovesse adhéra.

 

Georges Honinckx (1879-1952), un louveteau. Sa mère est une des sœurs Lecocq, il est donc cousin germain de Marcel Grafé. Avocat à Namur, deux fois bâtonnier, il succède comme député libéral à son oncle Joseph Grafé en 1919. Puis cède sa place à François Bovesse en 1921. Il fut membre de l’Assemblée wallonne en 1914, puis après-guerre jusqu’en 1927, année où François Bovesse s’en éloigne également. On le retrouve rédacteur à l’Opinion Wallonne, journal militant wallon de Raymond Colleye, un fédéraliste convaincu. Reçu à la Loge en 1912, il en devient président pour les années 1925-1928.

 

Melchior Michel (1857-1935), reçu en 1919. Quincaillier de profession, il est membre du conseil communal d’Auvelais dès 1887. Echevin en 1900, il devient bourgmestre socialiste d’Auvelais de 1921 à 1937 et sénateur provincial de 1921 à 1922. Il représente l’arrondissement de Namur à l’Assemblée Wallonne à partir de 1927.

 

Joseph Boulle, né en 1879 et décédé en 1950 à Gembloux, reçu en 1921. Il était maître-imprimeur et conseiller communal de cette ville. Durant la Seconde Guerre, il exerça ses talents au profit du mouvement de résistance « Wallonie libre ». Il créa ensuite avec Jean Pirotte (cf introduction), les fêtes de Wallonie à Gembloux. C’était un défenseur résolu de la cause wallonne : il participa activement, à la fin de la guerre, dès 1944, à la création de la section gembloutoise de la fédération namuroise du mouvement la Wallonie Libre dont il était membre actif pendant la guerre afin, disait-il, d’empêcher « l’asservissement de la Wallonie » aux intérêts du nord.

 

Paul Stevelinck. Reçu en 1922. Officier militaire, il est un des collaborateurs de la « Ligue pour la Défense de la Frontière de l’Est », mensuel d’une durée de vie très brève (3 numéros en 1931). Et nous savons que cette défense est une revendication majeure du Mouvement Wallon de l’époque.

 

Émile Fonck (1879-1952). Reçu en 1922. Enseignant, préfet de l’athénée du Centre, puis de Marche. On le voit à l’Assemblée Wallonne durant les années 1920 et 30. En 1938, il devient membre du comité d’honneur du premier Congrès culturel wallon. Durant la guerre, il est sans doute résistant au sein de « Wallonie libre » (comme Joseph Boulle ou Jean Pirotte) puisque au sortir de celle-ci, il y représente la petite ville namuroise de Rochefort. Il est un des participants du premier Congrès wallon d’après-guerre en 1945 à Liège.

 

Léon Sasserath (Namur 1881 – Dinant 1958). Lui-même chirurgien-dentiste, il vient d’une famille de chirurgiens-dentistes. Membre du parti libéral, il est élu conseiller communal de Dinant (1913), puis échevin (1914-1921), bourgmestre (1927-1936 et 1947-1956), conseiller provincial de Namur (1925-1935), vice-président du conseil provincial (1929-1933), sénateur de Namur-Dinant-Philippeville (1935-1946). Dans les pas de François Bovesse, il milite pour un unilinguisme absolu en Wallonie. C’est un acteur important du Mouvement Wallon : il est présent au premier congrès de la Concentration wallonne en 1930, tout en étant membre de l’Assemblée wallonne de 1935 à 1940. En 1938, il est également présent au premier congrès culturel wallon avec son ami Emile Fonck, entré la même année que lui à la loge et Léon Walravens-père. Après-guerre, son investissement ne faiblit pas, il participe par exemple au premier congrès wallon de 1945 à Liège. Un boulevard, le long de la Meuse, de la petite ville de Dinant porte son nom. Il est reçu peu de temps avant François Bovesse, en 1922, à la Loge de Namur. Il sera le dernier président de la loge d’avant-guerre et le premier d’après-guerre. Son fils Pierre, également un militant convaincu du Mouvement Wallon et membre de la loge, est repris plus loin.

 

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"Le Soir Illustré" du 22 juin 1935 (colorisé, archives de l'auteur)

 

Section 7 : 1923, François Bovesse

 

Lorsque, en 1923, jeune député, François Bovesse (1890-1944) est reçu dans la loge namuroise, celle-ci avait déjà fait, par certains de ses membres, un long chemin dans le « Mouvement Wallon ». Il n’arrive pas en terre vierge. Combattant durant la Première Guerre, gravement blessé, il est versé dans l’auditorat militaire à Calais. Après la guerre, il fut député, conseiller communal de Namur, échevin, ministre à plusieurs reprises, et enfin gouverneur de sa chère province à partir de 1937. Démis de ses fonctions durant la Seconde Guerre, il reprend son métier d’avocat. Prisonnier, otage comme bouclier humain sur des trains, il est assassiné en février 1944 au pas de sa maison par des rexistes. Je renvoie le lecteur vers les biographies qui traitent de cette dimension. [par exemple : Gavroy]

"Le Soir Illustré" du 6 juillet 1950. Colorisé. (archives de l'auteur)

 

Qualifié de wallon 100 %, sa participation à plusieurs gouvernements est manifestement liée aussi à sa pleine participation au Mouvement Wallon : Het Laatste Nieuws du 13 juin 1934 « De h. Bovesse, die reeds vroeger in een ministerie zetelde, namelijk als minister van Posterijen, Telegrafie en Telefonie, is een volbloed Waal, ‘een Waal 100 t.h.’ zooals men dat nu noemt. De Walen beschouwen hem, met een paar andere, als hun woordvoerder bij uitnemendheid en er bestond groote kans toe dat graaf de Broqueville, ook al ware er geen ministerieele krisis uitgebroken, hem in zijn kabinet zou hebben opgenomen. In elk geval werd, voornamelijk sedert de opneming van den h. Van Cauwelaert in de regeering, aan liberaal-Waalschen kant daarop sterk aangedrongen. » (traduction : M. Bovesse, qui a précédemment exercé au sein d'un ministère, notamment celui des Postes, Télégraphes et Téléphones, est un Wallon pur sang, un «Wallon 100 % de chez nous», comme on dit aujourd'hui. Les Wallons le considèrent, avec quelques autres, comme leur porte-parole par excellence, et il y avait de fortes chances que le comte de Broqueville l'ait inclus dans son cabinet, même en l'absence de crise ministérielle. C'est d'ailleurs ce que les libéraux wallons ont vivement préconisé, surtout depuis l'arrivée de M. Van Cauwelaert au gouvernement).

Sur le plan maçonnique, ce fut un membre relativement présent, fier d’en faire partie [Delforge, Marc]. Il entra dans le Conseil des Officiers de la loge comme orateur adjoint lorsque Georges Honinckx fut président de 1925 à 1928. C’est sa seule charge maçonnique connue. Il réalisa plusieurs conférences au sein de sa loge, mais aussi dans d’autres loges, portant généralement sur la question linguistique, et probablement aussi sur l’Instruction publique dont il fut le ministre. [Poupart]

Il rejoignit l’Assemblée Wallonne en 1920, membre de son bureau permanent.

En 1923, Jules Destrée donna sa démission de l’Assemblée, en désaccord profond avec l’orientation voulue par Joseph-Maurice Remouchamps qui avait pris sa succession en 1920 (unionisme avec vote bilatéral -majorité dans chaque groupe linguistique nécessaire-, refus du fédéralisme). Jules Destrée n’était pas seul et dans son retrait, une vingtaine de membres majeurs du Mouvement Wallon le suivirent, dont Emile Jennissen, Auguste Buisseret, Richard Dupierreux. On y trouve aussi Paul Honinckx, le cousin de Georges Honinckx dont question plus haut. Ces rebelles furent à la base de la « Ligue d’Action wallonne de Liège », née cette même année, si importante dans le développement du Mouvement Wallon, alors que l’Assemblée Wallonne déclinait. Bovesse, cependant, suivit la ligne Remouchamps dans un premier temps. Ensuite il va s’en éloigner, on ne le verra plus aux réunions à partir de 1924, et il en aurait donné sa démission en 1927, selon une courte annonce dans « Défense Wallonne » (l’organe de diffusion de l’Assemblée). Mais cela reste ambigu. On retrouve son nom dans les listes des délégués durant les années 30.[Remouchamps] Probablement que Bovesse se rendait parfaitement compte que les divisions au sein du Mouvement Wallon portaient tort au combat wallon : il ne mettait dès lors pas en avant son éloignement. Il donnera d’ailleurs une seconde démission lorsqu’il devint gouverneur en 1937, avançant l’incompatibilité des deux positions. En réalité, il se rapproche de la Ligue d’Action, fédéraliste, sans pour autant y adhérer nommément. Il participa cependant aux Congrès organisés par la Concentration wallonne.

 

Son engagement wallon s’illustre concrètement pour sa ville de Namur, sans aucun sectarisme. D’ailleurs nombre de ses amis ne sont pas franc-maçons, plus encore sont catholiques, à commencer par son ami proche [Robert Hicguet] qui fit sa biographie peu de temps après son assassinat.

Il créa et présida dès 1923, à 33 ans, l’année de sa réception à la loge namuroise, le « Comité Central de Wallonie » à Namur (« Central » viendra après), et dans sa foulée les fêtes de Wallonie à Namur (les plus anciennes de Wallonie) auxquelles il participait avec enthousiasme. Le succès de celles-ci, grandissant, possède un effet d’entraînement sur le sentiment wallon de la population, la remise à l’honneur du folklore, de l’histoire et de la langue régionales, et d’une politique centrée sur la Wallonie.

Le succès des fêtes de Wallonie est tel que toutes les régions wallonnes vont organiser les leurs. (archives de l'auteur)

 

Poète depuis sa jeunesse, il se replongea dans l’écriture lorsqu’il devint gouverneur. Recueils de poésie et romans sortirent dès ce moment, ils chantent tous l’amour de sa ville, pour la Meuse et la Sambre, pour sa région. François Bovesse était devenu pour les habitants de la ville « Noss Francwes », et lors de ses funérailles début février 1944 suite à son assassinat du 1er février par un rexiste [Balasse], malgré les menaces et interdictions des Allemands, environ 10 000 Namurois suivirent le cercueil dans les rues de Namur. [Dulière, dans La Wallonie. Le pays et les hommes, tome III]

 

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11e pèlerinage de l'Yser, 1930

12e pèlerinage de l'Yser en 1931, lieu de rassemblement du Mouvement flamand. Les organisateurs annoncent 200 000 participants, (compte-rendu du XIIe pélerinage, 1931). Aucun parti politique flamand ne peut ignorer ceci, les avancées sur la question flamande sont dès lors engrangées sous la poussée de cette force populaire. Quoi qu'il en soit, le Mouvement wallon, lors de ses congrès et autres manifestations, est encore très loin du compte à cette même époque. (archives de l'auteur)

 

Section 8 : nouveaux membres wallonisants après 1923

 

De nombreux membres de la loge suivirent le Mouvement Wallon dans le sillage de François Bovesse. Parmi ceux-ci, Robert Gruslin et Georges Guilmin sont des proches de François Bovesse. Il les a peut-être/probablement parrainé à la Loge.

 

Robert Gruslin (Rochefort 1901- Profondeville 1985), reçu à la loge namuroise le 18 mars 1929. Diplômé de l’ULB en sciences administratives, directeur général de l’enseignement universitaire et des sciences, il fut secrétaire de cabinet de François Bovesse lorsque celui-ci était ministre de l’Instruction publique. Il lui succédera comme gouverneur après la guerre dès 1945. C’était un ami proche d’un autre Rochefortais, Yvan Paul, lequel fut un acteur ardent de la cause wallonne, présent dès 1912 à l’Assemblée wallonne, puis directeur de son organe de presse « La Défense wallonne » jusqu’en 1933 lorsque Marcel Grafé (voir plus haut) le remplaça. Paul et Gruslin ont sans doute travaillé ensemble pour l’Assemblée wallonne. Toujours est-il que Gruslin présida la Ligue wallonne de Gembloux de 1931 à 1936. À ce titre, il connaît Joseph Boulle (voir plus haut), maître-imprimeur de Gembloux et membre de la Loge depuis 1921. Très vite, il participe aux fêtes de Wallonie à Namur, dès 1924. Durant la guerre, il coordonne le secteur universitaire au sein de la résistance. Après-guerre, il fut un défenseur de la fédéralisation de l’État belge.

 

Georges Guilmin (1905-1975), reçu le 21 décembre 1930 à la loge. Il fut secrétaire du « cercle des étudiants wallons » de l’ULB en 1927 où il fit ses études de droit. Avocat à Namur, il en devint également le bâtonnier. Dans les années 1930, il représenta Namur tant à l’Assemblée wallonne (il sera membre de son bureau permanent) qu’à la Concentration wallonne, de même qu’au premier congrès culturel wallon à Charleroi en 1938. Il était le secrétaire politique de François Bovesse et le remplaça comme député lorsque ce dernier devint gouverneur. Député permanent à la Province de Namur après la Seconde Guerre, chargé des affaires culturelles, il fut un moteur dans la création du musée Rops à Namur en 1963 (avec Robert Gruslin, encore gouverneur jusqu’en 1968).

L’un et l’autre sont fondateurs de l’asbl « Les Amis et Disciples de François Bovesse » à Namur en 1946, avec 6 autres comparses et amis proches de François Bovesse qui n’étaient pas franc-maçons.

 

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Au côté de Gruslin et Guilmin, citons également:

 

François Closset (Herstal 1900 – Etterbeek 1964) mérite une mention spéciale. Il fit ses études à l’université de Liège et termina docteur en philosophie et lettres en 1923 (langues germaniques). Il fut reçu à la Bonne Amitié, en 1926. En 1934, il se voit confier la chaire de méthodologie spéciale des langues germaniques : sa carrière académique à l’université de Liège était lancée. Sa renommée devient rapidement internationale. Cette même année, en 1934, il fut l’orateur de Fernand Clement revenu comme président de la loge pour un an et lui succéda dans cette position pour les trois années suivantes (1935-6-7). En 1935, il créa la « Revue des Langues vivantes - Tijdschrift voor levende talen » qui joua un rôle important pour les lettres flamandes. Il se marie en 1936 avec Angèle Manteau (1911-2008), qui avait fait des études à l'Université libre de Bruxelles (chimie) et qu'il avait connue à Dinant. Ils fondèrent les éditions bruxelloises Manteau en 1938 qui vont marquer profondément la littérature flamande, à tel point (son mari est décédé depuis les années soixante) qu'elle sera anoblie (baronne) par le roi Baudouin en 1986 et deviendra membre de l'ordre d'Orange-Nassau (Pays-Bas) cette même année. Lorsque François Closset descendit de sa charge de président de loge, un wallon parlant parfaitement le néerlandais ce qui n’est pas si courant, le Grand Orient de Belgique s’empressa de le désigner Grand Inspecteur de la Loge néerlandophone bruxelloise Balder, d’autant qu’il habitait à ce moment Bruxelles. C’est probablement lui qui rapprocha les deux loges. En 1942, il est nommé professeur ordinaire à l’université de Liège. Vers la fin de la guerre (1943-1944), il vivait caché des nazis à Dinant parce que franc-maçon recherché, on le sait par sa correspondance très suivie avec sa femme toujours à Bruxelles.

 

Jacques Boulle (1883-1955), reçu en 1926. C’est le frère de Joseph Boulle (voir plus haut). Il suit les traces de son frère mais à Woluwe St-Lambert (Bruxelles) par la création d’une section de la Ligue Wallonne dans cette commune bruxelloise, et la lutte contre la flamandisation de la ville. Il fut l’orateur de la loge au sortir de la Seconde Guerre mondiale. [Boulle, Jacques]

 

Florent Materne, reçu en 1928, membre de la Ligue wallonne de Namur en 1931.

 

 

Gaston Botte, un industriel, reçu en 1932. Militant wallon, fédéraliste, il fut un habitué du pèlerinage de Waterloo, celui de l’« Aigle blessé ». Ce pèlerinage débute en 1928 à l'initiative de l' "Avant-garde wallonne", et prend de l’ampleur dans les années 1930, avant de disparaître. Ce fut un lieu et un moment important du Mouvement Wallon, un peu comme le pèlerinage de l’Yser pour les Flamands, sans en atteindre l'ampleur, loin de là. Il porte des messages consacrant l’identité socio-politique wallonne française, par exemple se prononçant contre la neutralité, dans le but de se rapprocher de la France, et ainsi notamment améliorer la défense de la frontière de l’Est, etc.

 

Rex - 1935
REX illustré - février 1936

Mêmes causes, mêmes erreurs, mêmes effets (voir notamment Lacroix-Riz, pp 427-9). À l'occasion des élections du 24 mai 1936, arrivée en force, au parlement, de Rex, parti fasciste francophone proche du parti national socialiste d'Hitler (ainsi que du VNV - parti fasciste flamand). C'est une période très trouble, avec l'assassinat de 2 militants socialistes la veille de l'élection à Anvers, suivi d'une grève qui débute dans cette ville portuaire, puis s'entend et devient progressivement massive et générale sur fond de crise économique. Le mouvement culmine en juin de cette année-là. Cette grève géante sur l'ensemble du pays provoque une "conférence nationale du travail" qui débute le 17 juin, quasi dès le nouveau gouvernement tripartite de Van Zeeland formé. Cette conférence accouche les lois des 8-9 juillet sur les congés payés annuels, l'assurance chômage obligatoire, le minimum salarial, la liberté syndicale sans restriction, la semaine de 40 heures pour les entreprises dites "pénibles, dangereuses et insalubres" (dockers, mineurs, ...). Notons que François Bovesse était ministre de la justice de ce gouvernement. (archives de l'auteur)

 

Norbert Wouters (Saint Servais 1907-1979), reçu en 1937. Avant guerre, jeune médecin, il s’était investi dans la lutte anti-rex, avec Georges Honinckx (voir plus haut). Après-guerre, il sera à la base de la création des centres de santé provinciaux namurois sous le gouvernorat de Robert Gruslin (voir plus haut). Sur le plan maçonnique, il sera président de la loge, de celle des hauts-grades de Namur, puis présidera le Souverain Collège du Rite Écossais. Je garde un excellent souvenir de cet homme grand et maigre à la "double" voix (suite à une intervention qui modifia le fonctionnement de ses cordes vocales), d'une intelligence pénétrante.

 

Pierre Sasserath (Dinant 1910-1979), reçu en 1937. Fils de Léon Sasserath, il est actif après-guerre au sein du Mouvement populaire Wallon devenant son secrétaire-adjoint. C’est un proche d’André Renard, il reste fidèle à la ligne du fédéralisme, ainsi qu’aux revendications exprimées par la pétition des 645 499 signatures de 1963, réclamant le référendum d'initiative populaire. Par ailleurs, il fut membre du Conseil communal de la ville de Namur et fort actif pour la remise en honneur du folklore namurois (Le Guetteur Wallon, 3, 1962).

 

Eugène Fraikin, professeur (géographie), reçu en 1937. Il devient préfet de l’athénée de Waremme. Il milite à « Wallonie libre » dont il devient secrétaire de la régionale de Huy.

 

Fernand Grisar (1906-1959), un médecin liégeois, reçu en 1938. C’est un membre actif de la « Ligue d’Action wallonne » (Liège). Il suit l’abbé Mahieu, devenu le président de la "Concentration wallonne", dans l’aventure du « Parti wallon indépendant » en 1939, ce sera un échec. Durant la guerre, il est résistant dans le groupe liégeois « Sambre et Meuse », une branche 'détachée' de « Wallonie libre » où sa qualité de médecin se révèle fort utile. En 1957, il préside le C.A. de la Maison wallonne à Liège.

 

Robert Vanderlinden, médecin à Nassogne (Luxembourg belge), reçu en 1939. Réputé excellent orateur, il suit les traces de son confrère Fernand Grisar et rejoint l’aventure ratée de l’abbé Mahieu du « Parti wallon indépendant » en 1939.

 

Leopold De Hulster (archives de l'auteur)

Léopold De Hulster (1899-1944). Reçu en 1939. Membre du POB, il est journaliste au Peuple dont il devient le directeur pour Namur en 1933. Durant la dernière guerre, il continue son métier dans la presse clandestine et dans des réseaux de renseignement. Arrêté en 1944, il est interné au camp de Maunthausen où il meurt le 22 décembre de cette année-là. Une loge de Namur porte son nom.

 

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Menu du 20e anniversaire de Wallonie Libre. On reconnaît, à l'arrière du menu, les signatures de Auguste Buisseret, Jean Pirotte, François Van Belle (2x!), Arille Carlier, Aimée Bologne-Lemaire (l'épouse de Maurice Bologne), Simon Paque, et d'autres. (joli document - archives de l'auteur)

 

Conclusion.

 

L’antique loge namuroise, ‘La Bonne Amitié’, est devenue ‘La Bonne Amitié François Bovesse’ au sortir de la seconde Guerre mondiale.

La question de recherche que nous avons essayé d’éclairer est apparemment simple : existe-t-il une relation entre la maçonnerie namuroise et le Mouvement Wallon qui pourrait expliquer l’histoire de la loge « La Bonne Amitié » au cours du XXe siècle ?

Complémentairement, peut-on avancer que, lorsque François Bovesse est reçu en 1923 dans la loge namuroise, sa position de participant au ‘Mouvement Wallon’ fut une des raisons de cette entrée ? Et réciproquement, en est-il de même lorsque la Loge, au sortir de la Seconde Guerre, s’est chargée de son nom ?

La réponse à ces questions est très probablement positive, les faits parlent, même si aucun écrit ne l’atteste explicitement. Ce n’est évidemment pas dans les manières de la franc-maçonnerie, mais bien dans les raisons non dites d’une cooptation réciproque et d’une dialectique entre une « idée » (le Mouvement Wallon) et une loge.

 

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Arthur Masson (Chimay 1896 - Namur 1970) est un auteur wallon. Fils de douanier à la frontière française, il devient professeur à l'Athénée et à l'École Normale de Nivelles, où il débute l'écriture des aventures de Toine Culot. Ses histoires sont savoureuses, sentent le terroir, n'hésitant pas à placer des dialogues en wallon ponctuant ainsi des textes écrits dans un très beau français. Pas d'hésitation, même si ce fut publié il y a 80 ans environ, la lecture, agréable, sensible et pleine d'humour, reste d'actualité. (édition de 1946, archives de l'auteur)

Références

Les références sont reprises dans les "références générales" de la 5e partie de François Bovesse, Franc-maçon.

 

Coll. privée

 

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Rédigé par Christophe de Brouwer

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