Rite Écossais Primitif (10). Commandeur de l'Intérieur (33e degré).
Publié le 15 Décembre 2023
Introduction.
Nous terminons avec cet article, notre étude du Rite Écossais Primitif, dit de Namur. Un rite qui fut vivant pendant une 100aines d'années, dont la pratique s'est arrêté il y a environ 150 ans.
Mais tout n’est pas dit, de nombreuses questions ont surgi au cours de cette étude, des coins obscurs sont apparus. Comme souvent, sinon toujours, ce n’est pas un point définitif qui termine ceci, mais seulement une étape. J’espère que d’autres s’y mettront, compléteront, corrigeront s’il y a lieu et surtout enrichiront le corpus. En effet, la critique constructive, basée sur la connaissance et l’étude, est riche et souhaitable. Elle est malheureusement assez rare.
Bonne lecture. Et j’espère y revenir plus tard avec de nouvelles données, qui sait.
Trois articles concernent l'Ordre Intérieur namurois, de Stricte Observance:
- Rite Écossais Primitif (8) Novice-Chevalier de l’Intérieur, 30 et 31e degrés.
- Rite Écossais Primitif (9). Prefet de l'Intérieur (32e degré).
- Rite Écossais Primitif (10). Commandeur de l'Intérieur (33e degré).
Les début de la Stricte Observance.
La Stricte Observance Templière (SOT) serait, à l'origine, une entreprise non maçonnique liant utopie et activité lucrative ? Dans un article important, en fait peu controversé et souvent cité, Hermann Schüttler [1] modifie drastiquement la perspective des débuts de la Stricte Observance. Après avoir constaté (traduction) « Selon l'avis unanime des chercheurs actuels, la Stricte Observance est considérée comme la plus grande et la plus importante organisation maçonnique de hauts grades sur le continent européen au XVIIIe siècle », il essaye de trouver son chemin dans le fouillis des tous débuts du système.
Il tire la conclusion que, dès les années 1743 où Karl-Gotthelf Hund (1722-1776), un homme honnête selon l'auteur, est à Paris, il n’est pas question de franc-maçonnerie mais de la mise en œuvre d’une utopie, la création d’une sorte de Colonie aristocratique idéale, hors la mainmise des puissances dirigeantes du moment. Le lieu, tel que Hund le décrit lui-même, se situe au Labrador actuel (Canada). La thèse de Schüttler est très argumentée et référencée. Utopie doublée d’un aspect financier bien évident, la création d'une colonie au loin demande des investissements conséquents. Là où il y a de l’argent à se faire, il y a des escrocs. D'où le passage de nombreux escrocs dont les plus connus sont le pasteur Rosa et Johnson, mais aussi apparemment ses interlocuteurs anglais, et l’instrumentalisation voulue de la franc-maçonnerie de l’époque qui lui donnait une source internationale de financement et de relations (Schüttler utilise le terme de « racket »). Des données plus précises concernant la SOT apparaissent en 1751, en effet Hund fait état d'un Ordre Intérieur. L’utopie s’effondra peu après la guerre de Sept Ans (1756-1763), les sommes engrangées s’évanouirent. Cette première partie est décrite comme l' "Operationsplan" (le plan opératoire). Restait le nouveau système qui va alors s’ancrer complètement dans la franc-maçonnerie de l’époque. C’est le convent d’Altenberg en Saxe de 1764 qui donne à la Stricte Observance templière un élan explosif. D’un vingtaine de membres connus, il passe à 1375 membres connus. On voulait faire partie de la Stricte Observance aristocratique, c’est la nouvelle mode maçonnique surtout en Europe centrale. L’aspect pécuniaire n’est pas loin, il permet de faire le tri. Cette seconde époque concerne l' "Ökonomischen Plan" (le plan économique), où von Hund n'est plus à l'avant plan, il décède en 1776. Dans le sillage de cette explosion « officielle », combien de systèmes « sauvages » voient le jour ? Certainement un grand nombre, c’était courant durant l’ancien régime.
La stricte observance professée à Namur et dans les loges régimentaires des Pays-Bas autrichiens ne semble pas se rattacher officiellement au nouveau système. Pour Namur, il y a des divergences nettes, tant dans l'organisation (système Rose-croix + système de type SOT) que dans les rituels utilisés (pour les autres, on ne sait pas). Et probablement que cela ne devait pas poser de problème particulier, tant qu’on restait dans un cadre militaire, régimentaire et qu’éventuellement un membre ou l’autre pouvait se rattacher à l’ensemble. Nous ne devons donc pas nous étonner que la structure et les rituels professés par Namur soient résolument en-dehors du champ rituélique officiel et le soit resté. Les positions régaliennes-jansénistes des Autorités ne doivent pas être sous-estimées dans ce cas. La « chance » est que la plupart de ces rituels particuliers nous soient parvenus, très probablement parce que la loge La Parfaite Union/Bonne Amitié de Namur est une loge « obédientielle », de surcroît non dépendante de la Stricte Observance officielle, mais bien d’Obédiences 'classiques' pour sa Région, ce qui a garanti dans une certaine mesure sa survie jusqu’à aujourd’hui. Je ne connais pas d’autres rituels de ce type particulier sauf l’exemple de « Strasbourg » (voir article précédent-8), et cela démontre que ceux de Namur viennent de quelque part, ils ne sont en réalité pas isolés.
Sigillographie.
L’étude des sceaux en cire contenus dans les documents d’archives concernant la loge La Bonne Amitié de Namur, déposés à la Bibliothèque Nationale Française (BnF), est pleine d’intérêt. Ils courent sur une assez courte période, de 1808 à 1812. Nous ne sommes pas en mesure de comprendre l’origine de certains d’entre eux, mais comme ils ont été utilisé de façon « officielle » dans la correspondance avec le Grand Orient de France durant la période française, ils devaient revêtir à la fois un aspect d’authenticité et d’usage.
C’est quelques temps après avoir publié dans Renaissance Traditionnelle [2][3] les premiers éléments sur ce rite particulier, dont de larges éléments sont repris ici, que la question des sceaux repris dans les documents d’archives a pris de l’acuité. La Bnf m’a réalisé d’excellents clichés de ceux-ci.
Georges de Froidcourt, qui avait écrit, avant guerre, une courte histoire de la Bonne Amitié, avec des données nouvelles, notamment sur base des archives déposées à la BnF [4], dont une partie, manifestement, a disparu depuis, était un collectionneur d’objets maçonniques belges de grand talent. Ses précieuses collections sont aujourd’hui déposée notamment aux archives de l’État de Liège et au Fonds maçonnique Foidcourt-Droixhe de l’Académie royale de Belgique. En 1970, la loge namuroise fêtait ses 200 ans d’inscription au tableau de la Grande Loge d’Écosse (GLE) sous le n° 160 portant alors le nom de « Parfaite Union ».[5] À cette occasion, Froidcourt offrit à la loge le plus vieux document connu à ce jour pour celle-ci [6], un certificat de maîtrise du sieur Roquet, datant de 1768, membre bien connu de la loge car il eut quelques démêlées avec d’autres membres. Certificat entièrement manuscrit qui fut authentifié par l’ancienne responsable des archives de l’État de Namur, Mme Lefèvre-Douxchamps.
Ce certificat, qui précède donc l’inscription au tableau de l’Ordre de la GLE de deux ans, nous montre une pratique de hauts grades foisonnante. Il comporte en outre un cachet sec qui reprend l’écu de la GLE avec la titulature non retrouvée ailleurs : Nostrum Dominus Deus Praesidium*.
Ce sceau, en cire, avec la titulature, est repris par les deux diplômes Pyman, tant celui de 1775 que celui de 1776.
Ce même sceau, un peu modifié, car il comporte en plus, au chef, deux mains qui se serrent (signe de fidélité: d'ailleurs en héraldique, cette figure désigne cette qualité et est nommée une "Foi"), avec toujours la même titulature, en cire, se retrouve sur plusieurs documents déposés à la BnF. Il y a là une continuité remarquable. Cela indique que la loge de la période française connaissaient son histoire, et notamment l’histoire de ses débuts. Cela ne doit pas nous étonner, des membres éminents de la loge, durant la période française, avait été initié aux débuts de la loge, eux-même enfants de franc-maçons namurois. On se trouve avec des témoins-acteurs directs. La répétition de ce cachet nous démontre cela et en réalité donne du poids aux déclarations de ces personnages auxquelles nous avons fait mention lors des articles précédents.
Autre donnée tout à fait étonnante, c’est le sceau « Nec plus ultra » de type Kadosh [7] que l’on trouve sur le diplôme Pyman de 1776 et que l’on retrouve à nouveau sur des documents de l’époque française de la loge : il s’agit probablement de sceaux assez identiques sans que l’on puisse en être sûr : le sceau du diplôme Pyman est en fort mauvais état. Je les montrerai plus loin.
Deux autres cachets apparaissent sur les documents de la période française : un sceau de type Rose-Croix qui n’appelle pas de commentaire particulier et un cachet à encre de « 33e », sur un bout de papier, non rattaché à un document, mais qu'on retrouve par exemple sur le tableau des Hauts-Grades de 1821 (CEDOM-Bruxelles). Notons que le dossier namurois des Hauts-Grades est manifestement incomplet par rapport à celui consulté par Froidcourt dans l’entre-deux guerre.
* La titulature se rapproche du titre du psaume 45 : « Deus præsidium nostrum et robur » (Dieu, notre refuge et notre force) ou du verset 10 du psaume 59 : « Fortitudo mea, tibi attendam, quia, Deus, praesidium meum es » (Ma force, c'est vers toi que je regarderai, car Dieu, tu es ma forteresse). Mais aussi de la version latine d’un hymne en anglais du révérend Isaac Watts de 1719 : « Deus praesidium nostrum » (Dieu notre refuge). Le terme latin praesidium peut prendre plusieurs signification dans le sens de protection, défense, refuge, forteresse, ce qui est gardé, etc. (cf le Gaffiot)
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Commandeur de l’Intérieur du Temple (33e)
Le rituel de Commandeur de l'Intérieur (33e) est manquant.
Soulignons que les écrits anciens utilisent généralement deux à trois dénominations pour désigner le régime de Stricte Observance : chevalier du Temple ou chevalier de l’Intérieur ou parfois chevalier du Saint Sépulcre.[8]
Ghernaouti présente un rituel de Commandeur Templier qui daterait d'environ 1775 (entre 1772 et 1781). Comme celui de Chevalier Templier qu'il présente également, ce rituel-ci apparait également hétérodoxe. Cependant, c'est le seul que je connaisse. Peut-être que celui de Namur se rapporche dans la structure de celui-là.[9]
On a l'évocation du grade de Commandeur, avec toute la prudence et la critique requises, par les morceaux de rituel repris dans Ragon sous le titre « Extrait de rituel à l’usage du Commandeur de l’Intérieur, président du Chapitre » de l’Ordre du Saint-Sépulcre.[10] De façon somme toute assez logique, Ragon s’aide de Nicolas de Bonneville (voir le degré précédent de Préfet de l’Intérieur) pour démontrer l’absurdité de ce grade.
Dans la perspective Ragon, Pierre Mollier a attiré mon attention sur un rituel de Chevalier de la Bienfaisance, de la Cité Sainte et du Saint-Sépulcre de Jésus qui correspond, en tout cas en partie, à la description faite par Ragon du rituel à l’usage du Commandeur de l’Intérieur.[11] Ce grade, dont le président se nomme Commandeur et qui a pour but la restauration de l’ordre templier, se présente comme une sorte d’ordre intérieur du Chapitre Rose-Croix (comme le rituel Ghernaouti). Si le grade de Chevalier du Saint-Sépulcre serait ancien (1760), par contre l’ordre apparaît dans les années 1780 à Strasbourg et Toulon, c’est-à-dire de cette dorsale ‘Est’ que nous avons à maintes reprises évoquée. C’est le chevalier Pierre-François Isnard, un Strasbourgeois, qui paraît en être le promoteur. Officier à la Légion de Lorraine et au Berry-Cavalerie, il fut reçu maçon jeune, en 1753, il avait 26 ans.[12]
Le rituel conservé à la BnF (NAF 10956 (ff.° 228-237)) de Chevalier de la Bienfaisance de la Cité Sainte et du Saint Sépulcre semble aller dans ce sens. Il comporte comme en-tête : « Régime de la Stricte Observance / rectifié en 1782 / ORDRE DES CHEVrs DU St SEPULCRE DE JERUSALEM / Dit aussi / De la BIENFAISANCE ou de l’AURORE ». Le Commandeur s’adresse aux membres ainsi : « Au nom du Dieu tout puissant Mtre de l’univers & par la permission de nos legitimes Superieurs, j’ouvre cette assemblée. » Il s’agirait ici d’une branche particulière, issue du convent de Wilhemsbad de 1782, qui ne connut pas de suite. Ce qui semble intéressant de souligner ici, c’est la place faîtière du titre de Commandeur, comme à Namur.
La question soulevée par Pierre Mollier, intéressante dans le cas namurois, serait l’existence de deux systèmes se revendiquant de Stricte Observance à Strasbourg. Chacun serait produit, dans cette ville bi-religieuse, par son groupe : d’un côté une communauté protestante, avec des franc-maçons très investis dans une Stricte Observance venant d’Allemagne et de l’autre une communauté catholique, dont les francs-maçons s’y investissent, mais autrement (et provenant d'une région catholique: pourquoi pas Prague, 1ère région catholique à avoir accueilli la Stricte Observance dans ses loges). Pour Namur, ville catholique mais avec une garnison protestante dans le cadre du traité de la Barrière, dans une loge comportant les deux communautés ensemble: membres régimentaires protestants assez mobiles, membres civils catholiques assez stables, il fallait trouver un équilibre tout en maintenant la stabilité. Apparemment ce fut réussi puisque le système survécu une centaine d’année.
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Stellæ meæ non confido
Dans un échange de courrier avec feu Alain Bernheim, un historien précis et talentueux de la Franc-Maçonnerie, voici ce qu’il m’écrivait : « Permettez-moi d'attirer votre attention sur 2 certificats (31.5.1779 = 1775, 5.5.1780 = 1776) dressés par la Parfaite Union, Namur, pour Pyman, de Deventer, Officier au régiment du prince Frédéric d'Orange [-Nassau], avec sceaux HG, Croix de Malte, Aigle à deux têtes, Nec plus Ultra - endossés 11.9.1776 par la Bien Aimée d'Amsterdam (Crowe AQC 20 205-207 (facsimilés) - Clément 1937, 46) »
Voici la description du sceau Pyman par Crowe [13]: « The whole of the certificate, except the date and the signatures, is in print. Two seals are appended. That on the left is attachecl to a little bunch of ribbons of red, blue, yellow, green, and black, The impression is very bad, but I can just distinguish a double-headed eagle on a Maltese Cross, sword handles, and the motto « Nec plus ultra. » Another motto at the bottom is undecipherable. »
Le fameux sceau « Kadosch » sur le second diplôme Pyman. En très mauvais état, il permettait cependant de discerner les éléments qui sont décrits (moto:nec plus ultra, la double tête, la croix de Malte, les poignées d’épée). D’autre part, au centre du sceau, on devine un écu et au niveau des deux pointes du bras inférieur de la croix de Malte, on devine une ancre. Par contre la titulature du bas n’est effectivement pas lisible.
Nous retrouvons tous ces éléments dans les sceaux Kadosh en cire qui se trouvent sur certains documents de la loge déposé à la BnF (deux cachets sur des documents de 1811). L’hypothèse que les sceaux en cire sur les documents de la BnF sont identiques à celui du diplôme Pyman, est manifestement une hypothèse solide.
1. Nous pouvons ainsi compléter, sur base de cette hypothèse, le moto du bas : « Stellæ meæ non confido ». Nous y revenons plus bas.
2. Toujours sur base de cette hypothèse, l’écu serait donc composé d’un chevron, au chef 3 étoiles à 6 rais alignés et en pointe une étoile à 6 rais. Métaux et émaux ne nous sont pas connus. L’origine de cet écu ne m’est pas connu.
Selon les déclarations de Serome, un contemporain, ce serait John Cunningham qui aurait transmis en 1776, la patente du Grand Chapitre de l’Intérieur de Namur. Nous pouvons alors supposer que cet écu proviendrait d’Écosse ? Peut-être. Compte tenu de l'ambiance d'époque, cet écu devrait avoir une caractère "hiéroglyphique", c'est à dire caché, dissimulé, un symbole en cachant un autre. (cf Pierre Girard-Augry).
On peut penser que des étoiles à 6 rais font allusion au sceau de Salomon. Pourquoi pas.
Le reste est pour moi du langage d’oiseaux : « ce pourrait par exemple être le sceau de la Grande Loge d’Écosse, où les tours sont remplacées par des sceaux de Salomon. Mais il y a quatre étoiles. Chacune d’entre elles représenteraient les 4 branches de la croix de Malte. Ah bon, mais elle est déjà présente sur le sceau, bis repetita placet ? Ou les quatre croisettes des armoiries de Godefroid de Bouillon, cf plus haut l’ordre du Saint-Sepulcre ? Non, les 3 étoiles au-dessus représentent les étoiles que l’on trouve en brisure sur les armoiries de certaines lignées cadettes des Cunningham dont serait peut-être issu notre John Cunningham. Etc, etc... »
En résumé, je ne sais pas.
Peut-être est-ce encore du langage d'oiseaux, peut-être un peu mieux que cela. Le rituel de Commandeur présenté par Ghernaouti, voir plus haut, nous donne le cas échéant quelques indications, sous réserve d'une dissimulation "hiéroglyphique": "Derrière le Prés:. et au-dessus de sa tête doit être une grande étoile flamboyante dont les rayons en pierreries et très brillants. A sa droite un soleil resplendissant de lumière, à sa gauche une lune, le tout appliqué au mur du Chap:. [comme le diplôme repris plus haut] ... au milieu (du tapis) est un mausolée entouré de palmes, le tout en relief couvert de drap d'or. Sur le mausolée sont l'épée magistrale et la G:. C:. (Grande Croix)." Le chiffre "4" est également présent dans le rituel: 4 voeux (obligation), 4 baisers après la quadruple obligation, 4 siècles d'ancienneté, (remarquons que l'image de gauche du diplôme ci-dessus représente un vase entouré de 4 serpents et traversé par une épée). Pour ce qui concerne le chevron, sorte de compas, ce grade-ci est comparé de façon allégorique au grade de maître, l'impétrant est d'ailleurs qualifié de compagnon: "Vous savez aussi mon très cher F:. , que la loge de M:. et la réception à ce grade ne sont autre chose que ce que vous avez appris lors de votre Profession et dont vous connaissez maintenant le développement." Salomon n'est pas très loin, il est d'ailleurs cité. (Ce retour au source pourrait nous faire penser à certains rituels de 33e du REAA.) Notons que la croix de Malte est évoqué: "La G:. C:. ainsi que celle de l'Ordre de Malte émaillée en ponceau, on la porte au col attachée au grand ruban en ponceau par plusieurs petits anneaux."
En ce qui concerne le moto : STELLÆ MEÆ NON CONFIDO (on pourrait traduire par : Je ne me fie pas à mon étoile.)
Cette devise n’avait pas encore été rencontrée auparavant. Il s’agit, en quelque sorte, de la devise de la Grande Loge d’Écosse, en miroir :« In the Lord is all our trust ».
Ceci devrait nous renvoyer au psaume 10 de la Vulgate, qui porte sur la justice :
1. In finem. Psalmus David. 2. In Domino confido; quomodo dicitis animae meae: Transmigra in montem sicut passer? 3. Quoniam ecce peccatores intenderunt arcum; paraverunt sagittas suas in pharetra, ut sagittent in obscuro rectos corde: 4. quoniam quae perfecisti destruxerunt; justus autem, quid fecit? 5. Dominus in templo sancto suo; Dominus in caelo sedes ejus. Oculi ejus in pauperem respiciunt; palpebrae ejus interrogant filios hominum. 6. Dominus interrogat justum et impium; qui autem diligit iniquitatem, odit animam suam. 7. Pluet super peccatores laqueos; ignis et sulphur, et spiritus procellarum, pars calicis eorum. 8. Quoniam justus Dominus, et justitias dilexit: aequitatem vidit vultus ejus.
Ce qui pourrait se traduire ainsi :
1. En finale. Psaume de David. 2. C’est en Dieu que je place ma confiance. Comment pouvez dire à mon âme : fuis dans les montagnes comme un oiseau. 3. Les méchants bandent leurs arcs, ajustent leurs flèches sur la corde pour tirer dans l’obscurité sur ceux dont le cœur est droit. 4. Quand les fondements sont renversés, que peut faire le juste ? 5. Dieu est dans son saint temple ; le trône du Seigneur est dans le ciel. Ses yeux regardent ; à travers les paupières ses yeux sondent les enfants de l’homme. 6. Dieu interroge le juste et le méchant ; celui qui aime l’iniquité, hait son âme. 7. Il fait pleuvoir sur les méchants les pièges ; feu et soufre, et vents brûlants, telle sera leur coupe. 8. Car Dieu est juste et aime la justice : l’homme droit regarde son visage.
Il faut comprendre le moto ainsi : ne pas donner sa confiance égoïstement à soi-même, mais seulement à Dieu ; c’est d’ailleurs l’acceptation généralement admise par les exégètes de ce deuxième verset du psaume. Le psaume est évocateur de nombreux symboles utilisés en maçonnerie en fonction, le cas échéant, des grades spécifiques. Cela indique également l’ésotérisme chrétien utilisé par le rite, ce qui n’est pas une surprise : c’est la caractéristique de la maçonnerie du XVIIIe siècle, qui se prolonge dans la première moitié du XIXe siècle.
Il était intéressant de reprendre in extenso ce psaume, il représente en quelque sorte une déclaration d’intention de l’Ordre Intérieur templier namurois. On comprend alors mieux pourquoi, pour ne pas s’être adapté à l’époque du positivisme et du combat social, économique mais aussi anti-catholique du dernier tiers du XIXe siècle, le rite écossais primitif namurois ait disparu. Cependant, au final, il n’a pas entraîné dans sa chute celle de sa Loge. Le couperet n’était cependant pas passé fort loin. D’autres loges, pour ne pas s’être adaptées, ont disparu, alors que, durant ce dernier tiers de siècle et le début du XXe siècle, de très nombreuses loges sont nées, aux titres évocateurs du positivisme ambiant. Elles se sont penchées avidement sur les problèmes sociaux, économiques, juridiques de leur époque : la Loge La Bonne Amitié de Namur fera de même, avec succès. Ce constat n’enlève rien aux qualités intrinsèques du rite disparu.
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Nous voilà au terme de cette étude, étalée sur 10 publications, qui a élargi le propos publié dans Renaissance Traditionnelle, il y a 10 ans (2013-2014). Et j’espère pouvoir l’élargir encore, par de nouvelles données, de nouvelles analyses.
Le rite particulier de Namur ne fut pas un rite confiné dans une petite ville de province. Au contraire, les élites maçonniques belges de l'époque en firent une large consommation, et pour ce qui nous est connu, à commencer par le Baron de Stassart, premier grand-maître du Grand Orient de Belgique. Mais ce n’est pas tout, il intéressa le rite ancien et accepté, ne fusse que par les Nova Instituta Secreta du Comte de Saint-Laurent, ou avec Jean-Baptiste Pyron dans son Abrégé Historique (repris ensuite par Daruty), ou ses relations avec George Arnott Walker Arnott qui inclut le rite dans son Grand Council of Rites écossais .
Il est également décrit par beaucoup de textbooks s’occupant de Hauts Grades, notamment aux États-Unis. Bref, il suscita une véritable curiosité dans le monde maçonnique. Cependant bien peu le connaissaient réellement. C’est le but de ce travail.
Pour le reste, vos remarques critiques et constructives sont toujours les bienvenues. Je peux faire de erreurs, avancer des choses mal comprises, rater des données importantes, etc. Ainsi je pourrai améliorer, avec votre aide, ce corpus.
Références.
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Hermann Schüttler. Zum Verhältnis von Ideologie, Organisation und Auswanderungsplänen im System der Strikten Observanz. In M. Neugebauer-Wölk. Die Politisierung des Utopischen im 18. Jahrhundert. Max Niemeyer Verslag, 1996.
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Christophe de Brouwer. Les 250 ans du Rite Écossais Primitif, dit de Namur. Première partie. Renaissance Traditonnelle n°172, 2013.
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Christophe de Brouwer. Les 250 ans du Rite Écossais Primitif, dit de Namur. Seconde partie. Renaissance Tradiotnnelle n°173-4, 2014.
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Georges de Froidcourt. La Franc-maçonnerie à Namur avant 1830. In Fédération archéologique et historique de Belgique. 31e session : Congrès de Namur, 1938.
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George S Draffen. Scottish Masonic Records 1736-1950. Éditions de la Grand Lodge of Scotland, 1950.
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Célébration du 200e anniversaire de la reconnaissance par la Grande Loge d’Écosse à Édimbourg, 12 avril 1970. Édition de la Loge.
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« Nec Plus Ultra » se trouve sur le dessin d’en-tête, également de type Kadosch, du superbe Brevet d’Alexis Delmas délivré par Etienne Morin en 1767. Par contre le moto du bas est différent. En fait cette mention déclare le grade le plus élevée du système, dans ce cas-ci, le Kadosh. Pierre Mollier. Nouvelles lumières sur la patente Morin et le rite de Perfection. In Deux siècles de Rite Anciens Accepté en France (1804-2004). Éditions Dervy, 2004.
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Pierre Girard-Augry. La Franc-Maçonnerie templière et ses grades allégoriques. Éditions Opera, 1999.
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Yonnel Ghernaouti. La Stricte Observance Templière S.O.T. Deux manuscrits de 1775. Éditions Maçonniques, 2005.
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Jean-Marie Ragon. Orthodoxie maçonnique. Éditeur Dentu, Paris, 1853, pp 243-253.
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Colette Leger pour la présentation et transcription. Les 81 grades qui fondèrent au siècle des Lumières le Rite Français. Tome 2, Éditions Joaben hors-série, 2017, p 196 & pp 219-228.
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Pierre Mollier. Une chevalerie méconnue : les grades maçonniques du Saint Sépulcre au XVIIIe siècle. In De la chevalerie rosicrucienne à la chevalerie templière. XIe colloque SFERE, Paris, 2015, pp 7-19.
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Fred JW Crowe. The Scottish Loge at Namur. AQC n°20, part 3, 1907.
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