Souverain Collège du Rite Écossais pour la Belgique

Publié le 1 Août 2015

Le Souverain Collège du Rite Écossais pour la Belgique est une Juridiction adogmatique des Hauts-Grades, faisant partie de la famille du REAA. Elle est la plus importante du pays.

 

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En Belgique, le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) a vécu des évolutions multiples depuis 1960. Le Suprême Conseil de Belgique (SCdB) de 1817, tronc commun de toutes les Juridictions Écossaises actuelles (masculines), a éclaté en 1960, 1966 et 1979.

 

C'est la première rupture de 1960 qui nous intéresse ici. 

Au début de cette année-là, le SCdB du REAA dénonça le Traité d’Alliance qu’il avait signé en 1880 avec le Grand Orient de Belgique (GOB). Cette décision historique du 13 janvier 1960, communiqué le 20 janvier, prit ses effets le 20 juillet. A cette date, le SCdB se tourna immédiatement vers une nouvelle Obédience qu'elle reconnut comme la seule "régulière", la Grande Loge de Belgique, issue, elle, de l’éclatement du GOB intervenu un mois avant la décision (officiellement installée le 4 décembre 1959), tout en maintenant un recrutement dans les Loges du GOB, selon "une liste strictement limitative".

 

Les réactions s'enchaînèrent, et aux premières ruptures, s’empileront d'autres ruptures.

 

En Belgique, si la maçonnerie symbolique pratiquait dans sa très large majorité le Rite Moderne et c'est toujours le cas dans les 3 obédiences masculines issue du GOB historique (GOB, GLB, GLRB), la maçonnerie des Hauts-Grades ne pratiquait, à l'époque, que le REAA.

 

Ce furent les années noires de la Franc-maçonnerie masculine belge durant une vingtaine d'année, ajoutant ruptures, scissions, essaimages les uns aux autres. Le temps d'une génération. Depuis les choses se sont stabilisées et apaisées, accouchant une maçonnerie très diversifiée. On ne peut que s'en réjouir.

 

De ces années difficiles, dès le début, de très nombreux Maçons Écossais se sont éloignés du Suprême Conseil de Belgique, afin de préserver leurs liens avec le Grand Orient de Belgique.

 

Réellement en synergie avec leur Obédience bleue (GOB), ils mettront en place une Juridiction de Hauts-Grades de type REAA, mais selon une organisation semblable à celle qu'ils plébiscitaient dans leurs Loges et leur Obédience.

 

Cela ira vite, les réunions se succéderont à un rythme très soutenu, tant et si bien qu’un an et demi plus tard, la nouvelle Juridiction Ecossaise était créée et installée le 24 février 1963.

C'est Walther Bourgeois, ancien Grand Maître du GOB (1951-54) qui en fut le premier Souverain Grand Commandeur.

 

Son succès fut indéniable, elle est aujourd'hui la Juridiction des Hauts-Grades la plus importante en Belgique (environ 2600 membres en 2015), tissant et élargissant sans cesse des liens nationaux et internationaux de plus en plus larges, notamment à travers les "Rencontres Internationales des Hauts-grades écossais" (à l'initiative du SCRE en 1976 et en association avec le Grand Collège des Rites du GOdF: la dernière rencontre, la 23ème, s'est tenue à Lisbonne en 2015).

 

Elle fait partie donc de la famille du REAA, sans toutefois en partager toutes les caractéristiques traditionnelles. C'est un peu son enfant terrible.

 

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Sans surprise, la première idée, en 1960, fut de recréer un Suprême Conseil, calqué sur le précédent, portant un nom similaire. L'épure existe encore. Le projet se basait sur une logique « top-down », par la reconstruction préalable d'un Suprême Conseil de 33èmes actifs. Ce projet fut rapidement abandonné.

 

En effet, la volonté majoritaire était de mettre en place une structure inverse, de type « bottom-up ». Les Chapitres Rose-Croix (4è-18è) étaient à la manœuvre. Ces Chapitres voulaient reprendre leur autonomie, telle que certains d'entre eux l'avaient connue avant le Traité de 1880 entre le SCdB et le GOB.

Cela semble avoir été le cas du Chapitre de Mons « La Parfaite Union » et celui d'Anvers "les Vaillants Chevaliers de l'Âge d'Or" (Chapitre de la Loge des "Amis du Commerce et de la Persévérence réunis, cf Marcel De Schampheleire, tome 1).

 

Cet ancien Traité de 1880 instituait les relations entre deux puissances maçonniques mutuellement exclusives dans leur champ d'action. C'est ainsi que les rares Chapitres autonomes (relatif), rattachés à leurs Loges-mères du GOB (les « Loges-Chapitres »), avait été priés de se mettre sous le chapeau du SCdB, de même les Loges bleues devaient être affiliée au GOB, ce qui était déjà le cas de toutes les Loges (les "Vrais Amis de l'Union et du Progrès réunis" de Bruxelles avait ré-intégré le GOB en 1866), sauf le Septentrion (Gand) qui le fera en 1883.

Le Traité dénoncé par l'instance centralisatrice des Hauts-Grades, il pouvait sembler logique que la situation d'avant 1880 prévalut à nouveau.

 

Très vite, dès la réunion du 6 septembre 1960, l'exigence d'une structure démocratique et l'abandon de l’exigence des « symboles » (GADLU et Bible) au niveau des Hauts-Grades s'imposa.

 

Alors que l'abandon de l'exigence des « symboles » était acquis au GOB depuis 1872, ce ne fut jamais le cas au niveau des Hauts-Grades : c'était donc une grande première.

 

Les termes « Rite Écossais Rénové» à l'époque, désignaient naturellement le Rite Écossais Ancien et Accepté, puisqu'il n'existait pas à ce moment d'autre Rite Écossais en Belgique. On hésitât cependant pour la dénomination de cette Juridiction. Compte tenu de la profonde modification apportée à l'organisation du Rite, devenue décentralisée, l'appellation « Rite Écossais Rénové » émergea.

En effet, plusieurs appellations furent essayées : Suprême Conseil, Grand Collège ou Souverain Collège. Finalement le terme de Souverain Collège fut choisit pour deux raisons qui nous paraissent peut-être aujourd'hui futiles : d'une part l'acronyme était SC (comme Suprême Conseil) et d'autre part, le terme Grand Collège pourrait faire penser à un multi-rite, comme son homonyme du GOdF, ce qui n'était pas la volonté des fondateurs.

Ce fut donc le « Souverain Collège du Rite Écossais Rénové pour la Belgique », plutôt que « Souverain Collège du Rite Écossais Ancien et Accepté pour la Belgique » qui remporta les suffrages (les deux appellations furent discutées).

Le SC-RER !

L’appellation était cependant malheureuse car ambiguë vis-à-vis du RER (Rite Écossais Rectifié), et c'est une des raisons du changement de nom en « Souverain Collège du Rite Écossais pour la Belgique » (SCRE), intervenu en 1974. L'autre raison, selon ses promoteurs, était que "le changement concernait la structure et non le rite" (Aloïs H. L., p42).

 

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Si l'on veut comprendre le fonctionnement de la jeune Juridiction, le SCRE, il faut garder à l'esprit que cette structure fut créée, à l'origine, à partir d'une Alliance de Chapitres REAA (4ème-18ème) à nouveau autonomes, qui sera installée officiellement le 7 mai 1961. La Juridiction complète sera, elle, installée le 9 décembre 1962 et inaugurée officiellement le 24 février 1963.

 

Le fonctionnement en est assez simple. Chaque Corps (Chapitres, Aréopages, Conseils Initiatiques Supérieurs) désigne ses trois délégués (il n'y a pas de proportionnalité selon l'importance du corps). Les délégués de chaque Corps se trouvent membre d'un des trois « Conseils de base » selon leur statut et membre du « Conseil Général » qui est l'instance législative de la Juridiction. Ce Conseil Général élit pour trois ans un « Bureau Exécutif National » (instance exécutive) composé exclusivement de 33èmes.

 

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En relisant les comptes-rendus des premières réunions de formation de cette nouvelle Juridiction, on comprend bien la volonté des fondateurs :

Il s'agissait de créer, ni plus ni moins, une structure fédérative, qui maintenait une large autonomie aux différents corps qui la composaient. Jamais des contenus rituéliques ne furent discutés. Cela restait et reste de la responsabilité (et des traditions, selon) de chaque Chapitre, Aréopage et Conseil Initiatique Supérieur, et de leur Conseil de base respectif, sous la réserve du respect d'une complète liberté de conscience et d'interprétation de chaque membre, ainsi que des Statuts et Règlement du SCRE.

 

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Est-ce encore du REAA ?

 

C'est une question de définition :

  • Soit le terme REAA désigne notamment une structure pyramidale, au sommet de laquelle on trouve une oligarchie dirigeante sous le nom de Suprême Conseil des 33èmes, ainsi que l'utilisation obligatoire des symboles (GADLU et Livre sacré ; et selon les Juridictions, on y rajoute ou non, l'immortalité de l'âme et la croyance en Dieu) : alors effectivement ce terme serait inapproprié concernant le SCRE, qui déroge sur ces points aux Grandes Constitutions de « 1786 » (que nous savons par ailleurs être apocryphe). Selon cette optique, c'est ce schéma-ci qui conviendrait.

  • Soit le terme REAA désigne essentiellement un système et un contenu rituélique en 30 degrés (si l'on excepte les 3 premiers) dont la matrice a été fixée au début du XIXème siècle et qui a connu de larges évolutions au cours des ans et des pays. Alors le SCRE est pleinement dans la famille du REAA, dont il représente une évolution de type "fédéral". Dans l'esprit (et d'ailleurs la lettre) des fondateurs de la Juridiction, c'était bien ainsi qu'ils le comprenaient: "Le Rite Écossais, quelque soit la dénomination sous laquelle il est pratiqué, est largement répandu sur toute la surface du globe et de très nombreuses Obédiences et Juridictions s'en réclament. En fait ce n'est pas dans le rite lui-même que se situe la différence." (Aloïs H. L., p 45) Selon cette optique, c'est ce schéma-ci qui conviendrait.

 

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En tous les cas, ce fut et c'est toujours une fort belle aventure, Juridiction inter-Obédientielle (recrutant les Maçons-Maitres de diverses Obédiences), qui fut rêvée et réalisée par des passionnés de l'Écossisme, qui, certes, nous apparaissent aujourd'hui quelque peu anarchistes, mais n'est-ce pas cela aussi le REAA, notamment celui des origines ?

 

Un bon article sur le SCRE existe sur Wikipedia.

 

 

Petite bibliographie

 

  • Marcel Van Campenhout. Le REAA en Belgique. Contribution à l'Historique de son Évolution de 1945 à 1975. Édition du Suprême Conseil Pour la Belgique, (non daté: 1975?).
  • Andries Van den Abeele. Les enfants d'Hiram. Roularta books, 1992.
  • Aloïs H. L. Histoire du Souverain Collège du Rite Écossais pour la Belgique. Éditions Maçonniques de France, 2002.
  • José Orval. Une histoire humaine de la Franc-Maçonnerie spéculative. Éditions Cefal, 2006.
  • Collectif. Contribution à l'histoire des Hauts Grades Maçonniques en Belgique. Les Cahiers du Chapitre Libre et Souverain des Amis Philantropes. Cahier n°19, 2006.
  • Ernest Duys. La Lumière (ne) luit (pas toujours) dans les ténèbres ... Trigonum Coronatum, 2008.
  • Pierre Noël. Le Rite Ancien et Accepté en Belgique. Ce qu'il advint depuis la création de la Grande Loge de Belgique jusqu'à celle de la Grande Loge Régulière de Belgique. Acta Macionica 6011, n°21, 197-223.
  • Philippe Benhamou & Christopher Hodapp. La Franc-maçonnerie pour les nuls. 2012.
  • Marcel De Schampheleire. Histoire de la Franc-maçonnerie belge depuis 1830, Tomes I & II, Éditions du Grand Orient de Belgique, 1986.

 

 

Sceau du Souverain Collège du Rite Écossais pour la Belgique.

Sceau du Souverain Collège du Rite Écossais pour la Belgique.

Rédigé par Christophe

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