L'équation des femmes en FM ?

Publié le 28 Mai 2014

Le "clan" du GOdF.

 

On pourra beaucoup gloser sur ce qu'est, aux yeux de la nouvelle Grande Maîtresse de la GLFF (Grande Loge Féminine de France), le "clan du GOdF (Grand Orient de France)". Il n'empêche que ce fut dit dans son interview du 1er octobre 2012, et donc, pour la GLFF, il y aurait autre chose que les valeurs portées, faisons simple, par le CLIPSAS, au niveau des femmes ?

Regardons l'histoire, une fois de plus. Y-a-t'il une maçonnerie féminine différente de celle portée par la GLFF ou le DH (Droit Humain) ?

En d'autres termes, y-a-t-il une maçonnerie féminine de type "régulière à l'anglaise" qui soit solide ?

La réponse est : oui !!! Et c'est fort peu connu de ce côté-ci du channel.

Il aurait été curieux, dans la terre où le féminisme fut le plus précoce, en Angletterre, qu'il n'y ait pas une franc-maçonnerie féminine de qualité. Mais elle est anglaise, c'est à dire qu'elle respecte tous les landmarcks, elle est semblable à la GLUA (Grande Loge Unie d'Angleterre), sauf le genre.

D'où cela vient-il ?

La première loge hors France fut anglaise, avec Annie Besant qui donnera un essor puissant au Droit Humain dans ce pays, avant de se fracasser sur des scissions (!) L'Obédience compte aujourd'hui une 15aine de Loges? Dès le départ, cette maçonnerie féminine eut des spécificités anglaises, tels que la bible et le GADLU (Grand Architecte de l'Univers). Des femmes remarquables en feront partie, toujours célébrées comme telles par la maçonnerie anglaise.

La première scission est de 1908: "The Honourable Fraternity of Ancient Freemasonry". Elle devient strictement féminine en 1933, modifie son nom et nous la connaissons aujourdhui sous le nom de "The Order of Women Freemasons". C'est la plus vieille GL strictement féminine au monde. En 2011, pour cette obédience, le chiffre de 358 loges pour plus de 10 000 membres est avancé. Cette maçonnerie est en pleine expansion, puisqu'on comptait vers 2008 un peu plus de 300 loges pour 8000 membres.

En 1913, un autre groupe se forme à partir de l'obédience précédente, dans une perspective moins anglicane, c'est "The Honourable Fraternity of Ancient Masonry" (nom quasi identique). Cette obédience multiconfessionnelle, mais depuis également uniquement féminine, compte un peu plus de 50 loges et 2000-2500 membres. Elle progresse doucement. La dernière née est la n°54 à Bucarest, ce qui montre une expansion internationale.

Ces deux obédiences, quoique que non reconnues par la GLUA, sont néanmoins estimées "régulières" par la GLUA (c'est à dire travaillant "régulièrement"). Elles n'ont aucun contact extérieur, mais font également des essaimages hors Angleterre, surtout dans le Commonwealth.

Ces obédiences travaillent principalement au rite anglais (émulation).

Donc pour une maçonnerie masculine anglaise en pleine régression (mon estimation est aujourd'hui autour de 150 000 membres), cette maçonnerie féminine progresse et ferait quelque chose comme 10% de l'ensemble anglais.

 

Dernière donnée. Une autre obédience anglaise, une scission du DH anglais de 1925, "The Order of Ancient Free and Accepted Masonry" , créa un SC (Suprême Conseil) dès cette année-là. Aujourd'hui, elle semble affaiblie ? Elle fut importante par ses contacts européens, car c'est elle qui apporta dès 1963 à la GLFF, les éléments nécessaires pour la pratique des hauts-grades du REAA (Rite Écossais Ancien et Accepté). Cette obédience connut une scission en 1982 ...

Bref la maçonnerie féminine et mixte en Angleterre est très diverse et connaît là aussi des "régulières" refusant tout contact, en progression, et des "libérales" moins nombreuses et en régression dont les premières sont issues!

 

Qui l'eut cru !!!

Mais cela montre qu'il faut s'éloigner des clichés, car la situation hors France, au niveau de la maçonnerie féminine est fort complexe et peut-être que le "non au clan du GOdF" recouvre une réalité bien plus vaste que ce que nous pourrions imaginer ? ; mais que cela ne nous empêche pas de creuser ...

 

 

 

Aujourd'hui, la GLFF ...

A/ C'est vrai, on aimerait savoir ce que la nouvelle Grande Maîtresse (GM) de la GLFF appelle le "clan du GOdF". C'est vrai que la GLFF ne fait plus partie du CLIPSAS depuis 1998 (membre de 1985 à 1998) , mais la GLFB (Grande Loge Féminine de Belgique), sa fille aînée, et d'autres GL filles en font partie !

Que de ce point de vue, le GOdF a également fait bande à part, comme le GOB (Grand Orient de Belgique), pendant un nombre d'années certain et de façon inverse à la GLFF au niveau du CLIPSAS. Il en est actuellement à nouveau membre.

 

En tout état de cause, la GLFF fut partie prenante de la "Déclaration commune" de 1992 de 8 obédiences belges et françaises "adogmatiques", dont le GOdF; elle fut signataire en 1998 de la Convention constituant le SIMPA ("Secrétariat international maçonnique des puissances adogmatique").

Donc on aimerait comprendre la stratégie.

 

La patente REAA - 3 premiers degrés- n'a été délivrée par la GLdF qu'en 2006, alors que la GLFF est une fille de la GLdF. Ce fut un geste courtois, mais sans objet réel, (une explication serait que la GLFF l'aurait achetée dans les années 50 et que la GLdF aurait enfin exécuté en 2006 la commande: un(e) lectrice -lecteur- assidu(e) de ce blog :-) pourrait-elle ou il confirmer cela?).

 

Ceci me confirme dans l'opinion qu'effectivement, dans sa course à la "régularité à l'anglaise", la GLdF s'est débarrassée de ses loges d'adoption, et ce fut très précoce (avant 1950), ce qui montre une intentionnalité de la GLdF très ancienne, que dénonçait déjà Albert Lantoine en 1939.

 

(Pour être complet, ajoutons la décision unilatérale du Convent de septembre 1935 de la GLdF de conférer l"autonomie" à ses Loges d'adoption, c'est-à-dire son intention de s'en défaire, ce qui sera de facto réalisé le 17 septembre 1945 à la faveur de l'abrogation de ses anciens statuts.)

 

 

Par contre, la patente du rite moderne (pardon français!) délivré à la GLFF par le GOdF en 1973 me semble conforme à l'évolution de la FM de cette époque, et apportait beaucoup de sens.

De même le RER (Rite Écossais Rectifié) par la GLTSO (Grande Loge Traditionnelle et Symbolique - Opera) en 1974 avec patente du GOdF en 1980.

 

B/ Il est donc indiqué de compléter l'information sur le REAA. La pratique du REAA par la GLFF ne date pas de 2006.

En fait dès 1963, les relations entre "The Order of Ancient Free and Accepted Masonry", une scission de 1925 de la fédération du DH anglais, et la GLFF sont fort bonnes. Des soeurs françaises font le déplacement vers Londres de façon régulière, et le Suprême Conseil féminin de France, souché sur la GLFF, est installé à Londres en avril 1970 par l'obédience anglaise qui est mixte.

(Pour la petite histoire, la filiation de ce SC se réalise par le SC du DH, qui lui-même avait été créé en 1899 par Décembre-Alonnier, soit 6 ans parès la création du DH -1893-, lequel fut un membre actif du Grand Collège des Rites du GOdF, et ancien Grand-Orateur dudit GOdF! Une fois de plus l'histoire nous rit au nez :-)

 

A nouveau, dans le soucis d'être complet, la "première" Loge d'adoption stable de la GLdF est issue de la Loge "La Nouvelle Jérusalem", loge mixte pratiquant le REAA (de la "Grande Loge Symbolique Écossaise" GLSE -une scission de 1880 de loges symboliques du SCdF-), qui rejoint en 1906 la GLdF (il y eut une première loge d'adoption "le Libre Examen" à la GLdF en 1901 mais qui disparaîtra rapidement, démolie par la GLdF qui refuse les loges d'adoption dans un premier temps). En effet, lors du passage à la GLdF de la Loge "la Nouvelle Jerusalem", les Soeurs de cette Loge en sont alors expulsées, et la GLdF (re)créera, cette fois, pour celles-ci une loge d'adoption, stable cette fois, puis d'autres suivront. Notons que la GLSE, Grande Loge éphémère, est riche de l'histoire maçonnique, car elle donnera, par l'initation de Maria Deraisme en 1882, naissance au DH, deviendra mixte en 1901 et disparaîtra en 1911. C'est pourquoi, la GLFF estime que son rite naturel est le REAA dont la filiation pour les 3 premiers grades n'est pas la GLdF, mais bien la GLSE et donc le SCdF (dont la GLdF est également issue, mais en 1894)! Comme quoi, l'histoire nous fait ici aussi un clin d'oeil!

 

Dès lors, pourquoi une patente de la GLdF en 2006 ... ?

 

C/ Je me trompe peut-être mais ... FM-Fiction.

Le geste de la GLdF fut donc assez gratuit, car la filiation du SC féminin est incontestable. Donc pourquoi une patente pour les 3 premiers grades. D'ailleurs, ce petit épisode de 2006 ne se trouve pas dans le dernier petit livre "Que sais-je" concernant la GLFF (1ère édition 2008).

C'est symbolique, sinon intentionnel! Les 3 premiers degrés REAA ont été, en fait (!), transmis "au coin de la cheminée" entre maris et femmes dans les années 50. C'est évidemment une image d'Épinal, peut-être pas tout à fait fausse! Des frères, tel que Corneloup leur auront apporté aide et appui. (Voir Andrée Buisine. Les hauts grades écossais au féminin. Ed. Conform, 2007.)

 

 

Si on suit ces raisonnements, on pourrait caricaturer en disant que la GLdF a privé les Soeurs de REAA de 1906 à 1952 ?! Les choses sont évidemment moins simples, notamment parce que le DH existait déjà (date de création en 1893), qu'une seule loge de la GLSE rejoindra ce DH. Plus localement, c'est précidemment cette loge "la Nouvelle Jerusalem", lorsqu'elle était membre de la GLSE, qui mit en accusation une de ses membres, Madeleine Pelletier, amenant sa condamnation maçonnique pour ses positions révolutionnaires sur le droit des femmes (et qui sont largement aujourd'hui des droits, il est vrai, durement acquis). Cette condamnation maçonnique fut très mal perçue par les autres loges de la GLSE, ce qui va amener en contre coup la sortie de la loge de la GLSE! (Voir l'excellent livre de Françoise Jupeau Réquillard : "La Grande Loge Écossaise 1880-1911." Éditions du Rocher, 1998.)

 

 

Deux annecdotes, mais elles montrent cette ambivalence à la fois vers du conservatisme et vers du progressisme, tant du côté de la GLFF que surtout du côté de la GLdF.

Ces extraits sont tirés de l'opuscule de Henri Jullien, ancien GM-adj de la GLdF (1959, pp 21-22). Il me semble que cette ambivalence est toujours présente dans les deux obédiences, mutatis mutandis!

  • "Mais ces Loges d'adoption existaient bien dans le cadre de la GLdF. En 1945, elles ont pris, sous le nom d' "Union Maçonnique Féminine" leur indépendance, mais c'est la GLdF qui les a patronné et leur a fourni un local, avec cette seule réserve que ce groupe de Loges d'adoption ne prendrait jamais un nom dans lequel figurerait la dénomination de GL [Grande Loge]. Presque aussitôt après, la GLdF l'autorisait à s'appeler GLFF, titre qu'il porte encore actuellement."

  • "Pourra-t-on contester qu'en 1953 le GM de la GLdF qui s'est particulièrement affirmé comme attaché aux traditions de la Maçonnerie Universelle et à la recherche d'une fusion avec la GLNF, avait proposé au Conseil fédéral [de la GLdF] (j'étais présent) de confier à des femmes, qui devaient être cachées par un rideau aux yeux des Frères de prendre la sténographie ou la sténotypie du Convent, sous réserve qu'elles appartiennent soit à la GLFF, soit au Droit Humain? Cette proposition a été rejetée par le Conseil fédéral mais elle a bien été faite par le GM."

 

 

Analyse ?

Si on raisonne GLFF ?! Suis-je bien placé?!?

 

Son "rapprochement" sur la "régularité" à la GLdF a beaucoup d'intérêt en terme de développement futur. Ses Grandes Loges filles sont au CLIPSAS, et le CLIMAF apparaît solide. Donc avoir quitté le CLIPSAS et envahir d'autres horizons ne posent pas de problème (encore qu'il faille, comme à la GLdF, faire attention à la base, traversée par des courants divers).

 

Qui est en face? Évidemment les deux obédiences féminines anglaises, qui sont identiques, sauf que l'une est anglicane et l'autre accueille d'autres religions. Elles sont de rite anglais (émulation). Séparation typiquement britannique ! (The Order of Woman Freemansons >10 000 membres et The Honourable Fraternity of Ancient Freemasons ~2500 membres ) Ainsi en nombre, elles sont relativement équivalentes, ensemble, à la GLFF, elles sont dynamiques, également en croissance et elle sont appuyées sur la GLUA qui les reconnaissent comme régulières dans leurs travaux depuis 1998 et plus formellement depuis 2010, sans les reconnaître (!!!). De façon très concrète, notons qu'elles utilisent pour leurs travaux les temples que des loges de la GLUA mettent à leur disposition.

 

Ces deux "blocs" féminins (français et anglais) ont manifestement des caractéristiques hégémoniques. Elles se connaissent. La GLFF a approché les anglaises, et la porte est restée close. Ce sont deux "blocs", et si elles ne l'ont pas déjà fait, elles s'affronteront sur l'international.

Je pense que nous pourrions voir, dès que la GLNF se sera rétabli et à nouveau reconnu par la GLUA (pour moi, c'est inscrit ?!), assez rapidement une loge féminine "anglaise" en France.

 

De l'autre côté, il y a le Droit Humain et les Grandes Loges qui en sont issues, ainsi que récemment le GOdF. Le PMF (paysage maçonnique français) a évolué brutalement de ce côté là de l'échiquier. Il semblerait que la sagesse y soit de mise puisque, nous dit le Grand Maître du GOdF Jose Gulino: "Nous travaillons pour notre part avec cinq obédiences – le Droit Humain, la Grande Loge Féminine de France, la Grande Loge Féminine de Memphis-Misraïm, la Grande Loge Mixte Française et la Grande Loge Mixte Universelle – pour essayer de mettre à plat nos conventions interobédientielles car aujourd’hui plus personne ne sait ce que nous avons signé au cours des décennies antérieures. Entre Grands Maîtres nous nous sommes mis d’accord pour essayer d’établir un protocole, une charte, un accord, d’ici au mois de juin, afin de préciser nos liens, nos objectifs communs." (interview dans "Humanisme", n°299, avril 2013, pp 8-9, repris par le blog la Voute étoilée en date du 16 avril 2013.

 

Il semble bien que petit à petit les choses commencent à ce décanter, mais ce sera probablement plus long que le mois de juin!

 

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Une des premières FM françaises (si pas la première?)  !

Une des premières FM françaises (si pas la première?) !

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