Quand Alpina s'accrochait à la GLdF, que la GLB apparaissait, et que la GLTSO déplacait son centre de gravité !

Publié le 10 Octobre 2012

La messe était pourtant dite ...

 

La cause était pourtant entendue, et le 3 mai 1960, la GLUA plaçait un communiqué dans ... le "Times" !!! déclarant benoîtement la GLdF irrégulière ... cela laisse songeur !

 

Les GL "regulières à l'anglaise" vont rapidement rompre toute relation avec la GLdF après le 5 mai 1959 (cf les Grandes Loges américaines). Il y aura un peu de résistance de Grandes Loges européennes, notamment la GL Suisse Alpina (GLSA) fera exception (voir AQC n°117, 2004). C'est tout à leur honneur. Alpina ne s'inclinera définitivement que dans les années 70.

 

En effet, le 4 août 1966, la GM d'Alpina, Winkler, portait à connaissance la décision de suspendre (et non pas de rompre) ses relations avec la GLdF, et c'était vraiment à reculons ! : "C'est dans des sentiments de douloureux regrets que nous devons maintenant porter cette décision à votre connaissance, car nous sommes conscients qu'elle va susciter de profonds remous chez les Frères de nos deux pays. Cette situation est d'autant plus regrettable que les buts poursuivis par la Grande Loge de France, en leur essence, s'écartent à peine de nos propres idéaux. De fait, ce sont surtout dans des questions de formes, il est vrai non négligeables, que l'on peut trouver des différences, mais aussi et pour cette raison, que nous avons tout lieu de croire et d'espérer qu'un jour la chaîne pourra se refermer. Profondément persuadés que vous partagez cet espoir, nous osons exprimer le désir de pouvoir nous tenir au courant mutuellement sur l'évolution de nos deux Organisations et saisir chaque occasion d'en discuter ensemble." (Bulletin intérieur. GLdF, n°16, 3ème trim., 1966.)

 

À nouveau en 1971, la GLUA suspendait sa reconnaissance à la GLSA, parce que celle-ci se montrait incapable d'empêcher des intervisites avec des loges dites "irrégulières". Après explications, la GLUA reprit ses rapports normaux en 1972.

 

En 1974, la GLSA organisa à Zurich un colloque maçonnique ouvert à tous ("régulier" et les autres), ce qui ne fut pas du goût, ni de la GLNF, ni de la GLUA.

 

Et la GLSA, néanmoins, continue son questionnement face à ce qu'est la "régularité" : "Peut-on accepter qu'une Grande Loge (celle d'Angleterre) joue un rôle de 'police des moeurs' maçonniques ?" (Livre du 150ème anniversaire 1844-1994. 1994, p 259.)

 

 

 

Ce qui est incroyable dans cette histoire, c'est, certes une véritable arrogance des dirigeants de l'époque de la GLdF, mais surtout cette certitude aveugle dans la reconnaissance anglaise, avec des conséquences graves pour la GLdF qui perdra Loges et Frères, et se retrouvera très isolée.

 

 

Pourtant, dès 1960, voici ce que déclarait le "Board of General Purposes" anglais (GLUA): "The Board was well aware that the irregularity of the Grand Lodge of France could be infectious." (Proceedings 7 December 1960, dans AQC n°117, 2004, p 8; de JW Daniel "UGLE’s External Relations 1950-2000: policy and practice".

 

Cette position est tout à fait constante, comme par exemple en décembre 1990, le Board of General Purposes ré-affirme : "All recognised Grand Lodges were well aware of the seriousness with which the UGLE viewed any contact with those Grand Lodges it had classified as irregular, particularly the Grand Orient of France and the Grand Lodge of France." (AQC, n°117, 2004; p22)

 

[Pour être complet, notons cette voix discordante au sein de l'UGLE, puisque Peter Roberts, conseiller permanent aux relations extérieures, écrivait en 1998 concernant la différence entre "régularité" et "reconnaissance": "France is a good example of this where there is the Grande Loge National Française (which is recognised), the Grand Lodge of France (regular but not recognised) and the Grand Orient of France (irregular)." Cet article est disponible sur "Freemasons Today" internet.]

 

 

Le GOdF n'y perdra aucune plume, au contraire.

 

 

La GLdF et le GOB : création de la GLB.

 

Pour ce qui concerne le GOB (Grand Orient de Belgique), ce sera la scission de 1959 avec l'apparition de la GLB (Grande Loge de Belgique; 5 loges scissionnaires, puis des loges se fractureront, comme l'importante loge gantoise "De Zwijger" : le GOB perdit environ 1/5ème à 1/4 de ses effectifs, le traumatisme au sein de la FM belge fut majeur.). Clairement, la responsabilité de la GLdF et de son SC (Suprême Conseil) dans cette fracture belge est certaine, même si d'autres facteurs étaient présents.

 

Rapport du Gr. Orateur du GOB en 1959: "Comme vous le savez, suite à la suspension unilatérale des relations entre la GLdF et le GOB, la Loge Le Septentrion, à l'Or. de Gand, a voté le 7 novembre 1959 une motion autorisant sa Commission des Off. Dign. à prendre contact avec d'autres Loges en vue de la constitution d'une autre Grande Loge, ..." (Cahiers du GOB, 1961, n°3-4, p111)

 

"Laissez-moi vous dire que c'est la prise de position de la Grande Loge de France en 1959 qui a été, non pas bien sûr, la cause de la création de la Grande Loge de Belgique, mais, tout au moins, une occasion de la réaliser." Discours du GM Glosset de la GLB au Convent de la GLdF de 1961. Compte rendu officiel, p 307.

 

Sans aucune pudeur, les dirigeants de la GLdF avaient en effet étalé leur contentement de cette scission au sein du GOB, bien plus ce fut pour eux une occasion de réjouissance : "Il est hors de doute que la détermination énergique que nous avons prise en septembre a constitué un facteur décisif dans la prise de conscience de nos Frères belges, car cette formation de la Grande Loge de Belgique n'est pas un schisme." Allocution du GM Dupuy. In Compte Rendu de l'Assemblée générale de la GL du 19 décembre 1959, p 30.

Ou "L'ouragan d'applaudissement et de hourras qui salua votre Grand Maître, lorsque je me levai pour prononcer mon discours, me fit monter les larmes aux yeux et me prouva, s'il en était besoin, la faveur dont nous jouissions dans le coeur de nos frères belges." Scéance d'installation de la GLB, le 11 septembre 1960, discours du GM Dupuy, in Compte Rendu du Convent de la GLdF de 1960, p15.

 

L'évolution de la GLB sera remarquable et inverse à celle de la GLTSO (voir plus bas). La GLB recevra rapidement sa reconnaissance officielle de Londres (1965), pour la perdre en 1979, provoquant une scission en son sein et la création de la GLRB qui reprendra cette reconnaissance. Dès ce moment, le rapprochement avec le GOB (ce sont à la fois l'interprétation du GADLU et les intervisites avec les membres du GOB qui ont été les causes de la rupture avec Londres) ira en s'approfondissant. En 1985, les deux loges "De Zwijger" (issues de la fracture de 1959: l'une au GOB, l'autre à la GLB) fêteront ensemble leur 50 ans. La voie était ouverte, elle se concrétisera par une déclaration commune des 4 obédiences en 1989 (GOB, GLB, DH_B, GLFB), tant et si bien que la GLB est membre du CLIPSAS depuis 2011.

 

C'est un peu à l'image de Jean Verdun, ancien GM de la GLdF (1985-88). Suite à sa grande maîtrise, il est fait membre d'honneur de la GLB. Il le reste malgré sa suspension d'un an, décidée par son obédience, en 1997 pour avoir écrit "Le maçon récalcitrant" (1996) qui dénonçait l'emprise à nouveau importante des hauts-grades sur son obédience. "Hauts-Grades. Petits horizons. C'est bien dommage, mais c'est ainsi." (J Verdun, La nouvelle réalité maçonnique. Albin Michel, 2001, p 200). Néanmoins la GLB maintiendra des relations fortes et de soutien avec Jean Verdun, durant l'année de suspension et ensuite, lorsqu'il rejoindra le GOdF (1998). Le GOB lui rendra également hommage, pour son travail de rapprochement entre les 4 obédiences belges. Notons qu'il dénonçait sans relâche les dérives sociéto-politiques du GOdF, lorsqu'il était à la GLdF, et certainement comme GM sous l'ère Mitterand, ou dans sa période GOdF. Son livre "La réalité maçonnique" reste beau monument à l'esprit libre et à la franc-maçonnerie.

 

 

Que les Dirigeants actuels de la  GLdF continue à fantasmer sur la "régularité", et qu'ils soient prêt à poser des actes, non seulement chez elle, mais, le cas échéant, chez d'autres aussi, ce n'est donc pas nouveau.

 

Elle y avait déjà perdu pas mal de plumes dans les années 50 (lors de la rupture avec le GOdF: départ de frères vers le GOdF), puis dans les années 60 (lors de la reprise de relation avec le GOdF: départ de frères vers la GLNF); ... et mon pronostic est qu'elle en perdra encore à ce petit jeu, car la grande majorité des frères de la base sont des gens raisonnables, d'excellents membres qui ne s'en laisseront pas compter avec des appareils qui les traitent comme des pièces de leur petit stratégo personnel, et pour le reste comme roupille de sansonnet ! (Mais les pronostics ... ?)

 

La GLdF ferait bien mieux de continuer son bonhomme de chemin avec ses spécificités tout à fait intéressantes et importantes, plutôt que perdre son temps en chimères.

 

Ne pas oublier est un devoir, car cela permet de construire aujourd'hui et demain, mieux.

 

 

 

 

Aujourd'hui ? Prenons l'évolution de la GLTSO.

 

Une interview récente du GM (Grand Maître) de la GLTSO (Grande Loge Symbolique et Traditionnelle Opéra) a mis sous les projecteurs cette obédience

Il est peut-être utile de faire le point, par cet exemple, de ce qu'est la "régularité" aujourd'hui aux yeux de la GLTSO et aussi de la GLdF.

 

La GLTSO naît en 1958, d'une scission avec la GLNF. Elle reste une obédience modeste avec un peu moins de 5 000 membres. Néanmoins son histoire contemporaine est riche.

C'est une obédience petite-fille du GOdF, qui va l'aider dans les premiers temps, en lui prêtant temples et autres infrastructures.

Elle est membre fondatrice du CLIPSAS, avec entre autre le GOdF, en 1961.

Elle quitte, avec le GOdF, le CLIPSAS en 1996, pour créer l'AMIL (Association maçonnique internationale libérale).

En 1998, se crée à la suite de l'AMIL, le SIMPA (Secrétariat International Maçonnique des Puissances Adogmatiques) auquel la GLTSO ne participe pas.

 

La stratégie devient apparemment divergente à partir de ce moment et le mano à mano avec le GOdF semble se terminer.

(Notons qu'en 2009, seul le GOdF vote sa ré-entrée au sein du CLIPSAS, qui sera effective en 2010.)

 

En 2000, il apparait un rapprochement très net avec la GLdF.

Pourquoi, que se serait-il passé ? Je ne sais pas.

 

Elle crée avec la GLdF, en 2000, une "Confédération des Grandes Loges unies d'Europe" (GLUE ou GLUdE). Pour entrer dans cette confédération, il faut respecter 7 principes, sortes de landmarks, qui sont sensés rendre "réguliers" les Grandes Loges qui y adhèrent. (Processus très semblable finalement à la démarche anglaise.)

Cette Confédération reste cependant une coquille étonnamment vide, c'est en somme un galop d'essai. En effet, si cette Confédération comprend 13 Grandes Loges, sauf la GLdF et la GLTSO, les autres sont des micro-obédiences et ne dépassent pas dans le meilleur des cas 400 membres.

 

On retrouvera cette Grande Loge (GLTSO) dans des déclarations communes avec diverses obédiences (dont le GOdF), où la GLdF est également partie prenante, soit européennes (2002: Espace maçonnique européen), soit françaises (Déclarations communes de 2003). Mais ces déclarations, finalement, ne restent que des déclarations.

 

En 2012, appel de Bâle. Il semblerait que, à la faveur du vide créé par l'éclatement de la GLNF de 2012, tous ces efforts vers la "régularité" commencent à porter leurs fruits?

Toujours avec la GLdF, pour 2013, elles auront la tentative de créer une Confédération du même type que la GLUdE, mais spécifiquement française, avec cette fois des landmarcks imposés (et non plus des "principes"), afin de répondre à cet appel de Bâle (qui, rappelons-le, a comme but principal et officiellement déclaré de provoquer le déplacement de la reconnaissance anglaise, perdue par la GLNF, vers la GLdF et éventuellement ses "proches").

 

Même si la GLTSO n'aime pas trop l'extériorisation, sa stratégie est proche de celle de la GLdF, sauf qu'elle a(vait?) une réelle proximité avec le GOdF, et le grand écart est ici aussi au bout du chemin !

Car à peine la Confédération créée, la GLTSO s'empresse d'y mettre un pied en dehors: pas d'obligation de signer le moindre document aux frères visiteurs. Tout cela n'est que malentendu (courrier du 1-8-2013 au GM du GOdF). Et en effet, en cette mi-novembre 2013, à la signature des statuts et règlements de la CMF, ils furent volontairement absent, laissant la GL-AMF et la GLdF en face à face. Assisterions-nous à un retour vers les fondamentaux qui ont présidé la création de cette obédience ? Peut-être, prenons en acte, et voyons la suite.

 

Surprise en ce 1er avril, et elle est tout à fait significative d'une distanciation et d'une condamnation du comportement de la GLdF, la GLTSO tiendra son Convent annuel d'avril 2014 dans les locaux de la GLNF mis gracieusement à sa disposition par la GLNF! Plus qu'un rapprochement de ces deux obédiences issues du même tronc, qui garderont leur distance, c'est une reconnaissance du retour dans l'espace français d'une GLNF rénovée et décomplexée. Cela veut dire aussi que la GLTSO va pouvoir utiliser plus largement les infrastructures de la GLNF et il y a de la place. C'est evidemment l'indication ferme d'une distanciation de la CMF. La GLTSO se proclamme neutre, et c'est très bien ainsi. Le mano à mano avec la GLdF est terminé, les fondamentaux reviennent. Elle sera demain un pont entre les obédiences libérales/adogmatiques et les obédiences "régulières à l'anglaise". Qui peut s'en plaindre ? Aah, le doux rêve :-)

 

Le 5 avril 2014, le Convent a eu lieu dans les locaux de la GLNF. Il a consacré le retrait de la GLTSO de la CMF. Le discours du nouveau GM René Doux montre la position de neutralité de l'obédience, son retour à ses fondamentaux et son désir de collaborer avec toutes les composantes de la Franc-maçonnerie française:

"... C’est une fraternité qui ne saurait approuver l’élévation de barrières à l’intérieur de la Maçonnerie universelle au nom de je ne sais quel dogme. Ainsi, nous ne pouvons approuver les principes de la régularité si ces principes excluent une partie importante de la maçonnerie française. ..."

 

 

1ère partie : les données, suite.

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Quand Alpina s'accrochait à la GLdF, que la GLB apparaissait, et que la GLTSO déplacait son centre de gravité !

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Christophe 01/04/2014 17:44

Si je veux mettre les "articles" dans un ordre voulu, c'est le seul moyen que j'ai trouvé, modifier la date de l'article car c'est ainsi qu'ils sont classés.

Jacques Huyghebaert 01/04/2014 09:19

Mon TCF, je lis tes commentaires avec le plus grand intérêt, mais tu devrais faire quelque chose pour corriger la date de publication qui invariablement à chaque nouvel article apparait comme étant le 10 octobre 2012.