GADLU ? Le double standard.

Publié le 29 Mars 2015

 

Le double standard du GADLU

 

  • Pour l'extérieur et les relations internationales, GADLU = Dieu.

  • Pour la vie des Loges et des membres de celles-ci, GADLU= un Symbole (par ex. le Grand Horloger, etc.).

 

C'est un article de François Koch, reprenant une interview de Roger Dachez, à laquelle j'avais réagi, qui m'a conduit à réaliser cet article.

 

 

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Comprendre, essayer de comprendre. C'est un devoir pour celles et ceux qui cherchent inlassablement la vérité !

Mais pour combien de maçons, quelques soient leurs Obédiences, et qui répètent inlassablement ces mots, cela a-t-il un sens ?

 

 

Pour celles et ceux qui considèrent que ce n'est pas simplement une incantation, voici quelques éléments de notre histoire qui éclairent singulièrement le présent.

 

 

En 1959, la Grande Loge de Belgique se créait par scission du Grand Orient de Belgique, grâce notamment à l'aide très réelle de la GLdF, avec laquelle elle va entretenir immédiatement des liens forts.

 

Elle adoptait, par sa « Déclaration Liminaire » l'ensemble des obligations/Landmarcks de la « régularité à l'anglaise », …

 

En 1965, elle était reconnue par la GLUA.

 

 

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L'extrait repris ci-dessous date de 1968. Il est tiré d'un petit livret édité par la GLB : c'est un document en réalité important. Il résume parfaitement la situation d'alors.

Il explique notamment de façon claire et correcte l'évolution de la GLdF de cette époque. C'est cet extrait que je mets en annexe.

 

De guerre lasse la GLB se tourna finalement vers la GLNF (1966), abandonnant à regret une GLdF (rupture des relations en 1964) qui l'avait pourtant puissamment aidé à se créer.

Le reproche fait à la GLdF est le « double standard » : GADLU=Dieu à l'extérieur, GADLU= uniquement symbole à l'intérieur.

 

 

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L'Obédience belge savait pourtant parfaitement de quoi il retournait, car elle le pratiquait également, mais d'une façon beaucoup plus cachée que la GLdF.

 

Ernest Duys, acteur de premier plan de la GLB de cette époque, dans un ouvrage saisissant, nous explique cette « vérité cachée concernant la reconnaissance de la GLB ».

 

« Ses reconnaissances étaient, il faut bien l'avouer, obtenues sur la base de la 'Déclaration Liminaire' et d'avis motivés oralement ou par écrit (p.e. un entretien privé à Londres avec les deux délégués belges), et non pas sur la connaissance et les principes fondamentaux de la 'Proclamation'* qui avait été nécessaire pour convaincre les Francs-maçons belges. On le fit également payer cher à Davidson.

Quand la 'Proclamation' fut révélée en 1978 et qu'on fut confronté aux réelles conditions de la régularisation, la GLB avait perdu la partie. »

 

 

* "On rédigea donc une 'Proclamation' à usage national [ndlr: signé le 4 décembre 1959 par les 5 Loges créatrices de la GLB] et une 'Constitution' accompagnée d'une 'Déclaration Liminaire' à usage national et surtout international. Le premier document fut rendu public en 1978, le deuxième fut publié en 1960 après la fondation effective de la GLB. L'ambiguïté résidait dans le fait que la Proclamation de l'Obédience qui venait d'être fondée garantissait solennellement l'interprétation libre des symboles traditionnels." (Ernest Duys, p 55; cf §3 de la Proclamation, reproduction du document initial avec la signature des 5 Loges constitutives repris dans le livre.)

 

 

Les documents originaux valent plus que des discours! Dans mes archives personnelles, j'ai cette "Déclaration Liminaire" qui est très semblable à la "Convention de Luxembourg", c'est évidemment d'époque!, ainsi que la fameuse "Proclamation" sous sa forme définitive (c'est à dire, après corrections : le document reproduit dans le livre d'Ernest Duys est le document de travail, signé par les Loges constitutives de la GLB avec les quelques corrections manuscrites proposées). Je vous mets mes deux documents en annexe.

 

 

 

Finalement, le pot-au-rose sera mis à jour vers la années 1976, prendra de l'ampleur et sera dénoncé par la Grande Loge de l'État de New York (cette même Grande Loge qui fit partie peu de temps de l'Association Maçonnique Internationale, cf article précédent).

 

En effet, par courrier du 31 mars 1978, cette Grande Loge exigeait de façon comminatoire des explications à la GLB concernant le GADLU :

 

« It is particularly difficult for us to understand your failure to answer the simple question we have reapeatedly asked as the wether or not to require all your members to beleive in God. This is one of our basic requirements for recognition or continued recognition as well as of the Commission on Information for Recognition of the Conference of the Grand Masters of Masons in North American, wich requires « an inalterable and continuing belief in God » ; of the United Grand Lodge of England, whose requirement provides : « The first conditions of admission into and membership of the Order is a belief in the Supreme Being. This is essential and admits of no compromise » ; and of recognised Grand Lodges throughout the world.

 

Your references to « G A O T U » now appears to be but a symbol, and this is evidenced among other things, by your refusal to answer specifically the question we asked, … »

 

 

Ce courrier de la GL de New York de 1978 est un des documents repris par le livre d'Ernest Duys. Le livre en lui-même est un document de première importance et je conseille vivement celles et ceux qui veulent comprendre l'édifice mis en place à la GLB et son évolution durant ces années 1959-1979, également essentielle pour la GLdF, de prendre la peine de le lire. Il fourmille de documents tous plus éclairants les uns que les autres, d'abord publié dans la revue maçonnique néerlandaise Thot, ensuite traduit en français et publié par Trigonum Coronatum, asbl, en 2008 : « La Lumière (ne) luit (pas toujours) dans les ténèbres … ».

 

 

Un autre regard sur ces événements est porté par Pierre Noël, autre acteur de cette époque. Tout compte fait, même si les interprétations apparaissent différentes, la relation proposée est, à mon sens, complémentaire et non contradictoire sur les faits. En tout cas là aussi une lecture passionnante ("Quelques faits et documents concernant la création de la GLRB." Acta Macionica. 5999;9:73-163):

 

« La seule question, me semble-t-il, est de savoir s'il eut été possible d'éviter ces événements. La réponse est à l'évidence, affirmative si l'on considère les seuls arguments rationnels évoqués : les positions formelles des différents protagonistes, sur la croyance en Dieu notamment, n'étaient guère éloignées et auraient pu aisément être alignées. Malheureusement, ces affirmations diverses ne reflétaient pas toujours les convictions intimes.

 

 

La rupture devenait inévitable devant la réponse du 24 avril 1978 faite par le GM Edwin Commins de la GLB: "All our candidates have to accept to work to the Glory of the Great Architect of the Universe as always, and, in keeping with Anderson's Constitutions, wish are reaffirmed in our own explicitely, no 'stupid atheist' may become a member." Elle viendra en début mai 1978.

 

Petit à petit les reconnaissances disparurent.

 

 

En 1979, la GLB perdait sa reconnaissance de la GLUA.

Par scission, la GLRB se créait cette même année, elle récupérera les reconnaissances perdues. Elle restera une fort petite Obédience, son orientation ne correspondant manifestement pas à la tendance socio-culturelle belge mainstream.

 

 

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Il faut être conscient que le double standard n'est pas une pratique isolée. Elle est en fait très répandue dans de nombreuses Obédiences « régulières à l'anglaise », si l'on prend la peine de « descendre » (monter serait plus judicieux) à l'étage des Loges et de ses membres.

 

 

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Ensuite et petit à petit la GLB va renouer avec l'ensemble de la maçonnerie belge « libérale » et notamment le GOB dont elle était issue, en partie grâce à la médiation de Jean Verdun, l'ancien Grand Maître de la GLdF. Il est membre d'honneur de l'Obédience belge.

Aujourd'hui la GLB est membre du CLIPSAS, comme toutes les autres Obédiences libérale du pays, soit 92 % environ de la maçonnerie belge.

 

Quel chemin !

 

 

 

Le chemin parcourut par la GLdF d'aujourd'hui ressemble étrangement, mutatis mutandis, à celui parcourut naguère par la GLB. Il y aurait sans doute quelques leçons à en tirer ?

 

 

Nous pourrions également poser la question autrement. C'est Pierre Noël qui nous la propose de façon sous-jacente (voir plus haut). En effet, la GLB n'a pas modifié fondamentalement sa manière de maçonner, malgré son évolution internationale, ce qui démontre un réel relativisme des postures obédientielles, même au niveau des deux pôles que sont la GLUA et le GOdF.

 

 

 

Cet article est susceptible de correction au fur et à mesure des vérifications et lectures, merci de rafraîchir de temps à autre la page !

 

 

 

GADLU ? Le double standard.

"Le problème de la Maçonnerie française", in "Pourquoi une Grande Loge de Belgique".

La "Déclaration Liminaire" & la "Proclamation".

Rédigé par Christophe

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Personne 04/04/2015 10:22

En 1979, dans les esprits, sinon dans les faits, il y avait les "calotins", partisans de W… et V.. D…., et les autres, partisans de B…. Cette distinction était, hélas, bien plus évidente dans les contacts et discussions informelles que dans les documents officiels. Ceux-ci, par nature, omettent la vivacité des arguments échangés et le climat de suspicion qui régnait en ces temps-là (chacun étant convaincu d’avoir raison). La cohabitation n'était guère vivable et le conflit, s'il avait été désamorcé en 1979, n'aurait pu que renaître quelques années plus tard. Mieux valait donc trancher dans le vif, provoquer l'éclatement de l'Obédience (en deux parties bien inégales) et constituer une nouvelle Grande Loge aux effectifs squelettiques.
Le résultat est là : deux Obédiences bien vivantes, séparées par un fossé, selon toute apparence, infranchissable. Certains le regretteront, d'autres estimeront au contraire que cette diversité offre à chacun la forme de maçonnerie qui lui convient. Qui s'en formalisera ? Après tout, que cherche-t-on en maçonnerie, sinon un peu de bonheur ?
Trente ans plus tard, elles sont toujours là, fidèles à leurs options, (presque) débarrassées de l’amertume/animosité des premières années, confrontées aux problèmes communs à toutes les obédiences maçonniques.

Christophe 08/07/2015 12:29

J'ai donc complété ce petit article par un point de vue différent sur les événements, point de vue exposé par Pierre Noël dans "Acta Macionica" (1999) de façon à un peu mieux équilibrer une relation qui pourrait sembler incomplète. Néanmoins, ces articles reflètent une démarche personnelle que j'avais expliqué lors du démarrage de ce blog: http://sifodierisinvenies.overblog.com/si-fodieris-invenies

Personne 03/04/2015 21:18

Les maçons "réguliers à l'anglaise" n'ont pas du tout l'impression d'être "dogmatiques", comme le répète une certaine vulgate maçonnique. La liberté de pensée n'existe que si l'on s'en sert !
Les événements de 1978-1980 ont seulement montré comme il était difficile de se libérer des conditionnements de la société de l'époque, ou du moins de ses résidus. La majorité des maçons de la GLB (ne parlons pas de ceux du GO) restait encore bloquée par ces conceptions/préjugés (pourtant déjà en voie d'extinction) qui avaient cours lors de leur prime jeunesse.
Les confrontations Dembitzer-Apostel, les incidents de Gand, de Waterloo ou d'Anvers relèvent d'un passé oublié.

Christophe 04/04/2015 09:08

Un passé oublié ? Heureusement non, car sinon nous aurions perdu notre identité. Si maintenant des membres de la GLRB veulent vivre avec un passé oublié, ...

personne 01/04/2015 20:53

Christophe n'a pas connu, semble-t-il, l'atmosphère de ces années et l'état d'esprit qui régnait alors à la GLB. Y eut-il duplicité de la part des fondateurs de 1959-1960, et notamment de ceux qui ont obtenu la reconnaissance anglaise cinq ans plus tard ? Certains l'ont dit (Buskens et Duys notamment, mais aussi les autres membres de la grande commission du GM Commyns ). D'autres ne l'ont pas cru.
Le problème ne fut pas tant cette "duplicité" que l'incapacité/refus des instances dirigeantes de l'époque à répondre "sans équivoque ni faux-fuyant" aux questions de la GL de New-York.

Christophe 01/04/2015 22:56

Effectivement, je ne suis pas de la GLB et je fus reçu à l'époque de la fin de cette histoire au GOB. Mes souvenirs sont ceux d'anciens membres du GOB qui ont vécu ces événements, et personnellement j'ai vécu le rapprochement très progressif (ce ne fut pas les bras ouverts, loin de là) de la GLB avec les Obédiences libérales. Pour le reste, je travaille sur pièces, afin qu'aucun fait que je présente, je ne puisse en fournir la source. Je suis bien persuadé que la toute grande majorité des membres de la GLB ne pratiquait pas la duplicité. Ils étaient parfaitement honnêtes dans leur démarche. Mais, néanmoins, ils devaient savoir, du moins les responsables de Loges, que leur pratique interne divergeait de celle exigée par leurs collègues "réguliers à l'anglaise" d'autres Obédiences. Des témoignages écrits d'époque, non ambigus, existent dans les archives des Obédiences "régulières à l'anglaise", de visiteurs appartenant à celles-ci (et qui ont donc témoigné à leurs instances) qui s'étonnaient et parfois refusaient de participer plus avant aux travaux de Loges de la GLB compte tenu d'une interprétation assumée adogmatique (à la Davidson) du GADLU qu'ils découvraient à l'intérieur des Loges. Pour ce qui est de la Grande Loge de New-York, par ailleurs parfaitement informée (sinon elle n'aurait pas posé ces questions), fallait-il rester dans le déni ou non? De toute façon, me semble-t-il, les choses devenaient apparentes, ce n'était plus qu'une question de temps. A mon avis, mais ce n'est que mon petit avis, la décantation devenait plutôt la bienvenue.