GLUA, RPMF et RPME ?

Publié le 10 Octobre 2012

RPMF ??? ou RPME ???

 

RPMF ??? Recomposition du paysage maçonnique français ???

Et/ou RPME ??? Recomposition du paysage maçonnique européen ???

 

 

De façon à permettre au lecteur peu averti de suivre ce qui suit:

  • Concernant la RPME, il existe grossièrement dans le monde maçonnique, trois tendances: la tendance "régulière" anglo-saxonne qui est largement prépondérante bien qu'en forte diminution. A l'autre côté de l'échiquier, il y a la maçonnerie dite libérale-adogmatique qui est prépondérante notamment en France, en Belgique, au Portugal, au Luxembourg, etc., mais minoritaire dans le monde, elle est en progression. Entre les deux, il y a des non-alignés (?), dispersés, qui sont assez imperceptibles dans le monde, sauf en France.
  • En ce qui concerne la RPMF, la tendance "régulière" anglo-saxonne est représentée par la GLNF (Grande Loge Nationale Française), mais qui a perdu (2012), puis retrouvé (2014) sa reconnaissance anglaise (la GLUA: Grande Loge Unie d'Angleterre). La tendance libérale-adogmatique est représentée par les obédiences GOdF - DH - GLMU - GLMF - GLFF ... Et les non-alignés sont la GLdF (Grande Loge de France) et la GLTSO (Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra) qui tendent à vouloir remplacer la GLNF dans l'espace "régulier" anglo-saxon. La GLTSO semble vouloir se détacher du mouvement et revenir à ses fondamentaux qui ont présidé sa création.
  •  

     

    Un grand moment de théâtre, on nous rejoue la pièce des années 50. Bof, je trouve que la déclaration de la GLUA (traduction) du 12 septembre 2012 apparaît très claire: "notre loge régulière", c'est la Grande Loge Nationale française (GLNF), les autres obédiences n'étant d'ailleurs pas citées.

     

    Rétablissez-vous et nous vous re-reconnaissons. N'oublions pas que, jusqu'aux "fantaisies" du Frère Riandey, les Grands Maîtres de la GLNF étaient souvent anglais ... les liens traditionnels sont forts.

     

    Les Frères anglais ne vont certainement pas rechercher un système compliqué et turbulent en-dehors de leur frontière alors qu'ils sont eux-même en perte de vitesse (en 50 ans, perte de plus de la moitié des effectifs).

     

    Quelques phrases (avec traduction) remises dans un autre ordre pour mieux faire ressortir ce retrait réalisé à contre coeur, reprises de la décision de retrait de reconnaissance par la GLUA:

     

    "Although it has serious internal problems we believe that the Lodges and members of the GLNF are working in a regular manner. Withdrawal of recognition will not of itself affect the GLNF’s regularity and it will be capable of re-recognition." ("Bien qu'il y ait de sérieux problèmes internes, nous pensons que les membres de la GLNF travaillent d'une manière régulière. Retrait de reconnaissance n'affecte pas en soi la régularité de la GLNF, qui est capable d'être à nouveau reconnue")

    "France remains closed territory and this Grand Lodge would not look kindly on any other Grand Lodge which attempted to invade French territory by setting up Lodges there or taking into its jurisdiction Lodges warranted by the GLNF." ("La France reste un territoire fermé et notre Grande Loge ne verrait pas d'un oeil bienveillant qu'une autre Grande Loge essaye de s'installer dans le territoire français par la création de Loges ou par reconnaissance de Loges existantes."

    "For that reason the Board has not entered into discussion with any of the other bodies claiming to represent regular Freemasonry in France nor does it have any intention at the present time of recommending to this Grand Lodge the recognition of any other Grand Lodge in France." ("Pour cette raison, la Commission n'est pas entrée en discussion avec aucun autre corps qui proclame être le représentant de la maçonnerie régulière en France, et n'a pas l'intention actuellement de recommander à sa Grande Loge la reconnaissance d'aucune autre Grande Loge en France?")

    "Indeed, we have just learnt that in the last few days a candidate for the Grand Mastership has been nominated. His name will go forward for approval by a General Meeting of the GLNF. The Board will continue to monitor events in France and hopes that this may be the first step – and I emphasise the words “the first step” - towards normalising relations between our two Grand Lodges." ("En effet, nous venons d'apprendre que durant ces derniers jours un candidat Grand Maître a été désigné. Cette désignation devra être ratifiée lors de l'Assemblée Générale de la GLNF. La Commission continuera à monitorer les développements de France et espère que ceci pourra être la première étape - et j'insiste sur les termes 'première étape' - vers une normalisation des relations entre nos deux Grandes Loges.")

     

    On ne saurait être plus clair !

    Et la première étape vient d'être réalisée avec l'élection d'un nouveau GM le premier décembre 2012. Son score, 92%, lui permet de prendre des mesures immédiates et symboliques, comme l'éloignement du nouveau past-GM de la GLNF (qui serait tenu pour le responsable de la suspension puis rupture des relations avec la GLUA ?).

     

    Bien sûr il est demandé, dans l'avis de rupture, de choisir sous quelle obédience veulent travailler ceux qui ont une double affiliation (c'est la grande différence avec la suspension décidée le 12 septembre 2011). Elle n'est donc plus possible, mais rien sur l'interdiction des intervisites, même si cela pourrait aller de soi, ce que je ne crois pas dans la réalité du terrain?

     

    La lecture que l'on pourrait faire de ceci, est une inversion du prémisse: la GLUA veut protéger son enfant la GLNF, et compte tenu de la situation internationale, ne pouvait faire autrement que de rompre en limitant les dégats: c'est la faute d'une personne, l'ancien GM et son remplacement est la première étape vers une re-normalisation, le territoire français n'est pas ouvert, les intervisites sont laissées dans le flou, etc. Bien entendu, le jeu est délicat. Mais de ce point de vue, la GLUA a déjà démontré, dans le passé, une grande maîtrise de ces sortes de jeu stratego, dans une réalité continentale européenne qui lui est de moins en moins favorable.

     

     

    Concernant la GLdF :

     

    Et je rejoins feu Joannes Corneloup lorsqu'il affirmait, et l'histoire lui a donné raison, que la GLdF à une origine irrégulière aux yeux des anglais parce qu'elle a été créé par un Suprême Conseil, la GLUA, elle-même, ne dit pas autre chose. Idem pour André Combes dans son livre "les trois siècles de la franc-maçonnerie (1987: p 190: "Elle mettait en cause sa régularité d'origine ...") C'est donc contraire aux landmarcks anglais et cela m'étonnerait qu'ils fassent aujourd'hui une exception. Et j'ajouterais que le mono-rite REAA pratiqué par la GLdF ne doit certainement pas plaire aux anglais de la GLUA, c'est un euphémisme.

     

    Quid d'une hypothétique reconnaissance de la GLdF par les anglais ? (même si par exemple Alpina, qui a des liens historiques forts avec la GLdF, … pousse pousse pousse ...). Ce n'est d'ailleurs peut-être pas le vrai but poursuivi ?

     

    Maintenant une Confédération de Grandes Loges française qui serait reconnue en tant que telle par les anglais ? L'agitation autour de cette idée est forte chez nos amis français ?! Ils l'ont d'ailleurs formalisée le 15 juin 2013 entre la GLdF, GLTSO, GL-AMF et GLIF. Je pense que les anglais ont été très clairs: le territoire n'est pas ouvert. En d'autres termes: un territoire= une Grande Loge "régulière", et les maçons réguliers sont ceux de la GLNF.

     

    Le "Livre blanc 1960 des Pays-Bas" donne des clés de compréhension de la position anglaise, clés qui demeurent très contemporaines.

     

    Car il me semble que la GLNF retrouvera très probablement sa reconnaissance. Pour le reste, la France continuera probablement son éparpillement maçonnique et ce n'est pas bon à terme pour personne (même si le discours dominant est de dire l'inverse !!! Un grand classique !).

     

     

     

     

    Pourquoi ces 5 Grandes Loges « régulières » et pas les autres ?

     

    En dehors de petits jeux d'appareils, pourquoi ces 5 Grandes Loges "régulières à l'anglaise" (GLR) continentales, auteur de l'appel de Bâle de juin 2012, lorgnent-elles vers la Grande Loge de France (GLdF) ?

     

    En tout état de cause, il me semble certain que cet appel de Bâle s'est fait en concertation et en accord avec les dirigeants de l'époque de la GLdF.

     

    Il s'agit des : Grande Loge Suisse Alpina, Grandes Loges Unies d'Allemagne, Grand Loge d'Autriche, Grande Loge du Luxembourg et Grande Loge Régulière de Belgique.

     

    Il me semble, pour ces GL"régulières", probablement parce que le REAA pratiqué de façon plus 'déiste' par la GLdF, représente pour elle, mais non pour les anglais, un must et de ce point de vue, la GLdF représente, (hors le GOdF), la source originelle de ce rite en Europe, c'est à dire porteuse d'une tradition forte qu'elles partagent. Probablement que ceci force le trait, mais, à tout le moins, il semble certain que leurs Suprêmes Conseils respectifs jouent dans cette partie.

     

    Il faut cependant séparer la situation de deux Grandes Loges majoritaires dans leurs pays respectifs où les courants libéraux en leur sein sont puissants (Allemagne et Suisse) et les trois autres Grandes Loges minoritaires ou fortement minoritaires dans leurs pays respectifs, où, en quelque sorte, les courants libéraux se sont émancipés (Belgique, Luxembourg et Autriche).

     

    Prenons plus spécifiquement la GLRB. Elle est issue, de fait, du Suprême Conseil de Belgique (SCdB), un des plus vieux SC créé (1817) après celui (plus exactement ceux!) de Paris dont il est issu (deux patentes, l'une du SC "indivis-endormi" -Thory- et l'autre de la faction "Pompei" -Grasse-Tilly-). Même si "officiellement" la GLRB est une petite scission de 1981 de la GLB, elle-même une scission de 1959 du Grand Orient de Belgique (GOB). Les liens historiques sont là, bien plus qu'avec les anglais.

     

    Et puis il y a le calcul. La GLRB est petite, ne décolle pas, se tasse, représente 6-7 % de la maçonnerie de son pays, et encore.   Si la GLdF devait basculer, il y a quelques chances (?) que cela créerait un appel d'air en Belgique et que la GLB (qui connaît une progression constante, comme le GOB) pourrait se fractionner à nouveau avec une partie qui rejoindrait la GLRB, ou plus vraissemblablement cela la remettrait dans des relations maçonniques internationales plus harmonieuses en terme de Suprême Conseil, qui reste quelque part la clé de voute de la GLRB.

     

    Voilà un calcul possible ... pour la GLRB, c'est de survie dont on parle !!! (c'est un peu exagéré mais on en est pas très loin.)

    Le calcul ne fut pas mauvais puisque, grâce notamment aux transfuges de la GLNF, la GLRB a repris quelques couleurs et a augmenté légèrement ses effectifs.

     

    Maintenant, il y a probablement un contentieux anciens entre certaines de ces Grandes Loges et la GLUA. Les Grandes Loges Unies d'Allemagne furent suspendue après les événements de 1950 jusqu'à ce qu'elle rompe avec la GLdF. Il en fut de même pour la Grande Loge Alpina. Là, la GLUA dut s'y reprendre à deux fois !!!

     

     

    Le Grand Duché Luxembourg

     

    Lorsque l'on observe rétrospectivement comment les membres de la Grande Loge (GL) du Luxembourg qui croyaient en la liberté absolue de conscience se sont fait éjecter de leur obédience, "noyauté" par le Frère Vogel, GM allemand de cette époque, en 1959. Tous les moyens ont été bons, ils ont tout perdu (jusqu'au bâtiment et mobilier), mais pas le (cou)rage, et comment ils se sont relevés, avec mille difficultés, créant un Grand Orient du Luxembourg (GOL), plus vivace et nombreux actuellement que la GL du Luxembourg.

     

    Lors de la dernière réunion dans la loge "l'Espérance" sous GL (octobre 1959), après le vote où ils (se?) furent exclus, le frère Nening, resté en séance, prit la parole, puis s'en ira lui aussi: "Je serai court ayant hâte de rejoindre mes frères ... un mot encore SGM, je suis fier d'avoir combattu la Convention dès que j'en ai eu vent. Son propre est de semer la discorde. Son but est de rassembler par la force. Répudiation et rupture, mise au ban et exclusion, voilà ce qu'elle porte sur son blason. Partout elle donne l'assaut et mène au schisme." (AM Dées de Sterio. Matériaux pour une histoire du GO Luxembourg. Ed. Carchi, 1990, p68.)

     

    Le GOL semble aujourd'hui être en passe de créer, si le besoin s'en faisait sentir, une obédience en Allemagne (ne pas oublier que le GrDuché de Lux est bilingue, français-allemand), après avoir créé des loges solides en Allemagne, cela fait réfléchir. Une belle histoire de fidélité aux principes du libre examen, la mémoire ancrée de ce qui s'est passé.

     

    Dans leur histoire, ils n'ont sans doute pas oublié, surtout la loge de Metz (GOdF) qui les a hébergé un petit temps, ainsi que la loge de Bouillon (GOB) qui fit de même, avec ces FF français et belges et leurs obédiences respectives qui les ont soutenus jusqu'à maturité. Le GO de Luxembourg est ... fondateur du CLIPSAS !!!

     

     

    1ère partie : les données, suite.

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